06/02/2012

Non au terrorisme du courriel

On parle beaucoup et on se mobilise à grands renforts de milliards contre le cyber-terrorisme, l’islamo-terrorisme, le narco-terrorisme ou que sais-je encore. Mais que fait-on contre le terrorisme qui nous veut du bien, le terrorisme du courriel censé mettre les choses au point et qui met le feu aux poudres ? Ne coûte-t-il pas bien plus cher en stress, en surmenage et en absentéisme que les attaques de pirates et d’Anonymous contre des sites militaires ou d’entreprises ?
Dimanche dernier, je m’apprêtai à entamer une promenade bien méritée lorsque bing ! un courriel furieux et comminatoire d’un correspondant qui avait sans doute mal digéré son repas dominical me somma de répondre toutes affaires cessantes à ses questions tourmentées. Et voilà un dimanche gâché.
Rien de plus banal, direz-vous. Ce genre d’incidents arrive par millions sur la toile et se produit 4,5, 10 fois dans une journée de travail. Mais doit-on accepter de se laisser pourrir la vie par l’aigreur de ses chefs, de ses collègues, de ses relations sans réagir ? Le courriel, qui a une capacité illimitée de se transformer en pourriel même avec les meilleures intentions du monde, inquiète sérieusement les administrations et les entreprises qui commencent à édicter des règlements pour protéger leurs employés en dehors de leur temps de travail.
Et la question se pose : faut-il réglementer l’usage du courriel et délivrer, comme pour la pêche et la conduite automobile, des permis d’emailer ? C’est en tout cas ce que suggère Fernando Lagrana, haut-fonctionnaire de l’UIT et enseignant à l’Université Webster de Genève, dans la thèse qu’il vient de publier à Grenoble.



Il répertorie sept comportements fautifs dans l’usage du mail. Péché No 1 : la douce exubérance, qui consiste à multiplier les courriels inutiles à un nombre de destinataires illimité, par exemple pour dire « merci » à quelqu’un en faisant copie à tous. Péché No 2 : l’identité mêlée, qui sème la confusion entre les sphères privée et publique et fait qu’on consulte ses photos de famille au bureau et qu’on répond aux messages professionnels pendant les repas de famille. Péchés No 3. La froide indifférence, de plus en plus pratiquée par les chefs abusifs, qui utilisent le mail pour asseoir leur pouvoir, inclure ou exclure des collaborateurs de leurs listes, faire le mort et ignorer sciemment certaines demandes, etc. Péché No 4 : la colère enflammée ou l’insulte à l’occasion des débats et des discussions en ligne. On s’échauffe seul dans son coin et on finit par vomir son interlocuteur en prenant tout le monde à témoin. Péché No 5 : la vérité perdue et l’art de manipuler : rien de plus facile que d’altérer une liste ou un document, de pécher par omission, soustraction ou addition. Péché No 6 : l’ambiguïté coupable, pratiquée par les utilisateurs qui font exprès de rester ambigus ou font semblant de ne pas comprendre un message et répondent évasivement pour ne pas avoir à prendre de décision ou de position. Péché No 7 : la porte des secrets, qui consiste à violer la sphère privée de ses collègues ou de ses collaborateurs en lisant leurs messages en secret ou via le service informatique maison.
On conviendra que l’inventaire est assez exhaustif et chacun devra reconnaître qu’il a, peu ou prou, à des degrés divers, enfreint le code de bonne conduite du courriel. Quitte à se mettre à dos tous les partisans d’un internet libre et sans contrôle, Lagrana constate que ces fautes sont la plupart du temps imputables à un manque d’expérience des utilisateurs et que la pratique du mail, réservée d’abord au milieu scientifique, s’est généralisée sans établir de règles d’usage. Il rappelle donc que le courriel n’est pas le seul et unique moyen de communiquer avec ses frères et sœurs humains et que la parole, le contact direct, les réunions, les courriers physiques, le téléphone, peuvent aussi s’avérer utiles dans certains cas. Et il suggère que les entreprises et les administrations se dotent peu à peu d’une politique en matière de technologies de l’information.
Je ne suis pas un fanatique des règlements. Mais si un code de l’usager, comme celui de la route, pouvait nous éviter de gâcher nos loisirs tout en nous permettant de communiquer librement avec qui et quand nous voulons, pourquoi pas ?

09:36 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Personne ne saura protéger votre coeur des attaques venant de l'extérieur, excepté vous. Rien n'est perdu car un travail de développement personnel ou de conscience de soi peut vous permettre de transmuter ces énergies malsaines, un peu comme au judo on utilise la force de l'adversaire pour le renverser.
Je ne pense pas qu'un réglèment de plus soit vraiment utile car soit on devient de plus en plus attentif à les respecter, ce qui peut nous dévier de notre élan, soit on s'indigne et on devient violent.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 06/02/2012

C'est une forme de harcèlement. Rien de plus ni moins. La violence sournoise distillée par ces manoeuvres d'apparence banales sont bien décrites par l'auteur cité, Fernando Lagrana, haut-fonctionnaire de l’UIT.

Son aspect immédiat - le devoir d'y répondre presque dans la seconde - constitue aussi un stress aussi inutile que désobligeant. Envoyer un tel message un dimanche, c'est vraiment du très grand n'importe quoi, qu'un nouveau règlement n'arrivera probablement à cadrer. Malheureusement!

Écrit par : Micheline P. | 06/02/2012

......mais ce qu'il y a de bon, avec les courriels, c'est que personne n'est obligé de les ouvrir séance tenante, et encore moins y répondre de suite!

Pas comme le tél auquel on doit répondre, avec quelqu'un en direct à l'autre bout!

SI vous ne voulez pas être dérangé un dimanche, pourquoi ouvrir vos mails?

Écrit par : fanfan | 06/02/2012

Ce "code de l'usager" existe deja et a deja un nom: la netitquette.

Mais comme bon nombre de codes de conduite ou de règlements de nos jours: bon nombre de personnes "s'assoient dessus"...

Ceci dit, concernant les emails et comme justement relevé par fanfan: personne n'est obligé de les ouvrir séance tenante, et encore moins y répondre de suite!
Personne ne vous oblige à ouvrir votre mail professionnel le dimanche.

Donc vous êtes deja libre de communiquer librement avec qui et quand vous voulez.

Écrit par : Pierre Roche | 07/02/2012

Y'a pas à dire, ca donne envie de faire une thèse de doctorat à l'école de management de Grenoble.....

Écrit par : mais tout à fait | 07/02/2012

Cher Guy, j'ai bien digéré mon frugal repas, et pourtant je ne vous aime pas. Pourquoi donc? Me demanderez-vous. À cette question je ne puis répondre que face à face. Posément, avec serenité et douceur. Il me vient à l'esprit que j'aime à entendre complimenter ceux que je déteste. Ceci dit je loue Marie-France de Meuron pour ses propos. J'y adhère. Son nom me rappelle celui d'un rédacteur de l'Impact, dont j'appréciais les lignes. Mais encore, Guy, quand j'affirme ne pas vous aimer, je parle de l'image que j'ai reçue de vous il y a plus de dix ans. J'ai changé depuis.
pierre.h_reymond@bluewin.ch

Écrit par : PHRe | 07/02/2012

Monsieur,
M Lagrana doit avoir quelques emails en retard dans la mesure où il existe déjà un règlement qui s'appelle le "Netiquette" ou norme IETF RFC 1855.

http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9tiquette

La Netiquette originale fut rédigée dans les années 1970 déjà, chez Xerox, dans l'un de leurs centre de recherche appelé le PARC – Palo Alto Research Center - , où accessoirement un certain Steve Jobs decouvrit les premiers ordinateurs pilotés à l'aide d'écrans graphiques représentant des fenêtres et des icônes et un "pointeur", lui-même piloté par une commande manuelle apppellée "souris", une espèce de trackball (boule de "pistage") renversée dans un chassis tenant dans le main.

Enfin, la question d'un "permis" pour "emailer" ...
Oui, cela existe. C'est le "Postmaster", la personne responsable du serveur de courrier électronique de votre organisation qui, vis à vis des instances administratives de l'Internet, est chargé de maintenir l'ordre dans le traffic de courrier électronique de son organisation vers l'Internet, et qui détient le pouvoir de bloquer tout courrier indésirable sortant.

La peine maximale en cas de mauvaise conduite d'une organisation est la suspension de son nom de domaine.

Écrit par : Chuck Jones | 07/02/2012

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