29/06/2010

La Libye fait fort aux Droits de l’Homme

Obama et l’Amérique l’ont échappé belle ! La dernière session du Conseil des droits de l’homme vient de s’achever et a donné l’occasion à Amnesty international de publier un rapport aussi justifié que dévastateur sur les droits de l’homme en Libye. Mais ce fait n’empêche pas la Libye d’être un acteur majeur du Conseil. Il y a quelques années, ce pays avait réussi à faire élire une présidente libyenne à la tête de l’assemblée. Et il y a dix jours, une coalition de pays a proposé que la Libye devienne l’un des trois pays examinateurs de la situation des droits humains… aux Etats-Unis ! L’une des plus grandes démocraties du monde jugée par une dictature ! On imagine le scandale à Washington. Finalement le droit de veto a permis de conjurer la menace. Une leçon que les Genevois soucieux de conserver la Genève internationale devraient méditer : la Libye, ce n’est pas seulement Khadafi et ses foucades, c’est aussi 35 pays africains et 50 pays islamiques…

Une conférence importante mais qui peine vraiment à démarrer, c’est celle du désarmement. Dommage que les médias, si prompts à rapporter les faits et gestes des peoples, ne s’intéressent pas davantage à ce qui est un vrai scandale. On avait espéré que les négociations de mai dernier à New York sur la non-prolifération nucléaire la relancent. Espoir vain. Les séances se multiplient depuis novembre dernier, mais la conférence en est toujours à étudier « la possibilité d’adopter un programme de travail le plus rapidement possible», selon son dernier communiqué. On souhaite bon courage et bonne chance à son valeureux président, l’ambassadeur du Brésil Luiz Felipe de Macedo Soares.

 

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→l’ONU et la diplomatie multilatérale, c’est beaucoup de frustrations et d’impuissance, mais c’est aussi de bons moments. Le stage d’études offert chaque été par les Nations Unies à 100 étudiants de troisième cycle du monde entier en est un. Du 5 au 23 juillet, les étudiants suivront en matinée une initiation à l’ONU et travailleront l’après-midi à la rédaction d’un rapport commun adopté par consensus. L’an dernier, le rapport avait porté sur les moyens de réduire l’impact de la crise économique sur les droits de l’Homme, le développement et l’environnement. Cette année le thème est « tous unis face aux défis du changement climatique pour préserver la paix et la sécurité internationale ». Avantage sur les conférences diplomatiques, les avis sont tranchés, les débats passionnés et loin de la langue de bois lénifiante de la Conférence du désarmement…

 

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→Nouvelle réjouissante, le niveau d’extrême pauvreté dans le monde tend à diminuer. Le rapport 2010 des Nations Unies sur les objectifs du Millénaire pour le développement vient de sortir avec des chiffres plutôt encourageants. Ainsi le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour a diminué de 1,8 milliard en 1990 à 1,4 milliard en 2005, tandis que le taux de pauvreté est descendu de 46 à 27%. De même, le nombre de personnes souffrant de la faim a diminué de 1,2 milliard à 830 millions en 15 ans, soit de 20 à 16%. Cela dit, pas de quoi pavoiser: la crise a fait exploser le nombre de travailleurs en situation d’extrême pauvreté, la faim est remontée en flèche en 2009 et les progrès de la lutte contre la faim patinent dans la plupart des régions. La situation est la même en matière d’éducation, laquelle reste hors de portée de millions d’enfants - des filles en particulier - malgré les progrès réalisés. Dans le cas de la mortalité infantile, l’objectif sera impossible à atteindre. Dans le cas du sida, en revanche, la propagation du virus a pu être stabilisée. Bref, le moins qu’on puisse dire est qu’il reste encore de sérieux efforts à faire d’ici 2015.

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→Le grand événement de l’été sera le sommet mondial interparlementaire. Du 19 au 21 juillet Genève accueillera la 3e conférence mondiale des présidents de Parlements. Les deux précédentes avaient eu lieu à New York. Des centaines d’élus sont attendus au Palais des Nations. La Suisse, avec ses deux présidentes Erika Forster-Vannini et Pascale Bruderer, sera particulièrement à l’honneur. En 2009, la moyenne mondiale de femmes dans les parlements a atteint un record avec 18,8% soit 75% de mieux qu’en 1995.

Commentaires

Kadhafi est effectivement assez souvent soutenu, officiellement, par l'Afrique et les pays musulmans, parce qu'il délie volontiers sa bourse dans toutes sortes d'occasions officielles et non officielles et qu'il existe bien sûr une solidarité, tant africaine qu'islamique. Mais ce soutien "officiel" acheté, donc contraint et forcé, n'est du goût de personne et derrière les courbettes et les allégeances diplomatiques, les Africains - y compris les officiels - comme les Musulmans, ont la dent dure à l'égard du guide, perçu comme un dictateur souffrant de dérèglements psychologiques incontrôlables...
Personne ne le pleurera lorsqu'il disparaitra où s'il mord la poussière d'ici là. Donc honnêtement, je ne crois pas que Genève ait le moindre souci à se faire vis-à-vis de la Genève Internationale de ce point de vue. Tous les ambassadeurs, hauts fonctionnaires ou journalistes africains ou musulmans que je connais, of the record, s'accordent à dire que le Guide n'est pas dans son bon droit dans cette affaire, même si la Suisse n'a peut-être pas joué aussi finement qu'elle aurait du.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/06/2010

off the record

Écrit par : Philippe Souaille | 29/06/2010

Merci à Philippe Souaille qui m'a dispensé d'administrer cette correction. J'ose espérer qu'il s'agissait d'une "mauvaise impression". C'est dans tous les cas ce que véhicule cet anglicisme
mal repris de la part d'un journaliste.
Quel gâchis. Dommage.

Écrit par : Iris Valvert | 29/06/2010

Monsieur Mettan,

" Une leçon que les Genevois soucieux de conserver la Genève internationale devraient méditer : la Libye, ce n’est pas seulement Khadafi et ses foucades, c’est aussi 35 pays africains et 50 pays islamiques… "

Soucieux, oui. A n'importe quel prix, non !

En effet, comme vous l'a fort pertinemment fait remarquer Bernard Bertossa ce lundi 28 juin au cours de l'émission "Le Grand 8" sur "RSR1", à laquelle vous participiez également :

"Les fils de dictateurs non couverts par l'immunité diplomatique sont justiciables comme tout le monde en Suisse et si l'on veut qu'il en aille autrement et bien il faudrait préalablement changer la loi ..."

Tout ceci pour rappeler qu'il ne faudrait pas inverser les rôles. Dans cette "affaire Hannibal Kadhafi", et jusqu'à plus ample informé, Genève a appliqué la loi !

Parler de "boulettes genevoises" pour critiquer le traitement genevois de cette affaire comme vous l'avez déclaré, est une "boulette mettane", néologisme que vous me pardonnerez. Le vol, puis la publication des photos d'identité judiciaire d'Hannibal Kadhafi par la TdG y font bien évidemment exception.

L'histoire nous enseigne que les dictateurs meurent un jour - le plus tôt possible - alors que les démocraties demeurent. Par conséquent l'État de droit qui n'est pas à géométrie variable, ne saurait souffrir d'exceptions !

Mais où irait-on si le droit devait s'adapter à chaque situation particulière et se modeler à toutes les pathologies des dictateurs de ce monde et à celles de leur entourage ?

Émission "Le Grand 8" du lundi 28 juin 2010 sur "RSR1" :
http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/le-grand-8/?date=28-06-2010

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 29/06/2010

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