20/02/2014

2014, année de tous les possibles pour la Suisse


Si 2013 aura été un bon cru pour la diplomatie suisse, grâce à sa participation au G20 de Saint-Pétersbourg, l’année 2014 pourrait être meilleure encore. Le cumul des deux présidences, celle de la Confédération et celle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, apporte des atouts puissants dans le jeu de Didier Bukhalter. Un hasard qui ne s’était encore jamais produit et dont n’avait pas bénéficié le dernier président suisse de l’OSCE, Flavio Cotti, en 1996.
Bien sûr, l’OSCE n’est pas une organisation puissante dont les décisions sont contraignantes. Les affaires s’y traitent par consensus plutôt que par la force. Mais les Suisses sont plutôt doués pour créer les conditions du consensus et le moindre qu’on puisse dire, c’est qu’avec les tensions qui règnent actuellement entre l’Union européenne et la Russie à cause de l’Ukraine, le besoin de consensus se fait criant. Du coup, la Suisse a une occasion inespérée de jouer les bons offices aux plus hauts niveaux, avec un accès facilité aux chefs d’Etat. Ce qui n’est pas un mince avantage lorsque, par ailleurs, il s’agit de négocier de nouveaux accords bilatéraux avec les dirigeants européens. Une négociation n’empêche pas l’autre.

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17/10/2013

Le projet d’accord USA-UE met la Suisse au défi

Contrairement aux apparences, l’année 2013 aura été un excellent cru pour la diplomatie économique suisse. Après des années de régression puis de stagnation, plusieurs succès ont été engrangés. L’accord de libre-échange avec la Chine est la première chose qui vient à l’esprit, avec la participation réussie aux préparatifs du G20 de Saint-Pétersbourg grâce à l’appui des Russes. Pour la première fois depuis longtemps, la Suisse, confinée aux enceintes techniques de l’OCDE ou du Stability Board, a pu faire remonter ses vues en matière de fiscalité, d’échanges d’information et de régulation bancaire au niveau politique, au niveau des puissances qui comptent.
Et même l’accord sur les successions avec la France a permis de débloquer les négociations avec l’encombrant voisin français, malgré le chahut organisé par des politiciens sans visions et quelques avocats en mal de marketing auprès de leurs clients fortunés.
Le refus de la "Lex USA" par le parlement fédéral en juin dernier a constitué un signe inquiétant, heureusement vite oublié grâce à la signature d'un nouvel accord fiscal qui fait payer les banques. Mais si la coalition des oppositions réussit à faire échouer la ratification de l’accord sur les successions avec la France, il faudra s'inquiéter vraiment. Car si le Conseil fédéral et les diplomates, qui doivent négocier dans un environnement international d’une complexité désormais inouïe, se retrouvent sabordés sur le plan intérieur, bonjour les dégâts ! Un regard froid montre qu’à part la Russie et la Chine, nous n’avons pratiquement plus d’alliés sur la scène économique mondiale et que, sur le front domestique, une ligue hétéroclite d’opposants est prête à lever la hallebarde dès qu’il s’agit de faire la moindre concession à un partenaire.

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26/04/2013

La revanche de l’Afrique noire

On se souvient de L’Afrique noire est mal partie, le fameux livre de René Dumont qui avait défrayé la chronique en 1962. Le pionnier de l’agronomie et de l’écologie françaises mettait en avant les erreurs de développement des jeunes nations africaines tout juste décolonisées. Il constatait que l’Afrique intertropicale piétinait mais qu’elle pourrait se développer rapidement si elle repensait son école, son encadrement, ses infrastructures, sa gouvernance.
Il aura donc fallu attendre près de cinquante ans pour que l’Afrique sub-saharienne montre les premiers signes de décollage. Bien sûr, le bilan est très contrasté suivant les pays. Les zones critiques (les deux Soudans), les nations en implosion (Mali, Centrafrique, République du Congo) ou en régression (Côte d’Ivoire, Madagascar), les régions en rémission lente (Guinée, Liberia, Sierra Leone, Burundi ou Rwanda) ou guerre civile larvée (Nigeria, Mauritanie) occupent le devant de la scène. Mais l’arbre à palabre médiatique ne doit pas cacher la forêt silencieuse des pays qui découvrent ou redécouvrent la croissance après des décennies de déliquescence économique.
La Chine ne s’y est pas trompée, qui investit massivement dans tout le continent et organise régulièrement un sommet des chefs d’Etat africains à Beijing, alors que l’Europe a quasiment déserté la région et que la France se contente de préserver son glacis. Les experts de la banque mondiale, naguère très sévères avec ce continent, ont désormais basculé dans le camp des optimistes. Reste maintenant à convaincre les opinions publiques et les gouvernements occidentaux.

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28/02/2013

L’horreur alimentaire

Il y a une quinzaine d’années, Viviane Forrester publiait un petit livre au destin mondial, L’horreur économique, pour dénoncer les dérives de l’économie. Les scandales alimentaires à répétition auxquels nous assistons depuis quelques lustres mériteraient bien une petite Horreur alimentaire.
Entre la vache folle, le veau aux hormones, l’eau gratuite qu’on veut nous vendre en bouteilles, l’huile de palme qui déforeste la planète, les paysans étranglés par les supermarchés et le cheval étiqueté pur bœuf, c’est toute la chaine de la production et de distribution alimentaire, du fermier à l’assiette, qui se révèle gangrenée.
Au milieu du tollé général soulevé par le bœuf au cheval, une autre nouvelle importante est passée relativement inaperçue, à savoir la campagne contre le gaspillage alimentaire lancée par le Programme des Nations Unies pour l’environnement à Nairobi la semaine dernière. Lors de sa réunion annuelle, avec l’aide d’une ONG britannique, le PNUE a organisé un déjeuner pour les 100 ministres et autres VIPs présents à partir de 1600 kilos de légumes et de fruits du cru rejetés par les supermarchés européens bien que parfaitement sains.



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08/01/2013

Ces pierres qui changent le destin

Si un simple caillou turc parvient à changer l'avenir du Valais, pourquoi des milliards de tonnes de schistes ne changeraient-ils pas le destin de la planète ?Si on ne sait pas encore comment la pierre turque va influer sur la vie des Valaisans, on peut en revanche mieux estimer combien l'exploitation des gaz de schiste va refaçonner la géographie et l'histoire des prochaines décennies.
La nouvelle est en effet sortie il y a quelques semaines, mais sans qu'on en prenne vraiment toute la mesure: grâce au gaz et au schiste, les Etats-Unis redeviendront le premier producteur mondial de pétrole et retrouveront leur indépendance énergétique dès 2020, c'est à dire demain. Quant à la Chine, elle possède aussi de grandes réserves dans ses déserts occidentaux.Alors que l'Europe, elle, devra se contenter de racler les fonds de tiroir lorrains et polonais pour récupérer quelques barils du précieux liquide.
Si tout cela est vrai, et il n'y a pas de raison d'en douter, la face du monde en sera complètement bouleversée.

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07/11/2012

Doubles standards et grandes hypocrisies

Depuis des décennies, les pays du Sud et d’Asie et de nombreuses ONG se plaignent de la manière dont l’Occident applique ses catégories morales au reste du monde et dénoncent le double standard qui prévaut en matière d’éthique globale et de relations internationales.
Le double standard consiste à appliquer les règles et le droit international de façon différenciée en fonction de ses intérêts matériels. Depuis que l’humanité est sortie de sa caverne, la morale et les intérêts n’ont jamais fait bon ménage dans les relations entre groupes humains concurrents. Mais ce qu’on reproche à l’Occident ce n’est pas d’avoir des intérêts – tout le monde en a – mais de se gargariser de ses valeurs morales et de ses principes universels incarnés dans la Déclaration des Droits de l’Homme et la pratique de la démocratie, pour mieux masquer la politique d’intérêts qui est la sienne.
Les exemples de double standard pullulent, le plus actuel étant sans doute celui de la Syrie et de l’Arabie saoudite. On ne cesse – avec raison évidemment ! – de flétrir, blâmer, anathématiser le régime de Bachar el-Assad au nom des grands principes universels des droits de l’Homme et de la démocratie. Editorialistes et politiciens ne trouvent pas de mots assez durs pour vitupérer l’infâme. Fort bien. Mais pourquoi alors ne pas piper mot et se prosterner benoitement devant le régime saoudien qui fait moins bien en matière de droits de la femme, et se taire devant celui de Bahrein qui torture et assassine ses opposants depuis quinze mois dans un silence médiatique et politique assourdissant ? On connaît la réponse : ils sont dans le bon camp puisqu’ils nous vendent leur pétrole. Et pourtant d’un côté, on n’a qu’une dictature, de nature politique, tandis que de l’autre on a une double tyrannie, à la fois politique et religieuse !

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02/08/2012

Les tabous et non-dits du drame syrien

Voilà déjà quinze mois que la Syrie est à feu et à sang. L’hécatombe n’est pas prête de s’arrêter. Au contraire, le conflit redouble d’intensité. Sur le terrain, les rebelles se sentent pousser des ailes grâce aux financements et aux armes livrées par l’Arabie saoudite et le Qatar via la Turquie, avec le soutien des Occidentaux, et font désormais jeu égal avec l’armée régulière de Bachar El-Assad, laquelle profite des tanks, canons et missiles de son allié russe. Et sur le front diplomatique, la mission de Kofi Annan bute contre l’obstination des Occidentaux à exiger le départ du président syrien comme préalable, et le refus tout aussi opiniâtre des Russes et des Chinois d’abandonner une partie qu’ils estiment pipée.
Dans un tel climat, le conflit, avec son cortège de massacres quotidiens, est parti pour durer longtemps, sur le modèle afghan. Le scénario libyen - une victoire rapide des rebelles – ne se répètera pas. Si l’on veut vraiment rétablir une paix durable et instaurer une démocratie digne de ce nom en Syrie, il convient de respecter davantage les faits et les forces en présence.
Premièrement, le régime baasiste du président Assad n’est pas aussi impopulaire qu’on veut bien le dire. Les laïcs, les femmes, les minorités religieuses, certains clans sunnites ne le trouvent pas aussi pendable que le voudraient les chancelleries et les medias occidentaux. La réalité est légèrement plus complexe que le cliché du gentil rebelle contre le méchant Assad. On n’est pas dans la Libye de Khadafi.
Il convient ensuite de voir qui sont les rebelles, qui les arme et dans quel but. Le renversement d’une dictature justifie-t-il qu’on soutienne n’importe qui n’importe comment, au risque de créer une poudrière salafiste ou de pérenniser une guerre civile au milieu du Moyen-Orient ? Une fois Assad parti, qui pourra empêcher les extrémistes islamistes de triompher et de liquider leurs adversaires laïcs?

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22/06/2012

Que faire ? Notre travail a-t-il un sens ?

Francfort a beau être la Mecque de la finance allemande, on s’y pose toujours de bonnes questions. A deux pas du célèbre Institut de recherche sociale d’Horkheimer, Adorno et Habermas, et au milieu des rues occupées par 30 000 manifestants de Blackoccupy et d’autant de policiers, le Musée d’histoire naturelle (!) Senckenberg présentait une exposition sur le « sens du travail humain ».
Entre des photos de paresseux semblant faire une sieste permanente sur leurs arbres et des abeilles bourdonnantes s’agitant sans relâche dans leurs ruches, on pouvait voir toutes les facettes de ce que l’on a imprudemment appelé la civilisation des loisirs, et qui est en fait une civilisation dans laquelle le non-travail, le repos, les vacances, sont devenus des activités si débordantes qu’elles font passer les fourmis ouvrières pour des tire-au-flanc.
C’est que le travail ne sert pas qu’à gagner notre vie mais à lui donner de la valeur, à la réaliser et à obtenir de la reconnaissance. Et c’est cette dimension symbolique, qui nous libère et nous enchaîne à la fois, qui rend le travail si indispensable.
Mais peu importe. S’interrogeant sur l’avenir du travail et son évolution dans nos sociétés hyperactives, riches et vieillissantes, les organisateurs ont envisagé sept scénarios possibles, avec leurs avantages et leurs inconvénients. 1/Une taxe générale sur la consommation selon le degré de nécessité des biens et services produits. Ce qui reviendrait à prohiber les produits de luxe et rappelle fort les lois somptuaires édictées du temps de Calvin, qui interdisaient le port de la soie, des couleurs et des bijoux. Inconvénient : le fonctionnement de l’économie de marché serait gravement compromis et il n’est pas sûr que les horlogers et les commerçants des Rues Basses bondissent de joie…



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05/06/2012

Contre le fétichisme des diplômes

La Suisse n’a pas de pétrole ni de matières premières et ne peut compter que sur ses cerveaux pour assurer sa prospérité, on ne saurait trop le répéter. Tous les efforts pour développer la formation, la recherche, l’innovation, doivent donc être encouragés. La mise en place des hautes écoles spécialisées, la convergence avec les universités et l’établissement de passerelles entre l’apprentissage et la possibilité d’une formation académique sont à saluer. Le système d’éducation suisse, qui accorde une large part à l’apprentissage en entreprise aux côtés du cursus plus abstrait de la formation universitaire, est d’ailleurs l’une des grandes forces de notre pays.
Ceci étant établi, la construction de ce bel édifice entraîne des dégâts collatéraux qui pourraient s’avérer fort dommageables si rien n’est entrepris pour les corriger. Ce dommage, c’est la fétichisation des diplômes, la sacralisation du parcours académique par rapport à la filière professionnelle, la croyance que la formation théorique l’emporte sur la pratique du métier. Or aucun diplôme, aussi prestigieux soit-il, n’a rendu quelqu’un meilleur ou plus intelligent. Les imbéciles diplômés sont statistiquement aussi nombreux dans leur catégorie que les imbéciles non-diplômés dans la leur.


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27/03/2012

Tout savoir sur presque rien

Commençons par la bonne nouvelle. Pour la première fois depuis des années, les chiffres de la REMP sur le lectorat des journaux ne sont pas systématiquement négatifs. L’érosion lente et continue de la presse écrite depuis vingt ans semble atteindre un plancher. Certains titres souffrent toujours, notamment chez les magazines, mais d’autres remontent la pente et c’est nouveau. Les transferts massifs vers les médias électroniques pourraient après tout arriver à terme et un nouvel équilibre pourrait s’instaurer. Reste encore à atteindre le même état pour la publicité et la situation des médias pourrait se stabiliser quelque peu.
C’est un soulagement pour l’ensemble de la corporation des journalistes et pour les lecteurs qui sentaient le sol se dérober sous leurs pieds sans la moindre branche à laquelle s’agripper. Les choses semblent donc s’améliorer sur le plan quantitatif et il ne faut pas bouder notre plaisir.
Sur le plan qualitatif en revanche, le pire est encore à l’ordre du jour et je crains qu’il n’y ait, dans ce domaine, aucun fond à partir duquel rebondir. Je relisais l’autre jour dans le Monde les beaux textes de Camus sur la presse et la liberté de la presse : « Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. » écrivait-il en 1951. Soixante-et-un ans après, comment lui donner tort ?

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13/03/2012

C’est la faute aux Français !

Depuis l’Escalade au moins, il est de bon ton d’accuser les Français de tous les maux genevois. Mais depuis quelques temps, le niveau d’aigreur des Genevois (de certains, pas de tous, heureusement !) a pris l’ascenseur. Les Français donc ne voudraient pas payer leur part du CEVA, ils ne voudraient pas construire de parkings P+R pour éviter d’envahir Genève avec leurs voitures, ils sont incapables de s’entendre entre eux, leur mille-feuille institutionnel est totalement inadapté à notre belle organisation fédérale, ils ne respectent pas les règles de la circulation et se comportent mal sur nos routes, ils exportent leur criminels et leur racaille dans les Rues Basses et bientôt dans la gare de Champel… Bref, j’en passe et des meilleures.
Les Français, je n’en disconviens pas, ne sont pas des saints et sont incontestablement bourrés de défauts. Tandis que les Genevois, eux, c’est bien connu, n’ont que des qualités et leur canton est la Huitième Merveille du monde. Toutefois, sous l’influence de 35 années d’un calvinisme pesant qui a fini par dompter ce qui me restait de mon éducation catholique, je me hasarde à tenter d’appliquer la recommandation biblique qui consiste à examiner si la paille qui est dans l’œil des Français ne cacherait pas la poutre qui est dans celui des Genevois.
Car est-ce vraiment la faute des Français si Genève est incapable de construire des logements en nombre suffisant pour ses travailleurs ?

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20/02/2012

Les Russes veulent juste gagner les élections !

Paradoxe : les prochaines élections présidentielles pourraient être les premières gagnées par les Russes eux-mêmes ! Jusqu’ici en effet, les élections n’ont pratiquement jamais amélioré le sort des Russes. Sous le régime tsariste, elles n’existaient pas. Durant l’ère soviétique, elles furent confisquées par les communistes et la nomenklatura. A l’époque Yeltsine, elles ont servi de paravent à une oligarchie qui a pillé le pays. Sous Poutine I et II et sous Medvedev, elles ont permis à la Russie de rétablir l’ordre et la stabilité mais sans réellement profiter aux citoyens en tant que tels.
Or, pour la première fois de leur histoire, les Russes pourraient être les premiers gagnants, les principaux bénéficiaires des élections. Les événements de ces derniers mois sont en effet extraordinaires à plus d’un titre.
Les dernières élections législatives et leur issue trop prévisible ont tout d’abord provoqué une mobilisation sans précédent de la société civile, qui a montré que, sous le couvert d’une apathie apparente, la société russe bougeait. Depuis les années 2000, cette société s’est en effet transformée, dans les villes notamment. Les gens sont plus riches, mieux éduqués et plus exigeants. A côté des oligarques et de la classe dirigeante, une classe moyenne est apparue, formée d’entrepreneurs, de professions libérales, de cadres et d’indépendants qui veulent participer à la vie politique et aux affaires de l’Etat. Les différents courants qui travaillent la société russe exigent une ouverture du jeu démocratique.


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06/02/2012

Non au terrorisme du courriel

On parle beaucoup et on se mobilise à grands renforts de milliards contre le cyber-terrorisme, l’islamo-terrorisme, le narco-terrorisme ou que sais-je encore. Mais que fait-on contre le terrorisme qui nous veut du bien, le terrorisme du courriel censé mettre les choses au point et qui met le feu aux poudres ? Ne coûte-t-il pas bien plus cher en stress, en surmenage et en absentéisme que les attaques de pirates et d’Anonymous contre des sites militaires ou d’entreprises ?
Dimanche dernier, je m’apprêtai à entamer une promenade bien méritée lorsque bing ! un courriel furieux et comminatoire d’un correspondant qui avait sans doute mal digéré son repas dominical me somma de répondre toutes affaires cessantes à ses questions tourmentées. Et voilà un dimanche gâché.
Rien de plus banal, direz-vous. Ce genre d’incidents arrive par millions sur la toile et se produit 4,5, 10 fois dans une journée de travail. Mais doit-on accepter de se laisser pourrir la vie par l’aigreur de ses chefs, de ses collègues, de ses relations sans réagir ? Le courriel, qui a une capacité illimitée de se transformer en pourriel même avec les meilleures intentions du monde, inquiète sérieusement les administrations et les entreprises qui commencent à édicter des règlements pour protéger leurs employés en dehors de leur temps de travail.
Et la question se pose : faut-il réglementer l’usage du courriel et délivrer, comme pour la pêche et la conduite automobile, des permis d’emailer ? C’est en tout cas ce que suggère Fernando Lagrana, haut-fonctionnaire de l’UIT et enseignant à l’Université Webster de Genève, dans la thèse qu’il vient de publier à Grenoble.


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31/10/2011

Les indignés, l’humour en plus

Depuis des mois, de la Place Tahrir à la Puerta del Sol, de Tunis à Wall Street, les indignés occupent la rue et, avec un bonheur inégal suivant les commentateurs, les téléjournaux. Car je ne fais pas de grande différence entre un jeune vendeur de légumes tunisien qui s’insurge contre la bureaucratie policière de son pays qui veut lui interdire de tenir son échoppe, et les révoltés espagnols qui s’insurgent contre un système financier rapace qui leur a volé leurs économies avec la complicité de leur gouvernement élu.
Partout c’est le même cri de ras-le-bol, la même exigence de partage du travail, du pouvoir et des biens contre ceux qui les monopolisent, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan économique. Les indignés sont donc des gens sérieux, qui s’occupent de choses sérieuses, et qu’il faut donc prendre au sérieux. Au dernier festival de philosophie qui s’est tenu à Genève en septembre dernier, et qui portait sur le thème de la résistance et de la révolte, plusieurs d’entre eux avaient été invités et sont venus témoigner du pourquoi et du comment de leur engagement.
Ce qui frappe d’abord, c’est leur calme, leur méthode, leur organisation. Certes, il y a bien eu quelques dérapages, comme durant les émeutes de l’été dernier à Londres. Mais d’une façon générale, on a plutôt l’impression que l’agitation, la nervosité, l’hystérie sont dans le camp d’en face, celui de la police et des notables installés, qui ne comprennent pas ce qui leur arrive.

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11/10/2011

Des primaires pour redonner des couleurs à la politique

La semaine dernière, sous l'influence des primaires socialistes françaises, l'idée d'organiser des primaires en Suisse a brusquement été reprise par certains candidats socialistes au conseil national et dans certains médias. voici l'article publié il y a trois semaines dans le Courrier à ce sujet.

On le sait depuis trente ans : les églises, les partis, les syndicats et toutes les institutions qui façonnaient la société et structuraient le vivre ensemble, ne cessent de perdre en légitimité et en représentativité. On le sait, mais on ne fait rien pour contrer cette érosion et chercher des idées nouvelles pour redonner à la politique le bien-fondé qui lui fait désormais défaut.
Ce vide institutionnel a pour effet de stimuler le populisme, que l’on peut voir comme une tentative désespérée de renouer avec le peuple le contact qui était auparavant assuré par ces institutions. Quand il n’y a plus d’intermédiaires entre le peuple et le pouvoir, on cherche la relation directe, immédiate, brute, avec tout ce que l’absence de médiation suppose d’excès et de dérives incontrôlées. Dans cet exercice, certains partis réussissent mieux que d’autres parce qu’ils ne sont pas emprisonnés par une histoire, des structures, une origine sociale ou une éthique qu’ils se sentent obligés de respecter.
Ce poids est particulièrement lourd pour les partis gouvernementaux du centre, PLR, PDC, et pour les socialistes dans une large mesure. Comment faire pour retrouver une représentativité, une légitimité, et donc une relation plus étroite avec leur base populaire ?

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28/07/2011

Suisses et Russes tout sourire

Mercredi 14 juillet dernier, Moscou a vécu davantage à l’heure suisse que française : le président russe Dmitri Medvedev était en effet accompagné par rien moins que Micheline Calmy Rey, Johann Schneider-Ammann et une délégation d’une trentaine de représentants de l’économie suisse conduite par Gerold Bührer pour inaugurer à Kolumna, à 80 kilomètres de Moscou, la cimenterie flambant neuve de Holcim (500 millions d’investissements).
Cette cérémonie a mis un point d’orgue à la visite de trois jours du ministre de l’économie, jalonnée de rendez-vous ministériels (cinq !) et la signature d’une déclaration sur la modernisation économique et des échanges bilatéraux, de rencontres avec les milieux d’affaires russes, d’un forum sur le projet hi-tech russe de Skolkovo et d’un séminaire sur les transports ferroviaires venant couronner le contrat de 450 millions de francs conclu par Stadler Rail.
Dans un tel climat, les Suisses auraient donc eu tort de bouder leur plaisir. Ils étaient d’ailleurs assez réjouis. Tout comme les Russes d’ailleurs, qui se félicitent eux aussi des bonnes relations avec la Suisse. Il faut dire que les besoins et les attentes sont grands, de part et d'autre.

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20/06/2011

L'info, cette vague dévastratrice

Nous sommes mi-juin, il s’est à peine passé cinq mois depuis le début de l’année et nous avons déjà vécu au moins trois raz de marée médiatiques : les révolutions arabes, qui ont secoué le monde en janvier et février - tiens ! Où en en sont-elles aujourd’hui ? Elles ont quasiment disparu des écrans radars - la tragédie de Fukushima, ses réacteurs nucléaires qui partent en vrille et sa radioactivité tchernobylienne – là aussi, plus de nouvelles à part un petit reportage ici et là sur des vallées reculées qui font grésiller les compteurs Geiger – et enfin DSK !
Trois événements différents, mais trois événements qui ont chacun atteint le degré 7 sur l’échelle de Richter du sismographe médiatique. D’ailleurs, à chaque fois, le scénario est le même : un grondement sourd durant les premières heures ou les premiers jours, un court avertissement par Iphone et sur les radios d’info continue, puis la rumeur monte, enfle, gagne les téléjournaux, la presse quotidienne, puis les magazines au point de submerger tout l’horizon informationnel comme la vague géante de Fukushima, balayant tout sur son passage, voitures, bateaux, maisons, misérables humains qui s’agrippent à un poteau électrique vite renversé. Puis, pendant des jours, mais jamais plus de deux semaines, on ne parle plus que de «l’affaire » en cours. Plus une radio, une TV, un journal qui ne sacrifient à la liturgie bien rôdée de la super-catastrophe-aubaine-médiatique-de-premier-ordre : les grands prêtres du culte sont convoqués, des diacres plus ou moins savants avancent leurs thèses contradictoires, tandis qu’une foule de personnages de seconde zone se pousse du coude pour étaler son ignorance. Seuls ceux qui savent se taisent. L’opinion publique, le café du commerce, et ces nouvelles concierges de la sphère internet que sont les bloggeurs s’emparent du sujet et font gonfler les rumeurs. Kadhafi tombera demain matin, c’est sûr ; le troisième réacteur va exploser et l’eau de refroidissement radioactive va s’écouler dans la mer et tuer tous les poissons ; DSK a confondu la femme de chambre avec un escort girl payée par la CIA.

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L’info, comme une vague dévastatrice

Nous sommes mi-juin, il s’est à peine passé cinq mois depuis le début de l’année et nous avons déjà vécu au moins trois raz de marée médiatiques : les révolutions arabes, qui ont secoué le monde en janvier et février - tiens ! Où en en sont-elles aujourd’hui ? Elles ont quasiment disparu des écrans radars - la tragédie de Fukushima, ses réacteurs nucléaires qui partent en vrille et sa radioactivité tchernobylienne – là aussi, plus de nouvelles à part un petit reportage ici et là sur des vallées reculées qui font grésiller les compteurs Geiger – et enfin DSK !
Trois événements différents, mais trois événements qui ont chacun atteint le degré 7 sur l’échelle de Richter du sismographe médiatique. D’ailleurs, à chaque fois, le scénario est le même : un grondement sourd durant les premières heures ou les premiers jours, un court avertissement par Iphone et sur les radios d’info continue, puis la rumeur monte, enfle, gagne les téléjournaux, la presse quotidienne, puis les magazines au point de submerger tout l’horizon informationnel comme la vague géante de Fukushima, balayant tout sur son passage, voitures, bateaux, maisons, misérables humains qui s’agrippent à un poteau électrique vite renversé. Puis, pendant des jours, mais jamais plus de deux semaines, on ne parle plus que de «l’affaire » en cours. Plus une radio, une TV, un journal qui ne sacrifient à la liturgie bien rôdée de la super-catastrophe-aubaine-médiatique-de-premier-ordre : les grands prêtres du culte sont convoqués, des diacres plus ou moins savants avancent leurs thèses contradictoires, tandis qu’une foule de personnages de seconde zone se pousse du coude pour étaler son ignorance. Seuls ceux qui savent se taisent. L’opinion publique, le café du commerce, et ces nouvelles concierges de la sphère internet que sont les bloggeurs s’emparent du sujet et font gonfler les rumeurs. Kadhafi tombera demain matin, c’est sûr ; le troisième réacteur va exploser et l’eau de refroidissement radioactive va s’écouler dans la mer et tuer tous les poissons ; DSK a confondu la femme de chambre avec un escort girl payée par la CIA.

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09/06/2011

Les partis et les idées malades de la démocratie

Dans l’une de ses chroniques récentes, mon excellent collègue Pascal Holenweg appelait la gauche à sauver l’Entente genevoise, au nom de la démocratie et de l’indispensable débat politique. Je l’en remercie et accepte volontiers son offre. L’Entente est en effet souffrante et aucune aide n’est à négliger, même quand elle vient de l’adversaire. Une petite question toutefois : une Entente boiteuse peut-elle être secourue par une Alternative paralytique ?
Je m’explique.
Après douze ans d’engagement politique plutôt intense à tous les niveaux, je constate avec inquiétude le déclin des partis - de tous les partis traditionnels, qu’ils soient de droite ou de gauche - tant sur le plan des idées, des programmes que de leurs structures internes. La Guerre froide avait au moins ceci de bon qu’elle obligeait les partis à développer des idées, des programmes, des idéologies, au sens noble et moins noble de ce mot, ainsi que de fortes capacités de mobilisation, confrontés qu’ils étaient au contre-modèle communiste. A cette époque, le libéralisme par exemple possédait encore une authentique armature intellectuelle et n’était pas qu’une posture pratique pour couvrir un laisser-faire débridé. Vingt ans après la disparition de l’Union soviétique et la conversion de la Chine au capitalisme d’Etat, le débat idéologique a pratiquement disparu. Le terme même d’idéologie est devenu pire que suspect : il fait carrément ringard. A partir de là, le débat d’idées, qui est censé le remplacer, est vite tombé dans la médiocrité et les querelles insignifiantes de territoires et de chapelles. Et sans idées, les programmes ont rapidement tourné au catalogue de mesures pragmatiques fluctuant selon les aléas du moment et les caprices de l’opinion.
Exit donc l’idéologie et les idées.

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18/04/2011

L’info a aussi besoin d’être bien racontée





Voici bientôt trente ans que je n’ai pas eu l’occasion d’écrire dans le Courrier. Mes dernières interventions remontent au printemps 1983, lorsque ce journal avait accepté de publier mes reportages au fil de l’Amazone, du Pérou au Brésil. Cet intérêt pour les régions oubliées est d’ailleurs toujours resté très vif dans ces colonnes. Récemment encore, j’ai pu lire un reportage sur les orpailleurs de l’Amazonie bolivienne, qui m’ont rappelé mes pérégrinations de jeune journaliste. En trente ans, les problèmes restent les mêmes, les inégalités, les arnaques, la misère des nouveaux arrivants n’ont pas changé. Sauf qu’il y a quelques millions d’arbres en moins dans la forêt.
Mais ce n’est pas de cela que je voudrais vous parler aujourd’hui.
En trente ans, et bien que je continue à exercer ce métier tous les jours, même si c’est du côté des apparatchiks, j’avoue être devenu médiasceptique. Pas tellement parce que les crises successives du journalisme et la décadence des éditeurs ont transformé les médias mais surtout parce que l’art de raconter et le plaisir de lire des textes frais, neufs, qui respirent et qui créent une sympathie communicative avec celles et ceux qu’ils décrivent se font très rares. Partout déferle une information lisse, formatée, aseptisée, abstraite, descriptive, impersonnelle qui cherche à conquérir le temps disponible de votre cerveau mais qui ne vous prend jamais aux tripes. Les sujets et les angles varient mais pas le ton, désespérément monocorde.




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09:03 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2)