18/04/2018

« Il faut détruire la Russie »

« Delenda est Carthago », « Il faut détruire Carthage ! » C’est ainsi que Caton l’Ancien appelait les Romains à détruire une fois pour toutes leur adversaire séculaire, la république phénicienne qui gênait leur expansion impériale en Méditerranée. C’est exactement le même refrain qu’entonnent aujourd’hui contre la Russie les néoconservateurs, les démocrates impériaux américains et leurs alliés européens.
En 1991, l’Occident avait cru avoir gagné la Guerre froide contre le bloc soviétique, ainsi que l’avait proclamé le président Bush Père, laissant la voie libre aux Présidents Clinton et Bush Fils pour bombarder la Serbie, l’Afghanistan et l’Irak, tandis que MM. Obama et Sarkozy poursuivaient le travail avec succès en Lybie mais plus difficilement en Syrie. Car les uns et les autres n’avaient pas anticipé la capacité de la Russie à se reconstruire ni celle de la Chine à émerger comme future première économie mondiale.
Or les Etats-Unis, et l’Europe dans leur sillage, n’arrivent pas à faire le deuil de leur hégémonie, ou de leur hyperpuissance selon le mot d’Hubert Védrine. L’élection surprise de Trump a grippé ce mécanisme bien huilé mais, comme on peut le constater, elle ne changera pas la donne : chaque velléité du président américain de vouloir parler avec Moscou est aussitôt suivie d’une « affaire » qui vient l’empêcher de mettre son plan à exécution.
C’est dans ce contexte qu’il faut placer l’hystérie contre l’ingérence supposée et jamais prouvée de la Russie dans les élections américaines et la victoire du Brexit, et plus récemment, l’affaire de l’empoisonnement des Skripal montée en épingle par la Grande-Bretagne et les bruits de guerre aussitôt déclenchés aux Etats-Unis et en France après une attaque présumée au gaz dans le dernier fief rebelle de la Ghouta syrienne.


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07/03/2018

Oman, une île au milieu de la tourmente

La guerre, Oman l’a bien connue : une unification pénible avec une bataille d’usure contre les imams de l’intérieur soutenus par les Saoudiens dans les années 1950, puis la longue guerre du Dhofar contre les rebelles sudistes épaulés par le régime communiste yéménite dans les années 1960 et 1970. Mais depuis le cessez-le-feu de 1976, le pays vit en paix. Et cela se voit !
Après un premier reportage dans les années 1990, une seconde visite au début de cette année n’a fait que confirmer cette bonne impression. En quelques décennies, le pays est devenu un modèle de stabilité et de développement économique équilibré qui tranche complètement avec le reste du Moyen-Orient. En Occident, il n’est pas de bon ton de faire l’éloge des monarchies, mais dans le cas d’Oman, il faut bien admettre que depuis que le sultan Qabous a repris les rênes du pays en 1970, les réformes, graduelles et régulières, ont été des succès. Même le printemps arabe, à l’origine de manifestations en 2011, a eu des effets positifs avec une ouverture massive des hautes écoles et la mise en place de programmes de formation pour les jeunes.
Ces performances reposent sur une double stratégie : une stricte neutralité en matière de politique extérieure et une politique d’omanisation conséquente et assumée à l’intérieur. Au ministère des affaires étrangères, on est catégorique : pas question de s’ingérer dans les affaires des voisins ni de prendre le parti des uns contre les autres, « respect pour tous », quel que soit le régime en place. Oman a donc gardé ouverte son ambassade à Damas et parle aussi bien avec les Saoudiens, les Emiratis, les Qataris que les Iraniens chiites, tout en gardant un œil suspicieux sur les menées de la coalition saoudienne au Yémen tout proche.
Quant à l’omanisation, elle vise à moderniser le pays sans offenser la tradition. Elle concerne tous les aspects de la vie nationale. L’architecture, en imposant des normes à tous les bâtiments – deux étages maximum pour les habitations privées et sept pour les immeubles commerciaux. La culture, avec un style islamique et des couleurs à respecter, la construction d’un opéra, de musées et la rénovation du patrimoine historique. La politique, avec deux assemblées consultatives, l’une, le Conseil d’Etat, sorte de Sénat, avec 84 membres choisis par le sultan et l’autre, la Chourah, élue par les provinces, avec un nombre de femmes en constante augmentation. La religion, avec la préservation de la tradition islamique locale, l’ibadisme, à mi-chemin entre le sunnisme et le chiisme, et la volonté d’éviter la montée du communautarisme entre les différentes branches de l’islam. «A Oman, il est aussi indécent de demander son orientation religieuse à quelqu’un que de demander son salaire à un Suisse. Cela ne se fait pas », assure le patron de l’audiovisuel national.

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02/02/2018

Mémoire de victimes

Lundi, à l'occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, c'est Eva Schloss, membre de la famille d'Anne Frank, qui est venue s'exprimer au Palais des Nations, avec la collaboration notamment du Concours Menuhin. Après le témoignage réussi des descendants des victimes et des bourreaux des camps nazis organisé par la CICAD la semaine dernière, c'était un autre moment fort à la mémoire des victimes des guerres, connues et moins connues, qui ensanglantent la planète.


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→Le Forum suisse de politique étrangère foraus vient de publier une étude (How to Update the Law of War) sur la nécessité de mieux protéger les travailleurs de l'humanitaire, et notamment les convoyeurs et les personnels hospitaliers. Leur situation ne cesse de se dégrader: violences, assassinats, kidnappings se sont multipliés par 5 en vingt ans, faisant plusieurs centaines de victimes chaque année. En cause, la nature nouvelle des conflits, qui n'opposent plus des Etats signataires des Conventions de Genève, mais des factions à l'intérieur des Etats. La prolifération des ONG, loin d'être toutes neutres et désintéressées, est aussi en cause.


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→Quelques nouvelles sur l'état du monde pour terminer. L'OMPI vient de publier ses statistiques sur les brevets: fin 2016, la barre des 3 millions de demandes était franchie, tandis que celle des 7 millions de demandes d'enregistrement de marques était en passe d'être atteinte (dont 3,7 millions pour la seule Chine!). De son côté, la CNUCED a observé un fléchissement des investissements directs en 2017, avec 1,52 trillions de dollars contre 1,81 en 2016 et le BIT constatait une stagnation du chômage à 190 millions de chômeurs l'an dernier.

01/02/2018

Tensions au bord de la Mer Rouge

Les guerres qui déchirent l'Afghanistan, l'Irak et la Syrie depuis 15 ans essaiment dans le sud de la péninsule arabique. La déstabilisation du Yémen en 2013, puis l'attaque de la coalition saoudienne contre les rebelles houthis retranchés autour de Sanaa ont provoqué un drame humanitaire sans précédent comme l'a rappelé mi-janvier le président du CICR Peter Maurer: 40 000 morts, épidémies de choléra, effondrement du système de santé. L'automne dernier, les délégations pro-gouvernementales se sont succédé à Genève pour dénoncer les rebelles. Aujourd'hui, le front anti-houthi se lézarde. Vendredi, ce sont les indépendantistes du sud, soutenus par les Emirats arabe unis, qui s'exprimaient à Genève, tandis que leurs miliciens se battaient dans les rues d'Aden…

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→Juste en face, à Djibouti, les Chinois viennent d'inaugurer leur première base militaire extra muros, aux côtés – excusez du peu - des Français, des Emiratis, des Américains, des Japonais et des Allemands, afin de sécuriser leurs échanges avec l'Ethiopie et le Soudan. Car l'instabilité, chronique au Sud-Soudan, est en train de contaminer la grande puissance régionale, l'Ethiopie. L'opposition éthiopienne a frappé fort sur les réseaux sociaux en dénonçant à Genève les inégalités sociales, la corruption de l'armée, le développement inégal des régions et surtout les divisions de la coalition au pouvoir, qui font craindre un effondrement de l'Etat à la somalienne, en dépit de la croissance économique. Une région à suivre de très, très près.




16/01/2018

L’obsession du complotisme et ses ravages

sur les prétendus ravages du complotisme en France, obligeamment commenté par de nombreux médias. Les vestales de la bienpensance se sont immédiatement alarmées : 79 % des Français croient au moins à une théorie du complot, 50% croient que le ministère de la santé est de mèche avec les pharmas pour vendre des vaccins nocifs, plus d’un cinquième doute de la version officielle de l’attentat contre Charlie Hebdo, un dixième pense que la terre est plate et que les Américains n’ont pas débarqué sur la Lune, etc.
Autre résultat troublant, mais que peu ont jugé digne de rapporter : seul un Français sur quatre estime que les médias restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont commis une erreur !
Et pourtant, n’est-ce pas dans cette effrayante perte de crédibilité des médias qu’il faut trouver la cause du succès des thèses complotistes ? Si les trois quarts des gens ne croient plus les médias qui sont censés les informer avec honnêteté, le problème n’est-il pas plutôt du côté des médias que du côté du public ? Et comment s’étonner que, dans ces conditions, la presse et l’audiovisuel ne cessent de perdre de l’audience et que les réseaux sociaux ne cessent d’en gagner, aussi farfelus soient-il ? Osons aller jusqu’au bout du raisonnement : notre société n’est-elle pas davantage menacée par les pourfendeurs du complotisme que par les supposés complotistes eux-mêmes ?
Rappelez-vous la stupéfaction qui avait saisi les journalistes après le succès du Brexit et la victoire inattendue de Trump. Personne ne les avait anticipés, ou presque, tant la grille de lecture anti-Brexit et anti-Trump avait aveuglé les médias mainstream. Et que dire des bobards qu’on a racontés pendant sept ans sur la guerre de Syrie et ses « gentils islamistes » qui luttaient vaillamment contre le « boucher de Damas » dont on annonçait la fin tous les quinze jours ? A-t-on tiré la leçon de ces échecs journalistiques ? En aucun cas. La contrition journalistique a duré dix jours et on vite reparti comme avant, en pire.

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12/01/2018

Les cent ans du nouvel ordre international

Voici donc 100 ans tout juste que le président américain Woodrow Wilson annonçait, dans son discours au Sénat du 8 janvier 1918, ses fameux « 14 points » destinés à tracer les grandes lignes de la paix à négocier l’issue de la Première Guerre mondiale.
Le programme était indiscutablement novateur et ambitieux. Les cinq premiers points définissent les conditions générales de la paix: fin de la diplomatie secrète, liberté des mers, libre-échange, limitation des armements et droit des peuples (en particulier colonisés) à disposer d’eux-mêmes.
Les points suivants concernent le règlement du conflit: rétablissement de l’intégrité territoriale française et belge, droit de la Russie communiste à s’organiser comme elle veut sur son territoire et de la Serbie à disposer d’un accès à la mer (fort oubliés aujourd’hui...), création d’une Pologne libre et indépendante, souveraineté des anciens territoires de l’empire ottoman.
Le 14e point est le plus important pour Genève puisqu’il sera à l’origine du destin de notre ville comme capitale internationale: « une association générale des nations doit être constituée... afin d’offrir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux petits comme aux grands Etats ».
Comme, on le sait, ces points furent diversement accueillis, très partiellement respectés par les différents traités signés après la fin des hostilités et fortement compromis par le retour à l’isolationnisme des Etats-Unis et leur refus d’adhérer à la SDN. Mais reste que le Traité de Versailles institua la Société des Nations, avec siège à Genève, et bannit la diplomatie secrète déjà mise à mal par Lénine fin 1917 lorsqu’il publia les accords secrets des Alliés contre l’Allemagne.
Côté face, il faut donc rendre hommage à Woodrow Wilson pour ces avancées, et notamment pour celles qui sont à l’origine d’une diplomatie multilatérale plus transparente, d’un système de sécurité collectif (l’ONU aujourd’hui) certes très bureaucratique mais incontournable et somme toute efficace dans la durée, et de l’émergence d’une communauté internationale qui, avec ses innombrables organisations internationales gouvernementales et non-gouvernementales, est très active malgré tous ses défauts.

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19/10/2017

Dangereux Grand Jeu en Mer de Chine

Grand Jeu, Great Game, c’est ainsi que les historiens ont appelé la politique d’endiguement de la Russie menée en Asie par l’empire britannique au XIXe siècle. Ce « grand jeu » s’est poursuivi au XXe siècle, pendant toute la guerre froide, entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. Et il rebondit au XXIe avec la décision du président Obama de basculer le centre de gravité de la politique américaine de l’Europe vers le Pacifique dans l’intention de contenir la nouvelle puissance rivale des Etats-Unis : la Chine.
Le renforcement des 260 porte-avions et navires de la VIIe Flotte américaine et leur déploiement intempestif dans les mers chinoises, passé presque inaperçu en Occident, n’est pas pourtant pas rien dans l’aggravation des tensions en Asie du Sud-Est. Le raffut fait autour de la Corée du Nord ces derniers temps ne doit d’ailleurs rien au hasard. Les essais nucléaires israéliens ou pakistanais n’avaient pas fait autant de bruit en leur temps… Les rodomontades de Kim Jong-un, qui se sent lui aussi menacé par cette nouvelle politique, sont du pain béni pour resserrer les alliances entre Corée du sud, Taiwan, Japon et Etats-Unis et redonner une légitimité aux velléités japonaises d’abroger l’article 9 de la Constitution afin de transformer son armée défensive en force offensive. La décision de Shinzo Abe, mercredi, de dissoudre la chambre basse et d’organiser de nouvelles élections en profitant de la crise coréenne va dans ce sens.
Ces bruits de bottes alarmants font une autre victime collatérale : le Vietnam.

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02/10/2017

Genève, microcosme des tensions de la planète

La guerre du Yémen, entre rebelles houthis et représentants du gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite, fait rage jusqu’à Genève. Lundi, à l’initiative de l’Arab British Centre for Strategic Studies & Devlopment, l’actuel vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, les ambassadeurs à Londres et Genève et plusieurs anciens ministres ont dénoncé « la situation catastrophique causée par l’alliance impie des Saleh-Houthis et leur coup de force contre le gouvernement démocratiquement élu. » Et de l’autre côté, Human Rights Watch appelait les Nations Unies à constituer une commission d’enquête sur les crimes de guerre. Il y a de quoi faire sachant que les bombardements ont détruit la quasi-totalité des hôpitaux et dispensaires, provoquant une épidémie de choléra sans précédent...

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→Le conflit entre le Qatar et ses voisins rebondit aussi jusqu’à Genève. La semaine dernière, l’Arab Federation for Human Rights établie à Genève attaquait le Qatar à propos de la Coupe du monde de foot en 2022, qualifiée de « honte mondiale » à cause des mauvais traitements infligés aux travailleurs immigrés et de toutes sortes de violations supposées des droits de l’Homme. A quoi le Qatar, en butte à l’hostilité de ses voisins depuis quelques mois, rétorque, avec l’aide du Centre indépendant de recherches et d’initiatives pour le dialogue (CIRID), lui aussi établi à Genève, en organisant une table ronde aujourd’hui à l’ONU sur le thème de « la crise des médias du Moyen-Orient : menaces, violence et censure. » Le même jeu se joue à l’échelle planétaire entre Etats-Unis, Russie, Chine, Syrie ou Iran, dont les gouvernements et les ONG se jettent les violations mutuelles des droits de l’Homme à la figure. A chacun de tirer les conclusions qui s’imposent…

29/09/2017

ONU et Croix-Rouge à cœur ouvert

L’automne, saison des portes ouvertes ! Le samedi 7 octobre, l’ONU s’ouvrira au public pour la dernière fois avant sa rénovation complète. Dernière occasion pour visiter le Palais des Nations dans son jus d’origine! Dimanche dernier, c’était la Croix-Rouge qui organisait sa journée « Rencontrez les humanitaires », avec notamment un débat entre Yves Daccord, directeur général du CICR, et Pascale Meige, directrice des catastrophes et des crises à la Fédération, chez Roger Mayou, le directeur du Musée international de la Croix-Rouge. Réflexion intéressante sur la notion d’urgence, qui s’efface devant les crises qui durent. Bonne surprise : énormément de jeunes ! Et l’après-midi, c’était la Croix-Rouge genevoise qui recevait la population genevoise autour d’un brunch familial à Compesières.


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→Autre souci, les ravages des OGM en Colombie. Le sujet parait exotique, mais il est emblématique des problèmes posés par les semences transgéniques. Outre leurs effets environnementaux et sanitaires, les OGM découragent la production des populations indigènes et favorisent les gros propriétaires tournés vers l’exportation, accusent Swissaid et German Velez du Grupo Semillas de Colombie. Avec pour résultat paradoxal d’affaiblir l’agriculture locale! Autosuffisante en 1990, la Colombie a en effet importé 13 millions de tonnes de blé, de soya et de mais en 2016. Cherchez l’erreur !

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→Taiwan, reléguée par la Chine sur un strapontin en fond de salle, cherche se faire une place sur la scène internationale. Elle y arrive en multipliant les invitations de voyage pour journalistes et politiciens et en organisant des congrès internationaux. Le prochain aura lieu en novembre prochain et regroupera tous les grands hôpitaux du monde à l’invitation de la Fédération internationale des hôpitaux dont le siège est à Genève. En point de mire, le rôle du patient, la cybersécurité et les attaques de hackers, le gaspillage et la mesure des performances hospitalières.

27/09/2017

L'Eglise russe, un lieu d’exaltation et de consolation


L’église russe de Genève, puisque c’est ainsi que les Genevois l’appellent familièrement, est sans aucun doute le lieu le plus connu de Genève avec la Cathédrale Saint-Pierre et l’Hôtel de Ville. C’est un immense plaisir et un grand honneur de m’avoir associé, aujourd'hui mercredi, à son 150e anniversaire et à sa restauration. J’en remercie vivement Mgr Michel et le comité d’organisation.
Pour moi, modeste réfugié catholique descendu des montagnes du Valais pour faire ses études dans la Rome protestante, « l’église russe » a immédiatement représenté quelque chose d’important. Elle a d’abord été une présence apaisante, rassurante, bienfaisante et même consolante. Comme jeune étudiant encore étranger à cette ville, j’aimais voir ses murs blancs et ses bulbes briller de nuit comme de jour, dans le froid comme dans la canicule, sous la pluie comme sous la neige. Car cette église n’est pas seulement une pièce marquante du patrimoine historique et architectural de Genève, c’est d’abord une présence amicale.
Je dois cependant avouer que pendant longtemps je n’ai pas osé y entrer. Elevé dans la tradition catholique et après six années de petit séminaire dans une congrégation missionnaire, j’avais vécu dans la conviction que l’église orthodoxe était sortie du bon chemin, qu’elle sentait le soufre et représentait donc une voie à éviter. Il y a une trentaine d’années, bravant mes préjugés, j’ai donc forcé la porte une première fois, davantage saisi par la curiosité et le goût de l’exotisme que par un saisissement de la foi, je dois le confesser. Et je ne m’en suis jamais repenti ! Depuis lors, je ne manque jamais une occasion de fréquenter les églises orthodoxes, d’y brûler un cierge et de m’incliner devant une icône. Car avec l’âge et l’expérience, j’ai pu constater, comme la plupart d’entre nous je pense, que ce qui nous rassemblait nous autres les chrétiens, que nous fussions orthodoxes, catholiques ou protestants, était bien plus important que ce qui pouvait nous séparer. Et j’ai notamment appris que les traditions et les rites, si sublimes dans l’orthodoxie, pouvaient exalter l’âme et faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en l’Homme aussi bien que les prêches des pasteurs et les sermons des chanoines.

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25/09/2017

Qui restera pour sauver la presse suisse?

Fin août, en commentant le regroupement des rédactions des journaux Tamedia sous un seul toit à Lausanne et la fin de l'autonomie rédactionnelle de la Tribune de Genève, de 24 Heures et du Matin Dimanche, Le Temps appelait à ouvrir le débat sur l'avenir des médias en Suisse romande. Dont acte.
Ce qui est en jeu dans cette opération, c'est moins le déplacement de quelques dizaines de journalistes à Lausanne qu'un vrai changement de paradigme. Car contrairement à ce qui s'est passé jusqu'ici, où l'on taillait dans les effectifs des rédactions mais en préservant leur autonomie et leur identité, il s'agit ici de la dissolution de la plupart des rubriques, de l'étrangère si essentielle pour une ville internationale comme Genève, aux sports, si importants pour le maintien de l'âme populaire d’un journal, et du transfert des décisions éditoriales à Lausanne, et de fait à Zurich, puisque tout se décide là-bas.
Pour Genève dans l'immédiat, et pour la Suisse romande à terme, c'est une catastrophe! Que la deuxième ville et la troisième économie du pays, siège des organisations internationales, n'ait plus de grand quotidien indépendant est un phénomène qui ne peut qu'avoir de graves répercussions pour l'avenir de l'ensemble de la région. Un journal, c'est non seulement des journalistes mais c'est aussi l’âme d’une région, la voix d'un terroir, un catalyseur d'énergies et d'idées. Je crois qu'il est important d'en prendre conscience et que c'est rendre service à tous, politiciens, milieux économiques et éditeurs aussi, que de leur faire part de notre refus d'assister à ce qu'il faut bien qualifier de démantèlement progressif de la presse romande. A court terme Lausanne en profite, mais à long terme, c'est l'effacement de la Suisse romande sur la scène nationale qui est en jeu.

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02/08/2017

La frontière comme deuxième peau

Discours tenu le 1er Août 2107 dans la commune de Gy.
Permettez-moi d'abord de vous remercier chaleureusement de m'avoir invité à passer cette soirée de fête nationale avec vous. C'est un plaisir tout particulier d'être dans cette merveilleuse commune qui est peut-être la plus menue du canton par le nombre de ses habitants et par la brièveté de son nom mais qui a l'immense mérite de rappeler mon prénom à une voyelle près. Je suis d'autant plus honoré que nous savons bien que l'excellence ne dépend ni du nombre ni de la longueur et qu'en matière de qualités, les Gytans n'ont rien à envier au reste des Genevois.

Puisque nous sommes dans une commune frontière, qui jouxte la France sur toute sa longueur, j'aimerai ce soir faire l'éloge de cette frontière. Pour une raison toute simple : parce que sans frontière il n'y a pas de patrie. Sans frontière, il n'y aurait ni commune, ni canton, ni Confédération.

Dans un essai publié voici cinq ans, Régis Debray a fait l'éloge de la frontière.
La frontière est ce qui donne du sens à notre monde, dit-il. Elle est la première réponse au néant de l'espace et de l'existence. «Comment mettre de l'ordre dans le chaos? En traçant une ligne. En séparant un dehors d'un dedans.» «La ville des villes», Rome, a été fondée à partir de rien par une limite, le pomerium, tracée par Romulus dans le sol avec un soc de charrue. La fermeture de la frontière produit des formes de sacralité, autrement dit ce qui a le plus de sens dans nos existences, estime Régis Debray. Le tombeau est fermé, tout comme le sanctuaire qu'on ne peut forcer. La frontière est donc ce qui permet à notre pays d'exister, de se distinguer du reste du monde, d'affirmer ses valeurs, son identité et d'exercer ses droits politiques et sa démocratie directe.

La frontière c'est aussi ce qui permet d'éviter l'uniformisation du monde. Elle permet d'«enfoncer un coin d'inéchangeable dans la société de l'interchangeable,», «de sauvegarder l'exception d'un lieu et à travers lui la singularité d'un peuple». L'être se définit par rapport à l'extériorité du non-être. Une communauté, un monde, n'existent que par rapport à l'extérieur. Parler de l'humanité comme de la communauté de tous les hommes vivant ensemble n'a aucun sens sauf si cette communauté rencontre des extra-terrestres. L'humanité pourrait alors poser ses frontières terrestres face à une altérité extérieure.

Mais la frontière, et vous voyez où je veux en venir, n'est pas facteur d'exclusion. Bien au contraire.

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12/04/2017

Redécouvrir le Maroc

A l’occasion des 20 ans du Club suisse de la presse, Royal Air Maroc et l’Office marocain du tourisme ont invité une dizaine de journalistes suisses à une petite escapade de trois jours au Maroc. Le Maroc souhaite en effet s’ouvrir au tourisme suisse et allemand. Après tout, Casablanca n’est qu’à deux heures et demie de Genève et vaut largement les côtes encombrées de Marbella, les Canaries ou les Baléares.
J’avais hésité à y aller mais je ne l’ai pas regretté. Je dois avouer que cette redécouverte d’un pays négligé depuis vingt ans fut une heureuse surprise. D’abord, on n’y est pas assailli par des hordes de touristes en goguette qui débarquent par cars entiers pour assaillir plages ou villes. Ça fait du bien.
Mais ce qui fait le plus plaisir, c’est de constater que le rouleau compresseur de la mondialisation n’a pas encore saccagé les paysages et les esprits. Si les infrastructures, aéroport, autoroutes, hôtels se sont développés, les paysages sont restés préservés : pas de banlieues interminables envahies par les supermarchés et les panneaux publicitaires, pas de villas ni d’usines qui mitent le territoire n’importe comment, mais des villes et des quartiers industriels qui restent concentrés. On respire !
Miracle, les quartiers populaires sont restés populaires, dans le bon sens du terme, et l’artisanat de qualité est toujours une valeur sûre. Alors que le Vietnam a perdu ses magnifiques artisans depuis qu’il s’est laissé submerger par la camelote chinoise, le Maroc a su conserver ses ferronniers, ses potiers, ses bijoutiers, ses tanneurs, ses menuisiers et ses sculpteurs de stucs. Fès n’a finalement pas beaucoup changé depuis trente ans. Elle s’est même embellie. Quelle capitale historique peut en dire autant ?

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06/03/2017

Penelope Fillon, loyale jusqu’au bout !

Au début de l’affaire Fillon, comme tout le monde, j’ai été choqué. Comment cet homme qui prêchait l’intégrité avait-il pu engager sa femme et la payer 900 000 euros sur les deniers publics pour un emploi présumé fictif, et à tout le moins discutable ?
Puis, les semaines passant sans que le harcèlement des médias et de la justice ne faiblisse malgré l’absence de preuves ou d’éléments nouveaux, le doute et le malaise ont grandi.
Pourquoi cet acharnement contre cet homme – et surtout contre cette femme – qui n’avaient rien fait d’autre que ce font des dizaines de députés français de tous bords sans provoquer aucun émoi ? Et pourquoi les 120 000 euros de frais de bouche intempestifs d’Emmanuel Macron ont-ils passé comme une lettre à la poste sans susciter le moindre intérêt médiatique ?
Une fois de plus, le comportement à deux vitesses des médias et de la justice est en cause. Et au-delà, l’énorme hypocrisie sélective qui consiste à s’indigner contre un comportement légal mais moralement critiquable et à absoudre un comportement illégal mais moralement plus admissible.
Quand la morale l’emporte sur la légalité dans une République, il y a pourtant du souci à se faire pour l’état de droit.
Mais le principal de cette affaire n’est pas là : elle est dans l’énorme et abjecte injustice faite à Penelope Fillon, qui porte décidément bien son prénom.

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03/03/2017

Désarmement, échec collectif

20 ans de blocages ! La session 2017 de la Conférence du désarmement a ouvert ses travaux sur les mêmes impasses. Cette semaine une dizaine de ministres devraient venir y délivrer leur message. Dans le même néant, personne n’osant faire un geste ni déplorer ce qui est en train de tourner à l’échec collectif grave. Curieusement, les blocages ne viennent pas que des grandes puissances mais aussi des « petits » pays nucléaires qui ne veulent pas qu’on mette le nez dans leurs affaires… La semaine dernière, la présidence russe avait pris l’initiative d’une séance informelle consacrée au 110e anniversaire de la grande Conférence de la Paix de La Haye. Une étape fondatrice, qui avait fait date dans l’histoire du désarmement. Puisse l’esprit de la Haye souffler sur Genève !

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→La grande messe annuelle des droits de l’homme va débuter cette semaine (voir ci-contre). On notera qu’elle a été précédée par une intéressante conférence régionale consacrée à une « approche des situations de conflit dans la région arabe basée », à l’initiative du Qatar et du Haut-Commissariat, représenté par Kathy Gilmore. 200 représentants de gouvernements, d’ONG et de diverses organisations arabes ont débattu des causes des guerres régionales, de la prévention des conflits et du rôle des organisations de promotion des droits de l’Homme dans la société. Dans une région peu démocratique et ensanglantée par les guerres d’Irak, de Libye, de Syrie et du Yémen, et dans laquelle tous les Etats ont beaucoup à se reprocher, cela n’était pas anodin.

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28/02/2017

Vive l’information plurielle !

La semaine dernière, j'ai signé ma dernière chronique pour le Courrier. Après cinq années d’échanges et de débats parfois controversés mais toujours vivants, chacun a repris sa liberté, comme on dit. Je tiens à remercier l’équipe du Courrier pour son hospitalité, son professionnalisme et surtout pour sa capacité à accueillir une voix qui n’exprime pas forcément son ADN. C’est la grandeur d’un journal, et du journalisme, que de s’ouvrir à d’autres visions et je souhaite, dans ces temps forts troublés pour la presse écrite, longue vie à ce journal, modeste mais combatif et nécessaire.
Qu’il est devenu difficile, en effet, d’exprimer des avis divergents, d’emprunter des sentiers latéraux qui serpentent dans les sous-bois, et de s’écarter des autoroutes sur lesquelles circule une information soigneusement cadrée par une foule de limitations et d’interdictions : pas question de sortir des clous du discours libéral, européiste, atlantiste, libre-échangiste, anti-étatiste, multi-culturaliste sous peine de se voir sanctionné par les étiquettes les plus infamantes. Impossible aussi de développer un vrai discours social, de dénoncer les inégalités croissantes et l’enrichissement scandaleux de quelques-uns sous peine de se retrouver cloué au mur par les mercenaires de l’oligarchie, toujours prêts à tirer à vue sur les supposés « fossoyeurs » de la croissance, les « ennemis » de la prospérité et les « assassins » de la liberté d’entreprendre.
C’est ainsi que la majeure partie de la presse dominante s’est coupée de sa base sociale et de son public. Qu’elle a creusé sa propre tombe en déléguant aux bas-fonds d’internet le soin de mettre en lumière les faits dans toute leur complexité et pas seulement sous un angle trompeur, de diffuser des opinions alternatives ou divergentes et d’animer, dans la confusion, les débats politiques et de société qu’elle aurait dû initier. C’est ainsi que, par une sorte d’autisme inconscient, elle achève de crever à petit feu.

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25/02/2017

Lettre à mes détracteurs et autres russophobes obsessionnels


Jeudi dernier, le Grand Conseil genevois m'a donc autorisé à recevoir l'Ordre de l'Amitié conféré par le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine. Merci encore à toutes celles et tous ceux qui m'ont soutenu. Mais cela n'a pas été sans mal, puisqu'une minorité de donneurs de leçons bienpensants et s'attribuant tous les droits propres au prétendu camp du bien a cru bon devoir se lancer dans des diatribes assez odieuses. Pour que chacun puisse se faire sa propre opinion, voici donc ce qui a justifié l'obtention de cet honneur.

Tout d'abord, voici le communiqué du consulat général de Russie à Genève: "Le Président de la Fédération de Russie par son décret du 4 août 2016 a décoré Monsieur Guy Mettan par l’ordre de l’Amitié, signe de distinction d’Etat de la Fédération de Russie.
En tant que Président de la Chambre de commerce Suisse-Russie & CEI depuis sa création en 2005, il a contribué au développement des relations économiques entre la Russie et la Suisse, aidé à établir les contacts entre des hommes d’affaires des deux pays, facilité la communication entre les deux parties.
Comme journaliste, il a toujours su rester objectif en présentant une image actuelle et vraie de la Russie, en combattant la russophobie et en réfutant les préjugés et les idées reçues. En tant que directeur exécutif du Club suisse de la presse, il a donné la possibilité de s’exprimer au sujet de la Russie aux différentes opinions (y compris des voix critiques comme p.ex. celles de Mme Zhanna Nemtsova ou M. Garry Kasparov). En 2015, il a publié le livre « Russie-Occident, une guerre de mille ans : La russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne ». La décoration de Monsieur Guy Mettan est un signe d’honneur et de reconnaissance."


De mon côté, je tiens à préciser ce qui suit: L’Ordre de l’Amitié est une distinction honorifique, qui n’est liée à aucune prestation financière ou avantage pécuniaire. Elle est accordée avec parcimonie et seules deux personnalités ayant vécu à Genève l’ont reçue à ma connaissance: l’ancienne présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey et l’ancien directeur du Grand Théâtre Hugues Gall.

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18/01/2017

Les causes de la guerre 2.0

L’hystérie provoquée par les supposées attaques informatiques russes a atteint des proportions hallucinantes aux Etats-Unis. Comment expliquer que la première puissance mondiale, dotée d’un budget militaire dix fois supérieur à celui de son rival et qui à lui seul dépasse celui de l’ensemble des autres puissances, soit sensible à la « menace » poutinienne au point de mettre le pays au bord de la crise de nerf institutionnelle et d’accroitre encore le chaos mondial?
Il y a une cause interne, bien sûr, qui tient à l’échec inattendu de la coalition Obama-Mc Cain qui se croyait assurée de conserver le pouvoir avec Hillary Clinton. Depuis la seconde présidence de Bill Clinton s’est en effet forgée aux Etats-Unis une alliance de fait entre l’establishment démocrate d’une part et les néoconservateurs d’obédience républicaine d’autre part. Le bombardement de la Serbie en 1999 avait scellé cet accord que ni les aventures militaires calamiteuses de Bush Jr ni les palinodies élégantes mais sanglantes d’Obama n’avaient réussi à remettre en cause. Hillary Clinton incarnait le meilleur espoir, pour ces deux camps, de continuer leur business as usual, à savoir la poursuite d’une hégémonie américaine fondée sur le libre-échangisme commercial sans limite, l’ouverture des frontières, le renversement des régimes hostiles au nom de la démocratie et des « valeurs » occidentales, l’enrôlement des médias – embedded depuis l’invasion de l’Irak en 2003 – et la mobilisation illimitée de toutes les ressources du soft power.
Or l’échec d’Hillary est venu casser cette mécanique bien huilée. Avec Trump-la-mort, impossible de continuer à se passer les plats entre soi, via des conférences grassement rémunérées par Wall Street, des ventes d’armes et de bombes aux alliés subalternes, France, Arabie saoudite ou Turquie chargées de les larguer sur la Libye, la Syrie, le Mali ou le Yémen, et l’implantation de multinationales 2.0 et 4.0 aux quatre coins de l’univers. Rassemblant sous sa houppette blonde tous les déshérités de la mondialisation aussitôt estampillés de l’infamante étiquette de « populistes », Trump veut au contraire brider le libre-échange et mettre un frein aux opérations de basse police du « gendarme » mondial. De quoi semer la panique, en effet, dans le camp de ceux qui profitaient de ce système avec la bénédiction du sémillant Obama et de la ravissante Michelle.

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09:45 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (5)

21/12/2016

L’histoire du hacker hacké

Si l’Europe a les yeux rivés sur le drame d’Alep et la difficile évacuation des populations civiles, largement dû au non-respect des accords par la mouvance Al-Qaida, les Etats-Unis, eux, vivent au rythme des accusations de la CIA contre le supposé hacking électoral russe. Les Américains semblent avoir déjà passé la Syrie par pertes et profits et sont désormais entièrement concentré sur la passation de pouvoir entre Obama et Trump. On aura noté qu’entretemps, on ne parle plus des bombardements contre la population de Mossoul et du million de civils qui sert de bouclier humain aux combattants de Daech. Et encore moins des innocents qui meurent sous les bombes saoudiennes au Yémen. Au contraire, à Mossoul, on vante chaque progrès des valeureux « libérateurs » de la ville. Après tout, chacun n’a-t-il pas le droit de choisir ses héros, ses compassions et ses indignations, bien que les combats qui ravagent la Syrie et le nord de l’Irak soient pourtant dus aux mêmes causes, aux mêmes ennemis, aux mêmes stratégies suicidaires ?
Mais revenons aux Etats-Unis. Au fur et à mesure qu’on se rapprochait de la date de l’élection de Trump par les grands électeurs, qui était la dernière chance pour le clan démocrate de renverser le cours des choses, on a vu croître l’hystérie contre le hacking des serveurs démocrates et le piratage de la boite mail du chef de la campagne d’Hillary Clinton, John Podesta. La CIA, le Washington Post, le New York Times, les ténors du parti démocrate ont mené une campagne de presse d’une violence sans précédent jusqu’ici dans une élection pour tenter de changer le destin et convaincre les grands électeurs de tourner leur veste. Même le président Obama, qui avait jusque-là montré une certaine hauteur, a cru bon devoir descendre dans le marécage pour suggérer que « Poutine avait lui-même donné l’ordre de hacker les serveurs » des grands partis américains pour influencer la campagne en faveur de Trump.
Un premier assaut avait déjà été tenté juste après l’élection lorsque Jill Stein, la candidate écologiste, avait demandé un recomptage des voix dans trois Etats. Les médias qui avaient soutenu Hillary avaient alors abondamment commenté la manœuvre. Sans aucun succès puisque dans un Etat, le recomptage avait accentué l’avance de Trump d’une centaine de voix et que les juges avaient jugé le recomptage inutile et dispendieux dans les deux autres Etats litigieux.
Il fallait donc trouver une autre cible: les hackers russes, de connivence avec Julian Assange et Wikileaks, à qui ils auraient transmis le contenu des mails de John Podesta et d’Hillary Clinton, révélant aux Américains atterrés que les démocrates avaient insidieusement tronqué les primaires en faveur d’Hillary et que celle-ci trompait son monde suivant qu’elle s’adressait à ses électeurs ou à ses donateurs de Wall Street. Opération jugée gagnante à tous les coups puisqu’elle aurait permis de discréditer à la fois Trump, la Russie et les lanceurs d’alerte qui, de Wikileaks à Edward Snowden, ne cessent de dénoncer les dérives des services de renseignements américains.

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25/11/2016

Trump, victoire ou défaite de la démocratie?

L'élection de Trump a secoué, brièvement, le Landerneau politico-médiatique. Comment a-t-on pu en arriver là? se sont demandés les représentants des élites désavouées par ce peuple décidément très imprévisible. Les plus lucides ont admis, pas trop quand même, qu'ils avaient failli et certains ont entamé un début d'autocritique. Mais ça n'a pas duré. Les premiers instants de sidération passée, les vaillants gardiens du prêt-à-penser sont montés au créneau : "Mais non, nous n'avons pas failli! Au contraire, assumons nos choix. Hillary n'a-t-elle pas gagné en nombre de voix? Et puis, de quelles élites parle-t-on? Nous n'en sommes pas, ou si peu. Allons donc, le politiquement correct n'existe pas, voyez comme nous divergeons d'opinion entre nous!"
Personne, ou presque, n'avait rien vu, rien entendu, ni rien dit, mais cela n'a aucune importance, circulez citoyens! A ce rythme, le nécessaire débat sur l'aveuglement des médias, des experts, des universitaires, des milieux culturels et politiques passera par pertes et profits aussi vite qu'il l'avait été après le vote surprise du Brexit, déjà oublié après six mois.
Or il y a péril en la demeure et urgence à remettre en cause la façon dont les médias et l'expertocratie répercutent si bien les opinions des classes dominantes et si mal la sensibilité et les frustrations des classes populaires.
Le petit exemple suivant illustre bien ce biais systématique qui conduit à se concentrer sur les désirs et les revendications des élites au détriment du petit peuple des anonymes. Il y a trois semaines les journaux romands ont brièvement signalé le suicide de deux paysans vaudois, qui s'étaient donné la mort par désespérance, par solitude et parce qu'ils n'arrivaient plus à nouer les deux bouts. Ces drames n'ont pas suscité le moindre intérêt dans les rédactions. Un accident de la route avec deux morts aurait joui d'une plus grande attention, bien que ces deux suicides aient été le symptôme du malaise extrême qui affecte des milliers de paysans au cœur même de nos campagnes.

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