22/06/2012

Que faire ? Notre travail a-t-il un sens ?

Francfort a beau être la Mecque de la finance allemande, on s’y pose toujours de bonnes questions. A deux pas du célèbre Institut de recherche sociale d’Horkheimer, Adorno et Habermas, et au milieu des rues occupées par 30 000 manifestants de Blackoccupy et d’autant de policiers, le Musée d’histoire naturelle (!) Senckenberg présentait une exposition sur le « sens du travail humain ».
Entre des photos de paresseux semblant faire une sieste permanente sur leurs arbres et des abeilles bourdonnantes s’agitant sans relâche dans leurs ruches, on pouvait voir toutes les facettes de ce que l’on a imprudemment appelé la civilisation des loisirs, et qui est en fait une civilisation dans laquelle le non-travail, le repos, les vacances, sont devenus des activités si débordantes qu’elles font passer les fourmis ouvrières pour des tire-au-flanc.
C’est que le travail ne sert pas qu’à gagner notre vie mais à lui donner de la valeur, à la réaliser et à obtenir de la reconnaissance. Et c’est cette dimension symbolique, qui nous libère et nous enchaîne à la fois, qui rend le travail si indispensable.
Mais peu importe. S’interrogeant sur l’avenir du travail et son évolution dans nos sociétés hyperactives, riches et vieillissantes, les organisateurs ont envisagé sept scénarios possibles, avec leurs avantages et leurs inconvénients. 1/Une taxe générale sur la consommation selon le degré de nécessité des biens et services produits. Ce qui reviendrait à prohiber les produits de luxe et rappelle fort les lois somptuaires édictées du temps de Calvin, qui interdisaient le port de la soie, des couleurs et des bijoux. Inconvénient : le fonctionnement de l’économie de marché serait gravement compromis et il n’est pas sûr que les horlogers et les commerçants des Rues Basses bondissent de joie…




2/Un salaire minimum garanti de 1500 euros par mois pour tous. En Suisse, les jeunes socialistes ont lancé une initiative populaire dans ce sens. Pourquoi pas ? Mais le risque d’encourager les paresseux et de décourager ceux qui accepteraient de travailler pour un tel salaire est évident. 3/ Commencer à travailler après l’âge de 40 ans et jusqu’à 70 ou 75 ans. Les gens auraient ainsi le temps de bien se former et de fonder une famille avant d’entrer dans la vie active avec toutes ses contraintes. Problème : comment construire une carrière et se réaliser individuellement dans ces conditions ? 4/ Limiter le salaire maximum à 500 000 euros par an et les salaires les plus élevés à 20 fois le salaire les plus bas. Difficulté : les prises de risques sont découragées et une baisse de la motivation pourrait s’ensuivre, susceptible de conduire à une baisse générale du niveau du de vie à terme.
5/ Flexibilité totale du travail : lieu de travail, poste, fonction, employeur, peuvent changer en permanence selon les besoins des entreprises et du marché. Petit aléa : que deviennent la vie de famille et les relations humaines dans cet univers totalement déréglementé ? 6/Création d’une monnaie globale écologique. Le nouveau Franc Vert ne serait pas indexé sur l’or mais sur l’intégration des coûts environnementaux dans les prix des biens et des services. Inconvénient : les distorsions sont difficiles à éviter, les prix exploseraient, le niveau de vie des plus pauvres serait atteint. 7/ Plein emploi garanti. Le chômage serait éliminé mais on reviendrait à une économie de type planifié dans lequel on n’aurait plus d’autre ut que de travailler…
Difficile de choisir entre ces scénarios, qui ont tous leur part d’utopie séduisante et d’impossibilité pratique. A moins de choisir un huitième scénario: s’asseoir au bord du fleuve et regarder passer le travail, de loin, en s’abîmant dans la contemplation, comme les Pères du Désert et le jeune Bouddha…

09:17 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

merci de votre réflexion! "Manger son pain à la sueur de son front" invoquant l'inévitabilité du travail qui "fait suer", nous était enseigné (au catéchisme!) comme une espèce de punition. Alors que nous faisions l'expérience du travail des parents-paysans, comme normal, avec satisfaction. Ce travail avait un sens! Et nous aimions tous travailler, mais pas du travail forcé. Pas de gains "superflus"!

La société est arrivée à un point de capitalisme débridé, qui a sa propre impulsion et qui mène à la self destruction de la terre et des terriens. Les indignés ou "Blackoccupy" paraissent être le signal de ce malaise. Les scenarios présentés ne sont pas tellement utopiques, selon moi.
Mais je pense aussi à la population sans voix, ni droit, ni terre et qui périt de faim, de violence, de soif de justice...
et qu'en Occident, mais pas seulement, on regarde de loin.
claire marie

Écrit par : cmj | 22/06/2012

On ne "mange" pas à la sueur de son front, on "gagne" ;-)

Écrit par : Mère-Grand | 22/06/2012

Les commentaires sont fermés.