04/09/2015

Migrations : le principe du casseur-payeur

Après d’innombrables luttes et d’interminables discussions, on a fini par admettre qu’en matière de pollution, c’était au responsable de payer : le principe du pollueur-payeur s’est peu à peu imposé.
Pourquoi n’appliquerait-on pas le même principe à la problématique des réfugiés et des migrants ? Il s’agit, bien évidemment, de ne pas faire payer les réfugiés et les migrants, qui ne sont que des victimes, mais les vrais responsables de ces tragédies. Lesquels ne sont d’ailleurs pas les passeurs. Punir les passeurs qui sont de vulgaires trafiquants de chair humaine est nécessaire, mais ce n’est que de la poudre aux yeux car ce ne sont que des comparses. C’est comme punir les mules pour mieux protéger les narcotrafiquants. Non ceux qu’il faut faire passer à la caisse sont ceux qui sont au sommet de la chaine. Les coupables ultimes ne pilotent pas des bateaux pourris, ils portent cravate et souliers vernis, ils habitent des palais et souvent des palais payés par le contribuable.
Si l’on recherche les causes profondes du flux de migrants qui assaillent les côtes grecques et italiennes et l’identité des responsables, émergent deux catégories de coupables : les dictateurs qui oppriment leurs peuples avec la complicité des multinationales et des banques occidentales qui financent l’exploitation inégalitaire des ressources nationales et corrompent les élites dirigeantes de ces pays, et les présidents d’Etats occidentaux qui, par caprice ou opportunisme politique, changent soudain d’avis avec une inconséquence criminelle et se mettent à déstabiliser des régimes qu’ils avaient naguère soutenu.


Le meilleur exemple de la première catégorie est le dictateur érythréen, qui oblige son peuple à fuir en toute impunité. Quant aux exemples de la seconde, ils abondent : Afghanistan, Irak, Libye, Syrie… Si les Etats-Unis et l’Europe n’avaient pas semé le chaos dans ces pays au nom d’idéaux démocratiques qui ne les embarrassaient guère lorsqu’ils recevaient leurs dirigeants en grande pompe dans leurs capitales pour conclure des contrats pétroliers ou d’armement, l’Europe du Sud n’aurait pas connu cet été de folie.
C’est fou ce que l’amnésie frappe quand il s’agit de remonter la piste des responsabilités. Rares sont les médias qui rappellent que derrière les milliers de morts noyés en Méditerranée, il y a avait un Sarkozy et un Bernard-Henri Lévy qui appelaient à abattre Khaddafi et son régime, un Hollande qui voulait bombarder Bachar el-Assad, un Bush qui envahissait l’Afghanistan et l’Irak, un Obama qui terrorise les populations civiles avec les dégâts collatéraux de ses drones tueurs.
S’il y avait des tribunaux pour condamner les responsables ultimes aux dépens et aux frais occasionnés par leurs actes irresponsables, le problème des réfugiés et des migrants n’existerait pas. Si l’on obligeait MM. Sarkozy, Lévy, Hollande et Obama, les dirigeants de multinationales et les banquiers à accueillir chez eux les Syriens et les Africains chassés par la terreur et la famine, le problème des réfugiés et des migrants serait résolu comme par miracle.
Quant aux dictateurs qui affament et oppriment leurs peuples, pourquoi ne les met-on pas au ban de la communauté internationale et ne leur applique-t-on pas des sanctions ? Quand il a fallu condamner la Russie pour son action en Crimée, Etats-Unis et Europe ont prononcé des sanctions en quinze jours ! (Alors que soit dit en passant, l’Europe ne connait pas de vague de réfugiés russes ni criméens. Mais voilà, à la Russie, on ne pouvait pas vendre des Rafale ou des canons et son pétrole faisait concurrence au nôtre…) Tandis que les autres dictateurs sont persona grata tant qu’ils font leurs emplettes dans les bons magasins. Peu importe si leurs peuples crèvent de misère. Ils ne viendront de toute façon pas encombrer les palaces et, s’ils réussissent à survivre aux vagues, on les relèguera dans des villages de campagne, des banlieues lointaines ou les abris de luxe de la protection civile.
Hypocrisie, quand tu nous tiens !

09:05 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Bravo de le dire, mais...
On fait quoi ?
Qui fait quoi ?
Tout le monde est mouillé. Et chez nous, nous avons délégués nos pouvoirs aux élus qui, à droite, dénoncent toute velléité de vouloir renforcer le contrôle des multi et transnationales et à gauche, ont perdu jusqu'à leur raison d'être que ce soit dans l'opposition ou au gouvernement.
Nous sommes tous responsables. Et peut-être encore plus pour chaque citoyen suisse qui a son mot à dire, contrairement à ce qui se passe ailleurs dans le monde.

Écrit par : Pierre Jenni | 04/09/2015

L'Histoire moderne est très longue de compromission avec les dictateurs...en échange de ressources naturelles, de pétroles, diamants, et autres matières précieuses à notre développement économique et à la chaîne du luxe promis à celles et ceux qui jouent le jeu et participent aux inégalités grandissantes du monde. Tous coupable, alors? Mais oui. Tous coupables. Parce que nous vivons tous dans ce système et que nous faisons tous avec pour éviter l'exclusion sociale, la marginalisation, le reproche gravé comme une étoile jaune sur nos pyjamas rayés d'idéalistes, d'utopistes à qui il ne faut surtout pas faire confiance ni suivre dans le délire, dont il ne faut surtout pas défendre les idées, dont il ne faut surtout pas parler dans les médias. Alors, cher Monsieur, oui l'Occident a grand tort. Mais qui donc s'intéressent aux anarchistes sortis des réseaux de la grande distribution démocratique... En espérant ne pas être censuré sur votre blog intéressant. Vous êtes grand journaliste suisse romand, je crois... Alors la liberté doit vous tenir à coeur.

Écrit par : pachakmac | 04/09/2015

"Bravo de le dire, mais...On fait quoi ?"
Il me semble déjà passablement important que cette analyse-là sorte, par rapport à la bouillabaisse mainstream de "l'enfant mort"...

Écrit par : Géo | 04/09/2015

"Tous coupable, alors? Mais oui. Tous coupables."
Comme toujours, je ne doute pas de vos bons sentiments (je n'ose dire de votre bonne foi ;-)), mais en bonne logique, "tous coupables" revient à dire "personne coupable".
Car "tous", c'est toute l'humanité, dont on peut, bien sûr, penser ce que l'on veut, mais dont il n'est guère utile de rappeler ce qu'elle abrite ou plus terrible encore si l'on veut, toute l'égoïsme et la cruauté qu'un point de vue moral (chose propre à l'humanité également) peut bien trouver répugnant.
Les religions ne sont évidemment pas seules à nous présenter un idéal qui, je le crains fort, ne s'accommode pas de ce que nous pouvons imaginer face à cela: paix, bonté, entr'aide, etc., mais ce ne sont toujours que des états et des actions à viser et ne seront jamais non plus atteints, en tout cas pas par "tous" et "toujours".

Écrit par : Mère-Grand | 05/09/2015

Oui, Mère-Grand. Vous avez raison. Le "Tous" renvoie à "Personne" car on ne peut pas accuser nos enfants ni nos adultes restés dans l'ignorance des conflits du monde (ce que je respecte car la vie consacrée aux problèmes du monde épuise les liens familiaux et l'on se retrouve souvent seul à lutter dans l'incompréhension de certains membres de la famille qui ne comprennent pas votre combat). Donc tous, n'est pas tout-à-fait exact. Disons, celles et ceux qui ont le pouvoir d'agir car ils et elles sont au pouvoir d'une façon ou d'une autre. Je range les artistes dans la catégorie de celles et ceux qui ont du pouvoir du moment qu'ils et elles s'engagent à leur façon. Donc je me sens personnellement responsables de mes positions et choix artistiques qui peuvent influencer d'une façon ou d'une autre les conscience. Alors je ne suis "Personne" de connu mais je sais que je suis quand même suivi et lu par des gens qui ont un certain pouvoir d'influence sur le monde et la façon dont il évolue... La parole ou l'écrit engage celui ou celle qui la (le) tient.

Écrit par : pachakmac | 05/09/2015

Un commentaire juste pour dénoncer la main mise de Moscou sur la Moldavie, l'Ukraine et la Géorgie, dans le contexte globale des "matriochkas" ...

"Les aspirations européennes de cette ex-république soviétique (Moldavie), tout comme celles de l'Ukraine, sont vues d'un très mauvais œil par Moscou, qui a imposé un embargo sur les fruits en provenance de Moldavie."

Information diffusée par la RTS ... indiquant que les Communistes restent vigilants et sont à l'œuvre ...

"Des militants du parti radical de gauche Bloc rouge, qui dit soutenir la Plateforme civile, ont tenté de s'introduire dans les locaux du Parquet général, en provoquant des altercations avec la police qui ont fait des blessés légers"


http://www.rts.ch/info/monde/7061528-gigantesque-manifestation-en-moldavie-contre-la-corruption.html

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu | 07/09/2015

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