29/03/2016

La Russie, future grande puissance agricole


Et si les ressorts de la puissance de demain ne reposaient plus sur l’énergie mais sur l’agriculture ? Plusieurs indices militent dans ce sens. La déprime des cours du pétrole mais aussi de l’électricité ne résultent pas seulement d’une crise conjoncturelle, mais d’une évolution en profondeur des structures de production de l’énergie. Et d’autre part, la course frénétique à laquelle se livrent les multinationales et les pays les plus peuplés de la planète comme la Chine, la Corée ou le Japon pour l’acquisition de terres agricoles en Afrique, en Amérique latine ou en Ukraine devrait aussi inciter à réfléchir. Proche de nous, l’exemple d’un Jean-Claude Gandur qui a fait sa fortune dans le trading du pétrole et réinvestit aujourd’hui sa fortune dans l’acquisition de domaines agricoles en Afrique de l’Ouest n’est pas un hasard et encore moins un caprice.
Les changements climatiques, qui désertifient des millions d’hectares de bonnes terres chaque année, les ravages de la construction qui ruinent à jamais les meilleures surfaces agricoles, la quasi-disparition des forêts tropicales, la raréfaction du poisson et des ressources halieutiques et l’augmentation de la population mondiale qui s’accroit d’un milliard d’habitants tous les dix ans pourraient bien faire de l’alimentation et de l’agriculture les moteurs de la croissance économique de demain, reléguant l’énergie au second rang.
Or, dans cette transformation invisible de la structure même de la planète, la Russie se place en pole position. Le réchauffement climatique lui profite en ouvrant à la culture d’immenses espaces potentiels de terres agricoles et en libérant les voies maritimes de l’océan Arctique. De façon plus conjoncturelle, les sanctions et la chute des prix du pétrole et du gaz lui rendent indirectement service, même si elles affectent lourdement sa croissance à court terme. Obsédée par sa russophobie pavlovienne et sa vision à court terme, la majorité des médias et la presse économique financière n’a d’yeux que pour la contre-performance de l’économie russe l’an dernier, avec son -3,8%. Et de pronostiquer le pire pour l’avenir.
Mais c’est se tromper sur les changements en cours, notamment dans l’agriculture. En 2015, les exportations de software et de produits agricoles russes ont explosé et la production de blé russe a même passé devant celle des Etats-Unis et du Canada, principales puissances agricoles mondiales.

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24/03/2016

La marmite bout au Palais


La marmite bout donc à l’intérieur du Palais, d’habitude fort terne et compassé. Mais à l’extérieur aussi. Car ce maelström diplomatique a aussi mobilisé des nuées d’activistes et d’ONG de toutes obédiences. Les opérations de propagande destinées à influencer les diplomates et les médias battent son plein. Pro et anti-Assad, amis aussi pro et anti-houthis au Yemen, se livrent à une bataille sans merci. Avec un net avantage pour les seconds, qui semblent dotés de moyens quasi-illimités.

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→Préoccupé par la voie solitaire empruntée par l’Union européenne dans ses négociations avec la Turquie, le Haut-Commissariat aux Réfugiés cherche à replacer la problématique des migrants syriens sur un plan plus universel. Il a donc convoqué une réunion internationale de haut niveau le 30 mars, laquelle fera l’objet d’un déplacement extraordinaire de Ban ki-Moon. Pour le HCR, il est essentiel d’éviter les solutions à la carte et de définir « le partage au niveau mondial des responsabilités » pour l’admission des 4,6 millions de réfugiés syriens.

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→Les relations avec l’Iran se dégèlent à tel point qu’elles s’étendent même au monde de la neige. La Chambre de commerce Suisse-Iran s’est ainsi lancée dans la « diplomatie du ski » en invitant à Genève et en Valais deux athlètes iraniennes pour participer aux championnats suisses de ski féminin prévus à Thyon et Veysonnaz cette semaine, la Fédération iranienne de ski ayant dû annuler ses courses cette année. Pas de quoi menacer le Globe de cristal de notre championne nationale Lara Gut. Mais qui sait, à l’avenir, il faudra peut-être compter avec les skieuses iraniennes…


23/03/2016

Genève s’investit


→La nouvelle est locale mais aussi internationale et elle n’a pas encore pénétré dans les arcanes du palais des Nations, entièrement absorbé par les négociations sur la Syrie. Il faut donc la répéter : à la suite du Conseil fédéral, Genève a donc présenté son rapport sur la Genève internationale. Le canton contribuera pour 70 millions à la rénovation du siège de l’ONU et s’engage sur 17 mesures groupées en 6 axes de soutien. Lesquels consistent à renforcer le dispositif d’accueil, développer le réseau de savoir-faire, universaliser les représentations des Etats, promouvoir les partenariats, améliorer la communication et mieux coordonner l’action. Pour la première fois, l’ensemble des services, activités, aides, acteurs, institutions et priorités d’importance cantonale sont définis de façon exhaustive. Dont acte.


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→La Syrie est donc au cœur des débats. Depuis le 14 mars et pendant les prochains six mois, on s’attend à ce que les nouvelles installations du Palais des Nations soient activement sollicitées. On en a peu parlé, mais Genève est désormais dotée d’un nouvel instrument destiné à faciliter ce genre de rencontres, extrêmement sensibles. Le sous-sol de la Salle des Assemblées a été entièrement refait, avec une salle plénière mais aussi différentes salles de réunion et des entrées séparées de façon à accueillir les différentes délégations sans qu’elles se rencontrent. Et le tout a été entièrement sécurisé pour contrer à la fois les attaques malveillantes mais aussi les regards trop curieux des journalistes… Pour l’instant, ça marche !

17/03/2016

Attention, propagande à tous les étages !


Connaissez-vous John Rendon, « le guerrier de l’information» comme il aime à s’appeler, le conseiller en communication qui se vante de placer n’importe quel article dans n’importe quel journal influent dans le monde? Le fondateur du Rendon Group (www.rendon.com), mandaté tout à tour par la CIA et le Pentagone, est sur tous les coups dès qu’un changement de régime est à l’ordre du jour à Washington. Du Panama à l’Afghanistan en passant par l’invasion de l’Iraq en 2003, il a réussi à vendre expéditions militaires et putschs à l’ensemble de la presse occidentale comme autant d’opérations au service de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme. Jusqu’à ce qu’un journaliste d’investigation américain, James Bamford, commence à mettre à nu « l’homme qui a vendu la guerre d’Iraq » dans un article du magazine Rolling Stone.
Le cas de John Rendon est emblématique mais pas isolé : il ne représente que la face visible d’un univers de la communication et des relations publiques qui se chiffre en dizaine de milliers de personnes et en milliards de dollars et qu’on peut voir à l’œuvre tous les jours dans les opérations de comm liées aux zones de confrontation où des intérêts occidentaux sont en jeu, Syrie, Iraq, Lybie, Ukraine, Mer de Chine, Venezuela, Corée du Nord pour ce citer que les plus actuels.
Les procédés sont connus : nous n’y sommes pour rien, c’est l’ennemi qui nous oblige à agir ; ses chefs sont inhumains, des agents du diable (Poutine égale Hitler) ; nous nous battons pour une noble cause et non pour de vils intérêts comme notre adversaire; l’ennemi nous a provoqué ; nos bavures sont involontaires tandis qu’il organise sciemment les siennes ; l’ennemi utilise des armes prohibées par les conventions internationales tandis que nos armes sont pures et légales ; nos pertes sont nulles mais les siennes immenses ; les gens biens, artistes, intellectuels et autres acteurs de la « société civile », sont de notre côté; notre cause est noble et sacrée pour l’humanité ; et enfin : ceux qui ne partagent pas nos vues sont des traitres et des vendus à l’ennemi.

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09:32 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (14)

07/03/2016

Un mort toutes les 25 secondes

Un mort toute les 25 secondes, 500 enfants morts chaque jour, 1,25 million de tués et entre 20 et 50 millions de blessés chaque année: le bilan des accidents de la route est terrifiant. L'ancien coureur automobile et président de la Fédération internationale de l'Automobile Jean Todt et le secrétaire exécutif de la Commission économique de l'ONU pour l'Europe Christian Friis Bach ont dirigé la semaine dernière le panel de haut niveau sur la sécurité routière. Un nouveau casque léger, fiable et bon marché pour les cyclistes et cyclomotoristes a notamment été présenté. Ils estiment que les pays en voie de développement, qui paient le plus lourd tribut, pourraient diminuer de moitié elle nombre de morts et de blessés par des mesures très simples et peu coûteuses (contrôle régulier des véhicules, protections adéquates, respect des limitations).

L'ONU sait aussi être populaire quand elle le veut. On se souvient du succès des journées portes ouvertes à Genève en octobre dernier. En février, c'est la conférence TedX Place des Nations qui a accueilli 11 organisations internationales, 1000 personnes et 3000 spectateurs en ligne dans 76 pays. De Denis Pittet, le champion du lavage de mains qui sauve, à l'ancien enfant-soldat devenu mannequin Ger Diany en passant par Rohini Swaminathan, l'humanitaire satellitaire qui sauve des vies grâce au GPS, les interventions étaient fortes. Dans le même ordre idée, le dernier film de Yann-Althus Bertrand, "Human", projeté jeudi dernier en présence de l'auteur, a également impressionné l'auditoire. Quand l'ONU laisse tomber le verbe pour se faire chair, qui s'en plaindrait?



03/03/2016

Nouvelle norme anti-corruption


En préparation depuis cinq ans, la nouvelle norme anti-corruption sera finalisée le 30 mai prochain à la conférence de Mexico pour être publiée à la fin de l'année. Elle porte le doux nom de "ISO 37001 Systèmes de management anti-corruption" et vise à aider les organismes publics, les ONG et les entreprises privées à prévenir, détecter et traiter la corruption. Jusqu'ici rien à redire. Mais plusieurs lettres confidentielles proches des services de renseignement continentaux soupçonnent déjà la Grande-Bretagne d'avoir réussi à imposer sa vision propre de la norme, de façon à préserver les intérêts de la City. Le fait que que le président du comité chargé de la rédiger soit l'Anglais Neill Stansbury et que le secrétariat de rédaction soit assuré par le British Standards Institution n'est sans doute pas étranger à cette suspicion...

On sait que la Conférence du désarmement, qui siège ces jours, est au point mort depuis 15 ans. Le désarmement nucléaire? Il est carrément en état de mort clinique. L'indignation suscitée par le test de la Corée du Nord et et le bruit autour de l'accord avec l'Iran servent de cache-sexe aux puissances nucléaires, qui développent sans vergogne et en toute discrétion leur potentiel nucléaire. Le GCSP, l'ICAN (Campagne internationale pour le désarmement nucléaire) et l'ONG Wildfire n'ont heureusement pas désarmé et restent plus que jamais mobilisés. Ils s'étonnent ainsi que les grandes puissances nucléaires, soit les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et l'Allemagne, se soient vantées si bruyamment d'avoir empêché l'Iran d'acquérir une bombe alors qu'elles en possèdent 16 000 dans leurs arsenaux, sans qu'aucun média ne trouve rien à redire...

01/03/2016

La sécurité contre paix civile

En votant l’inscription de l’état d’urgence et de la déchéance de la nationalité dans la constitution, la France vient donc de rejoindre les Etats-Unis, la Chine et la Russie dans la liste des Etats qui font passer la sécurité avant les libertés. Du Patriot Act à la répression des islamistes ouïgours ou tchétchènes, la fièvre sécuritaire empoisonne aussi les organes des Etats qui s’enorgueillissent d’être parfaitement libres et démocratiques.
C’est inquiétant.
En tout premier lieu, parce qu’il s’agit d’une défaite, dans la mesure où, en consacrant la possibilité d’un régime d’urgence sécuritaire comme un des fondements de la nation, on renonce au vieil objectif de paix et de concorde civile qui était à la base du contrat social et de la relation entre l’Etat et le citoyen. La paix et la sécurité sont en effet deux choses très différentes : la paix civile a pour principe une société pacifiée et sans arme tandis que la sécurité est une paix armée au mieux ou une guerre sans batailles au pire. La sécurité est donc le résultat d’un échec et d’une capitulation : l’objectif de la paix étant reconnu hors d’atteinte, on place la nation dans une sorte d’état de guerre permanent, même si c’est de basse intensité.
On peut difficilement considérer cela comme un progrès. Il s’agirait plutôt d’un retour au Moyen-Age, aux temps des condottiere, de la piraterie et des bandits de grand chemin.

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