De l’art de fabriquer des reines

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13e étape - Bourg-Saint-Pierre- Azérin-Creux du Mâ-Coeur-Refuge du Col de Mille – Vendredi 16 août 2019
Saint-Bernard Express à Martigny à 7h du matin avec changements à Sembrancher et Orsières pour emprunter le car postal jusqu’à Bourg-Saint-Pierre: la reprise de mon Tour du valais à pied se mérite! Mais la récompense est au rendez-vous: c’est une journée de rêve pour une étape de rêve: le chemin est bien tracé, très agréable, pas trop plat nit trop abrupt. Après une bonne heure de montée dans la forêt, les sapins laissent place au petit alpage d’Azerin, fief de la famille Dorsaz, qui figure parmi les meilleurs éleveurs de vaches d’Hérens du Valais. L’une d’elles vient d’ailleurs de remporter le trophée national à la dernière finale d’Aproz.
Les vingt vaches présentes tiennent toutes leur rang: puissantes, nerveuses, le front bas et large, la corne longue et épaisse, elles s’épient les unes les autres, grattent le sol d’un sabot impatient. On sent qu’elles n’ont pas besoin de grand-chose pour commencer à en découdre. Pas question de les taquiner...
Pour Gérard Dorsaz, c’est une passion. Certains font de la voile et d’autres de l’équitation, lui fait des reines. Ce qui demande une attention permanente car une reine en puissance, c’est capricieux et imprévisible, et risqué. Ces stars de la lutte perdent vite la tête, au point de ne plus ressentir la douleur et de se battre jusqu’à se casser une épaule ou se fracturer une patte, et de devoir finir à l’abattoir.
L’élevage de reines est donc une passion coûteuse. Il est d’ailleurs en déclin, au point qu’on s’inquiète pour l’avenir de la race. Depuis peu, les éleveurs reçoivent donc une subvention. Moins bonnes laitières que les Simmental, les Hérens produisent quand même un lait apprécié car il donne au fromage à raclette son velouté crémeux. En attendant, comme la saison avance, on compte sur elles pour faire des veaux et de futures reines. Les espoirs de demain sont attendus à la fin août.

Le chemin part ensuite à plat à travers les alpages, avec une vue magnifique sur le massif du Mont-Blanc et les Dents-du-Midi tout au fond. L’air est sec et frais, le soleil, pas trop vif: c’est vraiment une journée parfaite pour la randonnée. On pénètre dans des creux de vallée, on traverse des torrents à gué, on franchit des crêtes et des successions d’alpages laitiers. Celui de Cœur, tenu par un couple de jeunes Marseillais (!), vend du fromage d’alpage, des petites tommes et du sérac. J’achète une tomme, excellente et moelleuse. Plus loin, sous le Mont Rogneux, un petit lac glacé accueille le courageux baigneur. Trois minutes plutôt que trois heures: malgré le soleil, l’eau donne l’impression de sortir directement de la glace.
Après trois nouvelles heures heures de marche, le refuge du Col de Mille est en vue. Il est flambant neuf, impeccablement tenu par deux sœurs de la vallée et leurs jeunes aidées. Il a été rénové il y a six par une association locale soutenue par la commune de Liddes et a l’avantage d’être un peu moins couru que les cabanes Brunet et Panossière, qui attirent tous les randonneurs de la station de Verbier. Le soir, magnifique coucher de soleil sur Le Vélan et le Grand-Combin. Nous sommes à peine une douzaine de convives à partager le souper, presque tous francophones pour une fois : un ancien militaire parisien et ses deux ados, un Lillois avec sa fille, un couple de jeunes belges et quelques indigènes du cru, dont deux vétérans vaudois qui fêtent leurs 79 ans, un jeune père de Versegères avec ses enfants et moi bien sûr qui ai grandi à deux vallées d’ici.
En résumé, une journée idyllique, sans nuage, sans fatigue, à vous faire à jamais passer l’envie de redescendre...
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