27/02/2014

Sotchi et la mode du « russian bashing »

On connait la recette romaine pour tenir tranquille le bon peuple : « du pain et des jeux ». Du pain, nous en avons plus qu’assez, en tout cas dans nos riches pays occidentaux. Mais quid des jeux ? En proscrivant les jeux du cirque et les exécutions publiques, les citoyens-spectateurs de nos paisibles démocraties semblent désormais manquer cruellement de sensations fortes. Heureusement, les coupes du monde de foot et les jeux olympiques tentent, tant bien que mal, de combler cette frustration.
Avec les JO de Sotchi, on a été particulièrement gâté.
Les médias, qui servent toujours de caisses de résonance aux angoisses populaires, se sont déchainés comme jamais ils ne l’avaient encore fait contre un pays hôte des jeux. Même la Chine, dont le régime est pourtant cent fois moins libéral et démocratique que celui de la Russie, n’avait pas eu droit à un tel traitement. Pendant des semaines, tout y a passé. Poutine a subi une campagne de dénigrement que même François Hollande n’aurait pas pu imaginer aux pires moments du « Hollande bashing ». Le choix du site, le montant des investissements, la qualité de la neige, la recherche du prestige au détriment de la protection de la nature, la corruption, la menace terroriste, la colère des familles expropriées, tout a été mis en cause, montré, analysé, commenté, vilipendé jusqu’à l’indigestion. On a même été jusqu’à fouiller dans les décharges et les égouts, à inspecter les robinets de douche et à disséquer la moindre phrase d’une Pussy Riot. Et cela jusqu’au dernier jour. Et même la cérémonie d’ouverture, pourtant très réussie, a été l’occasion des sarcasmes les plus outrageants. Un anneau olympique qui ne s’allume pas et qu’on remplace par une image préenregistrée (ce qui se fait partout même à la RTS) ? Une manipulation scandaleuse !


La mise en scène de l’histoire et de la culture du pays hôte (passage obligé de toute cérémonie d’ouverture) ? Une ode intolérable au « dictateur » Poutine ! On a même été jusqu’à reprocher aux Russes d’avoir organisé les épreuves alpines à Krasnaya Polyana, site d’une bataille pour la conquête du Caucase en 1864. Je ne me souviens pourtant pas qu’on ait émis une quelconque critique à l’égard des Américains pour le génocide des Indiens lors des JO de Los Angeles, d’Atlanta et de Salt Lake City. Et pourtant Wounded Knee n’était pas loin… Idem pour les JO de Londres à propos des minorités maltraitées d’Irlande du Nord ou des massacres coloniaux.
Ce traitement partial aussi pour l’Ukraine : la Russie offre 15 milliards à un pays asphyxié par le FMI et négligé par l’Europe, qui ne veut surtout pas bourse délier ni lui ouvrir ses frontières ? Elle « achète » le pays. A peine Moscou émet-elle un commentaire qu’on dénonce une « ingérence inadmissible », alors que les émissaires européens et les chancelleries occidentales ne cessent de s’immiscer dans le débat interne et de défiler auprès des manifestants. La Syrie ? C’est la faute de Moscou, bien sûr. Et pendant ce temps on fait silence sur les massacres en Irak, en Afghanistan ou en Libye, pays à feu et à sang, mais si bien libérés par les armées de l’OTAN que là le sang ne compte plus.
J’arrête ici parce qu’on va me faire passer pour un suppôt de Poutine. Et je m’empresse de reconnaitre que toutes les critiques adressées à la Russie et aux JO ne manquent pas de pertinence. Mais par leur côté biaisé, unilatéral, partiel, elles offensent à la fois la réalité et le bon sens. Car les choses ne sont pas exactement comme on les présente. Nous n’aimons pas quand la presse étrangère dépeint la Suisse uniquement sous les traits d’une nation profiteuse qui s’enrichit sur le dos des autres par le biais de la fraude fiscale. La Suisse, un pays de malhonnêtes ? C’est (très partiellement) vrai et largement faux. Alors pourquoi, faisons-nous de même avec les autres ?

Commentaires

Bravo pour cette intervention, dictée par un sentiment de justice, "non au deux poids deux mesures" (qui devrait aussi être celui du fair play sportif) qui vous honore.

Écrit par : Mère-Grand | 27/02/2014

A qui le dites-vous Guy Mettan!

Je suppose que vous avez entendu cette émission à laquelle j'ai été conviée et dont j'ai indiqué le lien sur mon blog:

http://voix.blog.tdg.ch/archive/2014/02/03/vladimir-poutine-en-ligne-directe-252579.html

Et combien de sujets de blog n'ai-je écrits sur la Russie, sur la Syrie, sur l'Ukraine désormais pour lutter contre cette russophobie insensée sinon orchestrée.

J'ose espérer qu'ils ne vous ont pas échappé.

Bien à vous

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 27/02/2014

Bravo Monsieur Mettan ! Certains pays feraient en effet mieux de balayer d'abord devant leur propre porte ! En Russie tout n'est pas rose, mais ailleurs non plus !

Écrit par : Marion Garcia Bedetti | 27/02/2014

Merci pour ce post.
La réponse à la question finale réside sans aucun doute dans le fait que la Russie d'aujourd'hui, c'est la réminiscence d'une partie de notre ancienne culture, qu'un courant de pensée venu de l'Ouest tente, depuis 50 ans, d'éradiquer.

Confortablement installés dans une pax americana, nous ne pouvons, à notre échelle, qu'apprécier notre situation, sombrant dans un confort matériel historiquement inégalé, mais perdant tout esprit critique vis à vis des évolutions de notre société.

Cette société, démocratique mais consumériste, universaliste mais égalitariste, est, par de nombreux aspects, sans doute une des modèles les plus avancés et altruistes de l'histoire de l'humanité. Et pourtant....

Et pourtant, elle semble fragile... craignant les différences internes et externes, et empreinte de peurs vis à vis de toute remise en question de son modèle. L'esprit critique, l'art de se remettre en question qui fut notre apanage intellectuel depuis les Lumières, est devenu un ennemi de notre société. L'ennemi intérieur est alors facilement assagit par quelques lois liberticides restreignant la liberté d'expression, ou bien par un ostracisme médiatique.

Mais lorsque cette différence, est portée par un voisin... Voisin si proche, Voisin que nous n'avons pas su ou voulu accueillir dans notre maison en 1990 lorsque son monde volait en éclats, Voisin qui a reconstruit depuis lors son propre modèle de société.... Et bien, dans ce cas, notre monde semble ne plus vouloir accepter cette différence... Et nous ne pouvons que dénigrer et rejeter tout ce qu'il représente, surtout lorsque ce qu'il représente nous rappelle ce que nous avons été.

Qu'un chinois, un africain, un arabe soit un "sauvage" ne pose pas trop de problème à nos médias. On ne peut leur demander d'être aussi évolués que nous. Mais que notre frère, notre voisin Européen, puisse ne pas se conformer au modèle unique, là c'est inacceptable.

Tout aussi inacceptable qu'un pays qui se situerait au coeur de notre (leur) monde occidental et qui voudrait conserver ses lois, ses principes, dont par exemple la protection de la sphère privée, ou pire, sa culture de démocratie directe et locale qui autorise le peuple a parfois aller à l'encontre du courant de pensée unique...

Écrit par : linossier | 28/02/2014

Merci de votre billet Guy Mettan, et merci de votre commentaire Linossier, commentaire auquel je me souscris non sans lui reprocher un certain angélisme.
Angélisme qu'on trouve dans cette stanza:
« Qu'un chinois, un africain, un arabe soit un "sauvage" ne pose pas trop de problème à nos médias. On ne peut leur demander d'être aussi évolués que nous. Mais que notre frère, notre voisin Européen, puisse ne pas se conformer au modèle unique, là c'est inacceptable. »

Oui, j'ai bien dis « angélisme » parce qu'il se trouve que votre « voisin Européen » n'est pas du tout le frère de tout le monde ici. Serait-il « frère » en quoi et pour quoi, en fait? De par sa religion orthodoxe chrétienne? De par sa liberté jamais sacrifiée à l'autel de la barbarie et de la décadence? Enfin, peut-être de par son côté européen, côté qui appartient à sa dualité euro-asiatique historique? Côté qui, certes, on ne peut pas lui priver!
Le mot « inacceptable » est tout simplement inapproprié, trop fade, trompeur, car il s'agit de toute autre chose. Il s'agit bel et bien de la haine pathologique manifestée au niveau de certains individus, et il s'agit des considérations géo-religio-politiques véhiculées et diffusées par certaines sociétés, organisations et réseaux d'influence, considérations qui classent, in fine, la Russie comme une civilisation à abattre.

Et je comprends d'autant plus Hélène Richard-Favre qui mène son modeste mais courageux combat pour la vérité. Un véritable travail de fourmi. Souvent ingrat. Mais que peut-elle faire, seule, face aux monstres de la propagande et à la perversité de l'âme malade?
Quand vous regardez par exemple les insultes (passibles du pénal en France) qu'elle a subies sur le blog d'un certain Plouc, insultes proférées par un certain Corto, insultes qui ont visé également le président Poutine, insultes qui ont créé des amalgames insupportables, alors, quand vous regardez ces insultes et quand vous vous rendez compte que pour que sieur Cuénod les efface finalement de son blog (dont il est responsable!), il aurait fallu non seulement lui adresser des  « mises en demeures » via des commentaires dudit blog, mais aussi et surtout, quand il leur a fait la sourde oreille, se trouver dans l'obligation d'adresser une lettre officielle à monsieur Jean-François Mabut.

Suite à cela seulement, l'ensemble des commentaires du blog, y compris ceux qui n'avait rien à voir avec l'affaire, ont été effacés.

Donc, il n'est pas étonnant de voir sortir de la « plume » du sieur Cuénod, prétentieux à l'outrance et évidemment payé pour ses « saloperies» à la Sartre, d'une façon ou d'une autre, il n'est pas étonnant de voir sortir de son imaginaire perturbé des textes tels que son dernier opus « Ukraine : pourquoi Poutine utilise le mot «fasciste» (Les Jeudis du Plouc) ».
Et il a bien mérité ce commentaire: « En lisant un texte nauséabond dans son sans gêne, que celui-ci, on commence à croire qu'il doit y avoir un gène de la haine... ».

Écrit par : vlad | 28/02/2014

J'adère complètement à votre anaylse M. Mettan. J'ai été choqué des commentaires lamentables du chef du service des sports de la RTS lors de la cérémonie d'ouverture, c'est une honte. Il s'est toutefois rattrapé sur le plateau de la RTS, à l'heure du bilan, mais ce "bashing" est fatiguant.

J'ai l'impression que les journalistes d'aujourd'hui sont "pris de vitesse" par internet et les réseaux sociaux, et ne prennent pas, ou n'ont pas, le temps de faire des analyses à tête reposée....de peur d'être en retard ?

En tout cas, merci pour ce billet, qui est vraiment remarquable.

Écrit par : Jacphil | 28/02/2014

J'aimerais ajouter à la description de cette campagne de calomnies et de dénigrements de Poutine, l'escamotage de la vraie raison du bloc Occidental USA en tête à dévaster l'Ukraine. Car il faut bien le dire, l'Ukraine va subir, outre cet épisode de violences meurtrières et criminelles, des conséquences de la déstabilisation où les interlocuteurs, auteurs de ces pogroms, s'avèrent incapables de dialogue et d'un minimum de gestion pour ramener le calme.
On aurait pu s'attendre à ce que ces nouveaux dirigeants auto-proclamés expriment - au moins de le tenter - sa vision pour l'Ukraine de demain à part les déclarations tonitruantes sur la démocratie et les libertés que nous connaissons déjà - Au lieu de cela, nous avions eu droit à des message de menaces ou d'intimations à l'encontre de Poutine qui semblent dire "voilà! Nous avons gagné la partie, toi Poutine, tu vas nous obéir, nous avons les moyens de te soumettre parce que nous sommes soutenus..."
Quelle indigence intellectuelle et politique!

Avec ce triste constat, je me sens le droit de qualifier ce gouvernement de fantoche et ses nouveaux dirigeants, de marionnettes.

La raison, est en réalité dans le fait que l'Ukraine, dans ses balbutiements économiques, venait de sceller de fraiches relations avec la Chine pour des dizaines de milliards de dollars dans un premier programme d'investissements et de développement dans le domaine industriel métallurgique et macro-agricultural. Ianoukovitch, en dépit de sa corruption héréditée du régime Orange, commençait d'entamer un tournant décisif pour l'économie de son pays vers l'Est qui, lui, ne lésinait pas sur les moyens à céder pour un deal gagnant-gagnant, à l'instar des offres pénalisantes et ridicules faites par le bloc BAO. Au regard du dérisoire prêt de quelques centaines de millions de dollars, le Président légitime avait jugé que l'on se moquait de son pays.

Sa signature aux accords douaniers Eurasien avec Poutine avait été l'étincelle qui mettait le feu à la colère de l'Occident.
De la colère à la rage de devoir se porter garant de la dizaine de milliards de dollars qu'a besoin l'Ukraine, il y a cette difficulté à s'entendre, entre pays de l'OTAN, pour épouser son fardeau en endossant toutes les responsabilités d'un pays qui a démissionné depuis longtemps de sa gestion, et des autres nouvelles responsabilités liées à cet emprunt auprès du FMI, issue de son bras de fer contre la Russie.
Dilemme des victoires symboliques...!

L'UE qui a soutenu le renversement de Ianoukovitch va se retrouver, une fois de plus dans une énième guerre, énième impasse, placée devant la perspective qui se profile à l'horizon: la partition très probable de l'Ukraine par le désir de la Crimée de se rattacher à la Russie, et le redressement du pays avant une quelconque ambition.

Dans les faits, l'ingérence a toute la physionomie d'une imposition à l'Ukraine d'un protectorat : depuis les premiers soutiens officiels aux émeutes jusqu'au bradage du pays par la troïka qui va procéder à l'inventaire de son patrimoine afin de définir le montant du prêt du FMI pour lequel l'occident voudra bien consentir.

Ingérence aura été plus que prémédité! L'Occident a violé toutes les conventions et tous les droits internationaux.


Une autre description du Poutine bashing, ici
http://www.mondialisation.ca/les-medias-americains-amplifient-leur-offensive-de-propagande-contre-lukraine/5371990

Écrit par : Beatrix | 09/03/2014

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