16/03/2009

Crise: ferions-nous tout faux?

La semaine dernière, la grande conférence que le Prix Nobel d’économie Joseph Stieglitz a donnée au BIT sur la crise et le travail décent fut l’occasion de soulever quelques questions roboratives sur la manière dont les économies occidentales envisagent la lutte contre la récession.

A tel point qu’on peut se demander si l’on n’est pas en train de faire tout faux. Un exemple : plutôt que de sauver les banques en difficulté et conserver aux commandes leurs managers coupables en sortant les actifs toxiques pour les mettre dans des structures séparées garanties par l’Etat ou en les nationalisant pour éviter que les branches pourries ne contaminent le reste des activités et fassent périr l’organisme tout entier, n’aurait-il pas mieux valu faire l’inverse ? C'est-à-dire sortir les actifs sains et les placer dans une banque nouvelle, avec un management neuf, que l’on aurait ensuite pu revendre sans peine puisque qu’une banque saine trouve toujours des actionnaires pour la soutenir. Et laisser la vieille structure nécrosée avec son management et ses actionnaires avides tomber en faillite et périr de sa belle mort. On aurait ainsi séparé le bon grain de l’ivraie et rétabli la confiance autour de nouvelles banques plus petites mais profitables plutôt que de gaspiller l’argent du contribuable pour maintenir en vie des géants opaques au diagnostic fort incertain.

Autre idée: depuis que l’on constate que la crise financière frappe de plein fouet l’économie réelle et tue la demande solvable et l’investissement des entreprises – et est donc en train de détruire massivement les emplois – n’y a-t-il pas lieu d’agir directement sur la demande et sur les entreprises plutôt que d’injecter des centaines de milliards dans un système financier qui congèle cet argent pour assainir ses bilans ? On voit bien que les milliards injectés ne font pas redémarrer les moteurs de l’économie, qui reste toujours calés. N’est-on pas en train de se tromper de bénéficiaires, en misant trop exclusivement sur des acteurs incapables de relancer la machine ?

Dernière observation : en six mois, la crise a ravagé un bon quart de la richesse mondiale. Cette destruction sans précédent de capital équivaut quasiment à une guerre mondiale. Or le seul moyen de reconstituer ce capital, c’est le travail, c'est-à-dire l’emploi, lequel passe par une stimulation de la demande. Or cette demande existe, sauf qu’on ne veut pas la voir dans les milieux financiers : il s’agit du rattrapage environnemental, de la lutte contre le réchauffement climatique, de la conversion de la production d’énergie vers le renouvelable et les économies et, surtout, du développement des économies du sud qui regorgent de consommateurs potentiels aux besoins illimités. Si la publicité, qui sait si bien nous vendre des produits dont on n’a pas besoin, se mettait à vanter des produits, des services, des techniques directement utiles, le consommateur ne serait plus si blasé. Mais ce serait une révolution.

 

Commentaires

Hahaha. M. Mettan! Vous vous mettez à l'écologie et au socialisme! C'est assez rigolo. C'est bien, vous commencez à être un poile lucide. Et bientôt vous comprendrez que le capitalisme, vu sa structure de répartition des richesses et sa destruction de ses externalités, est déjà mort.
Et vos gesticulations parlementaires (comme celles de tous vos collègues à droite comme à gauche n'y changerons rien) Hahaha!

Écrit par : Dominique | 16/03/2009

C'est une bonne idée, M. Mettan, de sortir les actifs d'une société sans contrepartie pour la laisser tomber en faillite une fois vidée de ses actifs.

C'est même une tellement bonne idée que le code pénal a prévu de la récompenser par 5 ans d'emprisonnement :

Art. 164

Diminution effective de l’actif au préjudice des créanciers

1. Le débiteur qui, de manière à causer un dommage à ses créanciers, aura diminué son actif

(...)
en cédant des valeurs patrimoniales à titre gratuit ou contre une prestation de valeur manifestement inférieure,

sera, s’il a été déclaré en faillite ou si un acte de défaut de biens a été dressé contre lui, puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire.

Écrit par : j.nizard | 16/03/2009

"...du développement des économies du sud qui regorgent de consommateurs potentiels aux besoins illimités."

Il ne reste qu'à expliquer, une fois de plus, comment on va s'y prendre pour transformer des peuples amorphes, fatalistes, indisciplinés et frivoles en autant de communautés ordonnées, dynamiques, inventives, ingénieuses et entreprenantes.

Et une fois de plus, l'interrogation demeurera sans réponse...

Écrit par : Scipion | 16/03/2009

"Et bientôt vous comprendrez que le capitalisme, vu sa structure de répartition des richesses et sa destruction de ses externalités, est déjà mort."

Et c'est quoi qui est destiné à le remplacer ? La propriété collective des moyens de production ? Ou une autre ânerie encore à expérimenter ?

Écrit par : Scipion | 16/03/2009

Scipion, du haut de sa grandeur d'âme légèrement à droite, nous apprend que si les populations des pays du sud sont dans la misère, c'est principalement de leur faute.

Grand analyse sociologique, les petits n'enfants qui crèvent par heure du cholera faute d'accès à de l'eau potable, accès qui pourrait se résoudre par une infimme fraction de ce qui est dépensé actuellement pour renflouer des banques, apprécieront.

Écrit par : Djinius | 16/03/2009

Si les populations du Sud sont dans la misère, ce n'est pas de leur faute. La décolonisation leur a été imposée par des intellectuels de gauche européens, qui sont seuls responsables du choléra, qui ne sévissait pas quand ces populations étaient sous contrôle européen. Il n'y avait pas de guerres ethniques, de massacres de millions d'innocents et de détournements de l'aide sanitaire du temps des colonies...

Écrit par : j.nizard | 16/03/2009

"On aurait ainsi séparé le bon grain de l’ivraie et rétabli la confiance autour de nouvelles banques plus petites "
Et qu'est-ce qui est en train de se passer maintenant si ce n'est cela ???
Et vous viendrez nous dire que c'est grâce à vous M. de la Mouche du Coche ?
Djinius@ "Grand analyse sociologique, les petits n'enfants qui crèvent par heure du cholera faute d'accès à de l'eau potable, accès qui pourrait se résoudre par une infimme fraction de ce qui est dépensé actuellement pour renflouer des banques, apprécieront."
Cessez donc de nous fatiguer avec vos grandes tirades sur des sujets dont vous n'avez simplement pas le début de la moindre idée. Vous n'avez vraiment qu'un avantage c'est d'éclairer les malheureux sur la profondeur de la stupidité des gauchistes dans votre genre. Si des petits enfants meurent du choléra c'est faute d'hygiène. Durant 40 ans des milliers ou des centaines de milliers d'équipes d'animateurs ont par toutes les méthodes imaginables tenté d'expliquer aux populations rurales africaines comment lutter contre le choléra. Elles n'ont pas réussi et ce n'est pas notre faute. Toute votre bave n'y changera rien...

Écrit par : Géo | 16/03/2009

"Grand analyse sociologique, les petits n'enfants qui crèvent par heure du cholera faute d'accès à de l'eau potable, accès qui pourrait se résoudre par une infimme fraction de ce qui est dépensé actuellement pour renflouer des banques, apprécieront."

C'est bien plus qu'une infime fraction de ce qui est dépensé actuelement pour renflouer les banques que Mugabé à gaspillé en se les mettants plein les poches au lieu d'investir dans les resources humaines(éducation,santé,formation etc...)

Quand au sujet du billet,nous le sauront dans quelques années si nous avons fait fausse route. Garder sur le marchés des banques et instituts financiers insolvables freinent la circulation de la monnaie.Les banques ne se font plus confiance et ne se prête plus d'argents.Les plans de relance publics n'ont jamais fonctionnés dans l'histoire de l'économie modernes.Peut-être aurait-on mieux falut laisser la destruction créative faire le ménage dans le secteur bancaire.Certainenment que celà aurait plongé l'économie américaine bien plus au fond du gouffre,mais sur une période moins longue,que celle que nous risquons de traverser.

D.J

Écrit par : D.J | 16/03/2009

"...les petits n'enfants qui crèvent par heure du cholera faute d'accès à de l'eau potable..."

J'entends bien, mais écoutez, je viens moi-même d'une région où les pluies sont relativement abondantes, mais l'eau d'accès difficile (nappes phréatiques) et jusque vers les années 1980.

Il y a plusieurs siècles, les paysans ont donc développé une architecture très ingénieuse qui procédait d'un rapport arithmétique entre la surface de la toiture destinée à recueillir l'eau de pluie, le volume de la citerne destinée à la stocker et le nombre de têtes de bétail prévus dans l'écurie. Sans ingénieurs, sans architectes, sans calculettes, ni ordinateurs. Ni aides extérieures...

Evidemment, je ne sais pas ce qu'auraient fait ces lointains ancêtres si les pluies avaient été rares, mais si j'en juge par l'élégance avec laquelle ils ont solutionné un problème qui était aussi réel que sérieux, j'ai le sentiment qu'ils s'en seraient tout pareillement sortis. Parce qu'ils ont démontré leur capacité à faire preuve d'ingéniosité...

P.S. - Pourf ce qui est du choléra, je vous renvoie à Géo et au Zimbabwe (91'000 cas en quelques mois), un pays qui était encore prospère, il y a dix ans.

Écrit par : Scipion | 16/03/2009

"Si les populations du Sud sont dans la misère, ce n'est pas de leur faute. La décolonisation leur a été imposée par des intellectuels de gauche européens..."

C'est en partie vrai, mais comme pour l'esclavage, la manœuvre n'aurait pas abouti sans complicités locales. Les intellectuels de gauche européens ont pu compter sur des « élites » indigènes, souvent formées dans nos universités, qui concevaient le pouvoir en termes de Mercedes, de jets privés, de palais fastueux et de piscines hollywoodiennes.

Dans cette optique, c’est un fait, les populations n’apparaissent que comme un simple élément du décor, une figuration indispensable à la matérialisation d'un pouvoir qui, par définition, doit s'exercer sur quelqu'un. Elles sont donc un mal nécessaire qu'on utilise, périodiquement, pour faire croire à la popularité du chef de l'Etat-c'est-lui.

Alors, évidemment, on se gardera de les trop accabler, mais de là à les prendre en charge, il y a de la marge. Nous ne pouvons tout de même pas oublier que les Etats « impéritieux » sont le produit de peuples « impéritieux » et là contre, de Quito à Honiara, en passant par Managua, La Havane, Alger, Ouagadougou, Maputo, Kaboul et Djakarta, on ne voit pas vraiment ce qu’on peut faire…

Écrit par : Scipion | 16/03/2009

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