13/04/2016

Gouvernance à gogo



Y a-t-il un pilote dans le vaisseau Terre ? Non, il n’y en a pas. Mais ce n’est pas nécessaire puisqu’on a la gouvernance. Depuis l’aube du troisième millénaire, le mot résonne comme une incantation. Il est sur toutes les lèvres, dans tous les colloques, il hante les instituts de management comme les facultés de sciences politiques. Partout, il suscite respect et componction. C’est le nouveau mantra, la formule magique qui va résoudre tous les maux de la planète.
Or il faut le dire, cette gouvernance mondiale est une tarte à la crème, un mot-valise pour attrape-nigauds qui satisfait à la fois les arrivistes et les naïfs de la communauté internationale, professeurs des académies, dirigeants d’ONG à la recherche d’un destin, diplomates et haut-fonctionnaires soucieux de ne pas froisser leurs gouvernements, autant que les braves militants des bonnes causes humanitaires inquiétés par les dérives d’un monde qui semble aller de plus en plus mal.
Il est vrai que cette mode de la gouvernance mondiale - et c’est son grand atout - répond à un vrai besoin : celui d’approfondir la coopération internationale pour résoudre des problèmes désormais globaux, la crise climatique, les pannes de la croissance, les pandémies, les migrations, le terrorisme. Il est logique de donner une réponse globale à une menace globale, et d’améliorer la concertation pour y arriver.
Sauf que ce vocable fourre-tout ne veut rien dire du tout et que chacun y met ce qu’il veut, comme dans un diner canadien. Sa définition même pose problème. Deuxième difficulté, derrière cette jolie façade se cache en réalité une implacable lutte de pouvoir. Pour certains, cette volonté de « bonne gouvernance » dissimule un nouveau fascisme : au nom de « valeurs universelles » jamais bien définies, de la « transparence », de l’efficience, elle vise à éradiquer les vieilles élites récalcitrantes, encore attachées à leurs traditions nationales et culturelles, et à les remplacer par une nouvelle classe de dirigeants, parfaitement déracinée et entièrement formatée pour les besoins de la gestion du monde global.


Elle est aussi suspectée de masquer les vrais enjeux : croissance des inégalités, accaparement des richesses et des biens communs planétaires au profit d’une infime minorité, politiques d’invasions et des violences implacables à l’encontre des récalcitrants, aussitôt frappés de la marque infamante d’Etats voyous, pilonnés par les drones ou ruinés par les sanctions de coalitions diverses et improbables mais toujours orientées dans un sens favorable aux pays qui les dirigent.
La vérité est que personne ne veut d’un « gouvernement » mondial, et encore moins d’un parlement qui permettrait à chacun, et surtout aux plus petits, d’exprimer leurs souhaits et leurs revendications. Les Etats-Unis et l’Occident encore moins que les autres, car ils ne supportent pas l’idée d’avoir des obligations ni de rendre des comptes à une instance supérieure. Et ceux qui subissent, les puissances moyennes comme la Chine, la Russie, l’Inde et les autres, pas davantage car ils ont trop peur qu’un ordre international de cette sorte n’ait d’autre but que de les asservir.
Mais d’un autre côté, l’urgence des problèmes et la pression des opinions publiques poussent à agir, comme on le constate lors des crises humanitaires et environnementales. Entre ces deux contraintes, la volonté de dominer et de ne pas être dominé d’un côté, et la nécessité de faire quelque chose de l’autre, ou du moins de montrer qu’on fait quelque chose, la gouvernance a trouvé sa place et sa raison d’être. C’est un artifice utile qui montre aux gogos qu’on fait semblant de s’activer en vue d’une monde meilleur.

09:48 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (14)

Commentaires

Voilà qui est parfaitement dit. Pour ma part, j'en retire qu'il faut essayer à tout le moins de faire au mieux chez nous, ce sera déjà pas trop mal...

Écrit par : Géo | 13/04/2016

Une gouvernance mondiale ne saurait être autrement que du fascisme.
Je me demande comment, après avoir acquis quelques droit démocratiques dans les états nations, on en arrive à de telles dérives de pensées chez nous. A qui profite la dissolution des gouvernances locales ?

Écrit par : aoki | 13/04/2016

Merci infiniment pour votre excellent article, dirais je comme d habitude!

Vous dites:""(...)Entre ces deux contraintes, la volonté de dominer et de ne pas être dominé d’un côté, et la nécessité de faire quelque chose de l’autre, ou du moins de montrer qu’on fait quelque chose, la gouvernance a trouvé sa place et sa raison d’être. C’est un artifice utile qui montre aux gogos qu’on fait semblant de s’activer en vue d’une monde meilleur(...)""

Ceci ne nous rappelle t il pas d événements tragiques récents et très répandus et connus et si cela évoquerait ce qui s est passé/ou se passe en Libye, Irak , la Syrie, le Yémen...etc..n est certainement que de la "pure coïncidence fortuite et involontaire", dont acte...

Bien à Vous et Merci
Jean Luc

Écrit par : Jean Luc | 13/04/2016

Gouvernance à gogo et/ou jeu de la chaise musicale. Ils sont toujours les mêmes qui reviennent au Pouvoir en passant par la fenêtre sans qu on les a ni vus ni aperçus sortir par la porte!

Prenons le cas de la France: Ceux sont les mêmes 2 grands partis politiques appelés anciennement et joliment l UMPS (aujourd hui c est le PS ou ce qu il lui en reste et l autre, le LR un autre clone d auberge espagnole...). C est lors du vote des primaires présidentielles par les adhérents de ces deux Clubs-Privés que la bataille des coqs "promus" pour 2017 aura lieu et entre ces deux.

Pourriez vous me dire quel est le pourcentage des Adhérents de ces deux partis sur toute la population française qui comptent 70 millions? 5% ou 10 % à tout casser et pourquoi ces 5 ou 10% s octroient-ils le droit voire l obligation de choisir un de leurs pour les 70 millions surtout quand il s agit de choisir entre deux guignols et non pas la majorité restante non "adhérente" aux 2 partis? Elementaire mon Cher Watson..

Écrit par : Jean Luc | 13/04/2016

D accord 100% avec @Jean Luc qui dit:"(...)Ceci ne nous rappelle t il pas d événements tragiques récents et très répandus et connus et si cela évoquerait ce qui s est passé/ou se passe en Libye, Irak , la Syrie, le Yémen...."

Prenons l exemple très triste de la Libye et ce que M. Sarkosy (d entente commune avec le plan de l Otan bras armé des USA, M. Barroso un pro- Atlantiste vigoureux pur jus à 100% et "ex-éminent" de l UE ainsi qu Exxon Mobile) n ont ils fait la peau à La Libye. Libye devenu un enfer pour les libyens et une poudrière qu ils ont ouverte pour que ces anciens "libérateurs et Anti-Khaddadfi" se sont cassés au Mali, en Afrique et d autres transportés par avions cargos de l Otan, la France et les USA vers la Syrie pour en fabriquer Al Qaida/Al Nosra et Daech là bas. Et n est il pas vrai que la France jurait vouloir éradiquer les "terroristes au Mali mais nommés avant comme des "libérateurs et des Anti Khaddafi" mais que cette France a couché et couche toujours avec leurs frères clones un peu plus à l Est, c a d en Syrie?

Où le bât blesse est que M. Sarkosy "ose" se représenter comme Candidat-Président pour la France de 2017 et les Français ont baissé les banderoles et ils regardent ailleurs comme si rien ne s est passé ailleurs (Libye, Syrie...) avec la complicité de leurs pouvoirs successifs et ses alliances contre nature avec les golfistes ) voire même chez eux en France même...Sont ils anesthésiés ou carrément euthanasiés? Il y a quelqu un...

Écrit par : Asmar | 14/04/2016

Attentats bataclan et Bruxelles, commis par Daech? C est étonnant et pourquoi pas des attentats commis par la Turquie?

Certainement et sans déculpabiliser les affreux et horribles salopards de Daech et d Al Qayda, mais ils ne sont pas les seuls responsables.

--Pour les USA tout d abord puis pour l UE, les Terroristes sont les supplétifs de l Otan qui est au fait le bras armé des USA. Quant à l autre bras qui est l UE, cette dernière est vassalisée à l OTAN/USA et elle est sensée non pas unir mais bel et bien désunir l Europe qui aurait dû s étaler de l Est(Russie) à l ouest.. Et Schengen a sauté et la Russie n ira plus jamais dans cette UE et on ne la laissera non plus..

--Daech se venge t il de la Belgique et de la France? Pourquoi donc le fait il? Qu a t elle fait la France et la Belgique contre Daech?. Franchement, rien sauf ne pas l attaquer donc le protéger!. Si Daech devrait se venger de quelqu un, ça sera sans doute contre Damas et Moscow ainsi que contre l Iran mais surtout pas ni de Paris no contre Bruxelles, allons donc!

--Daech a effectivement fait bien pire voire l inimaginable en Syrie et en Irak et chaque jour depuis 5 ans sans qu on réagisse contre lui. Ce feu "là bas" est, hélas, allumé et il risque d avoir quelques étincelles en Europe car laisser un serpent entrer et sortir, franchir son palier chaque jour, c est jouer à la vierge effarouchée une fois il morde son "protégé", non?.

--Daech n est nullement un "Etat" et tout le monde le sait et le dit. Daech est bel et bien une création artificielle qui applique la Politique de quelques Grands Etats pro- ou carrément terroristes autant orientaux golfistes, qu européens et américains (pas la Russie en tout cas!) ainsi que la même politique des Grandes Multinationales. C est pour cela qu il est devenu compliqué et difficile d éradiquer Daech car ce dernier est la queue du serpent qui est bien tenace alors imaginez comment attaquer la tête (tête à plusieurs têtes!). Les Dae-chiens ne sont pas quand même des Martiens ou des folkloriques soucoupes volantes venus de nulle part..

Écrit par : Jean Luc | 14/04/2016

Qui a prononcé cet "éloge" du bon boulot d Al Nosra/Al qayda en Syrie dès fin septembre 2012 à Marakech lors de la 4 ème Réunion des Amis de la Syrie (Amis ou pires ennemis?)

Celui qui l a dit urbi et orbi est l ex ministre des Affaires Etranges(ères) de la France, "M." Fabius. Pourtant, il a été gradé fin 2015 en devenant Président de la plus haute instance juridique et constitutionnelle de la France. Faut il signaler que 7 familles syriennes ayant été victimes des ordures d Al Nosra d un ou plusieurs membres de leurs familles assassinés sauvagement par Al Nosra, avaient déposé une plainte contre "M." Fabius auprès du Tribunal Administratif de Paris à ce sujet. Ce tribunal a refusé de rentrer en matière en stipulant ceci:""Un haut Fonctionnaire comme M. Fabius ne parle pas à son nom personnel mais bel et bien qu il reflète la politique étrangère de la France dessinée par les Hautes Instances de l Etat..."Comprendra qui pourra.., On comprend bien que M. Fabius l avait déclaré ainsi sans aucune crainte de sa part car ce qu il avait dit est bel et bien la Politique Officielle de l Etat Français incluant celle dessinée par M. Hollande c a d soutenir le Terrorisme d Al Qayda.

Écrit par : Bon Boulot d Al Qayda en Syrie | 15/04/2016

Quelle République bananière!

Coulisses du Ministère Français des Affaires Etrangères à l époque de Mr Fabius qui est épinglé dans un livre sorti le 11.04.2016 par l Obs et extraits publiés aussi dans le Canard Enchaîné et qui dénonce la dérive de ce ministère des Affaires étrangères. L’Obs évoque des « détournements de fonds, salaires exorbitants, relations incestueuses avec les entreprises, épouses tyranniques, pantouflages… ».

http://www.normandie-actu.fr/coulisses-du-ministere-la-compagne-de-laurent-fabius-epinglee_196197/

Écrit par : Bon Boulot d Al Qayda en Syrie | 16/04/2016

En lisant le lien ci dessus sur les coulisses du ministère des AE/M. Fabius...
je me suis rappelé des promesses de la Gauche présidentielle en 2012 :""Exemplaires et normal!!" (promesses qui seront clonées et répétées à l infini en 2017 et pour des siècles et des siècles et Amen..faites pas de soucis)

Écrit par : Binji | 16/04/2016

Enfin, ne pourrait on pas appeler un chat un chat et dire tout simplement que la France est devenue un pays pro-terroriste (pour rester courtois, je n ai pas dit un pays carrément terroriste bien que je le crois !)

Surtout que ce chat ne se gêne pas de parler de "Nos Amis les Golfistes, havres de la Démocratie" et des méritants des légions d Honneur sur commande et à souhait des Rois-Emirs. Ce chat ne se gêne pas non plus de saluer le "bon Boulot d Al Nosra/Al Qayda en Syrie", dixit M. Fabius, ex-ministre des Affaires Etranges de la France et actuel Président de la plus haute instance juridique en France dite le Conseil de la Constitution(SVP, interdit de se moquer...)

Écrit par : Charles 05 | 18/04/2016

C est pour quand qu on pourrait distinguer entre la France et le Gouvernement Français??

Écrit par : Charles 05 | 21/04/2016

Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d’honneur d’un couple français

Le héros russe tombé à Palmyre reçoit la Légion d’honneur d’un couple français.

L’ambassade Russe à Paris rapporte qu’un couple français a envoyé des médailles familiales de la Seconde Guerre Mondiale à la représentation diplomatique, pour qu’elles soient remises à la famille de l’officier russe qui a été tué lors de l’opération russe en Syrie.

Les Magues, un couple de la ville de Florensac dans la région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, ont décidé de remettre des médailles de la Seconde Guerre Mondiale gagnées par des membres de leur famille à la veuve et aux parents du jeune officier russe Alexandre Prokhorenko, mort en héros lors de l’opération de libération de la ville antique de Palmyre.

Écrit par : Binji | 21/04/2016

Est ce que les USA et la Russie sont entrain de se retirer du proche orient puisque leurs moyens financiers ne leur permettent plus de s engager dans cette région? Et vraisemblablement que pour eux, le centre du monde s est déplacé vers l Est voire vers l extrême orient et le pétrole du proche orient qui intéressait les USA après la 2 ème guerre mondiale ne les intéresse plus.

Ceci explique qu un combat à mort va s engager entre d un côté l Iran et de l autre la Saoudie (du 12 ème siècle pour rester gentil) main dans la main et devenant une alliée indéfectible d Israel ( c est grave cette alliance contre nature mais la politique en a connu des pires alliances)

Et la Turquie du Sultan du Bosphore, ne va t elle pas jouer quitte ou double.

Comprendra qui pourra...

Écrit par : Charles 05 | 22/04/2016

Sur une page précédente, M. Guy Mettan parlait de la future force agricole russe!
Et si la Russie s est lancée dans sa révolution du bio.
Cet article est un peu long mais il montre à ceux qui s intéressent à ce sujet combien d avance et de l amour de la vie émanent côté russe...(qu on aime ou pas la Russie ou Poutine,ça n a aucune importance ).
Libre à M. Guy Mettan de me publier ou pas. Merci.
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Comme s’il ne suffisait pas que la Russie de Vladimir Poutine couvre de ridicule l’intervention étasunienne « contre ISIS » en Syrie, en infligeant en six mois plus de dommages à l’avance terroriste là-bas que le Pentagone n’ait pu en faire en quatorze mois avec son inefficace campagne suspecte, en décidant à présent de devenir le plus grand exportateur mondial de nourriture saine (ni génétiquement modifiée, ni industrielle), la Russie assène à présent une formidable gifle à la domination de l’agro-alimentaire étasunien sur le commerce alimentaire mondial.

Remarquons que l’allocution présidentielle annuelle qu’a prononcée le 3 décembre le Président Vladimir Poutine devant l’Assemblée fédérale, fut ignorée par les médias occidentaux, tout comme bon nombre des développements les plus positifs en Russie. Dans ses remarques, il a pourtant annoncé en tant qu’objectif national pour la Russie, de devenir autosuffisant en nourriture en quatre ans – d’ici à 2020.

L’un des secteurs les moins commentés de l’économie russe – surtout par les économistes occidentaux superficiels qui imaginent la Russie simplement comme un pays dépendant des exportations de gaz et de pétrole, un peu comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar – se trouve être la grande transformation en cours dans l’agriculture. Aujourd’hui, un an et demi depuis la décision d’interdire les grandes importations agricoles en provenance de l’UE, en représailles à ses sanctions stupides contre la Russie, la production agricole russe connaît une renaissance remarquable et même, dans certains cas, une naissance. S’agissant de dollars, les exportations de produits agricoles russes dépassent en valeur celle des armes, et se montent à un tiers des bénéfices générés par l’exportation gazière. Voilà qui est intéressant en soi.

En décembre, lors de son allocution, passant en revue l’état de la nation russe, le Président Poutine s’est adressé aux membres du Parlement réunis :

« Notre secteur agricole est un exemple positif. Il y a à peine une dizaine d’années, nous importions près de la moitié de nos produits alimentaires et dépendions dangereusement des importations, alors que maintenant la Russie a rejoint le club des exportateurs. L’année dernière, nos exportations agricoles ont totalisé près de 20 milliards de dollars. C’est un quart de plus que nos recettes sur les ventes d’armes, soit environ un tiers des bénéfices sur nos exportations de gaz. Notre agriculture a fait ce bond en une période courte mais productive. Mille mercis à notre population rurale.

Je pense qu’il nous faut fixer un objectif national: pourvoir entièrement le marché intérieur d’aliments produits dans le pays d’ici à 2020. Nous sommes capables de nous nourrir de notre propre terre, et surtout, nous avons les ressources en eau. La Russie peut devenir l’un des plus importants fournisseurs d’aliments sains, de qualité, irréprochables écologiquement, que certaines entreprises occidentales ne produisent plus depuis belle lurette, d’autant plus que la demande mondiale pour ces produits continue de grandir. »

Parmi les autres mesures, le Président Poutine a demandé à la Douma de promulguer un décret afin de remettre en service des millions d’hectares de terres arables laissées actuellement à l’abandon :

« Il est nécessaire de tirer profit des millions d’hectares de terres arables inutilisées en ce moment. Elles appartiennent à de grands propriétaires fonciers, dont beaucoup montrent peu d’intérêt pour l’agriculture. Depuis combien d’années parlons-nous de cela ? Pourtant les choses ne progressent pas. Je suggère de reprendre les terres agricoles mal utilisées aux propriétaires contestables, et de les céder lors d’une vente aux enchères à ceux qui peuvent et veulent cultiver la terre. »

L’évolution de l’agriculture

En 2000, lors de la première présidence de Vladimir Poutine, la Russie avait entamé la transformation de sa production agricole. Dans les années 1990, au cours des désastreuses années Eltsine, la Russie importait une grande partie de ses denrées alimentaires. C’était dû en partie à la croyance erronée selon laquelle tout le « made in America » ou à l’Ouest est mieux. La Russie importait d’insipides volailles produites en masse dans l’élevage industriel étasunien, au lieu de promouvoir ses poulets naturels, courant en liberté, au goût supérieur. Le pays importait d’Espagne ou de Hollande des tomates insipides aux couleurs artificielles, à la place des délicieuses tomates charnues du potager bio. Je le sais ; j’ai essayé les deux: il n’y a pas de comparaison possible. La nourriture bio russe surpasse les produits occidentaux industriels trompeurs, dénaturés, que l’on fait passer aujourd’hui pour de la nourriture.

Ce qui n’a pas été compris à l’époque Eltsine, c’est que la qualité alimentaire des importations occidentales avait considérablement baissé depuis l’arrivée de l’agro-alimentaire étasunien et de la nourriture industrielle, dans les années 1970. Imitant les méthodes industrielles de façon juste un peu moins extrême qu’aux États-Unis, l’UE leur a emboîté le pas. De plus, avec le recours intensif aux engrais chimiques, herbicides, pesticides, antibiotiques qui passent des animaux dans les champs, tout ceci a conduit à la raréfaction dramatique des micro-organismes essentiels sur de plus en plus de terres agricoles aux États-Unis et dans l’UE. Par ailleurs, c’est aussi devenu le cas en Chine, selon des agronomes bien informés.

Fin 2015, aux États-Unis, le Congrès a abrogé une vieille loi sur l’étiquetage de la viande, qui impose aux détaillants d’indiquer explicitement le pays d’origine des viandes rouges. Là-bas, les lots de bœuf et de porc ne seront plus tenus de porter une étiquette indiquant la provenance des animaux. L’agro-alimentaire a fait pression pour ce changement afin de pouvoir importer des viandes de qualité douteuse venant de pays en développement, où les contrôles sanitaires et de sécurité, et les coûts, sont minimes. Dans de nombreux États où l’agro-alimentaire étasunien pratique ses énormes opérations de nourrissage d’animaux de ferme, les lois locales dites « Ag gag » interdisent aux journalistes ne serait-ce que de photographier ces exploitations agricoles industrielles: souvent de grandes fermes laitières, avicoles et porcines. En effet, si le grand public réalisait ce qui est fait pour mettre de la viande sur la table du dîner aux États-Unis, les gens se convertiraient en masse au végétarisme.

D’importateur net à exportateur

À l’ère soviétique, surtout après 1972, quand les mauvaises récoltes créaient des pénuries, l’URSS utilisait les dollars de ses revenus pétroliers pour devenir un grand importateur de blé et de grain étasuniens. Les compagnies du cartel céréalier étasunien, comme Cargill et Continental Grain, s’entendaient avec le Secrétaire d’État Henry Kissinger pour négocier des prix astronomiques pour la Russie dans ce qu’on appelait « le grand vol de grain ». Les contribuables étasuniens étaient volés par les subventions aux céréales. Cargill souriait sans discontinuer en se rendant à la banque.

En 2000, la Russie (ainsi que l’Ukraine et dans une moindre mesure, le Kazakhstan), a inversé cette dépendance à l’importation de céréales, et est devenue une fois de plus un géant mondial de l’exportation céréalière et en particulier du blé, comme avant la Révolution russe de 1917.

Même avant la crise des sanctions imposées par les États-Unis en 2011-2013, la Russie exportait en moyenne 23 millions de tonnes de céréales par an. Ensemble, Russie, Ukraine et Kazakhstan vendaient 57 millions de tonnes à l’étranger. Les trois pays réunis ont fourni 19% du total des exportations mondiales de céréales au cours de cette période, et 21% des exportations de blé, évinçant les États-Unis de la première place mondiale des exportateurs de blé.

Maintenant, avec l’Ukraine (de facto en faillite à cause du coup d’État du Département d’État US et de l’administration Obama, à Kiev en février 2014), l’importance de l’agriculture russe prend une dimension stratégique mondiale en matière d’aliments et céréales biologiques de haute qualité.

Transformant une crise en opportunité, comme le dit le vieux proverbe chinois, l’embargo russe de 2014 sur certaines denrées alimentaires de l’UE, a été rétrospectivement un tournant majeur. Des 39 milliards de dollars du total des importations agricoles et alimentaires russes en 2013, 23,5 milliards de dollars (soit 61% de toutes les importations de produits alimentaires de Russie), portaient sur les catégories de produits concernés par l’interdiction. La décision visant à interdire toute importation de produits alimentaires turcs, rajoutée dernièrement en tant que sanction après l’avion russe abattu par la Turquie dans l’espace aérien syrien, rehausse encore le total des importations interdites. L’interdiction d’importer des denrées turques est entrée en vigueur le 1er janvier.

Bien que de nombreux économistes occidentaux aient signalé l’impact de la grande inflation initiale due à l’embargo de l’année précédente, un facteur ayant amené la Banque Centrale russe à garder trop longtemps des taux d’intérêts dangereusement élevés, la réalité sur le plus long terme est que l’interdiction a précipité un tournant spectaculaire vers l’autosuffisance agricole. Comme les aliments importés les plus chers disparaissent des rayons des supermarchés dans toute la Russie, la première inflation des prix alimentaires de 2015 s’est affaiblie d’autant.

La toute dernière chute du rouble, du fait de la baisse mondiale des prix du pétrole libellés en dollars (28 dollars le baril à la dernière cotation), permettra de réduire encore davantage la consommation russe des plus coûteuses importations alimentaires qui restent à l’UE, au profit du « made in Russia ». Loin d’une catastrophe, comme le proclamaient joyeusement le New York Times et d’autres médias occidentaux, la dernière chute du rouble se transformera en avantage pour l’économie agricole russe et même pour toute l’économie russe. Cela donnera un grand coup de pouce aux objectifs d’autosuffisance. Les restrictions russes à l’importation de nourriture ne sont pas susceptibles de prendre fin bientôt, même si l’UE abandonne ses sanctions contre la Russie. Désormais, pour l’économie nationale, il y a trop en jeu avec le développement de l’agriculture de haute qualité biologique, sans OGM.

En plus de la décision russe d’autosuffisance agricole d’ici à 2020, l’embargo russe officiel de septembre 2015 sur toute récolte génétiquement modifiée, a préparé le terrain de la dernière décision prise par le Président: transformer l’adversité en vertu.

Cette belle terre noire russe

Pour devenir aujourd’hui le plus important producteur du monde et aussi exportateur d’aliments biologiques de haute qualité et non-OGM, la Russie dispose aussi d’un atout naturel extraordinaire.

La Russie possède aujourd’hui quelques-unes des plus riches et plus fertiles terres agricoles du monde. Pendant la guerre froide, comme les contraintes économiques imposaient de consacrer les produits de l’industrie chimique aux besoins de la Défense nationale, la terre fertile russe n’a pas été exposée à des décennies de destruction par les engrais ou les pulvérisations chimiques agricoles, comme les sols d’une grande partie de l’Ouest. C’est devenu maintenant un mal pour un bien, car les agriculteurs européens et nord-américains se battent à présent contre les effets destructeurs sur leurs sols des produits chimiques qui ont largement éradiqué les micro-organismes essentiels. Les riches terres agricoles mettent des années à se créer et peuvent être détruites en un rien de temps. Quand le climat est chaud et humide, il faut des milliers d’années pour former quelques centimètres d’humus. Les climats froids et secs ont besoin de beaucoup plus longtemps.

La Russie englobe l’un des deux seuls terroirs du monde connus sous le nom de « régions de tchernoziom ». Il s’étend du Sud de la Russie en Sibérie, à travers les oblasts de Koursk, Lipetsk, Tambov et Voronej. Les tchernozioms (terres noires en russe), sont des sols noirs contenant un pourcentage élevé d’humus, d’acides phosphoriques, de phosphore et d’ammoniac. Le tchernoziom est un sol très fertile produisant un grand rendement agricole. La région de tchernoziom russe s’étend de la Sibérie et du sud de la Russie dans le nord de l’Ukraine, aux Balkans le long du Danube.

Les premiers résultats très positifs

Les premiers résultats de l’importance accordée à l’autosuffisance agricole russe et au développement général sont tout à fait positifs. Depuis que l’interdiction des importations des denrées alimentaires de l’UE a été imposée, en août 2014, la production de viande bovine et de pommes de terre a augmenté de 25%, de 18% pour la viande de porc, de 15% pour le fromage et le fromage blanc, de 11% pour la volaille, et de 6% pour le beurre. En 2015, la récolte de légumes russe a aussi été un record, avec une augmentation globale de la production de plus de 3%.

Les sanctions étasuniennes insensées et la guerre économique livrée contre la Russie produisent le contraire de ce qu’exigent les défenseurs du libre-échange mondialiste. Elles obligent, à bon escient, la Russie à se distancer des accords sur l’agro-alimentaire rédigés par l’Organisation Mondiale du Commerce. Cargill a écrit l’Accord de l’OMC sur l’agriculture. Les sanctions forcent la Russie à abandonner la doctrine libérale de l’Ouest sur le libre écoulement des produits alimentaires internationaux. Elles exigent l’autosuffisance nationale pour l’un des plus stratégiques de tous les biens économiques, sinon le plus stratégique: la qualité de la nourriture de la nation. La Russie a sagement décidé qu’elle a la priorité sur les « droits » à commercer librement de Cargill, ADM ou Monsanto. La révolution agricole russe est un exemple à considérer pour le reste du monde. Elle concerne la qualité primant sur la quantité. La qualité de la nutrition étant plus importante que le rendement à l’hectare.

NEO, F. William Engdahl

William Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier. Titulaire d’un diplôme en politique de l’université de Princeton, il est auteur de best-sellers sur le pétrole et la géopolitique. Article initial pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Original : journal-neo.org/2016/04/21/now-russia-makes-an-organic-revolution/
Traduction Petrus Lombard et relu par Jean-Maxime Corneille
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Écrit par : Charles 05 | 25/04/2016

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