01/10/2014

Drôle de silence autour du crash du vol MH 17

Avez-vous remarqué que, depuis début août, on ne parle plus du tout du crash du vol MH 17 en Ukraine dans les médias et les ministères occidentaux? Plus un mot, plus une image, pas un commentaire, silence total, les éditorialistes et les experts si affirmatifs et si vindicatifs quelques jours auparavant comme si l’accident n’avait jamais eu lieu alors que pendant trois semaines on nous a bombardé d’annonces tonitruantes sur les soi-disant « preuves » accusant les séparatistes pro-russes. A peine, le 9 septembre dernier, a-t-on pu voir ici ou là, un petit article ou un bref commentaire pour mentionner la conférence de presse hollandaise indiquant qu’il serait impossible d’établir l’origine du crash avant la remise du rapport final dans un an et que tout ce qu’on pouvait dire, c’était que l’avion avait été abattu par des objets perforants.
Comment expliquer que le lendemain du crash l’ensemble du monde politique et médiatique américain et européen ait été convaincu de la culpabilité russe (ou pro-russe, ce qui revient au même) et que ces belles certitudes se soient envolées du jour au lendemain sans que quiconque se pose la moindre question ? Et pourquoi aucun média n’a-t-il fait observer que la fin de ce harcèlement a cessé comme par enchantement juste après l’adoption du deuxième train de sanctions américaines et européennes contre la Russie ? Or il existe pourtant des tas de questions passionnantes à poser sur ce crash et on a connu la presse beaucoup plus insistante dans nombre d’affaires de moindre importance. Aurait-on déjà oublié qu’il existe une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, la 2166, qui exige une enquête internationale véridique, transparente et vérifiable et qui demande que les experts aient accès au site ? Or il se trouve que ce site, qui se trouvait jusque-là dans un secteur plutôt calme, a commencé à être bombardé par les forces ukrainiennes aussitôt après le crash afin d’empêcher les experts de se rendre sur place, tout en accusant les séparatistes.


Or il est essentiel que les experts aient accès au site du crash afin de pouvoir répertorier tous les éléments de la carcasse, les traces et la nature des objets perforants, leur position au sol, et une fois les relevés terminés, les récupérer afin de pouvoir procéder à une reconstitution de l’appareil, comme cela se fait d’ailleurs habituellement dans ce genre d’accident. Tout comme il est essentiel, l’examen des boites noires s’avérant insuffisant, qu’ils aient accès aux enregistrements intégraux des aiguilleurs du ciel ukrainiens en charge du trafic aérien à Kiev au moment du crash – accès pour le moment refusé par les autorités ukrainiennes. Travailler seulement sur la base de photos et de témoignages oraux relèverait du pur amateurisme. Or jusqu’à maintenant, ce travail minutieux de relevé et de prélèvement n’a pas été fait. Enfin, pourquoi la commission d’experts n’a-t-elle pas pris en compte qu’au moins un avion ukrainien se trouvait à proximité du vol Malaysia au moment de l’accident, comme cela ressort des enregistrements radar ?
En clair, et c’est ce que craint la partie russe, il a de gros risques pour que l’enquête soit bâclée et que, une fois l’émotion passée et le tsunami de propagande antirusse ayant fait son œuvre dans l’opinion publique occidentale, on laisse tomber la chose dans un quasi-oubli et que l’on se contente de publier en catimini des résultats vagues et fumeux au terme desquels on conclurait qu’il serait impossible d’affirmer avec certitude quel camp a abattu l’avion, tout en laissant naturellement subsister le doute qu’il s’agirait naturellement de la partie pro-russe.
Or il est important que la communauté internationale reste vigilante et fasse continuellement pression pour que l’enquête soit menée jusqu’au bout et que la vérité soit établie. Jusqu’ici, il n’en a rien été. La transparence est nulle et les tentatives pour qu’une discussion ouverte et multilatérale sur les causes de ce drame ont toutes échoué. La présentation manipulatoire des faits a même inquiété des responsables du renseignement américains, qui se sont inquiété de la faiblesse des « preuves » apportées par Obama pour accuser la partie russe (http://www.washingtonsblog.com/2014/07/obama-release-ukraine-evidence.html)
On se souvient qu’après le drame de Maidan, quand il était apparu que les tirs sur les manifestants ne provenaient pas seulement des policiers favorables à Yanukovitch mais de snipers proches des « démocrates », comme cela avait été relevé par le ministre estonien des affaires étrangères dans sa conversation avec Catherine Ashton, une enquête internationale avait aussi été promise. Enquête oubliée aussitôt l’attention retombée. Idem après le drame d’Odessa qui avait vu des dizaines de pro-russes périr dans un incendie criminel. Ou après la cascade d’articles qui avaient déferlé dans les médias occidentaux en 2006 et accusaient l’armée russe d’empoisonner les Tchétchène à des fins d’épuration ethnique, accusations qui se sont révélées sans fondement par la suite.
Bref, on voit qu’on n’est jamais loin de la manipulation et qu’il convient d’examiner les choses avec la plus extrême prudence. L’Occident, qui se targue de ses valeurs morales et de sa supériorité en matière de démocratie et de liberté, devrait veiller à appliquer ces beaux principes d’abord à lui-même avant de faire la leçon aux autres. Nous éviterions bien des malentendus et serions en bien meilleure posture pour lutter contre nos vrais ennemis, les terroristes de l’Etat islamique, et cela avec de vrais alliés qui ont déjà combattu avec succès cette menace dans le Caucase.


Commentaires

La manipulation est en effet outrancière, puisque maintenant on découvre des charniers avec des centaines de corps et que personne des médias occidentaux n'en parle. civilwarineurope.com
(bon on dira toujours de l'autre bord que c'est de la propagande de guerre et comme cela vient de presse russe, ça n'a pas de crédibilité)

Écrit par : Corélande | 01/10/2014

C'est comme les pilotes d'un autre vol de Malysian qui ont été photographiés il y a 2 semaines dans le sud du Pakistan !

Écrit par : Corto | 01/10/2014

Tout simplement merci! Merci pour ce rappel. Merci de ne pas laisser ce crime sombrer dans l'oubli.

La presse occidentale est décidément bien pourrie. Tout s'achète. Des journalistes qui ont encore une éthique sont rares. Merci d'en faire partie.

Écrit par : Johann | 01/10/2014

Indispensable rappel sur le déferlement anti-russe. Merci. Le mal est déjà fait et les relations euro-russes vont être durablement péjorées.

Écrit par : hommelibre | 01/10/2014

Merci pour ce lien, Corélandre! Il est très important de faire circuler l'information.

http://civilwarineurope.com/2014/10/01/enorme-quand-une-emission-allemande-se-moque-de-la-facon-dont-les-medias-occidentaux-informent-sur-le-conflit-ukrainien-video/

Comme il est dit: nos journaux sont pour la liberté d'expression... en Russie, pas chez nous. Une sacrée leçon. Et un tonnerre d'applaudissements.

Maintenant il nous faut apostropher et mettre en accusation cette presse pourrie et va-t-en-guerre. Je suis persuadé que la vérité est plus du côté de Moscou que de Berlin, Paris ou Washington.

Les familles des victimes devraient se constituer en association comme celles du 11 septembre. Pour connaître la vérité au terme d'une enquête rigoureuse et impartiale. Je rêve sans doute.

Écrit par : Johann | 01/10/2014

Et voici une analyse qui conforte mon opinion. Ce n'est pas la Russie qui est l'ennemi des pays européens, mais les Etats-Unis. Comme avant la seconde guerre mondiale. En est-on au même point qu'il y 80 ans? Nos dirigeants sont-ils si stupides?

http://civilwarineurope.com/2014/09/11/la-russophobie-strategie-us-contre-la-france-et-leurope/

Écrit par : Johann | 01/10/2014

Et encore ceci publié déjà le 6 août... en Malaysie. Où la presse apparemment peut encore poser et se poser des questions. Et ne pas faire de la propagande unidirectionnelle.

http://www.boomantribune.com/?op=displaystory;sid=2014/8/11/01526/7487

Écrit par : Johann | 01/10/2014

Dernière information et qui n'a pas fait la une de la presse occidentale:

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/destruction-du-vol-mh17-le-156969

Voilà qui me semble clair. Les mensonges aussi sont clairs.

Et maintenant les mensonges sont par omission.

Écrit par : Johann | 01/10/2014

Le plus simple serait d'occuper la Russie, les alliés et quelques bataillions suisses devraient faire l'affaire et en finir avec ces emmerdeurs de russes !

Écrit par : Corto | 01/10/2014

Je suis globalement d'accord avec l'analyse de Guillaume Faye sur un des liens ci-dessus, avec un bémol:

Les finlandais ont un assez mauvais souvenir de la Russie. Et la Russie a aussi été portée par une dynamique d'empire. Mais actuellement je pense qu'elle est dans une dynamique de droit plus que de force.

Je soutiens également une union européenne large avec la Russie, mais je ne pense pas non plus qu'une très grande puissance, comme il en existe actuellement 3 (avec la Chine et les USA) soit totalement respectueuse des minorités limitrophes ou internes. C'est aussi l'équilibre mondial qui se joue. On voit comment une région limitrophe peut faire vaciller cet équilibre. Jusqu'où peut aller l'autodétermination?

Bien sûr cette réflexion est un exercice périlleux et égoïste, car je ne suis pas ukrainien, et justifier le droit du plus fort même en raison d'un gain durable de paix est très dangereux, aussi dangereux que le droit d'ingérence. C'est une question dérangeante, mais je la pose:

si la partition de l'Ukraine, favorisée et/ou aidée militairement par la Fédération de Russie, fixait la paix en Europe, faut-il aller dans ce sens - et donc faire un accroc au dogme de l'intangibilité des frontières décrété au XXe siècle? Si au contraire l'Ukraine non partitionnée devenait une menace plus grande, avec risque de guerre possible dans le siècle, faut-il quand-même soutenir l'intégrité des frontières de ce pays?

La partition d'un pays n'a cependant pas automatiquement installé la paix ou éloigné le risque de guerre, on le sait avec les suites de la première guerre mondiale.


Autre question que je me pose: Poutine sait depuis Bush, puis par Obama assez rapidement, le mépris des dirigeants américains pour la Russie. La crise actuelle est un bras de fer. Mais Poutine est-il vraiment maître de sa situation, ou est-il en train de perdre la partie en Europe? Car on peut souhaiter, comme le fait Guillaume Faye, que l'Histoire apporte un retournement des alliances et que l'Europe, saisie par un sursaut d'autonomie, permette un rapprochement avec Moscou. Mais c'est de la politique-fiction, on n'en sait rien. Actuellement l'atlantisme est bien ancré. Alors, Poutine (et ses ministres), gagnant sur le plan de la reconstruction de la Russie, est-il perdant au plan international?

A moins qu'au fond ils ne suive le courant de l'Histoire qui semble ramener peu à peu le centre de gravité des échanges économiques vers l'Asie. Auquel cas l'Ukraine ne serait qu'une escarmouche ou un exercice de style entre deux grandes puissances, la Russie ne voulant pas lâcher l'Ukraine sans broncher.

Écrit par : hommelibre | 01/10/2014

" mais je ne pense pas non plus qu'une très grande puissance, comme il en existe actuellement 3 (avec la Chine et les USA) soit totalement respectueuse des minorités limitrophes ou internes."

Il y aurait beaucoup à dire. Ce qui m'a toujours frappé c'est le respect des Russes pour les populations minoritaires. Les langues et les cultures ont été préservées et les mariages mixtes ne sont pas une exception. A comparer avec le sort des minorités sous traitement anglo-saxon qui se traduit par un profond mépris quand ce n'est pas du racisme: Amérindiens exterminés ou déportés et parqués dans des "réserves".

En Chine on peut noter que les ethnies minoritaires n'étaient pas concernées par la limitation des naissances à un enfant par famille.

Les limites à ne pas franchir sont celles liées au pouvoir et à sa gestion.

Écrit par : Johann | 02/10/2014

Poutine est un stalinien, ah si on avait éliminé staline en 45 !!!!

Écrit par : Corto | 02/10/2014

Bonjour,

Le message que donne M. Sergueï Naryshkine - voir l'article dans "Le Temps" du 2.10.2014 - est très clair.

"Personne ne nie que du côté des résistants antifascistes combattent des citoyens portant des passeports russes, arméniens, etc. Il y a même des Allemands, des Français, des Espagnols. Ce sont tous des volontaires.

Ils se battent pour leurs convictions, contre une révolte de nationalistes radicaux, contre le néonazisme et contre la russophobie, qui prend les formes les plus brutales et les plus ignobles.

Du côté de Kiev, on trouve aussi de tout: Russes, Lituaniens, Lettons, Polonais, Norvégiens, pour l’essentiel des néonazis.

Mais il y a une différence entre les deux camps. Du côté de Kiev, un groupe de conseillers militaires des Etats-Unis travaille au sein du Ministère de la défense ukrainien et dans les services de sécurité. Là, il ne s’agit pas de volontaires. Ce sont des représentants officiels des structures de sécurité d’un gouvernement étranger."

Ces mêmes "représentants officiels des structures de sécurité d'un gouvernement étranger" doivent certainement être agacés car leurs funestes manœuvres en sous-main n'ont pas réellement débouché sur le résultat qu'ils souhaitaient.
Le retour de bâton va en surprendre quelques uns.

Et pour le MH17, oui, on devra attendre, même si la réponse est connue.

Écrit par : Keren Dispa | 02/10/2014

Bonjour,
Félicitation pour vos articles sur la situation en Ukraine. Enfin du journalisme qui maîtrise le dossier et qui connait un peu d'histoire !
Quand je lis avec stupeur ce que publie "Libération" sur la question...
La manipulation de la presse occidentale est une évidence, sinon comment expliquer une telle amnésie ? En tous les cas merci de remettre l'église au milieu du village comme vous le faite dans l'article du Courrier du 7 octobre dernier, et à bien d'autres occasions.
Cordialement
Jean Faravel

Écrit par : Jean Faravel | 07/10/2014

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