15/01/2009

L'innovation et le projet Praille, meilleurs antidotes à la crise

Barack Obama dévoilera les détails de son plan de relance contre la crise lors de son investiture le 21 janvier. Mais d’après ce qu’il a déclaré pendant sa campagne électorale, on sait que ce plan comptera une série de programmes en faveur des énergies nouvelles et des technologies du développement durable. Miser sur le futur, l’orienter et lui donner un sens, apparaît en effet comme la plus efficace des mesures de relance pour une économie développée.

La Suisse, et Genève en particulier, feraient bien de s’en inspirer. La construction tous azimuts d’infrastructures – liaison ferrée Cornavin-Annemasse, tram de Bernex, zone de logements d’Ambilly – pour utiles qu’elles soient à la préservation des emplois traditionnels, ne donne pas encore un sens, un contenu, une âme forte à la région. Le développement des infrastructures est une condition nécessaire mais pas suffisante à l’avenir d’une communauté humaine.

Or la crise est une opportunité fantastique, comme disent les Chinois qui utilisent le même mot pour signifier les deux choses, pour projeter Genève loin dans le XXIe siècle. Le projet de développement du quartier de la Praille-Acacias-Vernets-Jonction, qui menace déjà de s’enliser dans les procédures de déclassements de zone et de plans de quartier et les rivalités de promoteurs qui rêvent de se partager le gâteau, est une occasion unique de redéfinir pour les décennies à venir ce qu’on a appelé « l’esprit » de Genève, à savoir un cocktail unique d’innovation et de cosmopolitisme, de science et de talent entrepreneurial, de réflexion éthique et de haute tradition financière.

La base est déjà là, à savoir une université hautement compétitive dans toutes sortes de domaines y compris dans les sciences dures, la physique et la médecine par exemple, domaines où elle dépasse de loin l’EPFL. Ses chercheurs sont réputés loin à la ronde et, qui plus est, ne sont pas fermés du tout à la collaboration avec l’économie privée. Le projet de créer un centre de recherche commun avec l’Université de Lausanne et l’EPFL à la Jonction sur la modélisation du cerveau va dans le bon sens, à condition qu’elle ne soit pas juste un cheval de Troie pour pomper les ressources locales sans aucune valeur ajoutée nouvelle pour la région lémanique.

Mais presque tout reste à faire et c’est ce qui rend le projet passionnant : en premier lieu, créer un campus commun université-HES avec un regroupement des HES sur le site et une vraie mise en réseau des institutions, éclatées et séparées aujourd’hui. Ce projet passe par la création de milliers de logements pour les étudiants des diverses filières, de façon à créer une masse critique. Et en deuxième lieu : mettre tout ce beau monde en interaction avec les entreprises et les milieux financiers, en y installant incubateurs d’entreprises, fonds de capital risque et centres de recherche privés.

Depuis bientôt 300 ans, ce cocktail détonant a fait la force de Genève. Il n’y a pas de raison de rater la prochaine occasion de le faire exploser à nouveau. C’est le rôle de l’Etat de donner l’impulsion de départ et de canaliser les énergies et les ressources. Il n’a pas besoin d’en faire plus. Mais il faudrait qu’il se réveille…

 

 

 

Commentaires

Bonjour,

Il y a quelques points que je ne comprends pas dans votre discours: Quel est votre projet? J'ai pu lire dans "Le Temps" en décembre un projet incluant un bâtiment dédié aux neurosciences à la pointe de la Jonction.

Est-ce donc ce projet que vous exposez ici? Dans ce cas il ne fait pas partie du périmètre du PAV, alors pourquoi mêler les deux? Avez-vous d'autres idées pour le PAV? Ou la Jonction est-elle le beurre et la Praille l'argent du beurre?

Quels sont les besoins? Quelles surfaces? Combien de logements étudiants? A la lecture de votre billet je n'enregistre que des déclarations d'intentions du style bling-bling technologique et aucun état des lieux clair, chiffré qui expliquerait les besoins en termes compréhensibles et non cachés derrière de grands concepts. D'ailleurs quel est l'avis du rectorat?

Ainsi, je trouve vraiment dommage de voir encore en 2009 des raisonnements si "esprits de clocher", alors qu'au niveau touristique par exemple on parle maintenant de "Lake Geneva Region" et que c'est de l'arc lémanique dans son ensemble que l'on met en avant à l'extérieur pour prouver sa compétitivité et son attractivité.

Dès lors je m'interroge sur les motivations du projet: On veut faire mieux que l'EPFL? La jalousie a-t-elle une place dans la politique actuelle? Ou est-il question de répondre à un vrai besoin, de ceux dont le souverain demande la réalisation et non des constructions de l'intelligentsia vendues comme la panacée (vous croyez vraiment que 5 bâtiments à Genève peuvent résoudre la crise...mondiale???! Veut-on nous faire croire à une nouvelle religion, le scientisme, qui elle amènera le salut, là où l'économisme a failli?) J'espère que je me trompe en écrivant tout cela, mais c'est néanmoins le ressenti que j'ai à la lecture de votre billet.

Au niveau rationnel et finances publiques, ne serait-il pas plus judicieux d'éviter les doublons avec Lausanne au lieu de les promouvoir?

Malgré tout, et si c'est ce qui vous passionne et vous parle, bonne chance pour votre projet.

Écrit par : Bob | 15/01/2009

Cher Bob,
J'ignore qui vous êtes et quels sont vos intérêts et vos intentions véritables.

Quant à moi, je ne dis rien d'autre que ce qui figure dans mon commentaire, à savoir que la principale ressource de Genève est sa matière grise et que c'est elle qu'il faut mettre en valeur pour assurer l'avenir, en investissant dans la recherche et l'innovation. Et que le meilleur moyen de réaliser ce programme est d'affecter une partie du projet Praille-Acacias-Vernets-Jonction à cette tâche.

Cela n'enlève rien à Lausanne et à l'EPFL. Au contraire, les idées nouvelles et l'innovation naissent de la confrontation et de l'échange. Tout concentrer à l'EPFL et désertifier le reste de la région lémanique n'a aucun sens en matière de recherche et de développement et relève d'une vision jacobine et dépassée de la science, surtout à l'échelle d'une aussi petite région qui, comme vous le dites, ne fait qu'une.

Enfin, à mes yeux, la Jonction et le projet d'y installer un centre de recherche en neurobiologie s'inscrit tout à fait dans cet objectif et s'insère parfaitement dans le projet PAV tant sur le plan géographique que fonctionnel. L'Arve ne sépare pas mais rassemble les deux rives.

Enfin, j'estime que ce n'est pas à un député de définir le nombre de m2 carrés et la hauteur des immeubles dévolus à ce futur campus mais bien aux experts et aux autorités académiques qui suivent d'ailleurs de près ce projet. C'est pourquoi, à ce stade, nous avons demandé l'ouverture d'un crédit d'étude pour évaluer la faisabilité d'une cité de l'innovation et du savoir dans ce périmètre. Notre rôle consiste à définir des orientations utiles pour l'avenir de la communauté. C'est déjà pas mal.

Écrit par : Guy Mettan | 16/01/2009

Cher Monsieur,

Merci pour votre réponse. Je suis bien d'accord avec vous lorsque vous dites que la matière grise est la principale ressource ici mais je trouve que le raccourci est vite fait de dire que celle-ci ne peut s'exprimer que via le développement de hautes technologies...

Car - et c'est l'un des centres d'intérêts dont vous parliez - la création artistique, principalement musicale, mais aussi des arts plastiques, des domaines du cinéma, du théâtre ou autres est aussi demandeuse en matière grise et nécessite aussi des espaces où elle peut se développer.

Or, dans votre projet de loi, vous mettez en tête de liste des considérations à prendre en compte dont les 3 premières sont:

– la volonté du Conseil d’Etat de mener une procédure de consultation
concernant l’avenir et le développement de la zone « La Praille-Acacias-Vernets-Jonction » afin de définir les principaux enjeux, les valeurs
fondamentales et les options politiques du projet urbanistique;
– le désir de nombreux acteurs de la Cité de donner une nouvelle identité à
Genève en renforçant l’attractivité du projet PAV;
– la nécessité d’y implanter des équipements publics à haute valeur ajoutée
et symbolique;

C'est donc bien cela qui me désole: de pouvoir écrire noir sur blanc qu'il faut organiser une procédure de consultation, et que droit derrière on la balaie en proposant un projet à la place de consulter... Il faut alors avoir le courage de vos convictions et ne pas mettre en avant que vous voulez consulter la société civile!!!

Je pense personnellement qui si l'université et les HES ont des besoins de locaux, etc... ils les ont déjà identifiés et une bonne séance de coordination apporterait bien des informations qui ne coûtent pas les 300'000 CHF que vous réclamez pour faire de telles études.

En l'occurrence - et si la procédure de consultation est bien la première considération de votre liste - pourquoi ne pas avoir demandé ces 300'000 CHF pour se donner les moyens de l'organiser?

Car le vrai rayonnement national et international de Genève peut se faire dans des domaines différents, y compris la culture vu le terreau fertile des artistes genevois. Sauf que pour pouvoir le savoir, il faut avoir le courage de tendre l'oreille vers le peuple et construire la Praille avec lui... ou avouer clairement que l'on a pas envie de lui donner voix au chapitre.

Enfin, on peut faire le parallèle avec le fait de savoir pourquoi tant de gens aiment Berlin ou la cite en exemple: Car les autorités ont su pérenniser des lieux culturels exceptionnels qui sont désormais l'une des cartes postales de cette ville. à méditer donc...

Meilleures salutations

Écrit par : Bob | 16/01/2009

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