07/03/2018

Oman, une île au milieu de la tourmente

La guerre, Oman l’a bien connue : une unification pénible avec une bataille d’usure contre les imams de l’intérieur soutenus par les Saoudiens dans les années 1950, puis la longue guerre du Dhofar contre les rebelles sudistes épaulés par le régime communiste yéménite dans les années 1960 et 1970. Mais depuis le cessez-le-feu de 1976, le pays vit en paix. Et cela se voit !
Après un premier reportage dans les années 1990, une seconde visite au début de cette année n’a fait que confirmer cette bonne impression. En quelques décennies, le pays est devenu un modèle de stabilité et de développement économique équilibré qui tranche complètement avec le reste du Moyen-Orient. En Occident, il n’est pas de bon ton de faire l’éloge des monarchies, mais dans le cas d’Oman, il faut bien admettre que depuis que le sultan Qabous a repris les rênes du pays en 1970, les réformes, graduelles et régulières, ont été des succès. Même le printemps arabe, à l’origine de manifestations en 2011, a eu des effets positifs avec une ouverture massive des hautes écoles et la mise en place de programmes de formation pour les jeunes.
Ces performances reposent sur une double stratégie : une stricte neutralité en matière de politique extérieure et une politique d’omanisation conséquente et assumée à l’intérieur. Au ministère des affaires étrangères, on est catégorique : pas question de s’ingérer dans les affaires des voisins ni de prendre le parti des uns contre les autres, « respect pour tous », quel que soit le régime en place. Oman a donc gardé ouverte son ambassade à Damas et parle aussi bien avec les Saoudiens, les Emiratis, les Qataris que les Iraniens chiites, tout en gardant un œil suspicieux sur les menées de la coalition saoudienne au Yémen tout proche.
Quant à l’omanisation, elle vise à moderniser le pays sans offenser la tradition. Elle concerne tous les aspects de la vie nationale. L’architecture, en imposant des normes à tous les bâtiments – deux étages maximum pour les habitations privées et sept pour les immeubles commerciaux. La culture, avec un style islamique et des couleurs à respecter, la construction d’un opéra, de musées et la rénovation du patrimoine historique. La politique, avec deux assemblées consultatives, l’une, le Conseil d’Etat, sorte de Sénat, avec 84 membres choisis par le sultan et l’autre, la Chourah, élue par les provinces, avec un nombre de femmes en constante augmentation. La religion, avec la préservation de la tradition islamique locale, l’ibadisme, à mi-chemin entre le sunnisme et le chiisme, et la volonté d’éviter la montée du communautarisme entre les différentes branches de l’islam. «A Oman, il est aussi indécent de demander son orientation religieuse à quelqu’un que de demander son salaire à un Suisse. Cela ne se fait pas », assure le patron de l’audiovisuel national.

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