10/06/2015

Géopolitique d’un monde moins sûr

Inventé en 1899 par le politologue suédois Rudolf Kjellen pour expliquer les rivalités impériales de la fin du XIXe siècle, développé par l’Anglais Mackinder, l’Allemand Haushofer et l’Américain Spykman, le concept de géopolitique a longtemps senti le soufre après l’épisode nazi. Puis il a repris du service à la fin de la Guerre froide avant d’être à nouveau condamné aux oubliettes par la chute du Mur de Berlin et la disparition du bloc soviétique.
Avec l’avènement de la démocratie libérale et du libre marché universels, puis grâce à la révolution des nouvelles technologies de l’information qui devaient permettre de connecter les 8 milliards d’êtres humains en permanence, l’idée même de géopolitique devenait obsolète, voire obscène, annonçaient les prophètes de la fin de l’histoire et du libre-échange mondialisé des biens, des idées et des hommes. Grâce à la bienveillante protection de l’armée américaine qui allait assurer le maintien du nouvel ordre et veiller à remettre aux pas les récalcitrants, le monde était parti pour mille ans de bonheur.
Il n’en a rien été. Il aura fallu moins d’une décennie pour balayer cette illusion.
Parce que le projet était vicié dès le départ.


La démocratie, imposée à coups de canons ou de réformes néolibérales ravageuses comme en Russie, n’a pas réussi à convaincre partout. Le libre marché, privé de garde-fous et de la crainte du socialisme, s’est transformé en fabrique totalitaire d’inégalités. Le gendarme s’est révélé être un pompier pyromane, envahissant et bombardant l’un après l’autre les pays jugés hors la loi. Et contre toute attente, la mondialisation a engendré de nouvelles puissances, au premier rang desquelles la Chine, qui contestent l’hégémonie américaine et la vision unilatérale d’un monde d’obédience exclusivement occidentale. Enfin, le triomphe d’une économie schizophrène, c'est-à-dire financiarisée et coupée des besoins réels des peuples d’un côté, et productiviste et mercantile à outrance de l’autre, est en train de menacer la survie d’une planète asphyxiée par les rejets de CO2 et le réchauffement climatique, et par l’exploitation de ses ressources naturelles.
Dans un tel contexte, la géopolitique ne peut que refaire surface car elle seule permet de mettre des noms sur ce qui se passe, avec réalisme, sans fards ni propagande idéologique. Le monde qui s’annonce est de plus en plus incertain et de moins en moins sûr. Les rivalités politiques ne peuvent que s’exacerber, les puissances installées – Europe et Etats-Unis – refusant de céder une partie de leur pouvoir aux puissances émergentes. Dans ce jeu, les démocraties libérales ne s’avèrent ni meilleures ni moins impérialistes que les régimes dits autoritaires, comme on vient de le voir avec l’annexion de l’Ukraine par l’Union européenne et l’OTAN sous prétexte de choix démocratique. La guerre des valeurs va redoubler, l’universalisme occidental étant de plus en plus considéré par le reste du monde comme un instrument de domination. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut interpréter la rébellion islamiste contre le modèle occidental, d’inspiration matérialiste et agnostique.
Bref, il va falloir apprendre à vivre avec ces nouvelles données, lucidement, sans œillères, avec le moins de préjugés possibles. Et dans ce cadre, la géopolitique, qui a pour but d’analyser les rapports de force et les tendances lourdes dans leur brutale nudité, peut nous fournir des outils utiles.








09:18 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

Votre aveuglement me sidère. Oserais-je vous suggérer d'aller prendre quelques cours chez Xavier Contesse pour mettre à jour votre compréhension du monde. L'évolution technologique s'est accélérée à un tel point que les décideurs sont devenus des pompiers qui tentent d'empêcher une nouvelle forme d'impérialisme par les grands groupes internationaux, les GAFAs en tête.

Écrit par : Pierre JENNI | 11/06/2015

"Oserais-je vous suggérer d'aller prendre quelques cours chez Xavier Contesse pour mettre à jour votre compréhension du monde."

Un soi-disant libertaire qui se réfère à xc? On aura tout vu.

M.Jenni: voulez-vous que tout le monde devienne moins intelligent? Parce que des phrases comme celles-ci: "Les lunettes de Google font partie de ces nouveaux dispositifs que l'on va porter sur soi pour "augmenter" nos facultés." ne valent même pas leur poids de cacahuètes.

http://www.clubic.com/mag/sport/actualite-739569-google-glass-commencement-fin-lunettes-realite-virtuelle.html

En fait d'"augmentation", le but premier est d'augmenter le contrôle sur les citoyens, comme le font déjà face de bouc et autres con-nectés. Big Brother ça ne vous dit rien? Sauf que ce qui est proposé aujourd'hui, c'est que les gens participent d'eux-mêmes à leur propre surveillance, qu'ils y collaborent, 24h sur 24. Ca, Orwell ne l'avait pas prévu. Miracle de la manipulation de masse. De la décérébration. Par ces médias qui ne proposent que de la m..... au lieu d'inciter à réfléchir. Ce que fait Monsieur Mettan. xc lui ne fait que relayer le matraquage par exemple de google.

Quant à votre pseudo analyse: "les décideurs sont devenus des pompiers qui tentent d'empêcher une nouvelle forme d'impérialisme par les grands groupes internationaux", c'est tout le contraire. Voyez TAFTA qui vise à priver pratiquement les "décideurs" politiques du peu de pouvoir qui leur reste au profit des "grands groupes internationaux". Le but: la fin des services publics.

Vous n'êtes certainement pas aveugle, M.Jenni, seulement prêt par vos propos ici à lâcher la bride aux libéraux impérialistes, Uber en tête. Finis les taxis comme service public! Mais sans doute n'en êtes vous pas à une contradiction prêt. Et je ne vais plus vous plaindre si vous vous cassez la figure face à Uber. Ni vous soutenir à partir d'aujourd'hui.

Écrit par : Johann | 12/06/2015

Nous sommes seulement 7 milliards d'êtres humains ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 12/06/2015

Cher Johann, le changement qui se profile ouvre évidemment des opportunités à toute sorte de profiteurs qui se targuent de surfer sur la vague de l'économie de partage. Uber en est un bon exemple et ce n'est pas pour rien que cette société est interdite dans la plupart des villes et des pays.
Je vous recommande la lecture des ouvrages du président de la fondation P2P, Michel Bauwens, qui explique bien ce phénomène. Il me semble un peu pessimiste notamment en raison de la puissance de ces grands groupes qui retardent d'autant l'échéance du basculement de paradigme.
La Commission Européenne veille au grain et lance des procédures contre Google et récemment Amazon pour abus de position dominante. La question est de savoir si ce n'est pas déjà trop tard et que ces groupes dirigent effectivement la marche du monde en coulisse, sans en avoir l'air.
Nous sommes bien loin de la géopolitique. Ici, les frontières n'ont plus de sens.

Écrit par : Pierre JENNI | 12/06/2015

Oui Victor, mais la projection de l'évolution démographique est sidérante. 9 milliards en 2050 et 11 milliards à la fin du siècle, soit dix fois plus d'humains sur Terre en à peine 300 ans.

Écrit par : Pierre JENNI | 12/06/2015

Au sujet des Google glass, il semblerait que l'on se dirige non pas vers un usage grand public mais plutôt vers un outil de spécialisation professionnelle dans de nombreux domaines comme la chirurgie ou la gestion des forêts pour ne donner que ces exemples.
http://www.journaldunet.com/solutions/dsi/google-glass-pour-pro.shtml

Écrit par : Pierre JENNI | 12/06/2015

Après quelques échanges mail avec M. Mettan, je me suis rendu compte que mon commentaire était un peu mordant et pas suffisamment clair. Voici donc quelques compléments.

Je ne lis pas votre billet comme une critique du journalisme, mais bien comme une analyse de société qui vous est propre et qui semble ne pas tenir compte, ou relativise, l'évolution technologique qui, comme vous le relevez, permettra à terme de relier les 8 milliards d'êtres humains en permanence.

Vous caricaturez les idées libérales et les Américains au lieu de dénoncer leurs dérives par des exemples concrets comme le développement des plateformes Rb&B ou Uber qui ne sont que de nouveaux intermédiaires opportunistes qui surfent sur le changement profond de paradigme en se profilant abusivement comme des précurseurs de l'économie de partage, alors que leur but est le rendement pour les actionnaires.

Je comprends et partage en partie votre indignation sur le traitement de la Russie. Lors de ma présentation sur la législation Suisse en matière de taxis à Novosibirsk, j'ai pu mesurer l'indignation du peuple russe quant au traitement qu'ils subissent dans nos médias.

La géopolitique qui vous intéresse tant est basée essentiellement sur les intérêts des diverses nations qui ne pourront concorder que lorsque le pouvoir sera redistribué horizontalement à la base grâce à l'internet des objets qui rendra les structures hiérarchiques obsolètes. C'est en ce sens que je vous suggère de prendre inspiration auprès de ceux qui sentent le vent tourner. A l'instar de Jeremy Rifkin qui annonce rien moins que le crépuscule du capitalisme (financier) que vous dénoncez et l'avènement d'une ère d'abondance.

Je trouve que cette dimension manque cruellement dans votre analyse et que votre billet n'est pas porteur d'espoir et d'idées constructives. C'est une charge primaire sans échappatoire.

Voilà, j'espère que c'est un peu plus clair.

Écrit par : Pierre JENNI | 12/06/2015

"Cher Johann, le changement qui se profile ouvre évidemment des opportunités à toute sorte de profiteurs qui se targuent de surfer sur la vague de l'économie de partage. Uber en est un bon exemple et ce n'est pas pour rien que cette société est interdite dans la plupart des villes et des pays."

Vous dites "économie de partage", mais nous ne sommes pas dans une "économie de partage" (vous auriez tout aussi bien pu écrire: économie communiste, car c'est la même chose). Nous sommes dans une économie capitaliste qui fonctionne selon des règles capitalistes, c'est-à-dire d'appropriations, de brevets, d'exclusions, de raretés, de monopoles (qui permettent de générer plus de profits pour une toute petite partie de la population). Tout le contraire du "partage", d'une mise en commun. uber n'est pas un "profiteur", elle applique purement et simplement les règles capitalistes. Et avec tafta, cette société prédatrice a de beaux jours devant elle. Mais pourquoi donc n'avez-vous pas, vous et votre société de taxis, déjà "changé de paradigme"?


"Je vous recommande la lecture des ouvrages du président de la fondation P2P, Michel Bauwens, qui explique bien ce phénomène. Il me semble un peu pessimiste notamment en raison de la puissance de ces grands groupes qui retardent d'autant l'échéance du basculement de paradigme."

C'est bien joli le paire à paire, mais ça ne rapporte rien. Et je suis très bien placé pour le savoir. Alors ceux qui ont des loisirs et les idéalistes, oui, peuvent partager. Mais ce n'est pas un modèle économique. Co-voiturage généralisé, auto-stop généralisé et c'est la faillite pour les taxis.


"La Commission Européenne veille au grain et lance des procédures contre Google et récemment Amazon pour abus de position dominante. La question est de savoir si ce n'est pas déjà trop tard et que ces groupes dirigent effectivement la marche du monde en coulisse, sans en avoir l'air."

Les procédures lancées visent principalement à récupérer des impôts.
Et dites-nous donc pourquoi il n'existe pas de coopérative sur le modèle de google, d'amazon, de fesse de bouc, etc.


"Nous sommes bien loin de la géopolitique. Ici, les frontières n'ont plus de sens."

Nous sommes totalement dans la géopolitique qui ne se résume pas qu'aux frontières des États. Et les frontières ont plus que jamais un sens, car c'est d'abord dans leur limites que le peuple peut s'exprimer. Et sans les frontières et l'autorité de l'État à l'intérieur de celles-ci, les multinationales feront ce qu'elles veulent sans plus aucun contrôle. Déjà que le contrôle est bien inférieur à ce qu'il devrait être et que tafta veut le supprimer. Je prends note que vous êtes prêt à laisser le champ libre à uber.

Écrit par : Johann | 13/06/2015

"Oui Victor, mais la projection de l'évolution démographique est sidérante. 9 milliards en 2050 et 11 milliards à la fin du siècle, soit dix fois plus d'humains sur Terre en à peine 300 ans."

Vous n'en savez rien. Personne n'en sait rien. Les 8 milliards peuvent être atteints peu après 2020 et les 9 milliards dans les années 2030. Et les ressources de la Terre ainsi que les inégalités sociales ne permettront jamais à toute la population humaine d'être connectée. Vous semblez oublier que la croissance démographique et économique et le "basculement de paradigme" qui lui est lié est totalement dépendant d'une source d'énergie abondante et bon marché. Et qui n'est pas inépuisable. Et je ne parle même pas de la pollution et de ses conséquences.

Et un autre scénario est toujours possible radiant plusieurs milliards d'habitants d'une manière ou d'une autre...

Écrit par : Johann | 14/06/2015

"Vous caricaturez les idées libérales et les Américains au lieu de dénoncer leurs dérives par des exemples concrets comme le développement des plateformes Rb&B ou Uber qui ne sont que de nouveaux intermédiaires opportunistes qui surfent sur le changement profond de paradigme en se profilant abusivement comme des précurseurs de l'économie de partage, alors que leur but est le rendement pour les actionnaires."

Quelles dérives? Ce ne sont en aucun cas des dérives. Le système capitaliste a toujours su profiter des "opportunités" tout en organisant la rareté. Naïveté ou idéalisme? L'un n'excluant pas l'autre. Personne ne vous interdit de lancer des plateformes comme celles que vous mentionnez... Mais généralement quand cela est fait, hop rachat par un plus gros pour qq millions...


"La géopolitique qui vous intéresse tant est basée essentiellement sur les intérêts des diverses nations qui ne pourront concorder que lorsque le pouvoir sera redistribué horizontalement à la base grâce à l'internet des objets qui rendra les structures hiérarchiques obsolètes."

C'est ce qu'on appelle une UTOPIE. Libre à vous de rêver. Sans doute parce que vous cultivez l'illusion que nous vivons dans des pays "démocratiques" et que les accapareurs se laisseront priver de leurs gains sans se faire prier. Alors que liquider des millions de personnes ne leur ferait ni chaud ni froid.


"C'est en ce sens que je vous suggère de prendre inspiration auprès de ceux qui sentent le vent tourner. A l'instar de Jeremy Rifkin qui annonce rien moins que le crépuscule du capitalisme (financier) que vous dénoncez et l'avènement d'une ère d'abondance."

Une ère d'abondance n'est possible qu'en cas de décroissance de la population humaine en dessous de 3 milliards d'habitants. Elle n'est également possible que si ces mêmes habitants savent limiter leurs besoins et ne pas vouloir "toujours" plus. Homo sapiens versus Homo predator ou Homo destructor.

En attendant vous êtes dans le virtuel. M. Mettan lui est dans le réel.

Écrit par : Johann | 14/06/2015

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