19/10/2009

Les clés du vote genevois

Le résultat des élections genevoises a non seulement fait souffrir les états-majors de partis, qui ont tous perdu des plumes à une ou deux exceptions près, mais il a mis rude épreuve les nerfs des commentateurs politiques. Comment interpréter le bond fulgurant du Mouvement des Citoyens Genevois ?

Aucune des explications avancées n’est vraiment satisfaisante. Mobilisation insuffisante des partis traditionnels ? Ils ne se sont ni plus ni moins mobilisés que d’habitude. Passage à vide de la gauche lié à un déclin socialiste ? Avec 31 sièges au lieu de 32, l’Alternative a plutôt bien résisté. Coup de sang populiste comme Genève en connut naguère avec l’Alliance nationale et Vigilance ? Certes, mais alors pourquoi ce prurit survient-il précisément en ce moment ? Manque de sensibilité des partis gouvernementaux à l’insécurité, à la montée du chômage et aux nuisances induites par le trafic transfrontalier ? On se rapproche déjà d’une explication plus convaincante bien que, sur tous ces plans, les partis gouvernementaux, gauche et droite confondue, se soient souvent montrés plus actifs et plus créatifs que le MCG.


 

 

De fait, le MCG a réussi sa percée parce qu’il a été le seul parti à avoir su condenser ces trois inquiétudes en les cristallisant sur un bouc-émissaire facile à identifier : le frontalier. Reste maintenant à comprendre pourquoi cette amère mayonnaise a si bien pris.

Première hypothèse : le sentiment général d’insécurité est un phénomène qui croît à la fois dans le temps et dans l’espace. Il va s’installer dans la durée et gagner en surface, dans la mesure où il ne relève pas seulement de la gêne engendrée par la criminalité de rue et les mendiants roms mais du désarroi face à la crise et à la montée du chômage. Lorsqu’elles fusionnent, ces deux peurs font irruption sur le terrain social et politique. En ce sens, l’avertissement est à prendre au sérieux et nécessite des réponses appropriées, non seulement sur le plan de la justice et de la police, mais aussi sur celui de la justice sociale et de la solidarité.

Deuxième hypothèse : le canton de Genève est à nouveau confronté à ses limites, comme au milieu du XIXe siècle. Ses coutures sont en train de craquer. Il ne s’agit plus maintenant de de garder ou de démolir les vieux bastions médiévaux, mais de franchir ou non la frontière avec la France voisine (c’est plus facile avec le canton de Vaud). S’il veut croître et se projeter dans le XIXe siècle, Genève doit faire éclater ses limites géographiques et mentales traditionnelles. Or le saut qualitatif n’est pas facile à faire. Et force est de constater que cette prise de conscience fait défaut, que les explications des autorités sur l’indispensable projet d’agglomération ont été insuffisantes et qu’il reste énormément à faire pour franchir l’obstacle et créer une région transfrontalière vivante et harmonieuse.

Première réponse : le 29 novembre à l’occasion du vote sur le CEVA.

 

Commentaires

Isabel le vote arc-en-ciel
Rochat au Conseil d'Etat!

Écrit par : Pierre | 19/10/2009

"S’il veut croître et se projeter dans le XIXe siècle".

S'agit-il d'une faute de frapppe ou d'une involontaire provocation ?

Écrit par : Michel Sommer | 19/10/2009

Êtes-vous vraiment certain que le franchissement de la frontière sera plus facile du côté vaudois que du français?... Les rupestres ou la racaille?

Sachant que "rupestre" peut vouloir dire "qui croît sur la rocaille" la différence d'avec Annemasse où "croît la racaille" est objectivement fort mince pour le MCG!

Écrit par : Père Siffleur | 19/10/2009

Les partis politiques locaux n'exercent pas de vraies influences sur leur électorat. Dans l'inconscient ou le subconscient, il a intégré les vrais rapports de forces qui se trouvent dans la nouvelle organisation sociale et économique que nous vivons sur le terrain des activités au quotidien. Cette nouvelle organisation est l'expression de changements voulus et opérés par des injonctions qui transitent par nos autorités fédérales au travers des accords et conventions qu'elles signent par paquets ou par bouquets sans que débats, ni que murissement aient pu avoir lieu et se faire au niveau populaire. Outres les escroqueries répétées à travers la multitude des révisions de lois qui le touchent au premier chef, les règles non écrites comme celles du commerce de proximité et la production, semblent lui imposer un modèle de relations dans lequel l'action et la communication s'exercent à son détriment et de manière unilatérale.

Le peuple a réagi sainement, mais il échoit sur un écueil mal défini et peut être même peu sain. Tout dépend de ses armes, de sa capacité de se sortir de cet écueil, de repousser les assaillants. Un mouvement d'hommes n'est pas figé, à la fois, il conduit et subit. Il y aura des intrusions et des extrusion. Son travail incessant est aussi celui de sa définition et la définition de ses rapports avec l'extérieur. Il peut également se retrouver paralysé dans peu de temps comme il pourrait progresser vers le conservatisme de gauche ou de droite. Qu'il plaise ou ne déplaise, il n'est question que de sursis. C'est le cas pour toutes les petites formations qui jaillissent rapidement en légitime défense contre les coups qui leur sont régulièrement assénés. C'est le cas pour les partis autrefois solides dont la masse d'inertie a fusé avec le temps et les turbulences.
D'ailleurs, dans l'actuel contexte mondialisé, cela n'a aucune importance.

Donc, les vrais rapports, en réalité des pressions, ne viennent plus de nos partis entre eux mais de l'unique présence des providentiels grands-patrons administrateurs-transnationaux (dont nos propres libéraux si attaché à la propriété privée, auront du mal à contenir ou à maîtriser) qui s'adressent à nous en terme d'emplois, de parts de marché, de sécurité (social), de droits, de perspective d'avenir... Pourtant il nous semble intuitivement lire que ce sera encore et toujours non emploi; marché saturé; non sécurité; non droit; non perspective et non humanité.
A partir de cette évidence contextuelle, l'électorat se joue des candidats comme d'un jeu de cartes ou d'un loto à numéros. Quel que soit le conseil qu'il nous plait de composer pour l'occasion, les choses suivront leur cours en toute indépendance, guidées à distance par l'UE et l'OMC pour lesquelles le CF a délibérément et discrètement scellé, dans la plus sévère austérité, nos conditions de vie sans rien négocier.
Pour l'élite du pays, le CF a bien fait son boulot.

Écrit par : Olbia | 19/10/2009

les frontaliers payent des impôts, pas les vaudois ! Donc nos administrations préfèrent engager des frontaliers ! CQFD

Écrit par : Charly Schwarz | 20/10/2009

Je répète M. Mettan :
"S’il veut croître et se projeter dans le XIXe siècle, Genève doit faire éclater ses limites géographiques et mentales traditionnelles."
Le 19ème siècle, vraiment ?...

Écrit par : Michel Sommer | 20/10/2009

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