16/09/2008

En forte hausse: la haine de l'Occident!

C’est un paradoxe : plus les marchandises et les services produits ou inventés par l’Occident sont conquérants, plus ses valeurs - la démocratie, le libéralisme économique, l’individualisme - sont répandues, et plus la haine de l’Occident croît. Le triomphe apparent de l’occidentalisation du monde ne doit en effet pas faire illusion. Le feu couve sous la cendre et derrière les vitrines des MacDo, les enseignes de Rolex et les militants des ONG chargées de vendre la démocratie et les droits de l’homme, la résistance s’organise. Ici, ce sont des talibans qui tiennent en échec les forces de paix – d’occupation ? – de l’OTAN ; là, ce sont des anciens colonisés qui réclament des compensations pour l’esclavage ; ailleurs ce sont des mouvements indigénistes qui se révoltent contre les vieilles dominations créoles.

Il suffit de se promener sur un quai pendant les fêtes de Genève ou sur une plage de Phuket à Noël pour s’en convaincre. Ici, ce sont des flots de familles arabes avec leurs femmes voilées de noir qui déambulent et qui croisent des gens du cru, mais sans jamais se mélanger, sans se parler, ni même échanger un regard. Pas question de monter jusqu’à la Vieille Ville ou à la cathédrale (ce symbole chrétien !) ni de visiter un musée : le périmètre touristique est soigneusement délimité et ne dépasse pas les boutiques chic des Rues Basses. A Phuket, même image : des hordes de vacanciers envahissent les plages et les boîtes de nuit, mais pas question de s’enfoncer à plus de 10 kilomètres à l’intérieur des terres ou de visiter un temple bouddhiste. Le brassage des populations est à son paroxysme mais la curiosité pour l’autre, le désir d’échange, la volonté de le comprendre sont réduits à zéro.

Dans le monde d’aujourd’hui, les cultures se frôlent mais ne se frottent plus les unes aux autres.

Pour l’Occident, habitué à affirmer sa suprématie technique et militaire et la prépondérance de ses valeurs devenues universelles, le réveil pourrait être dur. D’une part parce que les anciens dominés ont appris à produire à meilleur coût et que l’avantage technologique n’est plus aussi déterminant et d’autre part parce qu’ils n’acceptent plus ses valeurs les yeux fermés. Les dominés d’hier ont appris à décoder les ruses de l’Occident. Ils savent que derrière la démocratie se cache un libéralisme économique qui profite au plus fort, que le discours des droits de l’homme joue en réalité sur les mots et que l’Occident met en avant les droits politiques individuels pour mieux escamoter les droits matériels collectifs, que l’ingérence pour sauver des peuples en danger a de forts relents de pétrole...

Pendant deux siècles, l’Occident a inspiré la crainte mais aussi une sorte de respect moral, même aux pires moments de la colonisation. Au-delà des exactions et des exploitations, il était aussi porteur d’espoir et d’émancipation. Cette époque est désormais révolue. Car l’Occident fait de moins en moins peur, fût-il bardé de porte-avions et de boucliers anti-missiles. Mais surtout, il n’a plus de valeurs crédibles et respectables à proposer au reste du monde.

09:36 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

Constat sombre et réaliste mais, je le crains, quelque peu trompeur. Les valeurs "crédibles et respectables de l'Occident" (je vous cite) existent bel et bien toujours, mais comme elles ont toujours existé: dans les consciences individuelles, les déclarations de principes politiques, les catéchismes et les traités de philosophie notamment. Elles étaient appliquées et le sont toujours en grande partie dans la vie familiale, mais peu dans la réalité des empires et des grandes nations, d'ailleurs presque toujours esclavagistes de la Chine, de l'Inde, du Moyen Orient, de l'Egypte, de la Grèce et de Rome, ainsi que chez les Aztèques, les Incas et les Mayas d'Amérique du Sud et les grands Royaumes d'Afrique. Dans le domaine publique on trouve dans différentes tribus du passé (dont nous parlent les ethnologues) des systèmes de partage et de dons qui faisaient obligation aux chefs de partager ou même de détruire rituellement les richesses accumulées, et de maintenir ainsi un équilibre de la richesse, mais il n'en a pas été de même, que je sache (et mon savoir est certainement très imparfait) dans de grands ensembles de population. Certaines des valeurs auxquelles vous faites référence avaient donc dans le domaine public plutôt une valeur incitative et de référence; mais de même que l'Evangile chrétien, elles n'ont jamais dominé la conduite des affaires politiques, militaires ou commerciales (ni même, encore plus triste à dire, l'action de certains missionnaires).
Quant à la période, que vous semblez estimer passée, où elles inspiraient respect et admiration presque universelles, c'est en effet celle l'expansion européenne et de la colonisation qui l'a accompagnée. Je crains, hélas, une fois de plus, que ce respect et cette admiration ne fussent motivés en grande partie par la crainte devant le pouvoir militaire et la cupidité qu'inspiraient la démonstration du pouvoir et l'étalage des richesses qu'ils semblaient promettre à ceux qui les suivraient.
A l'heure d'un début de déclin politique, militaire et économique de cet Occident-là, il n'est donc pas étonnant que les autres Empires et Nations mettent en avant leurs propres systèmes de valeurs, qui ne sont d'ailleurs pas toujours fondamentalement différents des nôtres, mais que le jeu politique exige de magnifier. Ainsi sur le plan personnel et familial il n'y a évidemment pas de systèmes qui prônent la destruction de sa descendance ou la haine à son égard; par contre le pouvoir et les droits peuvent être très différemment répartis, comme le montre l'Islam (pour prendre l'exemple qui inspire le plus de controverses), surtout dans sa forme fondamentaliste, qui trouve d'ailleurs son pendant dans certaines sectes chrétiennes. Mais les nations musulmanes non plus, quoiqu'elles puissent prétendre n'appliquent, dans leurs politique intérieure ou extérieure à la lettre les principes les plus généreux et les plus nobles exprimés dans les textes qui inspirent leur morale.
Dans ce rééquilibrage des pouvoirs dans le monde, il est d'autant plus important de ne pas se laisser gagner par un doute néfaste à l'égard de toutes les valeurs qui ont fait notre histoire occidentale. Les soumettre à examen pour éventuellement les améliorer et surtout les rendre compatibles avec l'évolution historique de nos sociétés, bien sûr, puisque cette attitude critique est justement une des valeurs dont nous pouvons être le plus fier, les délaisser ou les abandonner au profit de valeurs utopiques qui ne pas et n'ont jamais été appliquées nulle part, constituerait une sorte de suicide culturel et moral. Encore une fois, l'essentiel des valeurs se retrouvent dans notre vie familiale et sociale la plus intime et nous devons lutter avec force pour qu'elles inspirent aussi l'action des politiques que nous avons le privilège de pourvoir élire, dans la mesure ou cela est compatible avec la gestion réaliste d'une société et d'un pays.

Écrit par : Mère | 16/09/2008

"Dans ce rééquilibrage des pouvoirs dans le monde, il est d'autant plus important de ne pas se laisser gagner par un doute néfaste à l'égard de toutes les valeurs qui ont fait notre histoire occidentale. "

Totalement d'accord! Sombrer dans la certitude que nous n'avons plus de valeurs positives à promouvoir, c'est donner le flanc à l'ennemi et ssombrer dans le nihilisme... Alors que nous avons tous les instruments critiques nécessaires pour mener une politique d'amélioration continue.

Écrit par : Carlitos de Unamuno | 16/09/2008

Totalement d'accord aussi, mais il faudrait analyser pourquoi ces valeurs sont si fortement attaquées et dans l'intérêt de qui ? Personne ne me fera croire que les journalistes de 24 heures ou de la TdG qui ont à l'évidence un QI d'huîtres travaillent pour OBL ?
Alors comment se passe le processus de décérébration de ces huîtres ?

Écrit par : Géo | 16/09/2008

Eh bien, cher Guy, il nous arrive donc d'être d'accord, comme je le suis d'ailleurs avec les propos, remarquables de Mère.
Tout compte fait, j'aime quand même bien ces blogs de la Tdg qui ont une certaine tenue... Je dirais même plus, une tenue certaine...

Écrit par : Philippe Souaille | 16/09/2008

Moralité : Mère, il vous faudra intervenir plus souvent...

Écrit par : Géo | 16/09/2008

"il n’a plus de valeurs crédibles et respectables à proposer au reste du monde."

Nos valeurs sont crédibles et respectables et bien des opprimés par des dictateurs de par le monde y aspirent. Cette haine de soi exprimée par des Occidentaux bobos fait le jeu des idéologies totalitaires, l'islam, mais aussi le communisme avec la Chine et la Russie. Ce luxe de pouvoir médire de son régime politique et économique bien des gens nous l'envie. Jusqu'à la colonisation tant décriée publiquement, des intellectuels Africains la regrettent parce qu'au moins elle permettait un développement du pays qui profitait finalement à tous tandis qu'aujourd'hui les matières premières sont exploitées par des sociétés étrangères dont les bénéfices ne vont que dans la poche de la clique au pouvoir. Enfin, l'esclavage est d'abord le fait des noirs eux-mêmes qui faisaient prisonniers les membres de groupes adverses pour les revendre aux arabes qui contrôlaient tout le trafic de l'esclavage sur le continent Africain. L'esclavage est d'ailleurs toujours en vigueur dans les pays de la péninsule arabique.

Écrit par : elf | 19/09/2008

Les valeurs occidentales sont grandes et belles... sur le papier.

Dans la pratique ce ne sont qu'exploitations, pillages, assassinats, génocides. Ce ne sont pas par nos valeurs que nous sommes plus riches, mais par la mise en coupe réglée des pays du tiers-monde. Voir les chapitres: colonialisme, échange inégal, néocolonialisme, dictatures, capitaux en fuite, guerres de l'opium, guerres de libération, etc.

"mais aussi le communisme avec la Chine et la Russie."

La Russie et la Chine n'ont jamais été communistes. Ce n'est pas parce qu'il est marqué "sucre" sur la boîte qu'il y a forcément du sucre à l'intérieur. Saviez-vous que la grande majorité de la population vivait mieux du temps de l'Union soviétique que depuis son effondrement? C'est un fait.

Et parmi les valeurs occidentales, il faudrait aussi citer le mensonge, l'hypocrisie, la désinformation, l'agression et le coup d'Etat, entre autres.

"Jusqu'à la colonisation tant décriée publiquement, des intellectuels Africains"

Ah oui? Des noms, s'il vous plaît.

"la regrettent parce qu'au moins elle permettait un développement du pays qui profitait finalement à tous"

Quand je parlais de mensonge en tant que valeur occidentale, nous y voilà!

"tandis qu'aujourd'hui les matières premières sont exploitées par des sociétés étrangères dont les bénéfices ne vont que dans la poche de la clique au pouvoir."

Tandis qu'auparavant ils allaient directement dans la poche des cliques dirigeantes des pays occidentaux.

Écrit par : Johann | 19/09/2008

@Johann; permettez-moi d'apporter un bref commentaire à votre contribution, non dans un esprit de chicane ou de pure joute verbale, mais dans ce que j'aimerais voir plus souvent dans notre monde, un désir d'oeuvrer à la clarté de nos échanges d'idées, afin que, amis ou ennemis nous soyons au moins au clair sur ce que nous disons.

Votre désespoir quant aux valeurs "sur papier" de notre Occident me peine en même temps qu'il me réjouit. Car en dénonçant un manque, vous faites en même temps la liste d'un certain nombre de vertus et de valeurs que nous devrions appliquer et que nous avons perdues ou trahies. Vous ne les citez pas directement, mais vous énoncez leurs contraires, ce qui veut dire que vous les connaissez, comme nous les connaissons tous et qu'elles sont donc vivantes quelque part. Shakespeare disait dans un de ses sonnets (c'était en fait presque un cliché chez les poètes de son époque) que tant que son poème serait lu, qui décrivait les beautés de son aimée, celle-ci vivrait à travers les âges. Je crois qu'il en est de même pour certaines de nos valeurs, et cela pour des raisons plus biologiques que poétiques.

C'est au sein de la famille ou de ce qui en tient compte, dans les relations intimes et étroites du petit groupe que l'amour, l'amitié, la sincérité, le désintérêt, l'entre-aide, l'honnêteté règnent en règle générale (pas toujours, hélas, les journaux nous le rappellent quotidiennement) et doivent régner d'ailleurs pour la survie de ce groupe. Plus nous sommes éloignés de ces cellules, plus les règles changent, sont remplacées par d'autres mécanismes et laissent apparaître les aspects plus durs et plus "inhumains" de la psychologie et des comportements des masses.

Mais il ne s'agit plus là de tares spécifiques à l'Occident, comme tentent de nous le faire croire quelques Musulmans fanatiques ou des signes de quelque pêché originel sur lesquels se morfondent les Chrétiens. Nous ne les éradiquerons jamais, pas plus que nous ferons des végétariens des lions de la savane africaine; il nous faudra vivre avec, comme l'ont fait depuis des millénaires nos ancêtres, sous des formes ou des régimes divers et plus ou moins sanguinaires et oppressifs, jamais idylliques, jamais utopiques, toujours tissés de conflits, d'égoïsme et de cruauté en concurrence avec d'admirables actes d'amour, de désintérêt, d'humanité enfin dans son sens noble.

Mais ce qui manque vous le savez, nous l'avons su à toutes les époques, nous y aspirons, donc nous le connaissons, non pas parce que des systèmes religieux nous les ont enseignés, mais parce que nous en avons toujours eu besoin pour aimer, élever nos enfants et chérir nos amis. Et puisque nous les connaissons, c'est à nous de lutter sur un plan individuel pour que collectivement nous fassions mieux, que ceux qui nous représentent soient forcés de faire mieux, ou au mieux, malgré les deux faces de leur et de notre humanité.
Amicalement

Écrit par : Mère | 19/09/2008

Désespoir? Ai-je donné cette impression?
Non, haine du mensonge et de l'hypocrisie.
Haine de la propagande qui distille son venin mieux que du temps de Goebbels.
On nous apprend par un constant matraquage que les USA sont les gentils et que les Russes (par exemple) sont les méchants. Les ricains ont génocidé à tour de bras les populations indigènes du continent nord américain, ont pratiqué le plus grand nettoyage ethnique de l'histoire moderne, ont inventé la déportation et le goulag qui s'appelle là-bas Oklahoma. Les Russes eux ont colonisés la Sibérie et les peuples y sont toujours en place (sauf exception), parlent leur langue à côté du russe langue véhiculaire, se marient entre populations différentes.

Qui se souvient de ce qui s'est passé à Panama, fin des années 80...

Les ricains se placent au-dessus des autres: ils ne signent pratiquement aucun traité destiné à améliorer le sort de la planète et donc de l'humanité dans son ensemble: Kyoto, mines anti-personnelles, tribunal international...

Désespoir non, car il y a, si ce n'est des lois, du moins des constantes en biologie. Et l'homme malgré sa prétention n'est pas encore sorti de l'animalité. La 3me guerre mondiale aura lieu. La fin du pétrole marquera la chute des productions agricoles et le recours massif au charbon. Et une guerre pour le contrôle de ces dernières ressources pétrolières d'abord, puis alimentaires. Plus l'humanité sera nombreuse, plus la compétition sera féroce. Tous les empires ont une fin, et les espèces animales aussi.

Quant à ceux qui nous "représentent"... ce sont des crétins qui n'ont aucune autre vision que leur propre intérêt. Je n'arriverai jamais à accepter ceux qui en veulent toujours plus: succès, argent, pouvoir, puissance... en privant beaucoup d'autres même du nécessaire.

Certaines personnes devraient aller faire un séjour dans le désert.

Carpe diem

Écrit par : Johann | 20/09/2008

la démocratie et les droits de l’homme

Écrit par : sagax | 02/10/2008

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