Convent de bouquetins au col d’Emaney

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7e étape - Salanfe-Col d’Emaney-Emaney-Col de Barberine-Emosson-Châtelard - Lundi 29 juillet
La brume peine à se dissiper sur l’ex « plus grandiose pâturage de Suisse, la Merveille » comme disaient les écrivains du début du XXe siècle. Une ceinture de nuages cache encore le sommet des montagnes et le fond de l’air, après ces deux jours d’orages et de pluies, est très frais. Départ à 8h40 avec la traversée du barrage qui raconte l’histoire de la construction de l’ouvrage à la fin des années 1940 et la mise en eau début 1953.
Le chemin monte d’abord lentement et je croise le troupeau de vaches de mon cousin, des génisses noires et grises pour la plupart. Elles sont curieuses, amicales et viennent me lécher la main.
Au bout d’une petite heure, arrivée au lac des Ottans et à l’ancienne mine d’or et d’arsenic qui le surplombe. 331 tonnes d’arsenic et 24 kilos d’or y ont été extraits dans les années 1900. Elle sert aujourd’hui d’abri aux spéléologues qui sondent les galeries et les grottes qui parcourent les flancs du Luisin. Je pars sur la droite, à la recherche de deux autres petits lacs à l’écart du chemin et que m’ont recommandés mes amis genevois de la veille. Ils sont bien cachés derrière des monticules herbeux. Le second est littéralement paradisiaque : eau limpide, assez profond pour nager, entouré de petits rochers et de rhododendrons en fleur : un vrai spa en pleine nature avec vue imprenable sur les sommets qui se dégagent peu à peu de leur gangue de nuages. Sauf que l’eau ne doit pas excéder 8 ou 9 degrés…
Avant d’arriver au col, je devance un trio de Coréens harnachés comme des sherpas. Ils ne parlent pas un mot de français ou d’anglais et s’expriment uniquement par onomatopées ou avec leurs applications smartphone. Au col, surprise! A travers la brume qui va et vient, un troupeau d’une vingtaine de bouquetins est en train de brouter, à quinze mètres, peu farouches. Certains sont couchés, les autres broutent en me surveillant d’un œil. Deux mâles se battent en se jetant l’un sur l'autre avec leurs cornes.
Les Coréens approchent et je les prie de faire silence. Ils sont tout surpris par le spectacle et mitraillent les bouquetins avec leurs appareils photos. On regarde, on commente, on prend des selfies sur fond de bouquetins, puis on entame la descente sur Emaney, en redescendant vers le fond du vallon à travers les pâturages. Comme Salanfe, mais avec le barrage et le lac en moins, Emaney est aussi un alpage vaste et réputé, avec un berger, Jean-Marc, qui y monte depuis des décennies et a eu les honneurs d’un reportage de la RTS en 1965 déjà, comme vient de le rappeler le journal Le Temps.
Au fond de la vallée, arrêt pique-nique. Puis départ pour le col de Barberine, toujours accompagné de mes Coréens. On m’a annoncé un passage difficile pour traverser un torrent au sommet d’une cascade et surplombé par un névé qui n’a pas encore fondu. Je juge donc plus prudent de traverser en groupe. L’obstacle franchi, la montée reprend, raide comme toujours. Maintenant, le ciel est dégagé et le soleil tape fort.

Nouvelle photo de famille au sommet du col. En redescendant, je prends sur la gauche, car on m’a signalé un coin tranquille avec des petites cascades, idéal pour une pause. Je somnole une heure et redescends à la rencontre de moutons qui gravissent les pentes en broutant. La descente sur Emosson est longue et pénible, à cause de cette vieille crampe à la cuisse droite, qui se réveille à chaque fois.
Enfin le grand lac couleur de jade s’approche et l’on peut distinguer les promeneurs sur le faîte du barrage. Je hâte le pas pour traverser le long tunnel qui précède les restaurants et les parkings car je ne veux pas manquer le dernier funiculaire pour descendre à Châtelard et prendre le train pour la plaine. Heureusement, en été, le service est prolongé jusqu’à 17h30 et je peux prendre le Mont-Blanc Express de 18h30 pour Vernayaz. J’ai donc le temps d’expliquer à mes trois Coréens comment gagner la bataille contre le distributeur de billets dont ils ne comprennent pas un mot. Ils sont censés passer la nuit au Buet, m’indiquent-ils sur leur guide coréen, avec force courbettes pour me remercier.
Ainsi s’achève la première semaine de mon tour du Valais par les cols! A demain pour la suite.
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Commentaires

  • "à l’ancienne mine d’or et d’arsenic qui le surplombe. 331 tonnes d’arsenic et 24 kilos d’or" Excellent rappel, surtout pour ceux qui s'occupent de qualité des eaux. L'arsenic est souvent en paragenèse avec l'or. Ce sont tous deux des déchets de la construction en alumino-silicates divers de la composition de la croûte terrestre...
    Et donc, quand vous entendez parler d'or, méfiez-vous des eaux que l'on nous dit potables. Les services communaux ou cantonaux ne vérifient pas la teneur en As de nos eaux. On le fait pour les programmes d'hydraulique rurale en Afrique profonde, mais pas pour le plouc helvète, qui n'est en fait pas trop dommage aux yeux des services de l'environnement, dont on peut très légitimement se demander à quoi ils servent. J'ai bien une réponse, mais...

  • Col de la Golettaz, le Luisin, Barberine, Emaney… Tous ces noms évoquent les » grandes courses » (pour des mômes citadins d’une dizaine d’années) que nous faisions depuis Salvan, pensionnaires non pensionnés à la colo de la paroisse St Joseph. Epoque heureuse et insouciante. Je me rappelle le chantier d’Emosson fin des années 50, l’ancien barrage qui allait être noyé. N’y suis jamais retourné, est-il toujours visible sous la masse d’eau du lac d’Emosson ?

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