Sur les traces de la Patrouille des Glaciers

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18e étape - Prafleuri-Col de Roux-Lac de Dixence-Cabane des Dix-Col de Riedmatten-Arolla
La journée commence assez tard. J’ai rendez-vous avec mon ami P.N. à 10h30, à une heure de marche, au bord du Lac des Dix. Après le déjeuner de 7h, je reste donc deux heures seul dans la cabane avec le personnel qui s’active dans les nettoyages et rangements du matin. Les premiers visiteurs sont attendus vers 9h30, le temps de remonter du barrage après l’arrivée du premier car postal. Le refuge, qui appartient au groupe de transports Theytaz, est géré par la famille Dayer de Vex, guide et gardienne de cabane par tradition familiale. On parle des aléas du métier, passionnant mais sans horaire et exigeant physiquement. Une vie qui ne permet pas de faire fortune mais a l’avantage de l’indépendance.
Vers 9h, je m’échappe donc vers le col avec mon barda, avec la désagréable impression qu’il me manque quelque chose. Mon sac à dos n’est pas comme d’habitude. Bingo! 100 mètres sous le col des Roux, je constate que j’ai oublié mon tapis de yoga à la cabane! Je redescends donc le col à toute allure et remonte à fond de train: une demi-heure de perdue et la crainte d’arriver en retard à mon rendez-vous sans pouvoir téléphoner faute de réseau. La descente du col vers le Lac des Dix, qui étend son superbe ruban de jade au fond de la vallée, se fait donc au pas de course, au milieu des marmottes qui courent se terrer dans leur trou.
L’entraînement de ces quinze premiers jours porte ses fruits et j’arrive finalement à temps à la Barme. Nous suivons le chemin carrossable qui longe le lac des Dix pendant une bonne heure avant d’attaquer la montée vers le Pas du Chat, et de là à travers les moraines du glacier du Mont-Blanc de Cheilon vers les cols de Riedmatten et du Pas de Chèvre. L’endroit est un des hauts lieux de la Patrouille des Glaciers. Les deux cols sont jumeaux et leur pente est spectaculairement raide. En hiver, les coureurs doivent s’agripper à des câbles pour descendre dans la neige avec leurs skis sur l’épaule. En été, pas de neige, mais des éboulis et des amoncellements de rochers partout. Il y a quelques années, la moraine s’est écroulée et a emporté le chemin. Il faut donc monter à quatre pattes en s’agrippant aux pierres. Nous optons pour le Pas de Chèvre, voisin, qui a l’avantage d’être un peu moins haut et de permettre de franchir le col par une série de passerelles et d’échelles métalliques sécurisées. Sujets au vertige, s’abstenir !
Au sommet, le panorama s’ouvre sur le fond de la vallée d’Arolla et ses sommets. La descente est facile, avec un bon millier de mètres de dénivelé, mais sur un chemin en pente douce et bordé de fleurs.

Les hôtels d’Arolla et le camping (le plus haut d’Europe dit la publicité !) sont pleins. Je trouve finalement asile dans un dortoir de l’Hôtel de la Tza, en contrebas. Bon choix, car il possède tout ce qu’on peut apprécier dans un hôtel de montagne historique: d’épais murs en pierre de taille, beaucoup de fleurs aux fenêtres, des meubles d’époque, des planchers de guingois et qui craquent, des escaliers de granit grossièrement taillé, et même des salles de bain d’étage propres et neuves.
Le lieu est géré par la famille Bornatici-Anzévui, avec qui la conversation est facile. Le soir, on parle alcools maison, génépi et bientôt liqueurs d’arolle et de mélèze - pourquoi pas? - et origines familiales, avec le fils, qui évoque non sans fierté comment sa grand-mère valaisanne a épousé un ouvrier italien lors de la construction du fameux barrage de la Grande-Dixence. Les barrages ne servent pas qu’à faire de l’électricité ! Qui s’en plaindrait ? Et le matin, on parle itinéraires et panoramas locaux avec le papa, qui me donnera de bons conseils. Au diner, je retrouve par hasard le couple de Catalans avec qui je partage mes étapes depuis Louvie : ils me racontent leurs randonnées à travers le monde et font l’éloge du haut-pays catalan et du parc naturel des Pyrénées. De quoi donner des idées et des envies pour les prochaines années…




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