20/04/2010

En attendant le président suisse…

Comme Godot, la réforme du Conseil fédéral se fait attendre sans qu’on la voie vraiment venir. Le mois dernier, Doris Leuthard a montré qu’elle avait conscience du problème et a lancé l’idée d’une présidence étalée sur deux ans et d’un Conseil fédéral flanqué de nouveaux secrétaires d’Etat. Cette proposition a immédiatement suscité les quolibets des esprits forts qui se sont gaussés publiquement des « réformettes » mais qui, dès que les micros sont fermés, se débrouillent toujours pour faire capoter toute réforme.

Il est vrai que le système suisse est pratiquement impossible à modifier à cause des droits populaires : le peuple n’accepte jamais volontiers qu’on touche à ses prérogatives et il a raison. Il se méfie même quand on fait semblant de vouloir lui en donner davantage, comme le font l’UDC et les socialistes en réclamant une élection du Conseil fédéral par le peuple. L’autre obstacle à la réforme est qu’on ne change pas une formule qui a fait ses preuves depuis des décennies, malgré ses défauts. L’équilibre des différents pouvoirs fonctionne et tirer un fil d’un côté revient à défaire tout l’écheveau.


Faut-il pour autant ne rien changer ? Non, bien sûr. Les défaillances actuelles de la gouvernance du pays sont patentes. Elles tiennent pour une part à cette direction collégiale déroutante pour l’étranger, alors même que les pressions internationales exigent plus que jamais une visibilité et une cohérence gouvernementale meilleure. Mais elles tiennent aussi à l’émergence d’un personnel politique médiocre - voir la réforme de l’armée d’Ueli Maurer et les misérables querelles de partis – et obsédé par des enjeux parvules, sans réseaux ni vision internationale. Et pour surmonter ce handicap, rien ne sert de réformer les institutions : le meilleur système du monde sera toujours incapable d’insuffler de l’esprit et de la vista à des chefs de partis, à des députés et à des conseillers fédéraux à la mentalité de hobereaux de province.

Le meilleur moyen de redonner du souffle et de la cohérence à l’action gouvernementale en contournant l’écueil de la votation populaire est de former des coalitions parlementaires plus cohérentes et dotées de lignes directrices plus claires : centre-droit avec l’UDC, ou centre-droit avec les socialistes et les Verts. Les deux alliances sont possibles, et pourraient même alterner dans le temps. Mais elles supposent beaucoup d’énergie gaspillée en initiatives et en referendums lancés par les partis exclus du pouvoir. C’est néanmoins une alternative crédible. En attendant qu’elle se réalise, saluons le geste de Doris Leuthard et dépêchons-nous de le mettre en œuvre. Nous aurions alors réalisé une petite réforme, mais une réforme salutaire quand même.

 

 

 

09:45 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Des enjeux parvules ?...

Écrit par : Michel Sommer | 20/04/2010

Vous vous préoccupez de la réforme du Conseil fédéral et vous avez raison ...

Toutefois attendre qu'une telle réforme soit insufflée par le Conseil fédéral lui-même n'est pas crédible. Elle doit être imposée de l'extérieur et doit s'inscrire dans une grande réflexion nationale, un grand débat qui porterait sur l'avenir de la Suisse, sur son positionnement politique au sein d'une Europe dont elle occupe presque le centre géographique.

C'est en partant de ce constat qu'une réforme de nos institutions doit être ébauchée.

Il est exact que notre politique manque de visibilité à l'étranger, mais pas seulement. Les difficultés rencontrées dans la réforme de l'armée procède de la même cause : il nous manque une vision d'avenir. Comment exiger dès lors d'Ueli Maurer qu'il définisse un concept, alors les sept membres du Conseil fédéral ont tous leur propre vision de l'avenir de notre pays, pour autant qu'ils en aient une ???

Cette grande réflexion, ce débat national que j'appelle de mes voeux, c'est aux partis politiques eux-mêmes de l'initier en dévoilant leurs visions d'avenir. A ce jour, peu d'entre eux l'ont fait, de crainte de perdre des plumes, l'oeil focalisé sur les échéances électorales et sur l'audimat, la tête dans le guidon.

Les récentes turbulences auxquelles la Suisse a été confrontée aux cours de ces derniers mois devraient inciter les responsables politiques, les chefs des partis en l'occurrence, à prendre des initiatives courageuses.

Le temps presse, c'est urgent !

A défaut de courage, c'est de l'étranger que des réformes nous seront imposées ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 20/04/2010

Avec mes excuses :

" Les difficultés rencontrées dans la réforme de l'armée procèdent de la même cause : ..."

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 20/04/2010

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