02/08/2010

Une région, deux traditions nationales, un même esprit

mettan à Compesières.pngBienvenue à cette célébration du 719e anniversaire de notre pays. Je tiens en effet à vous dire tout le plaisir et le grand honneur que vous m'avez faits en m'invitant à venir célébrer avec vous ce soir notre fête nationale. Pour nous Suisses, qui avons mis près de 600 ans pour nous mettre d'accord sur la date d'une fête nationale commune à tous nos cantons et plus de 700 ans avant de la déclarer jour férié sur l'ensemble du territoire, le 1er août est le fruit d'une longue, très longue maturation du sentiment national. A nos yeux - et nous avons bien raison de penser ainsi ! -  cet attachement volontaire et patiemment construit au fil des siècles est unique et n'exige pas de grands fastes. C'est pourquoi nous nous contentons en général d'une fête modeste. (discours prononcé le 31 juillet à Bardonnex et le 1er Août à Nyon)


L'esprit qui inspirait nos pères fondateurs et que l'on retrouve merveilleusement illustré dans le Pacte que nous venons de lire, c'est celui de la communauté des valeurs et de la solidarité face aux dangers et aux aléas de la vie. Ce qui nous unit, c'est la volonté de vivre ensemble avec nos différentes langues, cultures, religions et origines géographiques. Citadins ou campagnards, romanches ou francophones, catholiques ou protestants, suisses de vieille souche, naturalisés de fraîche date ou simples immigrants venus de loin pour s'établir dans notre pays, nous partageons tous le sentiment et la conviction d'embrasser un destin commun. Mieux, ce destin, nous savons que nous pouvons le décider et le construire ensemble et qu'il ne nous est pas imposé de l'extérieur ou par un gouvernement que nous n'avons pas choisi.

C'est pourquoi il nous a fallu tant de temps pour faire notre pays, pour lui donner ses institutions, et pour le doter d'une fête nationale, qui soient communes à toutes et tous malgré nos différences. Cette lenteur est précieuse, et nous devons la conserver comme un bien désirable face à tous ceux qui voudraient la sacrifier au nom des intérêts éphémères du moment.

Car nous avons besoin de temps et de patience pour résoudre les problèmes importants auxquels notre génération se trouve confrontée. Ces problèmes, à Genève, on les connaît bien : c'est la croissance de la population et du nombre de travailleurs frontaliers et de pendulaires vaudois attirés par le dynamisme de l'économie genevoise. Les conséquences négatives, on les connaît aussi : manque de logements, insuffisance des infrastructures de transports, insécurité et tensions engendrées par l'afflux de main-d'oeuvre extérieure au canton. Et les solutions pratiques, on les connaît bien aussi : construire des immeubles, des routes, des écoles, des EMS, des trams, des prisons, achever le CEVA, engager des policiers, des infirmières et des aides pour soutenir les personnes vulnérables.

Oui, mais comment mettre en œuvre tout cela ? Comment rassembler les énergies pour atteindre ce but ? Comment contourner les obstacles et venir à bout des divisions ? La réponse est simple : en s'inspirant de l'esprit du 1er août et du Pacte de 1291.

"Le 1er Août et le 14 juillet sont des symboles forts. Pourquoi ne pas apprendre à les conjuguer?"

Comme pour nos ancêtres du XIIIe siècle, il nous incombe en ce début de XXIe siècle de voir loin, large et haut.  Le Pacte de 1291 n'est pas un parchemin mort, c'est une idée vivante, et c'est à nous de le renouveler, avec de nouveaux partenaires, entre de nouvelles générations et pour de nouvelles ambitions. L'ambition transfrontalière et la construction de l'agglomération franco-valdo-genevoise en sont les plus urgentes.

Il y a quinze jours, j'étais à Annemasse pour déposer une gerbe et participer aux célébrations du 14 juillet, et demain soir je serai à Nyon pour commémorer le 1er août en terre vaudoise. Annemasse, c'est un autre pays mais c'est à moins de 10 kilomètres d'ici. Il y a quinze jours, nos voisins français se retrouvaient pour commémorer les valeurs fondatrices et universelles de leur République : Liberté-Egalité-Fraternité. Elles sont le fruit d'une autre histoire mais elles peuvent aussi nous inspirer.

Le message que je souhaite faire passer ce soir en nous retrouvant ensemble pour cette fête nationale est en fait très simple. Ce message est le suivant : nos deux traditions nationales, nos deux identités, loin de s'exclure et de nous diviser, peuvent parfaitement se conjuguer et nous rassembler pour peu que nous en ayons, toutes et tous ensemble, la volonté.

Comment donner de la chair, du corps et une âme à l'agglomération franco-valdo-genevoise en gestation ? Comment faire face aux craintes et parfois aux insultes que suscitent les échanges transfrontaliers et le trafic des pendulaires ? Ces questions avaient préoccupé les participants aux Premières assises transfrontalières que nous avions organisées à Genève le 4 juin dernier en vue de jeter les bases d'une nouvelle gouvernance de notre espace commun de vie. Les femmes et les hommes ne vivent pas que de pain, de rails, de routes ou d'argent, ils ont aussi besoin de symboles.

Ce symbole est celui que nous voulons donner ce soir : Genève, Nyon, Annemasse incarnent les trois pôles principaux de la région franco-valdo-genevoise, elles sont le symbole renouvelé du serment d'assistance et de coopération mutuelle que les trois cantons primitifs de Suisse centrale s'étaient juré en 1291 lorsqu'ils ont donné naissance à la Suisse actuelle. Un pacte d'alliance revivifié par la formule française Liberté-Egalité-Fraternité, qui rappelle qu'il ne peut y avoir de collaboration réussie sans la liberté d'y adhérer, sans l'égalité de traitement entre les partenaires, et sans la fraternité des cœurs pour la souder.

Voilà ce que nous voulons pour Genève et pour la Suisse. Voilà ce que nous souhaitons pour nos voisins français. L'esprit du Pacte de 1291 et du 1er août est vivant, à nous de le faire rayonner.

 

 

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