30/04/2009

Le spectre d'un monde coupé en deux

On a déjà écrit beaucoup sur la conférence de suivi de Durban contre le racisme et l’intolérance, les outrances du président iranien Ahmadinejad, la colère d’Israël, le boycott des Etats européens et le sauvetage inespéré de la conférence par le vote unanime d’une déclaration finale qui fait malgré tout avancer la cause de l’anti-racisme. Je n’y reviendrai pas.

Mais il est un point sur lequel il me semble important d’insister, c’est la fracture qui a coupé le monde en deux, la césure qui a pendant quelques heures séparé l’Occident du reste du monde et qu’on a physiquement ressentie lors du discours du président iranien.

Contrairement à ce qu’on a pu dire sous le coup de l’émotion, le discours d’Ahmadinejad a été habile, et donc d’autant plus dangereux. Le despote iranien a en effet évité de nier l’Holocauste et d’exiger l’éradication de l’Etat d’Israël. Il a dressé un parti de l’histoire du colonialisme, de l’esclavagisme puis de l’impérialisme occidental et de leurs cohortes de souffrances et de massacres pour les populations opprimées, pour conclure qu’Israël appliquait les mêmes méthodes vis-à-vis de la population palestinienne. Or cette partie-là du discours iranien, aussi désagréable soit-elle à nos oreilles, fait mouche. Elle touche juste, et de nombreux applaudissements l’ont saluée, pas seulement parmi les suppôts du régime des mollahs. Aussi, quand les Européens ont quitté la salle quand les  bornes furent franchies en traitant Israël d’Etat raciste, il était difficile de ne pas éprouver un profond malaise : plus un seul visage blanc dans la salle, à part quelques Suisses et Norvégiens épars, tandis que des centaines d’Asiatiques, d’Africains, de Sud-Américains, d’Océaniens, d’Arabes continuaient à écouter les propos d’Ahmadinejad. Spectacle sidérant, qui semblait préfigurer un monde irrémédiablement coupé en deux et dans lequel, par son absence et son refus d’accepter la critique de son passé, l’Occident se mettait dans son tort.

Heureusement, les dérapages du président iranien l’ont discrédité et aucune délégation ne l’a suivi, la conférence finissant par adopter à l’unanimité le texte convenu. Mais que se serait-il passé s’il était resté dans les limites du convenable ? S’il avait réussi à convaincre les pays musulmans et leurs soutiens africains à revenir sur les concessions qu’ils avaient faites en supprimant du texte les références à Israël et l’article sur la diffamation des religions ? S’il avait surfé sur l’humiliation ressentie par ces pays qui se sont vu opposer le boycott du Canada, des Etats-Unis, de l’Allemagne et d’autres pays occidentaux alors même qu’ils avaient accepté toutes conditions exigées par le camp occidental pour participer à la conférence ?

A vrai dire, on a frisé la catastrophe et il s’en est fallu de peu pour que le pire advienne et que le monde ressorte irrémédiable blessé, frustré et divisé de cette rencontre. La chance y a contribué. Mais il serait bon, à l’avenir, d’éviter de remettre le sort de la civilisation au hasard.

 

Commentaires

- Le cerveau humain possède deux lobes, indispensables l'un à l'autre et complémentaires.
- Vue de l'espace, notre Terre ne révèle aucune frontière ni aucune discontinuité. Cernée par l'immensité du cosmos, elle semble unique et unitaire.

Ces deux considérations liminaires ne pourraient-elles pas suffire à ouvrir la porte d'une réconciliation entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest ? Ou alors ces points sont-ils trop cardinaux pour nous permettre d'élever le débat ?

Et pour y parvenir ne devrait-on pas aussi inviter, dans les conférences internationales : des psychologues, des philosophes, des sociologues et des historiens des religions ? Les politiciens et les technocrates n'y arriveront jamais seuls.

Écrit par : Santo | 30/04/2009

C'est un fait avéré: toute critique du sionisme ou de l'Etat d'Israel est immédiatement et inconditionnellement taxée d'anti-sémitisme. Et cela, quelle que soit le bien-fondé et le style de la critique.
L'auteur d'une telle critique, un Juif, sera taxé de "Juif maso" (engl."Self hating Jew). Un non-Juif, d'antisémite. Et ceal suffit pour clore le débat.
La politique américaine durant des décennies a été de protéger inconditionnellement l'Etat d'Israel. Il est apparemment plus facile de critquer Israel à Tel Aviv quà New York. Ce système est aussi absude et contre-productif que l'embargo américain contre Cuba ou contre l'Iran. Et cela n'a strictement rien à voir avec la défense des droits humains fondamentaux: C'est simplement le résultat de la politique impérialiste d'une puissance mondiale. Et une telle politique est rendue possible par la totale ignorance et indifférence du peuple américain à se qui se passe dans le monde.

Écrit par : Johnny | 01/05/2009

Mais il a convaincu! Il n'a pas réécrit l'histoire d'Israel. Il y a des erreurs volontaires (immigration plus ancienne, négation des crimes nazis), mais le fond de problème, l'extrème et incompréhensible tolérance de l'Occident sur fond de mauvais conscience est bien réelle. Les Israelines deviennent actuellement nerveux parce qu'ils sentent que c'est peut-être la fin de la période où tout leur était passé. Quand à se parer d'une réussite de la conférence, c'est juste bon pour Calmy-Rey: pas de mention des bouddhistes dans les religions (pour faire plaisir à la Chine), pas des droits des homosexuels d'être tolérés (sinon aimés), etc. C'est une grand mascarade de bonne foi diplomatique, sur fond de tabous.

Écrit par : Victor Devaud | 02/05/2009

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