19/10/2017

Dangereux Grand Jeu en Mer de Chine

Grand Jeu, Great Game, c’est ainsi que les historiens ont appelé la politique d’endiguement de la Russie menée en Asie par l’empire britannique au XIXe siècle. Ce « grand jeu » s’est poursuivi au XXe siècle, pendant toute la guerre froide, entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. Et il rebondit au XXIe avec la décision du président Obama de basculer le centre de gravité de la politique américaine de l’Europe vers le Pacifique dans l’intention de contenir la nouvelle puissance rivale des Etats-Unis : la Chine.
Le renforcement des 260 porte-avions et navires de la VIIe Flotte américaine et leur déploiement intempestif dans les mers chinoises, passé presque inaperçu en Occident, n’est pas pourtant pas rien dans l’aggravation des tensions en Asie du Sud-Est. Le raffut fait autour de la Corée du Nord ces derniers temps ne doit d’ailleurs rien au hasard. Les essais nucléaires israéliens ou pakistanais n’avaient pas fait autant de bruit en leur temps… Les rodomontades de Kim Jong-un, qui se sent lui aussi menacé par cette nouvelle politique, sont du pain béni pour resserrer les alliances entre Corée du sud, Taiwan, Japon et Etats-Unis et redonner une légitimité aux velléités japonaises d’abroger l’article 9 de la Constitution afin de transformer son armée défensive en force offensive. La décision de Shinzo Abe, mercredi, de dissoudre la chambre basse et d’organiser de nouvelles élections en profitant de la crise coréenne va dans ce sens.
Ces bruits de bottes alarmants font une autre victime collatérale : le Vietnam.

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02/10/2017

Genève, microcosme des tensions de la planète

La guerre du Yémen, entre rebelles houthis et représentants du gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite, fait rage jusqu’à Genève. Lundi, à l’initiative de l’Arab British Centre for Strategic Studies & Devlopment, l’actuel vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, les ambassadeurs à Londres et Genève et plusieurs anciens ministres ont dénoncé « la situation catastrophique causée par l’alliance impie des Saleh-Houthis et leur coup de force contre le gouvernement démocratiquement élu. » Et de l’autre côté, Human Rights Watch appelait les Nations Unies à constituer une commission d’enquête sur les crimes de guerre. Il y a de quoi faire sachant que les bombardements ont détruit la quasi-totalité des hôpitaux et dispensaires, provoquant une épidémie de choléra sans précédent...

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→Le conflit entre le Qatar et ses voisins rebondit aussi jusqu’à Genève. La semaine dernière, l’Arab Federation for Human Rights établie à Genève attaquait le Qatar à propos de la Coupe du monde de foot en 2022, qualifiée de « honte mondiale » à cause des mauvais traitements infligés aux travailleurs immigrés et de toutes sortes de violations supposées des droits de l’Homme. A quoi le Qatar, en butte à l’hostilité de ses voisins depuis quelques mois, rétorque, avec l’aide du Centre indépendant de recherches et d’initiatives pour le dialogue (CIRID), lui aussi établi à Genève, en organisant une table ronde aujourd’hui à l’ONU sur le thème de « la crise des médias du Moyen-Orient : menaces, violence et censure. » Le même jeu se joue à l’échelle planétaire entre Etats-Unis, Russie, Chine, Syrie ou Iran, dont les gouvernements et les ONG se jettent les violations mutuelles des droits de l’Homme à la figure. A chacun de tirer les conclusions qui s’imposent…

29/09/2017

ONU et Croix-Rouge à cœur ouvert

L’automne, saison des portes ouvertes ! Le samedi 7 octobre, l’ONU s’ouvrira au public pour la dernière fois avant sa rénovation complète. Dernière occasion pour visiter le Palais des Nations dans son jus d’origine! Dimanche dernier, c’était la Croix-Rouge qui organisait sa journée « Rencontrez les humanitaires », avec notamment un débat entre Yves Daccord, directeur général du CICR, et Pascale Meige, directrice des catastrophes et des crises à la Fédération, chez Roger Mayou, le directeur du Musée international de la Croix-Rouge. Réflexion intéressante sur la notion d’urgence, qui s’efface devant les crises qui durent. Bonne surprise : énormément de jeunes ! Et l’après-midi, c’était la Croix-Rouge genevoise qui recevait la population genevoise autour d’un brunch familial à Compesières.


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→Autre souci, les ravages des OGM en Colombie. Le sujet parait exotique, mais il est emblématique des problèmes posés par les semences transgéniques. Outre leurs effets environnementaux et sanitaires, les OGM découragent la production des populations indigènes et favorisent les gros propriétaires tournés vers l’exportation, accusent Swissaid et German Velez du Grupo Semillas de Colombie. Avec pour résultat paradoxal d’affaiblir l’agriculture locale! Autosuffisante en 1990, la Colombie a en effet importé 13 millions de tonnes de blé, de soya et de mais en 2016. Cherchez l’erreur !

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→Taiwan, reléguée par la Chine sur un strapontin en fond de salle, cherche se faire une place sur la scène internationale. Elle y arrive en multipliant les invitations de voyage pour journalistes et politiciens et en organisant des congrès internationaux. Le prochain aura lieu en novembre prochain et regroupera tous les grands hôpitaux du monde à l’invitation de la Fédération internationale des hôpitaux dont le siège est à Genève. En point de mire, le rôle du patient, la cybersécurité et les attaques de hackers, le gaspillage et la mesure des performances hospitalières.

27/09/2017

L'Eglise russe, un lieu d’exaltation et de consolation


L’église russe de Genève, puisque c’est ainsi que les Genevois l’appellent familièrement, est sans aucun doute le lieu le plus connu de Genève avec la Cathédrale Saint-Pierre et l’Hôtel de Ville. C’est un immense plaisir et un grand honneur de m’avoir associé, aujourd'hui mercredi, à son 150e anniversaire et à sa restauration. J’en remercie vivement Mgr Michel et le comité d’organisation.
Pour moi, modeste réfugié catholique descendu des montagnes du Valais pour faire ses études dans la Rome protestante, « l’église russe » a immédiatement représenté quelque chose d’important. Elle a d’abord été une présence apaisante, rassurante, bienfaisante et même consolante. Comme jeune étudiant encore étranger à cette ville, j’aimais voir ses murs blancs et ses bulbes briller de nuit comme de jour, dans le froid comme dans la canicule, sous la pluie comme sous la neige. Car cette église n’est pas seulement une pièce marquante du patrimoine historique et architectural de Genève, c’est d’abord une présence amicale.
Je dois cependant avouer que pendant longtemps je n’ai pas osé y entrer. Elevé dans la tradition catholique et après six années de petit séminaire dans une congrégation missionnaire, j’avais vécu dans la conviction que l’église orthodoxe était sortie du bon chemin, qu’elle sentait le soufre et représentait donc une voie à éviter. Il y a une trentaine d’années, bravant mes préjugés, j’ai donc forcé la porte une première fois, davantage saisi par la curiosité et le goût de l’exotisme que par un saisissement de la foi, je dois le confesser. Et je ne m’en suis jamais repenti ! Depuis lors, je ne manque jamais une occasion de fréquenter les églises orthodoxes, d’y brûler un cierge et de m’incliner devant une icône. Car avec l’âge et l’expérience, j’ai pu constater, comme la plupart d’entre nous je pense, que ce qui nous rassemblait nous autres les chrétiens, que nous fussions orthodoxes, catholiques ou protestants, était bien plus important que ce qui pouvait nous séparer. Et j’ai notamment appris que les traditions et les rites, si sublimes dans l’orthodoxie, pouvaient exalter l’âme et faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en l’Homme aussi bien que les prêches des pasteurs et les sermons des chanoines.

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25/09/2017

Qui restera pour sauver la presse suisse?

Fin août, en commentant le regroupement des rédactions des journaux Tamedia sous un seul toit à Lausanne et la fin de l'autonomie rédactionnelle de la Tribune de Genève, de 24 Heures et du Matin Dimanche, Le Temps appelait à ouvrir le débat sur l'avenir des médias en Suisse romande. Dont acte.
Ce qui est en jeu dans cette opération, c'est moins le déplacement de quelques dizaines de journalistes à Lausanne qu'un vrai changement de paradigme. Car contrairement à ce qui s'est passé jusqu'ici, où l'on taillait dans les effectifs des rédactions mais en préservant leur autonomie et leur identité, il s'agit ici de la dissolution de la plupart des rubriques, de l'étrangère si essentielle pour une ville internationale comme Genève, aux sports, si importants pour le maintien de l'âme populaire d’un journal, et du transfert des décisions éditoriales à Lausanne, et de fait à Zurich, puisque tout se décide là-bas.
Pour Genève dans l'immédiat, et pour la Suisse romande à terme, c'est une catastrophe! Que la deuxième ville et la troisième économie du pays, siège des organisations internationales, n'ait plus de grand quotidien indépendant est un phénomène qui ne peut qu'avoir de graves répercussions pour l'avenir de l'ensemble de la région. Un journal, c'est non seulement des journalistes mais c'est aussi l’âme d’une région, la voix d'un terroir, un catalyseur d'énergies et d'idées. Je crois qu'il est important d'en prendre conscience et que c'est rendre service à tous, politiciens, milieux économiques et éditeurs aussi, que de leur faire part de notre refus d'assister à ce qu'il faut bien qualifier de démantèlement progressif de la presse romande. A court terme Lausanne en profite, mais à long terme, c'est l'effacement de la Suisse romande sur la scène nationale qui est en jeu.

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02/08/2017

La frontière comme deuxième peau

Discours tenu le 1er Août 2107 dans la commune de Gy.
Permettez-moi d'abord de vous remercier chaleureusement de m'avoir invité à passer cette soirée de fête nationale avec vous. C'est un plaisir tout particulier d'être dans cette merveilleuse commune qui est peut-être la plus menue du canton par le nombre de ses habitants et par la brièveté de son nom mais qui a l'immense mérite de rappeler mon prénom à une voyelle près. Je suis d'autant plus honoré que nous savons bien que l'excellence ne dépend ni du nombre ni de la longueur et qu'en matière de qualités, les Gytans n'ont rien à envier au reste des Genevois.

Puisque nous sommes dans une commune frontière, qui jouxte la France sur toute sa longueur, j'aimerai ce soir faire l'éloge de cette frontière. Pour une raison toute simple : parce que sans frontière il n'y a pas de patrie. Sans frontière, il n'y aurait ni commune, ni canton, ni Confédération.

Dans un essai publié voici cinq ans, Régis Debray a fait l'éloge de la frontière.
La frontière est ce qui donne du sens à notre monde, dit-il. Elle est la première réponse au néant de l'espace et de l'existence. «Comment mettre de l'ordre dans le chaos? En traçant une ligne. En séparant un dehors d'un dedans.» «La ville des villes», Rome, a été fondée à partir de rien par une limite, le pomerium, tracée par Romulus dans le sol avec un soc de charrue. La fermeture de la frontière produit des formes de sacralité, autrement dit ce qui a le plus de sens dans nos existences, estime Régis Debray. Le tombeau est fermé, tout comme le sanctuaire qu'on ne peut forcer. La frontière est donc ce qui permet à notre pays d'exister, de se distinguer du reste du monde, d'affirmer ses valeurs, son identité et d'exercer ses droits politiques et sa démocratie directe.

La frontière c'est aussi ce qui permet d'éviter l'uniformisation du monde. Elle permet d'«enfoncer un coin d'inéchangeable dans la société de l'interchangeable,», «de sauvegarder l'exception d'un lieu et à travers lui la singularité d'un peuple». L'être se définit par rapport à l'extériorité du non-être. Une communauté, un monde, n'existent que par rapport à l'extérieur. Parler de l'humanité comme de la communauté de tous les hommes vivant ensemble n'a aucun sens sauf si cette communauté rencontre des extra-terrestres. L'humanité pourrait alors poser ses frontières terrestres face à une altérité extérieure.

Mais la frontière, et vous voyez où je veux en venir, n'est pas facteur d'exclusion. Bien au contraire.

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12/04/2017

Redécouvrir le Maroc

A l’occasion des 20 ans du Club suisse de la presse, Royal Air Maroc et l’Office marocain du tourisme ont invité une dizaine de journalistes suisses à une petite escapade de trois jours au Maroc. Le Maroc souhaite en effet s’ouvrir au tourisme suisse et allemand. Après tout, Casablanca n’est qu’à deux heures et demie de Genève et vaut largement les côtes encombrées de Marbella, les Canaries ou les Baléares.
J’avais hésité à y aller mais je ne l’ai pas regretté. Je dois avouer que cette redécouverte d’un pays négligé depuis vingt ans fut une heureuse surprise. D’abord, on n’y est pas assailli par des hordes de touristes en goguette qui débarquent par cars entiers pour assaillir plages ou villes. Ça fait du bien.
Mais ce qui fait le plus plaisir, c’est de constater que le rouleau compresseur de la mondialisation n’a pas encore saccagé les paysages et les esprits. Si les infrastructures, aéroport, autoroutes, hôtels se sont développés, les paysages sont restés préservés : pas de banlieues interminables envahies par les supermarchés et les panneaux publicitaires, pas de villas ni d’usines qui mitent le territoire n’importe comment, mais des villes et des quartiers industriels qui restent concentrés. On respire !
Miracle, les quartiers populaires sont restés populaires, dans le bon sens du terme, et l’artisanat de qualité est toujours une valeur sûre. Alors que le Vietnam a perdu ses magnifiques artisans depuis qu’il s’est laissé submerger par la camelote chinoise, le Maroc a su conserver ses ferronniers, ses potiers, ses bijoutiers, ses tanneurs, ses menuisiers et ses sculpteurs de stucs. Fès n’a finalement pas beaucoup changé depuis trente ans. Elle s’est même embellie. Quelle capitale historique peut en dire autant ?

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06/03/2017

Penelope Fillon, loyale jusqu’au bout !

Au début de l’affaire Fillon, comme tout le monde, j’ai été choqué. Comment cet homme qui prêchait l’intégrité avait-il pu engager sa femme et la payer 900 000 euros sur les deniers publics pour un emploi présumé fictif, et à tout le moins discutable ?
Puis, les semaines passant sans que le harcèlement des médias et de la justice ne faiblisse malgré l’absence de preuves ou d’éléments nouveaux, le doute et le malaise ont grandi.
Pourquoi cet acharnement contre cet homme – et surtout contre cette femme – qui n’avaient rien fait d’autre que ce font des dizaines de députés français de tous bords sans provoquer aucun émoi ? Et pourquoi les 120 000 euros de frais de bouche intempestifs d’Emmanuel Macron ont-ils passé comme une lettre à la poste sans susciter le moindre intérêt médiatique ?
Une fois de plus, le comportement à deux vitesses des médias et de la justice est en cause. Et au-delà, l’énorme hypocrisie sélective qui consiste à s’indigner contre un comportement légal mais moralement critiquable et à absoudre un comportement illégal mais moralement plus admissible.
Quand la morale l’emporte sur la légalité dans une République, il y a pourtant du souci à se faire pour l’état de droit.
Mais le principal de cette affaire n’est pas là : elle est dans l’énorme et abjecte injustice faite à Penelope Fillon, qui porte décidément bien son prénom.

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03/03/2017

Désarmement, échec collectif

20 ans de blocages ! La session 2017 de la Conférence du désarmement a ouvert ses travaux sur les mêmes impasses. Cette semaine une dizaine de ministres devraient venir y délivrer leur message. Dans le même néant, personne n’osant faire un geste ni déplorer ce qui est en train de tourner à l’échec collectif grave. Curieusement, les blocages ne viennent pas que des grandes puissances mais aussi des « petits » pays nucléaires qui ne veulent pas qu’on mette le nez dans leurs affaires… La semaine dernière, la présidence russe avait pris l’initiative d’une séance informelle consacrée au 110e anniversaire de la grande Conférence de la Paix de La Haye. Une étape fondatrice, qui avait fait date dans l’histoire du désarmement. Puisse l’esprit de la Haye souffler sur Genève !

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→La grande messe annuelle des droits de l’homme va débuter cette semaine (voir ci-contre). On notera qu’elle a été précédée par une intéressante conférence régionale consacrée à une « approche des situations de conflit dans la région arabe basée », à l’initiative du Qatar et du Haut-Commissariat, représenté par Kathy Gilmore. 200 représentants de gouvernements, d’ONG et de diverses organisations arabes ont débattu des causes des guerres régionales, de la prévention des conflits et du rôle des organisations de promotion des droits de l’Homme dans la société. Dans une région peu démocratique et ensanglantée par les guerres d’Irak, de Libye, de Syrie et du Yémen, et dans laquelle tous les Etats ont beaucoup à se reprocher, cela n’était pas anodin.

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28/02/2017

Vive l’information plurielle !

La semaine dernière, j'ai signé ma dernière chronique pour le Courrier. Après cinq années d’échanges et de débats parfois controversés mais toujours vivants, chacun a repris sa liberté, comme on dit. Je tiens à remercier l’équipe du Courrier pour son hospitalité, son professionnalisme et surtout pour sa capacité à accueillir une voix qui n’exprime pas forcément son ADN. C’est la grandeur d’un journal, et du journalisme, que de s’ouvrir à d’autres visions et je souhaite, dans ces temps forts troublés pour la presse écrite, longue vie à ce journal, modeste mais combatif et nécessaire.
Qu’il est devenu difficile, en effet, d’exprimer des avis divergents, d’emprunter des sentiers latéraux qui serpentent dans les sous-bois, et de s’écarter des autoroutes sur lesquelles circule une information soigneusement cadrée par une foule de limitations et d’interdictions : pas question de sortir des clous du discours libéral, européiste, atlantiste, libre-échangiste, anti-étatiste, multi-culturaliste sous peine de se voir sanctionné par les étiquettes les plus infamantes. Impossible aussi de développer un vrai discours social, de dénoncer les inégalités croissantes et l’enrichissement scandaleux de quelques-uns sous peine de se retrouver cloué au mur par les mercenaires de l’oligarchie, toujours prêts à tirer à vue sur les supposés « fossoyeurs » de la croissance, les « ennemis » de la prospérité et les « assassins » de la liberté d’entreprendre.
C’est ainsi que la majeure partie de la presse dominante s’est coupée de sa base sociale et de son public. Qu’elle a creusé sa propre tombe en déléguant aux bas-fonds d’internet le soin de mettre en lumière les faits dans toute leur complexité et pas seulement sous un angle trompeur, de diffuser des opinions alternatives ou divergentes et d’animer, dans la confusion, les débats politiques et de société qu’elle aurait dû initier. C’est ainsi que, par une sorte d’autisme inconscient, elle achève de crever à petit feu.

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25/02/2017

Lettre à mes détracteurs et autres russophobes obsessionnels


Jeudi dernier, le Grand Conseil genevois m'a donc autorisé à recevoir l'Ordre de l'Amitié conféré par le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine. Merci encore à toutes celles et tous ceux qui m'ont soutenu. Mais cela n'a pas été sans mal, puisqu'une minorité de donneurs de leçons bienpensants et s'attribuant tous les droits propres au prétendu camp du bien a cru bon devoir se lancer dans des diatribes assez odieuses. Pour que chacun puisse se faire sa propre opinion, voici donc ce qui a justifié l'obtention de cet honneur.

Tout d'abord, voici le communiqué du consulat général de Russie à Genève: "Le Président de la Fédération de Russie par son décret du 4 août 2016 a décoré Monsieur Guy Mettan par l’ordre de l’Amitié, signe de distinction d’Etat de la Fédération de Russie.
En tant que Président de la Chambre de commerce Suisse-Russie & CEI depuis sa création en 2005, il a contribué au développement des relations économiques entre la Russie et la Suisse, aidé à établir les contacts entre des hommes d’affaires des deux pays, facilité la communication entre les deux parties.
Comme journaliste, il a toujours su rester objectif en présentant une image actuelle et vraie de la Russie, en combattant la russophobie et en réfutant les préjugés et les idées reçues. En tant que directeur exécutif du Club suisse de la presse, il a donné la possibilité de s’exprimer au sujet de la Russie aux différentes opinions (y compris des voix critiques comme p.ex. celles de Mme Zhanna Nemtsova ou M. Garry Kasparov). En 2015, il a publié le livre « Russie-Occident, une guerre de mille ans : La russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne ». La décoration de Monsieur Guy Mettan est un signe d’honneur et de reconnaissance."


De mon côté, je tiens à préciser ce qui suit: L’Ordre de l’Amitié est une distinction honorifique, qui n’est liée à aucune prestation financière ou avantage pécuniaire. Elle est accordée avec parcimonie et seules deux personnalités ayant vécu à Genève l’ont reçue à ma connaissance: l’ancienne présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey et l’ancien directeur du Grand Théâtre Hugues Gall.

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18/01/2017

Les causes de la guerre 2.0

L’hystérie provoquée par les supposées attaques informatiques russes a atteint des proportions hallucinantes aux Etats-Unis. Comment expliquer que la première puissance mondiale, dotée d’un budget militaire dix fois supérieur à celui de son rival et qui à lui seul dépasse celui de l’ensemble des autres puissances, soit sensible à la « menace » poutinienne au point de mettre le pays au bord de la crise de nerf institutionnelle et d’accroitre encore le chaos mondial?
Il y a une cause interne, bien sûr, qui tient à l’échec inattendu de la coalition Obama-Mc Cain qui se croyait assurée de conserver le pouvoir avec Hillary Clinton. Depuis la seconde présidence de Bill Clinton s’est en effet forgée aux Etats-Unis une alliance de fait entre l’establishment démocrate d’une part et les néoconservateurs d’obédience républicaine d’autre part. Le bombardement de la Serbie en 1999 avait scellé cet accord que ni les aventures militaires calamiteuses de Bush Jr ni les palinodies élégantes mais sanglantes d’Obama n’avaient réussi à remettre en cause. Hillary Clinton incarnait le meilleur espoir, pour ces deux camps, de continuer leur business as usual, à savoir la poursuite d’une hégémonie américaine fondée sur le libre-échangisme commercial sans limite, l’ouverture des frontières, le renversement des régimes hostiles au nom de la démocratie et des « valeurs » occidentales, l’enrôlement des médias – embedded depuis l’invasion de l’Irak en 2003 – et la mobilisation illimitée de toutes les ressources du soft power.
Or l’échec d’Hillary est venu casser cette mécanique bien huilée. Avec Trump-la-mort, impossible de continuer à se passer les plats entre soi, via des conférences grassement rémunérées par Wall Street, des ventes d’armes et de bombes aux alliés subalternes, France, Arabie saoudite ou Turquie chargées de les larguer sur la Libye, la Syrie, le Mali ou le Yémen, et l’implantation de multinationales 2.0 et 4.0 aux quatre coins de l’univers. Rassemblant sous sa houppette blonde tous les déshérités de la mondialisation aussitôt estampillés de l’infamante étiquette de « populistes », Trump veut au contraire brider le libre-échange et mettre un frein aux opérations de basse police du « gendarme » mondial. De quoi semer la panique, en effet, dans le camp de ceux qui profitaient de ce système avec la bénédiction du sémillant Obama et de la ravissante Michelle.

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21/12/2016

L’histoire du hacker hacké

Si l’Europe a les yeux rivés sur le drame d’Alep et la difficile évacuation des populations civiles, largement dû au non-respect des accords par la mouvance Al-Qaida, les Etats-Unis, eux, vivent au rythme des accusations de la CIA contre le supposé hacking électoral russe. Les Américains semblent avoir déjà passé la Syrie par pertes et profits et sont désormais entièrement concentré sur la passation de pouvoir entre Obama et Trump. On aura noté qu’entretemps, on ne parle plus des bombardements contre la population de Mossoul et du million de civils qui sert de bouclier humain aux combattants de Daech. Et encore moins des innocents qui meurent sous les bombes saoudiennes au Yémen. Au contraire, à Mossoul, on vante chaque progrès des valeureux « libérateurs » de la ville. Après tout, chacun n’a-t-il pas le droit de choisir ses héros, ses compassions et ses indignations, bien que les combats qui ravagent la Syrie et le nord de l’Irak soient pourtant dus aux mêmes causes, aux mêmes ennemis, aux mêmes stratégies suicidaires ?
Mais revenons aux Etats-Unis. Au fur et à mesure qu’on se rapprochait de la date de l’élection de Trump par les grands électeurs, qui était la dernière chance pour le clan démocrate de renverser le cours des choses, on a vu croître l’hystérie contre le hacking des serveurs démocrates et le piratage de la boite mail du chef de la campagne d’Hillary Clinton, John Podesta. La CIA, le Washington Post, le New York Times, les ténors du parti démocrate ont mené une campagne de presse d’une violence sans précédent jusqu’ici dans une élection pour tenter de changer le destin et convaincre les grands électeurs de tourner leur veste. Même le président Obama, qui avait jusque-là montré une certaine hauteur, a cru bon devoir descendre dans le marécage pour suggérer que « Poutine avait lui-même donné l’ordre de hacker les serveurs » des grands partis américains pour influencer la campagne en faveur de Trump.
Un premier assaut avait déjà été tenté juste après l’élection lorsque Jill Stein, la candidate écologiste, avait demandé un recomptage des voix dans trois Etats. Les médias qui avaient soutenu Hillary avaient alors abondamment commenté la manœuvre. Sans aucun succès puisque dans un Etat, le recomptage avait accentué l’avance de Trump d’une centaine de voix et que les juges avaient jugé le recomptage inutile et dispendieux dans les deux autres Etats litigieux.
Il fallait donc trouver une autre cible: les hackers russes, de connivence avec Julian Assange et Wikileaks, à qui ils auraient transmis le contenu des mails de John Podesta et d’Hillary Clinton, révélant aux Américains atterrés que les démocrates avaient insidieusement tronqué les primaires en faveur d’Hillary et que celle-ci trompait son monde suivant qu’elle s’adressait à ses électeurs ou à ses donateurs de Wall Street. Opération jugée gagnante à tous les coups puisqu’elle aurait permis de discréditer à la fois Trump, la Russie et les lanceurs d’alerte qui, de Wikileaks à Edward Snowden, ne cessent de dénoncer les dérives des services de renseignements américains.

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25/11/2016

Trump, victoire ou défaite de la démocratie?

L'élection de Trump a secoué, brièvement, le Landerneau politico-médiatique. Comment a-t-on pu en arriver là? se sont demandés les représentants des élites désavouées par ce peuple décidément très imprévisible. Les plus lucides ont admis, pas trop quand même, qu'ils avaient failli et certains ont entamé un début d'autocritique. Mais ça n'a pas duré. Les premiers instants de sidération passée, les vaillants gardiens du prêt-à-penser sont montés au créneau : "Mais non, nous n'avons pas failli! Au contraire, assumons nos choix. Hillary n'a-t-elle pas gagné en nombre de voix? Et puis, de quelles élites parle-t-on? Nous n'en sommes pas, ou si peu. Allons donc, le politiquement correct n'existe pas, voyez comme nous divergeons d'opinion entre nous!"
Personne, ou presque, n'avait rien vu, rien entendu, ni rien dit, mais cela n'a aucune importance, circulez citoyens! A ce rythme, le nécessaire débat sur l'aveuglement des médias, des experts, des universitaires, des milieux culturels et politiques passera par pertes et profits aussi vite qu'il l'avait été après le vote surprise du Brexit, déjà oublié après six mois.
Or il y a péril en la demeure et urgence à remettre en cause la façon dont les médias et l'expertocratie répercutent si bien les opinions des classes dominantes et si mal la sensibilité et les frustrations des classes populaires.
Le petit exemple suivant illustre bien ce biais systématique qui conduit à se concentrer sur les désirs et les revendications des élites au détriment du petit peuple des anonymes. Il y a trois semaines les journaux romands ont brièvement signalé le suicide de deux paysans vaudois, qui s'étaient donné la mort par désespérance, par solitude et parce qu'ils n'arrivaient plus à nouer les deux bouts. Ces drames n'ont pas suscité le moindre intérêt dans les rédactions. Un accident de la route avec deux morts aurait joui d'une plus grande attention, bien que ces deux suicides aient été le symptôme du malaise extrême qui affecte des milliers de paysans au cœur même de nos campagnes.

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14/11/2016

Le mensonge, sport démocratique !

A la fin des années 1940, J.H Gleason, professeur d’histoire à Harvard qui s’alarmait des ravages potentiels de la guerre froide, faisait remarquer que les démocraties étaient encore davantage portées sur le mensonge que les dictatures. Pour une raison simple : elles doivent convaincre une opinion publique souvent rétive que les guerres qu’elles veulent mener sont justifiées. Ce que les dictatures, par définition, peuvent s’épargner.
De la permanence et de l’intensité de ce mensonge « démocratique », on en a eu la preuve avec la fabrication par les services secrets américains des prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Voyez aussi les documents du parlement britannique qui viennent de révéler comment Tony Blair avait manipulé les députés en 2003 pour les entrainer dans cette même guerre. On pourrait en dire autant de l’invasion de l’Afghanistan en 2001, suite aux attentats du 11 septembre, maintenant que les documents sur leurs auteurs ont été déclassifiés par le Congrès et font apparaitre que les Saoudiens ont bien plus soutenu Al Qaida que les Afghans. Mais à l’époque, pour des raisons stratégiques, il était bien plus important d’envahir l’Afghanistan pour y installer l’OTAN que de chercher des noises au précieux allié saoudien. Quant à la façon, dont le président Sarkozy (et ses alliés européens) a grossi le danger du régime Kaddhafi pour l’éliminer dans l’espoir de faire main basse sur son pétrole et de faire monter sa cote auprès des électeurs avant la présidentielle de 2012, ici aussi les documents sont explicites.

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08/11/2016

Le choléra Trump ou la peste Hillary ?

Je crains que ce titre ne heurte la bienséance, tant il est difficile de critiquer l’icône Hillary. Et pourtant, quel que soit leur résultat, les élections américaines risquent d’être décevantes aussi bien pour les Américains en particulier que pour le reste du monde en général. D’habitude, une élection nationale est un moment d’espoir de changer les choses, si possible vers le mieux. Souvenez-vous du « Yes, we can » de Barack Obama et de la fierté, de l’espérance de progrès que suscitait l’homme qui allait devenir le premier président noir de la première puissance de la planète. Et même s’il a beaucoup déçu, avec ses nombreuses guerres - Lybie, Syrie, Ukraine – , ses renoncements – la paix en Palestine et le dialogue avec la Russie - et ses timides avancées avec Cuba et l’Iran, le président sortant laissera au moins le souvenir d’un homme de bonne foi, et qui a au moins essayé même s’il n’a pas réussi.
Avec Donald Trump et Hillary Clinton, rien de tel. L’un comme l’autre ne présagent rien de bon, même si les médias mainstream et l’establishment se sont évertués à nous présenter la candidate démocrate comme le choix de l’excellence, de l’expérience et du bon goût face au « dangereux bouffon populiste » Donald Trump. On a beau scruter l’horizon à la jumelle, on ne voit rien venir de bon et l’enthousiasme est en berne
De Trump, tout a été dit. Depuis des mois, tous les éditorialistes intelligents des médias bien en cour en ont dit pis que pendre sur sa grossièreté, son mépris des femmes et des minorités, son amateurisme, sa méconnaissance des dossiers et des « complexités » du monde, son imprévisibilité, ses incohérences et son narcissisme compulsif. Les médias, rejetant tout esprit d’objectivité, se sont alignés sur l’élite washingtonienne et ont choisi leur camp : tout sauf Trump, est devenu leur leitmotiv. Soit, admettons qu’ils n’ont peut-être pas tort. Il est difficile d’accepter de confier le sort du monde à quelqu’un qui ne respecte ni les codes ni la bienséance.

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30/08/2016

Ukraine, deux ans après

Deux ans après le début du conflit en Ukraine, le moment est venu de faire un bilan provisoire. La poussière des événements est suffisamment retombée pour qu'on puisse en reconstituer la trame. Peu à peu, grâce aux enquêtes réalisées par des observateurs avisés comme le dénonciateur de l'Irangate et Prix Pulitzer Robert Parry, la vérité commence à se faire jour.
Et comme d'habitude, elle n'est pas très reluisante. La belle histoire de la révolution populaire qui jette à bas un régime honni et corrompu apparaît dans sa réalité crue: ce n'était qu'une fiction, une fable habilement tissée pour tromper un public avide de contes qui finissent bien.
Souvenez-vous du crash du vol MH 17 qui a fait près de 300 morts en juillet 2014 et semé l'effroi dans le monde entier, dont John Kerry déclara qu'il était dû à un missile "probablement russe" et qui servit de prétexte au second train de sanctions économiques contre la Russie. Deux ans après, toujours aucune preuve malgré les promesses. Les résultats de l'enquête ne sont toujours pas publiés et les Etats-Unis, dont les satellites espions arrivent pourtant à lire les plaques de nos voitures, refusent de livrer leurs images aux enquêteurs alors que le SBU, le service secret ukrainien, multiplie les cajoleries envers les experts occidentaux chargés du dossier.
Souvenez-vous des fameux tirs de la police qui avaient décimé les manifestants "pacifiques" de la place Maidan en février 2014. Ici aussi, on nous a promis une enquête. Toujours sans résultat. Les arbres et le mobilier de rue qui avaient reçu des impacts de balle et auraient permis de repérer l'origine des tirs ont été détruits par le nouveau régime alors que les vidéos montrent que ces tirs visaient aussi bien les manifestants que les policiers qui les combattaient, dans le but de pousser ces derniers à réagir et à tirer sur la foule qui leur faisait face. À l'examen, il ressort que le procureur et les responsables de service de police chargés de l'enquête sont des agents zélés du nouveau pouvoir et d'anciens militants des mouvements d'extrême droite actifs dans le service d'ordre de Maidan. Qui sait que Andriy Paruby, aujourd'hui chef du Conseil de sécurité d'Ukraine et qui paradait comme un grand démocrate devant les télévisions occidentales en sa qualité de chef du "service d'auto-défense" de Maidan, est le cofondateur du parti national-social d'Ukraine qui a donné naissance au parti d'extrême-droite Svoboda en 2004? Et que son organisation de jeunesse, "Patriote ukrainien" est une composante du mouvement paramilitaire Secteur Droit?

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09:59 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (17)

03/08/2016

L'impossible fête nationale



Osons le dire, célébrer la fête nationale est devenu un activité parfaitement schizophrénique. D'un côté, l'élu qui refuserait de se soumettre au rituel bien rôdé de la tradition patriotique signerait son arrêt de mort politique. On considérerait à juste titre comme scandaleux le fait de se dérober à ce moment de haute liturgie civique.
Mais d'un autre côté, on considérerait avec une égale défiance celui ou celle qui voudrait dépasser les habituels clichés et les phrases creuses pour interroger la vraie et authentique signification de la fête nationale, à savoir la célébration de la nation conçue comme une communauté de destin (et non comme une addition d'individus et d'intérêts particuliers) habitant un territoire propre (et non un vague ensemble supranational à l'idéologie et aux contours flous).
Le défi est en effet impossible à relever: comment fêter la nation, ou le pays qui nous a vu naître et qui nous permet de vivre, alors qu'à longueur de discours les médias et les dirigeants politiques nous présentent ces derniers comme des concepts obsolètes et qu'ils vantent sans cesse les mérites de la globalisation économique, de l'effacement des frontières, du dépassement de la nation comme le seul horizon souhaitable de notre avenir? Comment fêter la nation comme communauté de valeurs et de destin alors que la majeure partie de l'activité politique consiste à promouvoir les intérêts particuliers de telle ou telle minorité bruyante au détriment de la majorité silencieuse ? Le sens de l'intérêt collectif, du bien commun, s'est dilué dans les revendications catégorielles - défense des fonctionnaires, des handicapés, des LGBT, des malades du sida, des surdoués, des victimes de viols ou de pédophiles - toutes activités fort louables au demeurant mais qui finissent par occuper la totalité de l'espace public disponible.
Si la lutte contre les discriminations de toutes sortes est une condition nécessaire du vivre ensemble, ce n'est pas une condition suffisante. La nation, le pays, exigent un supplément d'âme, une volonté commune, une espérance eschatologique, une dimension sacrée devait-on dire si ce mot avait encore un sens. Or de tout cela il ne peut être question dans les discours du Premier Août. Évoquer la Suisse comme une valeur sacrée vous classe immédiatement dans la catégorie des ringards bons pour la poubelle.
Comment s'étonner dès lors que la commémoration de la fête nationale soit de plus en plus fade et privée de grâce et d'émotion? Comment se projeter dans l'avenir si le passé est oublié et le présent tronqué par l'absence d'une terre identifiable et bien délimitée, qui est le seul et unique fondement de la souveraineté et de la démocratie. A force de vouloir concilier l'inconciliable, les discours sont condamnés à surfer sur la surface des choses et à célébrer le particulier au détriment du général.
La substance perdue, ne subsiste plus que le rite. Ce qui est sans doute mieux que rien. Mais comment s'en contenter?


Le sens profond du Premier Août




Madame le Maire,
Mesdames et Messieurs les conseillers administratifs et les conseillers municipaux,
Citoyennes et citoyens des Trois-Chênes, chers amis,

Je tiens d’abord à vous dire de tout le plaisir et le grand honneur que vous m’avez faits en m’invitant à venir célébrer avec vous ce soir la 725e édition de notre Fête nationale.
Osons le dire, célébrer la fête nationale est devenu un exercice difficile. D'un côté, il faut se soumettre au rituel bien rôdé de la tradition patriotique avec tout le conformisme que cela suppose. On considérerait avec raison comme scandaleux le fait de se dérober à ce moment de haute liturgie civique. De même on considérait avec une égale suspicion celui qui saisirait cette occasion pour bousculer certaines de nos habitudes.
C'est pourtant ce que je vais essayer de faire, non par plaisir de provoquer, mais parce que je pense qu'il est salutaire de dépasser les habituels clichés et les phrases creuses pour interroger la vraie et authentique signification de la fête nationale. Je conçois en effet la fête nationale comme la célébration de notre pays vu comme une communauté de destin (et non comme une addition d'individus et d'intérêts particuliers) habitant un territoire propre (et non un vague ensemble supranational à l'idéologie et aux contours flous).
C'est une vision difficile à défendre aujourd'hui : comment fêter le pays qui nous a vu naître et qui nous permet de vivre, alors qu'à longueur de discours, nombre de médias et de dirigeants politiques nous présentent la nation comme un concept obsolète et qu'ils vantent sans cesse les mérites de la globalisation économique, de l'effacement des frontières et du dépassement de la nation comme le seul horizon souhaitable de notre avenir? Comment fêter notre pays comme une communauté de valeurs et de destin alors qu'une très grande partie de l'activité politique consiste à promouvoir les intérêts particuliers de telle ou telle minorité bruyante au détriment de la majorité silencieuse ? Le sens de l'intérêt collectif, du bien commun, s'est dilué dans les revendications catégorielles - défense des fonctionnaires, des handicapés, des minorités sexuelles, des locataires, des propriétaires, des malades du sida, des surdoués, des victimes de viols ou de pédophiles, etc. - toutes activités fort louables au demeurant mais qui finissent par occuper la totalité de l'espace public disponible.

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27/06/2016

Le Brexit, une victoire de la démocratie

Faut-il se lamenter parce que le Brexit a gagné? Évidemment non! Hier tout l'establishment européen et suisse nous prédisait le pire des destins si la Grande-Bretagne quittait l'Union.
Cette tragédie annoncée n'aura pas lieu, même si les prochains mois seront agités et si ce résultat va obliger les eurocrates et les élites globalisées à des révisions pénibles.
Première leçon: les Britanniques, fidèles à leur plus noble tradition, dont donné à l'Europe une leçon de démocratie. La Démocratie, si souvent invoquée par ceux qui répandent la guerre en Irak, en Libye ou en Syrie, a triomphé hier dans son expression la plus authentique, celle du vote populaire. Les peuples n'en peuvent plus de se voir infliger des politiques économiques et militaires qui sont décidées sans eux et contre eux. Il serait temps de commencer à les écouter.
Deuxième leçon: une fois la stupeur passée, les élites déstabilisées vont se reprendre et trouver des parades. Avant le vote, tout à été fait pour faire pression sur les électeurs britanniques afin qu'ils votent "correctement". Après le vote, tout sera fait pour minimiser l'impact de leur décision. L'establishment politique et financier qui s'est emparé des commandes de l'Europe ne va pas renoncer du jour au lendemain à ses privilèges. On peut donc parier qu'on trouvera rapidement des accommodements pour que le business continue "as usual".

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