26/09/2007

Un patron peut-il gagner 1000 fois plus que son employé?

La grogne contre les salaires exorbitants des patrons va croissant un peu partout dans le monde, aux Etats-Unis, en Europe comme à Genève, comme en témoigne la polémique concernant les bonus et les salaires des cadres et des administrateurs des Services industriels de Genève, qui ne fait que traduire ce malaise.

Dans les entrreprises, les écarts salariaux entre le salaire du patron et celui de ses collaborateurs est de 1 à 400 en moyenne. Il grimpe même à 674 au Credit Suisse. Cet écart n'a cessé d'augmenter durant ces deux dernières décennies. Cette dérive des hauts salaires est incontestablement l'un des dommages collatéraux de la globalisation et est perçu comme tel dans la population des pays industrialisés.

L'initiative populaire contre les rémunérations abusives lancée par le patron de PME alémanique Thomas Minder témoigne de cette colère croissante, qui est toujours superbement ignorée dans les échelons supérieurs de l'establishment. Pas question de publier son salaire et ses bonus, surtout lorsqu'ils sont astronomiques. Et, surtout, pas question que les gueux des étages inférieurs se mêlent de vouloir se mêler de cette question.

Mais trop c'est trop, et les conseils d'adminsitration comme les actionnaires feraient bien de prendre des mesures et de retrouver un minimum de sens commun. Cet été, le très sérieux Financial Times, fort inquiet, publiait un sondage alarmant réalisé dans 5 pays d'Europe et aux Etats-Unis. Résultat: la cote des grands patrons est en baisse partout, le mécontentement contre les gains abusifs ne cesse de croître, tout comme la conviction que les superriches doivent désormais payer plus d'impôts. Même les Etats-Unis n'échappent pas à la tendance, la France et l'Italie se montrant paradoxalement les plus réservés. Mieux les gens montrent qu'ils savent très bien ce qu'ils font car ils distinguent très bien entre la concurrence, à laquelle ils restent très attachés, des effets de la compétition lorsque ceux-ci sont détournés au profit exclusif d'une petite minorité.

Si la globalisation a généralement entraîné une hausse des niveaux de vie dans toutes les couches de population et dans les pays émergents, elle a aussi très largement contribué à accroître les inégalités entre bénéficiaires. Aujourd'hui ce sentiment d'inégalité, justifié par les chiffres et les faits, s'est exacerbé et devient insupportable. Patrons, syndicats d'employeurs et politiciens feraient bien de ne pas l'oublier.

08:48 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Tant que nous sommes dans les sociétés de capitaux, aucun problème.
C'est aux actionnaires qu'il appartient de régler cette question.

Si la société est dans un marché de concurrence, c'est cette dernière qui mettra de l'ordre.

Dans les sociétés que vous citez, avec pertinence, les fonds de pension sont des investisseurs majeurs.
N'y a-t-il pas là un début d'autre malaise?

Ces Institutions devraient avant tout veiller à ce que les règles de l'éhique s'appliquent au sein des sociétés dont elles sont actionnaires.

Or comme elles ont aussi un gros besoin de rendement, elles font des concessions aux règles de l'éthique afin de pouvoir servir les pensions dont elles sont débitrices.
A ce titre elles vont recruter des stars de la gestion qui n'acceptent que si le chèque est à la hauteur de leur appétit.

La dérive est fort complexe et difficile à enrayer.
L'une des pistes serait que les fonds de pension et autres fonds institutionnels signent, à l'échelle mondiale, une charte qui leur permettent d'éviter de tomber dans ce piège. Une sorte de globalisation des règles éthiques. C'est à mes yeux tout aussi intéressant que la globalisation de l'OMC, non?

Pour ce qui est du dossier local des SIG, la question est toute différente. SIG n'est pas en situation de concurrence, il jouit d'un monopole. Ce monopole n'est en mains privées mais en mains étatiques, donc sous contrôle du politique.
Ce qui choque dans cette affaire c'est que des "agents de l'Etat" s'aménagent des revenus hors de tout contrôle.
Ce qui est totalement invraisemblable c'est que le politique, le Conseil d'Etat en l'espèce, cautionne ces pratiques en les acceptant.

Dans tout système politique occidental, je l'ai déjà écrit, une telle affaire aurait entraîné la chute de tous ceux qui sont impliqués, y compris le ministre. A Genève il ne se passera rien, malgré votre salutaire intervention au Parlement.


Vous constatez aussi, à vos dépens et à ceux de la collectivité, que l'interdiction qui est faite aux cadres de l'administration de siéger au parlement est plus que fondée.

Or dans le cas SIG/Brunier, votre Parti comme les autres qui participent à l'action gouvernementale ont voté une dérogation.

Alors c'est bien de réagir comme vous le faites, et soyez-en remercié, mais tout cela ne serait peut-être pas arrivé si les membres de la direction ne bénéficaient pas de protections politiques comme le cas dans cette affaire.

Très sincèrement, je crois que les parlementaires devraient inviter ce député à choisir. Soit il est haut fonctionnaire et ne siège plus soit il est député et il sort des SIG.
C'est à ce prix qie l'ensemble de la classe politique retrouvera son crédit.
meric de votre réflexion sur le fond en espérant que ma contribution conduira au règlement de ce pénible situation.

Écrit par : Patrick Dimier, Ph.D. sciences Po. | 26/09/2007

Merci Monsieur Dimier!
C'est clair, précis et non entacher de "copinage"! Je suis donc certain que vous n'êtes pas politicien où alors d'une qualité beaucoup trop rare!

Écrit par : L'anar de droite | 26/09/2007

bonne opportunité pour tous

Écrit par : betty | 22/10/2007

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