21/09/2007

Rasez les moutons, qu'on voie l'herbe!

J’espère vivement que les historiens du futur auront autre chose à se mettre sous la dent que la presse de ces dernières semaines pour juger de l’état de la Suisse en 2007. Sinon ils pourraient bien conclure que le pays tout entier avait sombré dans le gâtisme et ne se préoccupait plus que de compter les moutons – blancs ou noirs – et de traquer les complots et anti-complots nés dans le cerveau malade des politiciens de l’époque.

Le niveau pitoyable dans lequel est tombé le débat politique depuis le début de l’été, c'est-à-dire depuis que le président de l’UDC a traité la prairie du Grutli de « pré à bouses » et que son parti a décidé d’arroser tous les ménages du pays avec sa propagande contre les étrangers délinquants, oblige à poser la question qui fâche : le patron de fait du parti populiste et accessoirement conseiller fédéral Christoph Blocher a-t-il mérité la confiance qu’on a placée en lui en l’élisant aux plus hautes fonctions nationales ?

La réponse va de moins en moins de soi. Il y a quatre ans, étant donné la progression de l’UDC, on pouvait admettre que sa revendication d’un deuxième siège au Conseil fédéral était légitime. Tout comme on pouvait reconnaître que les thèmes soulevés par ce parti – sentiment d’insécurité croissante et immigration étrangère mal maîtrisée – méritaient mieux que le boycott des médias et le mépris de l’establishment politique. D’accord ou pas, les questions soulevées par l’UDC reflétaient bien une préoccupation que les autres partis avaient trop tardé à prendre en considération.
Mais depuis que M. Blocher est parvenu au pouvoir, on est tombé dans l’extrême inverse. Du silence on a passé à l’overdose, du mépris on a versé dans la pâmoison : impossible d’ouvrir un journal, d’allumer un poste TV ou de parler politique sans se fracasser sur M. Blocher, sa photo chez lui ou sur un alpage et ses publicités sur le prétendu complot ourdi contre lui, tandis que les sept millions et de mi de Suisses se voient sommés de débattre de la couleur des moutons.
Quant à l’air du Conseil fédéral, il est carrément devenu irrespirable. Le climat détestable qu’il fait régner à Berne est indigne de notre pays. On peut comprendre celles et ceux qui, il y a quatre ans, avaient souhaité son accession au pouvoir pour régler des problèmes dont le traitement n’avait que trop tardé. Mais aujourd’hui, la preuve est faite que l’UDC et son chef ne sont pas là pour résoudre les difficultés mais pour les créer et jeter de l’huile sur le feu. Pour se maintenir au pouvoir, un parti populiste est ainsi fait qu’il doit sans cesse alimenter le feu qu’il a déclenché : il se comporte comme un pompier pyromane, qui justifie son action en allumant constamment de nouveaux incendies.

Désormais le doute n'est plus permis:  le remède est pire que le mal.

(extraits d'un article publié dans l'Agefi du 13 septembre 2007)

09:28 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

très bien, entièrement d'accord, mais qu'entendez vous faire pour lutter contre ce fléau ? Il ne me semble entendre que des voix individuelles s'élever contre M. Blocher. Quid de la responsabilité des partis qui ont soutenu son élection? Je n'ai pas encore à ce jour entendu l'un d'entre eux dire "nous ne le réélirons pas"...

Écrit par : arken | 21/09/2007

bien sûr que ce que vous dites est pertinent, mais pourquoi en rester aux mots? Le PDC n'est pas une force de proposition c'est une force de compromis!

Elle est certes importante et fort utile mais ce n'est pas un moteur, c'est un carburant! Lorsque le PDC a un moteur, il lui coupe le carburant, le cas JOYE est très typique de cette situation.


Par ailleurs lorsque le PDC trouve sur son chemin politique une autre force qui, elle, s'occupe de l'attaque, il préfère se ranger du côté de la masse.
C'est le cas avec le MCG. On peut comprendre que le style ne vous convienne pas. Mais sur le fond, ce parti ne dénonce-t-il pas des comportements que le PDC devrait, lui aussi bannir de son action politique.

Je comprends aussi que Mettan et Stauffer ne sont pas fait pour aller en vacances ensembles. Mais les affaires que lève Stauffer ne sont-elles pas de celles que le PDC devrait, lui aussi dénoncer?

Ce que je veux dire par là c'est que si l'UDC tient des propos très discutables, n'y a-t-il pas d'autres partis de combat avec lesquels le PDC peut faire des alliances de circonstance.

A force de dire on ne s'allie pas avec celui-ci pour telle raison et avec celui-là pour telle autre, on finit par se contenter de manger dans le gruyère pour y faire son trou est rester au calme!!!

Les convictions du PDC valent mieux qu'une attitude soit passive soit de complaisance.
A l'heure actuelle, je ne vois pas où se trouve l'action crédible que propose le PDC pour contrer l'UDC, c'est dommage car vos chevaux de bataille sont les bons.

Écrit par : john Sordurant | 21/09/2007

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