19/11/2009

Les Genevois ont rendez-vous avec leur destin

Le 29 novembre, les genevois ont rendez-vous, une fois de plus, avec leur destin régional. Sauront-ils y répondre ? Ce n’est pas certain, tant ils ont déjà raté de rendez-vous avec leurs voisins proches par le passé. En 1860, par peur des catholiques savoyards, ils ont tout fait pour faire échouer le referendum qui aurait permis à une partie de la Savoie de rejoindre la Confédération. Quelques décennies plus tard, ils n’ont pas su faire passer le tracé de la ligne de chemin de fer Londres-Paris-Milan-Istambul dans leur ville. Ensuite, guerres mondiales et crises obligent, ils n’ont jamais réussi à relier le réseau ferré suisse au réseau français, si bien que la gare de Cornavin est toujours restée un quasi cul-de-sac en matière de trafic ferroviaire.

A l’époque du tout-bagnole et grâce au pari, réussi celui-là, de l’aéroport de Cointrin, cet énorme échec a pu rester masqué. Mais aujourd’hui que les transports privés marquent le pas pour cause de saturation, de réchauffement climatique et de raréfaction du pétrole, le train et les transports publics redeviennent un atout décisif du développement régional.

On l’a compris partout, de Washington à Zurich, de Lausanne à Madrid, où l’on construit sans barguigner des métros légers ou lourds, des RER et des trains rapides. Mais à Genève, la peur atavique de l’étranger proche, du voisin jurassien ou savoyard, est encore si profondément ancrée qu’elle s’incarne avec des succès spectaculaires dans les mouvements populistes anti-frontaliers ou la résistance de certains bourgeois effrayés par la promiscuité avec les classes populaires qu’une telle réalisation pourrait engendrer.

C’est sur ces craintes que le MCG et une fraction privilégiée de Champel (une partie seulement car il existe aussi nombre d’habitants éclairés dans ce quartier !) espèrent capitaliser pour faire échouer la construction de la liaison ferroviaire Cornavin-Annemasse (CEVA).

Au sens strict, l’agglomération franco-valdo-genevoise compte aujourd’hui 800 000 habitants, dont 450 000 Genevois, 50 000 Vaudois et 300 000 Français. Cette dernière décennie, elle a figuré en tête des régions européennes en matière de croissance démographique et de création d’emplois. Genève, à elle seule, assure 300 000 emplois et attire chaque jour 100 000 pendulaires, Français, Vaudois et Suisses installés en France voisine faute de logement. Ce dynamisme, allié à une réputation internationale et une qualité de vie qui reste excellente malgré quelques problèmes d’insécurité, fait la force de Genève.

La question qui se pose est donc la suivante : faut-il casser cette dynamique au nom de quelques intérêts égoïstes et à courte vue, à cause des nuisances provisoires d’un chantier, des risques improbables de « racaille », d’un coût estimé excessif alors qu’il est, par kilomètre construit, inférieur de moitié à celui du RER zurichois ? Entrer de plain-pied dans le XXIe siècle ou régresser dans le XIXe, c’est à cela que les Genevois devront répondre dans quelques jours.