16/03/2010

Une synagogue ouverte sur le monde

Discours prononcé le 15 mars 2010 à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle maison communautaire du Groupe israélite libéral de Genève

 

Messieurs les rabbins et les représentants des communautés religieuses,

Monsieur le président du GIL

Monsieur le Conseiller d’Etat,

Monsieur le procureur général,

Mesdames et Messieurs, cher amis,

 

 

Quand MM. Schwok, Brunschwig et Garaï m’ont aimablement invité à l’inauguration de la nouvelle maison communautaire de la Communauté israélite libérale de Genève, j’ai immédiatement répondu oui. D’abord parce que je ne peux peut résister pas au plaisir d’écouter un concert de Chofar des Alpes ! J’avoue que jusqu’à ce soir je n’avais jamais fait le lien entre le cor des Alpes et le chofar. Mais je vous assure que désormais ces deux instruments resteront à mes yeux associés pour toujours !

 

Ensuite,  parce que c’était l’occasion pour moi de poursuivre les échanges que nous avons pu développer avec le rabbin Garaï au cours de débats publics et du festival francophone de philosophie que j’ai créé voici cinq ans et auquel il a participé. Et enfin, parce que cela me donne l’opportunité d’évoquer avec vous certaines préoccupations que, j’en suis sûr, vous partagerez avec moi.

 


J’ai en effet l’impression de plus en plus nette que, depuis quelques années, le vent mauvais de l’histoire se remet à nouveau à souffler et que les temps deviennent de plus agités et pénibles pour celles et ceux qui pensent le monde en termes d’ouverture, de confiance dans l’autre et de dialogue plutôt que de haine, de xénophobie, de repli sur soi et d’intégrisme religieux ou politique. Ce vent mauvais souffle indépendamment des pays et des confessions. Genève n’y échappe pas, même si elle a, Dieu merci, rejeté l’initiative anti-minarets. Le phénomène, même s’il est encore mesurable et relativement modéré, n’en touche pas moins tous les continents, tous les courants politiques, à droite comme à gauche, et toutes les religions.

 

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion d’animer un débat sur la diffamation des religions et la liberté d’expression lors du 2e Sommet de Genève sur les droits de l’homme, la tolérance et la  démocratie réuni à l’initiative de UN Watch, de la LICRA et d’une vingtaine d’autres ONG. Le débat fut naturellement riche et intéressant. Mais à la fin, force fut de constater que les défenseurs de la tolérance et de l’ouverture en matière d’expression et de foi sont confrontés à un dilemme insoluble : où situer la limite, où situer le curseur entre la nécessaire liberté de parole, sans laquelle il n’est pas de liberté ni de démocratie, et un respect de la religion qui ne soit pas une atteinte à la liberté de pensée et de pratique des religions minoritaires ?

 

Dans un monde raisonnable, rationnel, où les femmes et les hommes sont animés d’un esprit de tolérance constructive, la question ne se pose pas. Mais dans une société traversée par les populismes et les fondamentalismes de toute obédience, la question interpelle les esprits sensés. Et il faut alors constater que ceux qui essaient d’imposer des résolutions contre la diffamation des religions détournent la notion de droit et visent en réalité des buts beaucoup moins louables que le respect et la coexistence pacifique des multiples croyances que l’humanité s’est choisie au cours de son histoire.

 

C’est dans ce contexte confus et troublé que l’inauguration de votre nouvelle synagogue prend tout son sens. L’ouverture dont vous témoignez ce soir en invitant les représentants des diverses confessions pratiquées à Genève est le gage qu’un esprit libre soufflera sur vos activités. Nous ne pouvons que nous en réjouir et que vous encourager dans cette voie. Pour illustrer cet état d’esprit, j’ai retrouvé un passage du Livre des Proverbes (3, 13) que j’aimerai vous citer : « Heureux l’homme qui a trouvé la sagesse et l’homme qui possède l’intelligence ! En effet le bénéfice qu’elle procure est préférable à celui de l’argent et le profit qu’on en tire vaut mieux que l’or. Elle est plus précieuse que les perles, elle a plus de valeur que tout ce que tu pourrais désirer. Une longue vie est dans sa main droite, dans sa gauche se trouvent la richesse et la gloire. Ses voies sont des voies agréables et tous ses sentiers sont de sentiers de paix. Elle est un arbre de vie pour ceux qui s’attachent à elle, et ceux qui la possèdent sont heureux. »

 

Puisse donc la sagesse et l’intelligence souffler éternellement sur votre nouvelle maison, c’est que je vous souhaite ce soir.

Commentaires

Monsieur,
Il serait bon et, surtout, utile, que vous rappelliez ce beau texte à tous vos autres collègues de la Politique Genevoise, sans oublier bien sûr ceux du Pouvoir Judiciaire...

" Pour illustrer cet état d’esprit, j’ai retrouvé un passage du Livre des Proverbes (3, 13) que j’aimerai vous citer : « Heureux l’homme qui a trouvé la sagesse et l’homme qui possède l’intelligence ! En effet le bénéfice qu’elle procure est préférable à celui de l’argent et le profit qu’on en tire vaut mieux que l’or. Elle est plus précieuse que les perles, elle a plus de valeur que tout ce que tu pourrais désirer. Une longue vie est dans sa main droite, dans sa gauche se trouvent la richesse et la gloire. Ses voies sont des voies agréables et tous ses sentiers sont de sentiers de paix. Elle est un arbre de vie pour ceux qui s’attachent à elle, et ceux qui la possèdent sont heureux. » "

Écrit par : Pierre-André Dupuy | 16/03/2010

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