12/10/2010

La contrôlite aiguë, nouvelle plaie

S’il y a une maladie qui, depuis quelques années, frappe les entreprises, les services publics, les associations et tout ce qui bouge en Suisse, ce n’est ni le SRAS, ni la vache folle, ni le virus H1N1, mais bien une épidémie ravageuse et ruineuse de contrôlite particulièrement aiguë.

A l’Etat de Genève, il n’y a pas moins de cinq organismes chargés de contrôler les dépenses et la bonne tenue des services publics : le contrôle parlementaire usuel,  l’inspection cantonale des finances, la commission de contrôle de gestion, la Cour des comptes et la Commission d’évaluation des politiques publiques. Et cela sans parler des contrôles internes aux départements et aux entités publiques, ni des réviseurs externes. On connaît tous ces doyens de cycles d’orientation chargés de surveiller la consommation de timbres de l’établissement. Dans les entreprises et les associations, les dégâts ne sont pas moindres : les nouvelles normes comptables et les contrôles ordinaires, restreints ou dits simplifiés des entreprises ne font qu’enrichir les fiduciaires et les sociétés de révision, qui multiplient les heures de contrôle et les remarques de détail pour mieux justifier leurs factures prohibitives.


Récemment, c’est le responsable d’une importante ONG caritative qui me racontait comment un comité d’experts avait fait capoter l’aide d’urgence aux victimes du tremblement de terre d’Haïti. L’organisation, qui voulait fournir quelques centaines d’abris d’urgence aux sinistrés avant les pluies s’est vu imposer après de longs débats entre des experts divisés un test préalable desdits abris, pourtant agréés et validés par les autres pays. Résultat : ce n’est qu’après la recommandation des experts, l’évaluation interne, l’audit externe et le monitoring du matériel que l’accord d’acheter a été délivré, c’est à dire trois mois trop tard.

Cette maladie du contrôle est non seulement improductive, mais elle est aussi terriblement coûteuse et pernicieuse. Chaque organe de contrôle rivalisant avec ses concurrents, chacun doit absolument trouver des dysfonctionnements pour justifier son existence, quitte à monter en épingle tout écart insignifiant en erreur de gestion catastrophique, au besoin en ameutant des médias toujours avides de débusquer la faille à bon compte.

Le pire est que cette manie du contrôle n’empêche en rien les malfaçons et les gaspillages. Le système est ainsi fait que la multiplication des contrôles n’empêche pas de produire des bouées en béton parfaitement conformes puisque chacun juge un aspect du problème - la couleur, la signalétique, l’arrimage, les quantités, la taille, la qualité, les procédures et les coûts de fabrication – sans jamais avoir la vue d’ensemble. Voir les affaires Madoff et Kerviel !

Et le pire aussi, c’est que tout le monde conspire pour aggraver la maladie: la gauche en multipliant les procédures imposées aux entreprises et la droite, méfiante à l’égard de l’Etat et de ses dépenses, en essayant de paralyser ses services et les associations qu’il subventionne par des contrôles aussi incessants qu’absurdes. Bon courage !

09:55 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

M. Mettan,
Vous siegez au Grand Conseil, vous en êtes même le Président. Vous avez donc, par votre statut, la possibilité de faire changer les choses que vous dénoncez. Or, dans votre écrit, vous ne proposez aucune solution pour simplifier ces organes de vérification. Par conséquent, et en tant qu'élu du peuple, agissez contre ce que vous dénoncez. Vous n'êtes plus rédacteur en chef à la Tribune de Genève.

Écrit par : ChrisPi | 12/10/2010

Le subventionneur devrait exiger que les membres cooptés, désignés ou élus dans les divers comités soient capables de lire un bilan, ou à défaut mettre en place une formation adéquate.

Écrit par : Charly Schwarz | 12/10/2010

" La contrôlite aiguë, nouvelle plaie " écrivez-vous, mais quelle serait la situation sans ces organismes de contrôle ? Ceux-ci n'ont-ils pas été mis en place à la suite d'abus de biens sociaux, de prébendes, d'actes de corruption tout simplement ?

Cette "contrôlite aiguë" est peut-être le prix à payer pour éviter que la Suisse et Genève ne sombrent dans la jungle d'une république bananière ?
Ce que vous dénoncez ne découle-t-il pas de la conséquence de la cupidité humaine ?
Si l'être humain était parfait, nul besoin de règlementation, de lois, et de contrôles ...

Peut-être y a-t-il trop d'organismes de contrôle, peut-être en effet y a-t-il redondance entre certains d'entre eux. Probablement. Toutefois c'est aux élus politiques qu'il appartient d'y remédier, tâche à laquelle vous allez vous atteler sans tarder à n'en point douter ...

Quant à moi qui préfère l'ordre à l'anarchie, je me satisfais pleinement de cette "contrôlite" qui nous protège d'une dérive mafieuse !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 12/10/2010

Cher Monsieur,

Je vous signale au passage que parmi les propositions de la Constituante (oui, oui, il y a de bonnes choses là dedans), se trouve toute une réforme des organismes de contrôle de l'Etat.

En l'occurrence, la constituante a uniquement refusé d'agir sur les deux commissions parlementaires. La Commission de contrôle de gestion et la commission financière (qui refait TOUT le travail) ne pourrait-elle pas être réunie?

Genève est tout cas le seul canton où la commission des finances travaille de cette manière. Vraiment utile?

Cordialement

Écrit par : olivier | 12/10/2010

C'est exactement ce qui est arrivé au MOA.
un débat d'expert, une mauvaise appréciation de la situation par les politiques, et hop, un des rares lieux sympa de Genève fermé.

en voici l'explication

http://www.youtube.com/watch?v=yhairg3ptS0

Écrit par : millpa | 12/10/2010

Monsieur le Président,

A la lecture de votre blog préconisant avec opportunité et bonheur une lutte contre la contrôlite aiguë,je me suis dit que vous pouviez être un candidat potentiel idéal à l'adhésion à notre association libertaire des Dissident(e)s de Genève dont voici le lien vers les statuts:

http://www.lesdissidentsdegeneve.ch/DDG%20docs/Content_infos/telechargements/statuts.pdf

D'innombrables autres libertés que celle de fumer en public sans incommoder ni nuire à autrui sont menacées. Bien que j'aie rappelé votre vote (étonnant!) pour la Prohibition au Grand Conseil, il me semble, à vous lire, que vous pourriez probablement partager l'idéal de notre association DDG.

Sachez que vous y seriez le bienvenu, si telle est votre volonté.

En espérant que ces lignes et la lecture de notre site pourront faciliter votre réflexion, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'assurance de nos sentiments les meilleurs.

Pour les Dissident(e)s de Genève (DDG):
J.-A. Widmer (Prés.)

Genève: le président du Grand Conseil contre "La contrôlite aiguë, nouvelle plaie" sur le site des DDG:

http://www.lesdissidentsdegeneve.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=1148:geneve-le-president-du-grand-conseil-contre-qla-controlite-aigue-nouvelle-plaieq&catid=1:nouvelles-quotidiennes

Écrit par : J.-A. Widmer | 13/10/2010

C'est le problème de l'administration en général, qui gonfle les factures, ralentit les procédures, secrète des coûts supplémentaires et du personnel pour les traiter, restreint la créativité en créant sans cesse de nouvelles normes et procédures... Bref, c'est un méchant cercle vicieux, qui tend à transformer n'importe quel service en armée mexicaine, à l'Etat comme dans le privé, et nos pays occidentaux en musées de porcelaines où plus rien ne bouge. Mais en même temps force est de reconnaître que l'administration fait tourner le monde.

Écrit par : Kafka | 13/10/2010

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