16/12/2008

Du respect, que diable!

Qu’il y a-t-il de commun entre des émeutes entre des policiers et des jeunes en Grèce, l’expulsion temporaire de trois députés au Grand Conseil de Genève, un patron qui part avec la caisse après avoir mis son entreprise en faillite et la fouille anale au petit matin d’un ancien directeur de Libération accusé de diffamation ? Le respect, et surtout, le manque de respect.

Il y a quelques années, le maire de la petite commune genevoise d’Avusy avait lancé une campagne de petits autocollants, qu’on retrouve encore sur les affiches genevoises, pour inciter ces grandes gueules de Genevois au « respect ». Il avait fait sourire mais il avait visé juste.

Quand un policier abat un jeune sans trop réfléchir, quand des députés s’en prennent systématiquement à leurs collègues, quand une juge se venge sur un journaliste, quand un patron de banque sort son parachute doré après avoir mis ses employés et ses clients dans le rouge, tous ces actes expriment à la base un manque de respect, voire un besoin d’humilier et de rabaisser l’autre qui peuvent parfois aboutir aux  plus extrêmes conséquences, comme en Grèce où le pays entier est entré en ébullition.

Nous vivons en effet dans une société paradoxale. D’un côté, tout est policé, réglementé, réglé comme du papier à musique. Les moindres actes de la vie en société sont encadrés par la loi et les règlements, de l’usage du klaxon à la hauteur des haies. Et de l’autre, jamais les relations entre les individus n’ont été aussi brutales, rugueuses, agressives. On dirait que la muflerie, la goujaterie et la vulgarité tiennent le haut du pavé. L’encadrement légal est omniprésent, les droits de l’homme sont sur toutes les lèvres, les avocats bataillent sur tous les fronts pour faire respecter les droits des personnes mais ces personnes sont elles-mêmes constamment au bord de l’explosion et de la crise de nerf. Une remarque, une porte qui claque, un frôlement intempestif dans un tram bondé, n’importe quelle étincelle semble prête à mettre le feu aux poudres.

Je ne sais pas s’il existe un remède à cet échauffement permanent des relations sociales. Mais je sais que dans l’histoire toutes les grandes civilisations ont élaboré, à côté de leur arsenal militaire, légal et institutionnel, des codes et des idéaux de comportement pour les individus. Les unes ont valorisé l’esprit chevaleresque, l’amour courtois ou cultivé l’honnête homme, les autres ont privilégié le sens de l’honneur, la galanterie ou la bienséance bourgeoise. Et leurs écrivains, philosophes et poètes ont exalté l’amabilité, les bonnes manières, la civilité, la courtoisie, la distinction, l’éducation, le tact, l’urbanité, la politesse. Je n’ose articuler le mot gentillesse car je risquerai de passer pour un benêt « cucul ». Mais peu importe le vocabulaire. C’est tant mieux si les mots ne manquent pas pour exprimer le savoir-vivre. Reste à les mettre en actes, élus et forces de l’ordre en tête !