17/05/2016

La finance comme enjeu de puissance



Début mars dernier, la Banque des règlements internationaux à Bâle a émis un avertissement qui est resté largement inaperçu bien qu'il eusse dû alarmer les médias et les observateurs. Dans un rapport intitulé "Le calme apparent (des marchés) annonce des turbulences", la BRI s'inquiétait du fait que la croissance économique anémique, le colossal endettement des Etats, des entreprises et des ménages ainsi que le comportement erratique des marchés boursiers étaient en fait dus à la politique d'argent bon marché menée depuis des années par les banques centrales. Phrase toute simple mais qui renverse complètement le discours tenu jusqu'ici, à savoir que la politique de création monétaire était justifiée pour relancer l'économie. En clair: la politique des banques centrales est en train de conduire à la faillite au lieu de nous sauver !
A cela, il convient d'ajouter les ravages prévisibles, quoique jamais anticipés, de ce que notre consœur Myret Zaki décrit dans son livre sur la finance de l'ombre: 67 000 milliards de dollars créés à partir de rien par le système financier sont en train d'alimenter des fonds spéculatifs qui investissent dans toutes sortes d'instruments financiers opaques en dehors de toute instance de contrôle. L'équivalent du PNB mondial!
Que faut-il conclure de ceci? Plusieurs choses. Sur un plan purement économique, cela signifie que la prochaine crise financière est en préparation et que la bulle grossit, grossit et qu'elle finira par éclater aussi sûrement que la nuit succède au jour. Sauf qu'on ne sait pas si nous sommes à l'heure d'été ou à l'heure d'hiver. Accessoirement, on peut conclure que la politique de création monétaire entreprise depuis la crise de 1998 a manqué son but et qu'elle a même été sciemment détournée de ses objectifs déclarés - encourager la consommation finale et développer les investissements productifs des entreprises - pour engraisser les acteurs du secteur financier, en démultipliant la fortune des actionnaires et les salaires des CEO, au détriment des salariés, des fonctionnaires, des consommateurs, des jeunes en formation, bref de ceux qui travaillent et vont bientôt travailler.


De fait, cette politique a servi à renforcer la ploutocratie et à réduire encore un peu plus le pouvoir des citoyens et des contribuables. Car la finance est d'abord un pouvoir. Loin d'être neutre et objective, la main invisible du marché apparaît téléguidée. Rétrospectivement, la prétendue nécessaire indépendance des banques centrales - qu'on disait trop liées à des Etats soucieux de faire fonctionner la planche à billets pour éponger leurs déficits - n'a été qu'un instrument destiné à renforcer la collusion entre le monde de la finance privée et celui de la finance publique, pour le plus grand malheur des Etats et de la majorité des citoyens.
La science économique et la recherche universitaire, tout entière dévouée aux lobbies de la finance privée, n'ont fait que donner une caution scientifique à ce qui apparaît désormais comme une propagande intéressée et un combat mortel pour le pouvoir. L'idéologie libérale a ainsi interdit aux banques centrales de distribuer leur argent directement aux acteurs économiques de base, c'est à dire aux citoyens contribuables et aux PME, seuls capables de relancer la consommation, et par là l'emploi et la croissance. Ce qui fait que l'argent est allé directement dans les poches de ceux qui ont engendré la dernière crise et sont en train de préparer la suivante. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'opposition viscérale au revenu de base pour tous, qui serait pourtant une façon beaucoup plus efficace de relancer l'économie pour la Banque nationale, que de laisser les banques créer gratuitement leur propre monnaie, par toutes sortes d'effets de levier.
Conclusion, il devient essentiel de remettre les banques centrales au service des citoyens, des petites et moyennes entreprises et des Etats, plutôt que de les laisser agir au seul profit des banques, des fonds spéculatifs et des multinationales qui ont la faculté de lever des capitaux à travers les bourses et n'ont pas besoin de montrer patte blanche à des banquiers pour obtenir des crédits.
Et accessoirement, il devient plus que jamais nécessaire de comprendre que la finance, la monnaie, l'argent sont des instruments plus puissants que les armées pour affirmer sa domination et son pouvoir en dehors de ses frontières. À l'échelle internationale, le reste du monde a parfaitement compris que le dollar et l'euro, présentés comme de banals moyens de paiement destinés à faciliter les paiements et les échanges, sont en fait de puissantes armes servant à dominer l'autre et non à l'émanciper. C'est la raison pour laquelle la Chine, la Russie et les BRICs ont voulu créer leur propre banque d'investissement. Car ils savent que toute transaction en dollar peut, un jour, être utilisée contre eux par les Etats-Unis. Tout comme la Grèce a appris qu'un prêt en euro pouvait l'amener à capituler en rase campagne face à ses créanciers bruxellois.
La Suisse, qui vient de faire une cruelle expérience de soumission, devrait y réfléchir à deux fois avant de se revendre corps et âme aux intérêts de la finance dollarisée.




Commentaires

Merci M.Mettan pour votre article dense et académique!
Si on a bien compris que le Dollar et l Euro sont réputés d être supposés "faciliter" et "garantir" les paiements et les échanges entre personnes et entre pays mais qu ils peuvent (ou doivent?) aussi se retourner contre l utilisateur afin de le dominer, pourquoi donc les BRICS ont eu de la peine à s émanciper (dernier coup contre eux était contre Delma Roussef remplacé par un "ripou"). Et pourquoi donc, ne devrons nous pas transférer nos comptes bancaires à une banque chinoise en Yuan ou une banque russe en Rouble ou un institut helvétique exclusivement en FS ou utiliser de scartes de crédit en Yuan, Rouble...etc?

Quand à l exemple donné sur la Grèce, il y a eu de malversations sous forme de prêts (toxiques) et que les grandes banques privées empruntent à la BCE à un taux de 1%, quand ces dernières le prête aux états à un taux allant de 4 à 10%. La manière la plus aisée de gagner de l’argent, c’est de le voler, "légalement" biensûr...

Écrit par : Charles 05 | 18/05/2016

Je me permets d ajouter à mon texte ci dessus cette analyse prise depuis voltaire.net.org de Thierry Meyssan ( qu on l aime ou pas mais ceci n aucune importance..)car nous n avons qu à fonctionner nos neurones ou ceux qu il reste !
-------------------------
M. Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE),est l’ancien vice-président Europe de la banque Goldman-Sachs. Il a masqué au Parlement européen son rôle dans les malversations opérées par la BCE pour le compte du gouvernement grec, pourtant attesté par des documents de la banque.

Force est de constater qu’appartenir à l’Union et utiliser l’euro ne sont pas des garanties de succès. Mais si les élites européennes soutiennent ce « projet », c’est qu’il leur est profitable. En effet, en créant un marché unique, puis une monnaie unique, les Unionistes ont brouillé les cartes.

Désormais, les différences ne sont plus entre les États membres, mais entre des classes sociales qui se sont uniformisées à l’échelle européenne. C’est pourquoi les plus riches défendent l’Union, tandis que les plus pauvres aspirent au retour des États membres.
Les contresens à propos de l’Union et de l’euro

Voici des années que le débat est faussé par le vocabulaire officiel : les Européens ne seraient pas les porteurs de la culture européenne, mais uniquement les membres de l’Union. Depuis la Guerre froide, on affirme ainsi que les Russes ne seraient pas Européens, et désormais qu’en sortant de l’Union, la Grèce quitterait la culture européenne dont elle est le berceau.

Or, « les chiens ne font pas des chats ». L’Union a été conçue par les Anglo-Saxons, avec d’anciens nazis, contre l’URSS. Elle soutient aujourd’hui le gouvernement ukrainien, nazis inclus, et a déclaré la guerre économique à la Russie en la parant du nom de « sanctions ».

Comme son nom ne l’indique pas, l’Union n’a pas été créée pour unir le continent européen, mais pour le diviser, en écartant définitivement la Russie. C’est ce que Charles De Gaulle avait dénoncé en plaidant, lui, pour une Europe « de Brest à Vladivostock ».

Les unionistes assurent que le « projet européen » a permis la paix en Europe depuis 65 ans. Mais parlent-ils de l’appartenance à l’Union ou de leur vassalité aux États-Unis ? En réalité, c’est celle-ci qui a garanti la paix entre les États ouest-européens, tout en maintenant leur rivalité hors de la zone Otan. Doit-on rappeler, par exemple, que les membres de l’Union européenne ont soutenu des camps différents en ex-Yougoslavie avant de s’unifier derrière l’Otan ? Et doit-on considérer que s’ils redevenaient souverains, les membres de l’Union recommenceraient nécessairement à se quereller ?

Jean-Claude Juncker, s’est indigné du référendum grec qu’il a qualifié de « trahison ». M. Juncker a été contraint à la démission de ses fonctions de Premier ministre du Luxembourg, après que l’ont eut établi son appartenance au réseau d’espionnage Gladio de l’Alliance atlantique. Un an plus tard, il devenait président de la Commission européenne.

Pour revenir au cas grec, les experts ont largement démontré que cette dette est imputable à des problèmes nationaux non-résolus depuis la fin de l’Empire ottoman tout autant qu’à une escroquerie de grandes banques privées et de dirigeants politiques. Au demeurant, cette dette est insolvable comme le sont également les dettes des principaux États développés. Quoi qu’il en soit, Athènes pourrait facilement s’en sortir en refusant de payer la partie odieuse de sa dette, en quittant l’Union, et en faisant alliance avec la Russie qui est pour elle un partenaire historique et culturel bien plus sérieux que la bureaucratie bruxelloise. La volonté de Moscou et de Beijing d’investir en Grèce et d’y créer de nouvelles institutions internationales est un secret de polichinelle. Cependant, la situation de la Grèce est d’autant plus complexe qu’elle est également membre de l’Otan et que l’Alliance y avait organisé un coup d’État militaire, en 1967, pour l’empêcher de se rapprocher de l’URSS.
-------------------------

Écrit par : Charles 05 | 18/05/2016

Les commentaires sont fermés.