28/02/2013

L’horreur alimentaire

Il y a une quinzaine d’années, Viviane Forrester publiait un petit livre au destin mondial, L’horreur économique, pour dénoncer les dérives de l’économie. Les scandales alimentaires à répétition auxquels nous assistons depuis quelques lustres mériteraient bien une petite Horreur alimentaire.
Entre la vache folle, le veau aux hormones, l’eau gratuite qu’on veut nous vendre en bouteilles, l’huile de palme qui déforeste la planète, les paysans étranglés par les supermarchés et le cheval étiqueté pur bœuf, c’est toute la chaine de la production et de distribution alimentaire, du fermier à l’assiette, qui se révèle gangrenée.
Au milieu du tollé général soulevé par le bœuf au cheval, une autre nouvelle importante est passée relativement inaperçue, à savoir la campagne contre le gaspillage alimentaire lancée par le Programme des Nations Unies pour l’environnement à Nairobi la semaine dernière. Lors de sa réunion annuelle, avec l’aide d’une ONG britannique, le PNUE a organisé un déjeuner pour les 100 ministres et autres VIPs présents à partir de 1600 kilos de légumes et de fruits du cru rejetés par les supermarchés européens bien que parfaitement sains.




Le menu, végétarien, déroulait cinq plats dont des chaussons de maïs grillé, un dal indien (purée de lentilles jaunes au tamarin), et en dessert un « mangomisu », un tiramisu à base de pulpe de mangue, précisait la dépêche de l’AFP. Chaque année, estime le PNUE, 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont perdues dans le monde, à cause du gaspillage, de défauts de conditionnement ou d’insuffisances de transport. Ou tout simplement pour des raisons esthétiques, par ce que le haricot est jugé trop long ou pas assez vert, ou la pomme de terre trop biscornue pour le consommateur européen.
Une campagne a été lancée contre le gaspillage sous le label «Penser. Manger. Préserver. Réduisez votre empreinte alimentaire » pour sensibiliser les consommateurs. L’année dernière à Genève, à l’occasion de la Journée mondiale
de l’alimentation, plusieurs ONG avaient déjà lancé le même message.
Quand nous étions enfants, nos parents n’arrêtaient pas de nous forcer à manger notre soupe en nous disant de penser aux pauvres petits Africains qui mouraient de faim dans leurs déserts. Les photos de gosses affamés hantaient nos mémoires. Aujourd’hui plus question de rappeler cette misère, sous prétexte que cela culpabiliserait excessivement nos jeunes et moins jeunes cervelles et qu’il n’y aurait pas de rapport entre l’opulence de la table des uns et le dénuement de celle des autres. Or il reste encore 800 millions de gens qui ne mangent pas à leur faim et souffrent de malnutrition, même si les grandes famines ont heureusement disparu.
Je ne sais s’il faut culpabiliser ou pas. Mais se taire alors que la publicité nous gave d’injonctions à consommer des boissons énergisantes vendues à prix d’or, des compléments alimentaires censés nous préserver du vieillissement, du salé ou du sucré dopé aux oligoéléments, de la viande, des fruits et des légumes tellement artificiels qu’ils paraissent sortis d’un catalogue de montres de luxe, me semble en tout cas la pire des solutions.
Il y a en tout cas urgence à regarder ce qu’on veut nous mettre dans l’assiette, à en connaitre la provenance, à cultiver produits du terroir, à cuisiner soi-même. Et à manger lentement, bien sûr.

09:27 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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