16/01/2018

L’obsession du complotisme et ses ravages

sur les prétendus ravages du complotisme en France, obligeamment commenté par de nombreux médias. Les vestales de la bienpensance se sont immédiatement alarmées : 79 % des Français croient au moins à une théorie du complot, 50% croient que le ministère de la santé est de mèche avec les pharmas pour vendre des vaccins nocifs, plus d’un cinquième doute de la version officielle de l’attentat contre Charlie Hebdo, un dixième pense que la terre est plate et que les Américains n’ont pas débarqué sur la Lune, etc.
Autre résultat troublant, mais que peu ont jugé digne de rapporter : seul un Français sur quatre estime que les médias restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont commis une erreur !
Et pourtant, n’est-ce pas dans cette effrayante perte de crédibilité des médias qu’il faut trouver la cause du succès des thèses complotistes ? Si les trois quarts des gens ne croient plus les médias qui sont censés les informer avec honnêteté, le problème n’est-il pas plutôt du côté des médias que du côté du public ? Et comment s’étonner que, dans ces conditions, la presse et l’audiovisuel ne cessent de perdre de l’audience et que les réseaux sociaux ne cessent d’en gagner, aussi farfelus soient-il ? Osons aller jusqu’au bout du raisonnement : notre société n’est-elle pas davantage menacée par les pourfendeurs du complotisme que par les supposés complotistes eux-mêmes ?
Rappelez-vous la stupéfaction qui avait saisi les journalistes après le succès du Brexit et la victoire inattendue de Trump. Personne ne les avait anticipés, ou presque, tant la grille de lecture anti-Brexit et anti-Trump avait aveuglé les médias mainstream. Et que dire des bobards qu’on a racontés pendant sept ans sur la guerre de Syrie et ses « gentils islamistes » qui luttaient vaillamment contre le « boucher de Damas » dont on annonçait la fin tous les quinze jours ? A-t-on tiré la leçon de ces échecs journalistiques ? En aucun cas. La contrition journalistique a duré dix jours et on vite reparti comme avant, en pire.

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12/01/2018

Les cent ans du nouvel ordre international

Voici donc 100 ans tout juste que le président américain Woodrow Wilson annonçait, dans son discours au Sénat du 8 janvier 1918, ses fameux « 14 points » destinés à tracer les grandes lignes de la paix à négocier l’issue de la Première Guerre mondiale.
Le programme était indiscutablement novateur et ambitieux. Les cinq premiers points définissent les conditions générales de la paix: fin de la diplomatie secrète, liberté des mers, libre-échange, limitation des armements et droit des peuples (en particulier colonisés) à disposer d’eux-mêmes.
Les points suivants concernent le règlement du conflit: rétablissement de l’intégrité territoriale française et belge, droit de la Russie communiste à s’organiser comme elle veut sur son territoire et de la Serbie à disposer d’un accès à la mer (fort oubliés aujourd’hui...), création d’une Pologne libre et indépendante, souveraineté des anciens territoires de l’empire ottoman.
Le 14e point est le plus important pour Genève puisqu’il sera à l’origine du destin de notre ville comme capitale internationale: « une association générale des nations doit être constituée... afin d’offrir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux petits comme aux grands Etats ».
Comme, on le sait, ces points furent diversement accueillis, très partiellement respectés par les différents traités signés après la fin des hostilités et fortement compromis par le retour à l’isolationnisme des Etats-Unis et leur refus d’adhérer à la SDN. Mais reste que le Traité de Versailles institua la Société des Nations, avec siège à Genève, et bannit la diplomatie secrète déjà mise à mal par Lénine fin 1917 lorsqu’il publia les accords secrets des Alliés contre l’Allemagne.
Côté face, il faut donc rendre hommage à Woodrow Wilson pour ces avancées, et notamment pour celles qui sont à l’origine d’une diplomatie multilatérale plus transparente, d’un système de sécurité collectif (l’ONU aujourd’hui) certes très bureaucratique mais incontournable et somme toute efficace dans la durée, et de l’émergence d’une communauté internationale qui, avec ses innombrables organisations internationales gouvernementales et non-gouvernementales, est très active malgré tous ses défauts.

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