25/11/2016

Trump, victoire ou défaite de la démocratie?

L'élection de Trump a secoué, brièvement, le Landerneau politico-médiatique. Comment a-t-on pu en arriver là? se sont demandés les représentants des élites désavouées par ce peuple décidément très imprévisible. Les plus lucides ont admis, pas trop quand même, qu'ils avaient failli et certains ont entamé un début d'autocritique. Mais ça n'a pas duré. Les premiers instants de sidération passée, les vaillants gardiens du prêt-à-penser sont montés au créneau : "Mais non, nous n'avons pas failli! Au contraire, assumons nos choix. Hillary n'a-t-elle pas gagné en nombre de voix? Et puis, de quelles élites parle-t-on? Nous n'en sommes pas, ou si peu. Allons donc, le politiquement correct n'existe pas, voyez comme nous divergeons d'opinion entre nous!"
Personne, ou presque, n'avait rien vu, rien entendu, ni rien dit, mais cela n'a aucune importance, circulez citoyens! A ce rythme, le nécessaire débat sur l'aveuglement des médias, des experts, des universitaires, des milieux culturels et politiques passera par pertes et profits aussi vite qu'il l'avait été après le vote surprise du Brexit, déjà oublié après six mois.
Or il y a péril en la demeure et urgence à remettre en cause la façon dont les médias et l'expertocratie répercutent si bien les opinions des classes dominantes et si mal la sensibilité et les frustrations des classes populaires.
Le petit exemple suivant illustre bien ce biais systématique qui conduit à se concentrer sur les désirs et les revendications des élites au détriment du petit peuple des anonymes. Il y a trois semaines les journaux romands ont brièvement signalé le suicide de deux paysans vaudois, qui s'étaient donné la mort par désespérance, par solitude et parce qu'ils n'arrivaient plus à nouer les deux bouts. Ces drames n'ont pas suscité le moindre intérêt dans les rédactions. Un accident de la route avec deux morts aurait joui d'une plus grande attention, bien que ces deux suicides aient été le symptôme du malaise extrême qui affecte des milliers de paysans au cœur même de nos campagnes.


Mais que n'aurait-on pas dit si cela avait été des patrons de startup à la mode qui s'étaient fait hara-kiri? Pendant des jours, on aurait entendu le chœur des pleureuses se lamenter sur l'insupportable souffrance des courageux créateurs d'entreprise atrocement maltraités par un environnement sans cœur. On aurait sommé les pouvoirs publics de faire quelque chose pour ces malheureux. Tandis que les paysans, qui nourrissent le pays et entretiennent nos paysages pour un salaire de misère, doivent mourir en silence: ils n'auront jamais droit à un gros titre. Il en va de même pour les millions de sans-grade anonymes qui font tourner notre économie et entretiennent la machine sociale. On ne les entend jamais au journal du matin et on ne les verra jamais au TJ du soir.
Et voilà comment, au lendemain d'une journée d'élections, comme celle du 8 novembre aux Etats-Unis, ou après une votation comme celles du Brexit ou du 9 février 2014, journalistes, experts académiques et élus se réveillent avec la gueule de bois parce qu'ils n'avaient rien vu venir. Et tous d'aligner des discours lénifiants et transpirant d'arrogance sur ce peuple qui vote avec ses tripes et ses émotions et non avec sa raison.
Car c'est alors que se déploie le second déni de réalité, le plus grave sans aucun doute: à l'aveuglement des sachants correspond l'aveuglement du peuple. Puisque la caste des doctes et des informés ne saurait se tromper, c'est donc le peuple qui est dans l'erreur. C'est lui qui a tort et qui, sous l'empire des émotions et d'un manque caractérisé d'entendement, n'a pas compris les enjeux et voté "contre ses vrais intérêts". Et de s'interroger sur les limites de la démocratie, qui est décidément bien faillible puisqu'elle permet de d'aboutir à des résultats contraires à ceux qu'on espérait.
Et voilà comment, quinze jours après l'élection de Trump et six mois après le Brexit, on se retrouve gros Jean comme devant: plutôt mourir que d'avouer que la victoire de Trump, aussi contrariante qu'on puisse la trouver, est de fait une victoire de la démocratie et la défaite d'une certaine pensée.


Commentaires

L'écart de voix en faveur de Clinton est essentiellement attribuable à la seule Californie. C'est justement ce que veux éviter le système américain, que le poids d'un seul état puisse contrebalancer tous les autres. la démocratie c'est avant tout le respect des règles, connues à l'avance et surtout jamais changées pour "plaire" à ceux qui ont perdu. Merci de ce billet-coup-de-gueule qui rappelle des évidences que certains ne veulent toujours pas voir.

Écrit par : uranus2011 | 25/11/2016

Excellent commentaire, comme à votre habitude !
Le peuple a mal voté, il faut dissoudre le peuple, car seule l'oligarchie - que dis-je ? - la maffia journalistico-politique a raison. Toujours.

Écrit par : Charles | 25/11/2016

"Défaite d'une certaine pensée": sans doute. "Victoire de la démocratie": 2 millions de voix de plus pour Clinton, c'est plutôt la victoire d'un système électoral dans lequel chaque voix n'a pas le même poids. Il y a des raisons historiques à ce système électoral (comme en Suisse quand la double majorité est requise) et il n'est pas remis en cause. Dont acte. Mais il aurait été de bon ton de le relever dans ce billet.

Écrit par : Didier Bonny | 25/11/2016

Vous dites M. Guy Mettan:""(...)Or il y a péril en la demeure et urgence à remettre en cause la façon dont les médias et l'expertocratie répercutent si bien les opinions des classes dominantes et si mal la sensibilité et les frustrations des classes populaires(...).

Tout d abord, le Peuple français est très mal informé voire même qu il n est pas informé du tout ni réellement et sincèrement de ce que ses dirigeants sont en train de faire ou de ne pas faire.

Demandez à un citoyen français:Qu a t il fait Sarkosy de la Libye et qu a t il fait Hollande en Syrie? Il ne dira pas car il ne le sait pas qu ils étaient le soutien aux terroristes en Syrie et qu ils ont meurtri la Libye. Et ce n est pas les médias possédés par des Hommes d affaire dans le béton, la TV, les Mobiles, l armement qui diront cette vérité car ils ne sont que les chiens de poches de ces grandes Banques et Multi Nationales autant étrangères que Françaises.

Demandez à ces citoyens s ils savent qu un tiers des réserves pétrolières mondiales pour les 70 ans à venir, se trouvent en Libye et en Irak? Et ar s ils le savaient, ils auraient compris pourquoi a t on rendu ces deux pays (Libye et Irak) en cendres et un silence radio éternel sur leurs pétroles. Croyez vous qu à chaque fois que vous passez dans une station d essence, en France ou en Suisse entres autres, pour faire le plein de votre voiture, croyez vous qu il n y a pas quelques gouttes de sang humain dedans, gouttes syriennes ou libyennes ou irakiennes?

Demandez à ces citoyens s ils pensent comme Ayrault et Hollande le disent de vouloir faire la peau et faire chuter Assad et qu après lui ce n est pas Daech ou Al Qayda/Al Nosra qui reprendront le pouvoir "là bas"?. Je ne suis pas sûr qu ils en ont conscience puisqu on ne leur a jamais dit la vérité mais bel et bien les contre-vérités même si l idiot du village ne croirait pas à cette thèse!

Bien à vous.

Écrit par : Charles 05 | 25/11/2016

Effectivement, ni victoire ni défaite, juste le même processus démocratique dont les bien pensards ne se sont pas plaint quand il a permis d'élire Obama deux mandats de suite.

Et il faut aussi rappeler que contrairement a ce que bêlent nos bobos, ce n'est pas un vote revanchard du "petit peuple" victime de la mondialisation: La majorité des votants gagnants moins de 30'000$ par ans ont choisi Hillary.

Écrit par : Eastwood | 27/11/2016

Merci et félicitations pour cet excellent billet. Le sort des paysans me choque profondément, et encore plus quand on voit l'attention portée aux "réfugiés" et "migrants" qui occupent le 99% de l'espace médiatique...

C'est vrai qu'en Suisse, nous avons été pionniers en la matière. L'initiative contre les minarets, peut-être, comme premier signal ? Des voisins refusent l'érection d'un minaret dans leur quartier, on veut le leur imposer au nom de la liberté religieuse. Recours tous perdus, les juges persistent et signent dans leur vision totalement inique et infondée. D'où l'initiative, que tous les sondages donnaient perdante. Ce qui par ailleurs a certainement contribué à sa victoire, soit dit en passant...
Mais le camp du Bien a eu le temps de réagir, de se concerter. De préparer une réponse à l'initiative gagnée le 9 février 2014 en éjectant l'UDC de la commission ad hoc...
Et finalement, par toutes les compromissions concoctées par les européistes, nous allons nous retrouver en queue de peloton des peuples qui les uns après les autres montrent qu'ils ne veulent plus se laisser faire. Si le 2ème tour des présidentielles se joue entre Fillon et MLP, les choses sont assez claires : les Français ont compris ce que valait le politiquement correct. Et pourtant, que d'intoxications dans leurs chaînes de tv et leur presse...
La Suisse arrive aux limites de son système politique. Le peuple vote des initiatives que les parlementaires s'ingénient à ne pas respecter au nom des grands principes du droit international, des petites lettres en bas de page des traités internationaux que nos autorités ont signé dans notre dos. Face à ce type de situation, les Américains ont élu Trump, ou plutôt l'Amérique profonde a élu Trump. Quid de la Suisse, maintenant que l'UDC est bien émoussée et sans personnel convainquant ?

Écrit par : Géo | 28/11/2016

Pourrait on calquer le titre de l article chapeau entre "Trump, victoire ou défaite de la démocratie?" sur un autre "Défaite de Hollande avant même d y aller, victoire de la démocratie ou de la Combinazione?"

Avant son Au Revoir, il a réussi à caser son Ex, Ségoléne Royal, à l ONU à Genève, est ce "honnête" tout cela?. Il est allé, le lendemain de sa dite allocution émouvante de ne pas se représenter pour mai 2017, il est allé au Qatar le lendemain à l aube mais pour faire quoi au fait, pèlerinage ou mystère et boulle de gomme? Il a avoué comme seule erreur dans son mandat l Echec du projet de la Déchéance de la Nationalité mais n y a t il pas une erreur grossière voire une déchéance de la stratégie et de la moralité avec les relations de la France avec la Russie (Les Mistral, les accusations à la pelle de crimes de guerre de Poutine...), rendre la France le paillasson de l Otan et de Washington, soutien au Terrorisme d Al Qayda/Al Nosra qui fait du bon boulot en Syrie, dixit Fabius, mettre Daech et Assad au même plan de ni l un ni l autre tout en sachant qu un idiot du Village ne peut pas accepter de formuler deux négations et surtout qu une seule affirmation positive n a été formulé sauf peut être qu il veut la peau d Assad selon Exxon Mobile et/ou le Qatar (les deux c est du pareil au même...).

Écrit par : Charles 05 | 03/12/2016

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