Montée au refuge des Dents du Midi sous une pluie glacée

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6e étape - Salanfe-Sopéca-Refuge des Dents du Midi-Salanfe -Dimanche 28 juillet
Il pleut. Un épais brouillard et une pluie intense cachent le lac et les montagnes. Après l’orage de la veille, je reste au chaud à l’auberge. Grâce au code wifi obligeamment dévoilé par le patron, je peux répondre aux innombrables messages accumulés ces derniers jours et réécrire les comptes rendus de la deuxième et troisième étape, funestement évaporés.
Vers midi, l’inaction commence à me peser. Il pleut toujours mais la météo annonce une accalmie dans l’après-midi. Elle ne viendra jamais. Mais je l’ignore et je me résous à sortir et à m'attaquer au refuge des Dents du Midi, encore jamais visité. Tout à l’heure, les deux gardiens qui ont bien dépassé la septantaine et leur petit-fils de huit ans, ont attaqué la montée. Elle ne doit donc pas être impossible, même dans ces conditions. Les panneaux annoncent trois heures de marche et mille mètres de dénivellation.
La montée s’avère très, très pénible. ll pleut sans arrêt, les chaussures et les pantalons sont rapidement trempés malgré un équipement ad hoc. Rien n’y fait, l’eau s’infiltre partout, coule dans la nuque, mouille le dos et ruisselle dans les chaussures.
Le chemin est détrempé et glissant. Heureusement, il n’y pas de rafales de vent ni de grêlons. Mais la pluie est très froide et à l’approche de l’arrivée, à 2900 mètres, elle devient glaciale. Le thermomètre affiche 4 degrés, il neige presque et les mains sont gelées.
L’escalade est interminable et solitaire, la vue nulle. Mais l’idée de capituler alors que des gens plus âgés et un enfant sont devant moi m’oblige à avancer. Et finalement, à quelques centaines de mètres de la cabane, je rattrape la famille de gardiens, qui peine aussi. Seul le garçon gambade comme un chamois dans les éboulis, les rochers et les petits névés.
Enfin, le cabanon blanc des toilettes apparaît sur une crête et après un dernier effort, la cabane est en vue.
Par chance, le gardien précédent descendu la veille a laissé un thermos de thé encore chaud et bien garni le potager à bois. Le feu repart vite. Après trois heures de pluie glaciale, les 15 degrés du refuge paraissent un luxe inouï. Dehors, la pluie bat contre les carreaux et le brouillard cache le petit glacier qui s’étale entre le refuge et les pieds des Dents du Midi.

Soupe bouillante, thé, café, habits qui sèchent près du potager, deux heures passent à se réchauffer, et à discuter dans une ambiance sympathique. Notre gardienne raconte la construction du refuge par le CAS Argentine de Bex en 1981, sur une idée d’un guide d’Evionnaz, Jacky Pochon. Une belle réalisation, économe et esthétique. Dommage qu’il ait fallu la placer si haut et si loin et qu’il faille se donner tant de peine pour l’atteindre !
Vers 17h, afin d’arriver à temps pour le diner à l’auberge, je décide de redescendre malgré l’invitation à passer la nuit au refuge. La descente s’avère plus facile que prévu. L’effort est moindre et le sentier, connu, semble moins hostile. Un léger crachin a succédé à la grosse pluie glacée. A mi-parcours, après les névés, les rochers et les éboulis, les marmottes sont sorties de leur trou et se mettent à siffler et à courir, à quelques mètres seulement. J’essaie de leur parler pour les amadouer sans trop de succès.
L’auberge de Salanfe est enfin à portée de main et j’arrive pile pour l’heure du dîner. J’enfile quelques vêtements secs et je retrouve mes deux amis de la veille, le conducteur de locomotives et l’éducateur de petite enfance genevois, qui ont décidé de faire la grasse matinée et de respecter la pause dominicale, une fois n’est pas coutume. Nous partageons la table avec une Hollandaise taillée comme une antilope de course et deux jeunes Zurichois qui découvrent pour la première fois la marche en Suisse romande. A côté, un responsable de la HES Genève, souvent croisé à la commission des finances, dîne avec ses enfants. Ce soir, pour la première fois depuis mon départ et comme ce sera encore souvent le cas par la suite, je ne serai pas le seul Suisse à table.
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Commentaires

  • "Dommage qu’il ait fallu la placer si haut et si loin et qu’il faille se donner tant de peine pour l’atteindre !"
    Oh que vous avez tort ! Rien ne vaut la sélection naturelle...
    Si vous citez Jacky Pochon, "qui en a eu l'idée", disons d'abord qu'il ne l'a pas eue tout seul et que pour la réalisation, il faut rendre hommage à André Cherix, malheureusement décédé depuis déjà bien quelques années. Dédé était ouvrier électricien aux FMA et mon père faisait beaucoup de montagne avec lui. Nous avons fait ensemble le Mont-Blanc le 13 juin 1970, le genre de date qui ne s'oublie pas. Et au sommet nous avons allumé nos quatre cigarettes avec une seule allumette, tellement il faisait beau !

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