20/06/2011

L’info, comme une vague dévastatrice

Nous sommes mi-juin, il s’est à peine passé cinq mois depuis le début de l’année et nous avons déjà vécu au moins trois raz de marée médiatiques : les révolutions arabes, qui ont secoué le monde en janvier et février - tiens ! Où en en sont-elles aujourd’hui ? Elles ont quasiment disparu des écrans radars - la tragédie de Fukushima, ses réacteurs nucléaires qui partent en vrille et sa radioactivité tchernobylienne – là aussi, plus de nouvelles à part un petit reportage ici et là sur des vallées reculées qui font grésiller les compteurs Geiger – et enfin DSK !
Trois événements différents, mais trois événements qui ont chacun atteint le degré 7 sur l’échelle de Richter du sismographe médiatique. D’ailleurs, à chaque fois, le scénario est le même : un grondement sourd durant les premières heures ou les premiers jours, un court avertissement par Iphone et sur les radios d’info continue, puis la rumeur monte, enfle, gagne les téléjournaux, la presse quotidienne, puis les magazines au point de submerger tout l’horizon informationnel comme la vague géante de Fukushima, balayant tout sur son passage, voitures, bateaux, maisons, misérables humains qui s’agrippent à un poteau électrique vite renversé. Puis, pendant des jours, mais jamais plus de deux semaines, on ne parle plus que de «l’affaire » en cours. Plus une radio, une TV, un journal qui ne sacrifient à la liturgie bien rôdée de la super-catastrophe-aubaine-médiatique-de-premier-ordre : les grands prêtres du culte sont convoqués, des diacres plus ou moins savants avancent leurs thèses contradictoires, tandis qu’une foule de personnages de seconde zone se pousse du coude pour étaler son ignorance. Seuls ceux qui savent se taisent. L’opinion publique, le café du commerce, et ces nouvelles concierges de la sphère internet que sont les bloggeurs s’emparent du sujet et font gonfler les rumeurs. Kadhafi tombera demain matin, c’est sûr ; le troisième réacteur va exploser et l’eau de refroidissement radioactive va s’écouler dans la mer et tuer tous les poissons ; DSK a confondu la femme de chambre avec un escort girl payée par la CIA.

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09/06/2011

Les partis et les idées malades de la démocratie

Dans l’une de ses chroniques récentes, mon excellent collègue Pascal Holenweg appelait la gauche à sauver l’Entente genevoise, au nom de la démocratie et de l’indispensable débat politique. Je l’en remercie et accepte volontiers son offre. L’Entente est en effet souffrante et aucune aide n’est à négliger, même quand elle vient de l’adversaire. Une petite question toutefois : une Entente boiteuse peut-elle être secourue par une Alternative paralytique ?
Je m’explique.
Après douze ans d’engagement politique plutôt intense à tous les niveaux, je constate avec inquiétude le déclin des partis - de tous les partis traditionnels, qu’ils soient de droite ou de gauche - tant sur le plan des idées, des programmes que de leurs structures internes. La Guerre froide avait au moins ceci de bon qu’elle obligeait les partis à développer des idées, des programmes, des idéologies, au sens noble et moins noble de ce mot, ainsi que de fortes capacités de mobilisation, confrontés qu’ils étaient au contre-modèle communiste. A cette époque, le libéralisme par exemple possédait encore une authentique armature intellectuelle et n’était pas qu’une posture pratique pour couvrir un laisser-faire débridé. Vingt ans après la disparition de l’Union soviétique et la conversion de la Chine au capitalisme d’Etat, le débat idéologique a pratiquement disparu. Le terme même d’idéologie est devenu pire que suspect : il fait carrément ringard. A partir de là, le débat d’idées, qui est censé le remplacer, est vite tombé dans la médiocrité et les querelles insignifiantes de territoires et de chapelles. Et sans idées, les programmes ont rapidement tourné au catalogue de mesures pragmatiques fluctuant selon les aléas du moment et les caprices de l’opinion.
Exit donc l’idéologie et les idées.

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18/04/2011

L’info a aussi besoin d’être bien racontée





Voici bientôt trente ans que je n’ai pas eu l’occasion d’écrire dans le Courrier. Mes dernières interventions remontent au printemps 1983, lorsque ce journal avait accepté de publier mes reportages au fil de l’Amazone, du Pérou au Brésil. Cet intérêt pour les régions oubliées est d’ailleurs toujours resté très vif dans ces colonnes. Récemment encore, j’ai pu lire un reportage sur les orpailleurs de l’Amazonie bolivienne, qui m’ont rappelé mes pérégrinations de jeune journaliste. En trente ans, les problèmes restent les mêmes, les inégalités, les arnaques, la misère des nouveaux arrivants n’ont pas changé. Sauf qu’il y a quelques millions d’arbres en moins dans la forêt.
Mais ce n’est pas de cela que je voudrais vous parler aujourd’hui.
En trente ans, et bien que je continue à exercer ce métier tous les jours, même si c’est du côté des apparatchiks, j’avoue être devenu médiasceptique. Pas tellement parce que les crises successives du journalisme et la décadence des éditeurs ont transformé les médias mais surtout parce que l’art de raconter et le plaisir de lire des textes frais, neufs, qui respirent et qui créent une sympathie communicative avec celles et ceux qu’ils décrivent se font très rares. Partout déferle une information lisse, formatée, aseptisée, abstraite, descriptive, impersonnelle qui cherche à conquérir le temps disponible de votre cerveau mais qui ne vous prend jamais aux tripes. Les sujets et les angles varient mais pas le ton, désespérément monocorde.




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17/03/2011

Un monde toujours plus atomisé

Pendant cinquante ans, on avait connu un monde bipolaire, lequel prit brutalement fin en 1991 avec l’éclatement de l’Union soviétique. Puis il y eut une brève décennie d’hégémonie américaine, avant qu’à l’aube du XXIe siècle, on n’en arrive à un monde dit multipolaire avec l’émergence des nouvelles puissances du Sud, Chine, Inde, Brésil.
Le printemps arabe, qui a réveillé des peuples rendus longtemps muets par la camisole de force de dictatures impitoyables à l’intérieur de leurs frontières mais infiniment perméables aux intérêts de l’Occident à l’extérieur, vient compliquer la donne. Si elles réussissent, et elles réussiront un jour ou l’autre même si ce n’est pas tout de suite, ces révolutions vont en effet réinstaller un nouveau pôle dans un monde décidément beaucoup plus complexe qu’on l’avait pensé.

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18/02/2011

La leçon de fraîcheur arabe

Il y a de la révolution de 1848 dans l’air en ce moment dans les rues du monde arabe. Rappelez-vous le printemps des peuples qui avait vu la majeure partie des nations d’Europe se soulever contre leurs vieux monarques en 1848. Suisse mise à part, ces révoltes avaient vite tourné court. Mais elles avaient lancé un mouvement qui devait aboutir à la démocratisation de la vie publique, à la reconnaissance des syndicats et à un partage plus équitable des richesses produites.
Impossible de dire sur quoi va déboucher la revendication de la rue arabe. Mais, outre les acquis sur le terrain – le départ de despotes prévaricateurs, la négociation avec les partis d’opposition et la prise en compte des revendications sociales – ces révolutions de jasmin et de papyrus auront déjà réussi ce qui était impensable il y a deux mois, à savoir le sabordement des préjugés anti-arabes et anti-islamiques qui prévalaient un peu partout en Europe et aux Etats-Unis.

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24/01/2011

Vers un nouveau Mai 68 ?

Les récents événements de Tunisie et du Maghreb sont passionnants à plus d’un titre. Parmi les commentaires suscités par les émeutes des jeunes maghrébins, la remarque du fondateur du World Economic Forum porte à réflexion. Parlant des manifestations de colère des étudiants britanniques suivant la décision du gouvernement d’augmenter les taxes universitaires, Klaus Schwab y voyait le possible signe d’une nouvelle révolte générale des jeunes, comme en mai 68.

Il existe en effet de sérieuses raisons de penser que le malaise croissant des jeunes pourrait déboucher sur une explosion générale. Pour une cause simple: avec le prolongement de lâge de la retraite et donc de l’emploi des seniors, avec le sentiment croissant que les bons postes, les rémunérations confortables et les pensions généreuses sont confisqués par les générations plus anciennes, et avec « l’académisation » croissante des formations exigées pour les jeunes en recherche d’emploi, qui exclut une partie d’entre eux du monde professionnel, la frustration de la jeunesse ne peut qu’augmenter. Je ne pense pas, en revanche, que cette situation puisse exploser en premier lieu dans les pays riches, Japon, Europe et Etats-Unis, pour des motifs à la fois démographiques (absence de baby boom) et sociaux (le soutien familial et l’accès à l’emploi rendent le système acceptable pour le moment).

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10/01/2011

La Suisse, ce drôle de pays

Comment franchir le Röstigraben sans tomber dedans ? Comment aimer Zurich quand on vient de la Chaux-de-Fonds ? Comment épouser une Bernoise quand on est né à Lausanne ? Faut-il boire le café fertig avec du kirsch ou de la damassine ? Quelle est la différence entre la youtse et le yodel ? Le Conseil fédéral est-il vraiment formé de Sept Sages ? Le secret bancaire est-il encore secret ? Voilà les importantes questions auxquelles il convient de répondre en ce début d'année 2011.

Pour bien commencer l'année, vous trouverez donc ci-dessous quelques bonnes feuilles d'un petit opus commis avec la complicité de Christophe Büchi, le correspondant de la NZZ en Suisse romande (Dictionnaire impertinent de la Suisse, Editions Slatkine). Elles donnent un petit aperçu des 500 mots et idées reçues qui font de la Suisse ce pays qu'on adore malgré tous ses - petits ! - défauts. L'ensemble donne une vision décomplexée, décrispée de la Suisse, qui fera sourire les uns et rire jaune les autres...

Allemand (langue)

Selon la Constitution fédérale, une des quatre langues nationales suisses. Dommage que les Romands ne la parlent pas. La plupart des Suisses allemands, non plus d'ailleurs. (Voir Dialectes, Hochdeutsch et Schwyzertütsch).




 

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La Suisse, ce drôle de pays

Comment franchir le Röstigraben sans tomber dedans ? Comment aimer Zurich quand on vient de la Chaux-de-Fonds ? Comment épouser une Bernoise quand on est né à Lausanne ? Faut-il boire le café fertig avec du kirsch ou de la damassine ? Quelle est la différence entre la youtse et le yodel ? Le Conseil fédéral est-il vraiment formé de Sept Sages ? Le secret bancaire est-il encore secret ? Voilà les importantes questions auxquelles il convient de répondre en ce début d’année 2011.

Pour bien commencer l'année, vous trouverez donc ci-dessous quelques bonnes feuilles d’un petit opus commis avec la complicité de Christophe Büchi, le correspondant de la NZZ en Suisse romande (Dictionnaire impertinent de la Suisse, Editions Slatkine). Elles donnent un petit aperçu des 500 mots et idées reçues qui font de la Suisse ce pays qu’on adore malgré tous ses - petits ! - défauts. L’ensemble donne une vision décomplexée, décrispée de la Suisse, qui fera sourire les uns et rire jaune les autres…

 

Allemand (langue)

Selon la Constitution fédérale, une des quatre langues nationales suisses. Dommage que les Romands ne la parlent pas. La plupart des Suisses allemands, non plus d’ailleurs. (Voir Dialectes, Hochdeutsch et Schwyzertütsch).

 

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01/12/2010

Bonnes nouvelles du Golfe

 

Il ya dix jours, une invitation officielle des Emirats m’a amené à visiter quelques pays du Golfe pour participer au lancement de la plate-forme d’amitié suisse-émiratie à Abu Dhabi et conduire une délégation économique romande dans la région. Cela tombait bien, presque toute la Suisse s’y était donné rendez-vous : la Banque Clariden Leu pour inaugurer sa nouvelle antenne à Abu Dhabi, Micheline Calmy Rey pour une réunion informelle de ministres des affaires étrangères sur la question du Proche-Orient, Pascal Couchepin pour inaugurer la plate-forme, Patrick Odier pour une journée bancaire et Ueli Maurer quelques jours plus tard pour y parler contrats avec son homologue emirati. Doris Leuthard y avait passé cet été.

Il n’y a rien à reprocher à ces voyages : il faut aller dans le Golfe ! D’abord c’est là que se trouve l’argent. Encore faut-il savoir où il est. Et contrairement aux idées reçues, il n’est pas à Dubaï, qui est en quasi-faillite, ni à Fujeirah, ni à Sharjah ou Ras-al-Kaimah, mais à Abu Dhabi. C’est Abu Dhabi qui paie, et qui, désormais commande. Exemple la tour la plus haute du monde à Dubaï, qui, de Burj Dubai, s’est appelée Burj Khalifa en l’honneur de la famille régnante d’Abu Dhabi qui l’a sauvée de la faillite pour éviter le déshonneur. Avis aux amateurs, il faut frapper à la bonne porte.

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12/10/2010

La contrôlite aiguë, nouvelle plaie

S’il y a une maladie qui, depuis quelques années, frappe les entreprises, les services publics, les associations et tout ce qui bouge en Suisse, ce n’est ni le SRAS, ni la vache folle, ni le virus H1N1, mais bien une épidémie ravageuse et ruineuse de contrôlite particulièrement aiguë.

A l’Etat de Genève, il n’y a pas moins de cinq organismes chargés de contrôler les dépenses et la bonne tenue des services publics : le contrôle parlementaire usuel,  l’inspection cantonale des finances, la commission de contrôle de gestion, la Cour des comptes et la Commission d’évaluation des politiques publiques. Et cela sans parler des contrôles internes aux départements et aux entités publiques, ni des réviseurs externes. On connaît tous ces doyens de cycles d’orientation chargés de surveiller la consommation de timbres de l’établissement. Dans les entreprises et les associations, les dégâts ne sont pas moindres : les nouvelles normes comptables et les contrôles ordinaires, restreints ou dits simplifiés des entreprises ne font qu’enrichir les fiduciaires et les sociétés de révision, qui multiplient les heures de contrôle et les remarques de détail pour mieux justifier leurs factures prohibitives.

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24/05/2010

Ben Brik ou l’arroseur arrosé

Depuis dix ans, nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion d’évoquer dans nos articles, et dans ce blog, les relations tumultueuses entre les opposants et les partisans du régime tunisien. En tentant chaque fois de mettre en garde contre les faux-semblants et de faire la part des choses entre les nobles intentions et la dure réalité des faits. Cette fois-ci, la chronique devient franchement cocasse avec les derniers démêlés que l’un des plus médiatiques opposants au Président Ben Ali, je veux parler de Taoufik Ben Brik, vient d’avoir avec la justice française.

Il y a quelques années déjà, Ben Brik s’était illustré par une grève de la faim qui s’était terminée en eau de boudin, si j’ose dire, parce qu’on avait découvert qu’il dévorait des cuisses de poulet en cachette. C’est très bien de manger du poulet mais c’est un régime alimentaire peu recommandé par les grévistes de la faim.

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20/05/2010

Oui aux minarets, non à la burqa !

Après le vote du Parlement belge, les controverses françaises et la motion argovienne, le débat sur la burqa revient en force sur la scène suisse. Et il faut qu’il ait lieu car autant l’initiative contre les minarets était contestable, autant une interdiction de la burqa paraît, cette fois-ci, raisonnable.

Car c’est l’idée du progrès, de la civilisation, de l’art du vivre ensemble qui est en jeu. En s’attaquant aux minarets, on s’attaquait au principe même de la liberté de croyance et de pratique religieuse, chèrement acquis au cours des siècles, et base même de la conception moderne de la laïcité qui est l’un des fondements de nos sociétés contemporaines. Même si les minarets, comme les clochers, ne sont pas indispensables à la prière et à la foi, ils font partie intégrante de la culture religieuse musulmane et il ne viendrait à l’idée de personne de bonne foi de le contester. C’est pourquoi il fallait combattre l’initiative contre les minarets.

 

 

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20/04/2010

En attendant le président suisse…

Comme Godot, la réforme du Conseil fédéral se fait attendre sans qu’on la voie vraiment venir. Le mois dernier, Doris Leuthard a montré qu’elle avait conscience du problème et a lancé l’idée d’une présidence étalée sur deux ans et d’un Conseil fédéral flanqué de nouveaux secrétaires d’Etat. Cette proposition a immédiatement suscité les quolibets des esprits forts qui se sont gaussés publiquement des « réformettes » mais qui, dès que les micros sont fermés, se débrouillent toujours pour faire capoter toute réforme.

Il est vrai que le système suisse est pratiquement impossible à modifier à cause des droits populaires : le peuple n’accepte jamais volontiers qu’on touche à ses prérogatives et il a raison. Il se méfie même quand on fait semblant de vouloir lui en donner davantage, comme le font l’UDC et les socialistes en réclamant une élection du Conseil fédéral par le peuple. L’autre obstacle à la réforme est qu’on ne change pas une formule qui a fait ses preuves depuis des décennies, malgré ses défauts. L’équilibre des différents pouvoirs fonctionne et tirer un fil d’un côté revient à défaire tout l’écheveau.

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16/09/2008

En forte hausse: la haine de l'Occident!

C’est un paradoxe : plus les marchandises et les services produits ou inventés par l’Occident sont conquérants, plus ses valeurs - la démocratie, le libéralisme économique, l’individualisme - sont répandues, et plus la haine de l’Occident croît. Le triomphe apparent de l’occidentalisation du monde ne doit en effet pas faire illusion. Le feu couve sous la cendre et derrière les vitrines des MacDo, les enseignes de Rolex et les militants des ONG chargées de vendre la démocratie et les droits de l’homme, la résistance s’organise. Ici, ce sont des talibans qui tiennent en échec les forces de paix – d’occupation ? – de l’OTAN ; là, ce sont des anciens colonisés qui réclament des compensations pour l’esclavage ; ailleurs ce sont des mouvements indigénistes qui se révoltent contre les vieilles dominations créoles.

Il suffit de se promener sur un quai pendant les fêtes de Genève ou sur une plage de Phuket à Noël pour s’en convaincre. Ici, ce sont des flots de familles arabes avec leurs femmes voilées de noir qui déambulent et qui croisent des gens du cru, mais sans jamais se mélanger, sans se parler, ni même échanger un regard. Pas question de monter jusqu’à la Vieille Ville ou à la cathédrale (ce symbole chrétien !) ni de visiter un musée : le périmètre touristique est soigneusement délimité et ne dépasse pas les boutiques chic des Rues Basses. A Phuket, même image : des hordes de vacanciers envahissent les plages et les boîtes de nuit, mais pas question de s’enfoncer à plus de 10 kilomètres à l’intérieur des terres ou de visiter un temple bouddhiste. Le brassage des populations est à son paroxysme mais la curiosité pour l’autre, le désir d’échange, la volonté de le comprendre sont réduits à zéro.

Dans le monde d’aujourd’hui, les cultures se frôlent mais ne se frottent plus les unes aux autres.

Pour l’Occident, habitué à affirmer sa suprématie technique et militaire et la prépondérance de ses valeurs devenues universelles, le réveil pourrait être dur. D’une part parce que les anciens dominés ont appris à produire à meilleur coût et que l’avantage technologique n’est plus aussi déterminant et d’autre part parce qu’ils n’acceptent plus ses valeurs les yeux fermés. Les dominés d’hier ont appris à décoder les ruses de l’Occident. Ils savent que derrière la démocratie se cache un libéralisme économique qui profite au plus fort, que le discours des droits de l’homme joue en réalité sur les mots et que l’Occident met en avant les droits politiques individuels pour mieux escamoter les droits matériels collectifs, que l’ingérence pour sauver des peuples en danger a de forts relents de pétrole...

Pendant deux siècles, l’Occident a inspiré la crainte mais aussi une sorte de respect moral, même aux pires moments de la colonisation. Au-delà des exactions et des exploitations, il était aussi porteur d’espoir et d’émancipation. Cette époque est désormais révolue. Car l’Occident fait de moins en moins peur, fût-il bardé de porte-avions et de boucliers anti-missiles. Mais surtout, il n’a plus de valeurs crédibles et respectables à proposer au reste du monde.

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07/03/2008

Les Verts et l'UDC comme les autres!

 


Succès électoraux et relative nouveauté sur la scène politique fédérale avaient conféré une aura particulière aux Verts et à l’UDC durant ces dernières années. A gauche, les Verts avaient réussi à imposer une nouvelle thématique – l’environnement – une nouvelle génération – des quadras urbains – et un nouveau style, moins « politicien » de faire la politique. A droite, l’UDC avait instauré une pratique inédite de la tactique tantôt gouvernemental tantôt d’opposition et ouvert la voie à un marketing particulièrement agressif de ses idées, qui avait secoué la rhétorique ronronnante des partis traditionnels.

 

Tout cela est en train de voler en éclats. Et les deux partis les plus originaux de la politique suisse sont en train de perdre leurs singularités et de se normaliser à la vitesse grand V.
Voyez les Verts dont les caciques se disputent la présidence. Fini le partage du pouvoir, jetée à la poubelle l’égalité homme-femme ! En renonçant au principe d’une co-présidence entre un Romand et une Alémanique au nom de l’efficacité managériale et de la « visibilité », les Verts rejoignent la ronde banale des autres partis. La lutte implacable pour le pouvoir à laquelle on a assisté entre Ueli Leuenberger et Franziska Teuscher n’a rien à envier aux sordides empoignades qui ont déchiré radicaux ou démocrates-chrétiens jadis. Quant aux magistrats verts, ils ont désormais rejoint le troupeau des notables ordinaires qui prospèrent dans la vie publique. A Lausanne et à Genève, Robert Cramer et Daniel Brélaz cumulent les mandats fédéraux et dans les exécutifs locaux, comme n’importe quel élu radical, socialiste ou démocrate-chrétien de la grande période. Et le syndic de Lausanne doit se livrer à toutes sortes de contorsions pour expliquer qu’en fait, toutes choses égales et compte tenu des heures qu’il consacre à sa charge, il n’est pas le maire le mieux payé du pays…
Je ne jette pas la pierre, car à mes yeux les Verts ont droit au même traitement que les autres, mais avouons qu’on est loin de la frugalité originelle revendiquée par ce parti.
Quant à l’UDC, elle aussi rentre dans le rang. La gifle magistrale et parfaitement inattendue qu’elle a reçue le 12 décembre avec l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral l’a fait redescendre de son Olympe et renouer avec le destin ordinaire des partis, à savoir l’échec et l’humiliation périodiques. Et comme les autres partis après la défaite, il lui faudra apprendre à gérer les pannes de stratégies, la remise en question des chefs et les divisions internes.

En quelques mois, sans doute à cause même de leurs succès respectifs, les Verts ont perdu leur originalité et l’UDC son invincibilité. Cela serait très téméraire d’en déduire qu’ils ont déjà entamé leur déclin. Au contraire, leur potentiel de croissance reste important car ils peuvent encore tirer de l’énergie et des ressources de leur nouvelle situation en recourant à toutes les ficelles habituelles des partis traditionnels. Mais on peut simplement en conclure qu’ils ne sont plus des exceptions et qu’ils sont soumis, comme les autres, aux vicissitudes ordinaires de la vie politique.

(Texte paru dans l'Agefi du 5 mars 2008)

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19/02/2008

Le doux gazouillis des FA/18

Avez-vous déjà écouté le doux ronronnement des FA/18 le soir au fond des bois? Toutes celles et tous ceux qui l'ont fait n'ont plus de doutes et voteront oui à l'initiative de Franz Weber contre le bruit des jets militaires.

Reconnaître cette évidence, dans mon cas en tout cas, n'a rien d'un vote sanction contre l'armée ni contre l'aviation militaire en particulier. Mais c'est un fait que le FA/18 est un avion particulièrement inadapté à nos conditions géographiques, non seulement à cause du bruit (il est beaucoup plus bruyant que les précédents Tigers ou Mirages à cause de la poscombustion nécessaire à son décollage) mais aussi de la pollution qu'il engendre (sa consommation varie entre 3500 litres de kérosène à l'heure selon l'armée à 12 000 litres selon le calcul plutôt réaliste des opposants) et parce qu'il est davantage conçu pour de grands espaces (les Etats-Unis ou les océans) que pour un petit pays alpin.

Enfin, il n'est pas non plus équitable que l'armée ayant réduit ses aérodromes d'entraînement de 15 à trois, deux des places de vol subsistant se trouvent en Suisse romande (Sion et Payerne, le troisième se situant à la frontière du Valais, à Meiringen dans l'Oberland bernois). Après tout, s'il faut supporter ce bruit infernal, que ce soit au moins de façon équitable entre Romands et Alémaniques. On voit bien le calcul: en réduisant le nombre d'aérodromes et en faisant voler les avions pendant la semaine, on évite de heurter les oreilles des citadins qui ne fréquentent la campagne et la montagne que le week-end.

Pour ces raisons, le soir au coin des bois, je préfère encore le rugissement déchaîné des rouge-gorge au gazouillis des FA/18...

 

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29/01/2008

Emouvante cérémonie pour les Justes

Très émouvante cérémonie hier soir au Collège André Chavanne en hommage aux 70 Justes de Suisse. Organisée par la Cicad avec le soutien d'associations caritatives juives, avec de bons discours de Pascal Couchepin, Charles Beer et d'une dizaine d'autres intervenants dont Philippe Grumbach, le président de la Cicad, et François, Wisard, l'auteur du livre sur les Justes suisses, la soirée a aussi permis d'entendre le témoignage d'August Bohny, gardien de la maison d'enfants de la Croix-Rouge suisse de Chambon-sur-Lignon, et de l'une de ses protégées sauvée de la déportation, Mme Lippmann, venue exprès de New York.

Après la pénible affaire des fonds en déshérence et les années de lutte qu'il avait fallu consacrer durant les années 1990 à la réhabilitation des Suisses qui avaient permis de sauver des Juifs pendant la Guerre, à commencer par Paul Gruninger, cet hommage n'était que justice. Ce fut une occasion de rappeler la devise de la médaille de Yad Vashem "Qui sauve une vie sauve l'univers entier" et, pour la Suisse officielle, sa dette à l'égard de celles et ceux qui ont sauvé l'honneur du pays durant les années sombres, sans pathos ni culpabilisation.

Enfin, pour celles et ceux qui s'intéressent à ce travail de mémoire d'une façon très contemporaine, je ne peux que vivement recommander la lecture des "Disparus", le livre-enquête extraordinaire réalisé par Daniel Mendelsohn (Flammarion) pour retrouver la trace et la mémoire de son oncle et de ses cousines disparus en Galicie en 1943.

 

 

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11/01/2008

Ingrid Betancourt, notre affaire!

La libération de Clara Rojas et Consuelo Gonzalez, après trois semaines de tragi-comédie, est vraiment une bonne nouvelle. Car la situation des 3000 otages colombiens ne fait que se détériorer depuis que la guerre entre les FARC et l'armée colombienne a redoublé d'intensité. Et surtout depuis que le président Uribe, qui se sent désormais en position de force, pense pouvoir se passer de médiateurs tels Chavez.

Mais cette bonne nouvelle - et les deux libérées l'ont rappelé aussitôt - ne doit pas faire oublier le sort des milliers d'otages anonymes, quasi oubliés, et aux dizaines de milliers de familles inquiètes parce qu'elles ont perdu toute trace de l'un des leurs.

L'enjeu n'est pas tant de convaincre les FARC, qui jouent à juste titre mais un peu trop unilatéralement le rôle des méchants, que le gouvernement colombien et le président Uribe de tout mettre en oeuvre pour que les otages soient libérés. Car il ne faut pas oublier le rôle ambigu du président Uribe, dont la famille est alliée aux narcotrafiquants et aux paramilitaires d'extrême-droite qui n'ont rien à envier aux FARC en matiière d'exactions. Et qui, pour se donner belle figure, fait croire que son père aurait été tué par la guerilla alors qu'il n'a été que victime d'un règlement de comptes...

Comme la pression internationale se révèle, en l'occurrence, efficace pour soutenir les efforts de négociations en coulisses, Genève a décidé de se joindre aux comités de soutien pour la libération d'Ingrid Betancourt et des otages colombiens. D'une part, le Club suisse de la presse a lancé, lundi, un comité de soutien de journalistes suisses et internationaux. Et de l'autre, une vingtaine de députés ont déposé mardi une résolution au Grand Conseil.

Toutes celles et ceux qui désirent manifester leur soutien à cetet cause peuvent le faire en envoyant un message à secretariat@csp.ge.ch. Une pétition en ligne sera ouverte sur le site www.pressclub.ch.

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19/12/2007

Semaine faste à Berne et à Genève

La semaine du 10 décembre aura décidément été faste, tant à Berne qu'à Genève. D'abord parce qu'à Berne, on a pu pu chasser du Conseil fédéral le Père Fouettard grincheux qui y sévissait depuis quatre ans. Pour une fois que Noël arrive plus tôt que d'habitude, qui s'en plaindra?

Et à Genève, contre toute attente et au grand dam de ceux qui m'en faisaient le reproche dans ce blog, le canton a pu se doter d'un budget positif pour la première fois depuis longtemps en se payant le luxe de le voter à une très large majorité, seuls les adorateurs du Père Fouettard ayant décidé de le bouder. Le succès de la loi sur le chômage et le refus des initiatives fiscales dimanche sont venus confirmer ce tournant.

C'est une bonne nouvelles car ces deux succès augurent d'une Suisse et d'une Genève débarrassées de leurs mauvais génies, qui retrouvent confiance en elles et osent à nouveau parier sur l'avenir, en renouant avec ce mouvement perpétuel de réformes graduelles qui caractérise le système suisse.

Bien sûr, le pouvoir de nuisance des blochéristes déçus ne doit pas être sous-estimé. A commencer par les celui des compagnons de route dans les médias, qui pleurent le meurtre symbolique du père. Les orphelins de Christoph Blocher ont de la peine à se remettre de la disparition de la figure autoritaire et castratrice du prétendu père de la nation. Si notre ami Pascal Décaillet avait bien lu Mircea Eliade et René Girard, il saurait pourtant que c'est sur cette acte de violence sacrée que les sociétés humaines fondent leur existence et leur cohésion. Ce qui s'est passé à Berne le 12 décembre peut donc bel et bien être le signe d'un renouveau de la politique suisse.

Un renouveau qui ne passe pas par l'élection du Conseil fédéral par le peuple, qui ne ferait que compliquer encore le système. Pour être équitable et tenir compte des minorités linguistiques, religieuses et politiques qui composent subtilement la Confédération, et pour respecter la contrainte d'une élection qui se ferait forcément au système majoritaire, il faudrait mettre en place tellement de cautèles qu'on ne voit pas comment une telle opération serait meilleure que le système actuel. J'avais plaidé pour cette cause, bien avant que l'UDC s'en empare, en 1997 dans une longue analyse parue dans la Tribune de Genève: j'en suis vite revenu!

Quant à Genève, les meurtres symboliques y sont trop courants en politique pour qu'on ait besoin d'en commettre d'autres. C'est plutôt à la tradition de carnage qu'il faut mettre fin. L'unité retrouvée du parlement et l'adhésion du peuple derrière son gouvrenement sont donc à marquer d'une pierre blanche: il faut les saluer même si on n'est pas tout à fait certain que cela durera...

 

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13/12/2007

UDC: la toile d'araignée s'est déchirée

Mon dernier blog, dans lequel je décortiquai la stratégie de l'araignée de l'UDC consistant à attirer les compagnons de route radicaux et libéraux dans sa toile pour mieux les dévorer ensuite, m'a valu de nombreuses réactions courroucées, surtout de la part de ceux qui s'étaient laissé séduire.

Je persiste à penser que cette stratégie de séduction et de chantage a été vraie... jusqu'à hier matin! Quand soudain, à la suprise générale, patatras, la toile s'est subitement déchirée. L'araignée, tout occupée à savourer ses prises, n'avait rien vu venir.

Cet échec, elle ne le doit qu'à elle-même. Ivre de ses victoires, brandissant sans arrêt la menace et le chantage, l'UDC et son leader se sont comportés avec une arrogance qui a fini par hérisser non seulement le milieu politique mais le pays tout entier. Après avoir infligé une gifle sans précédent à Ruth Metzler il y a quatre ans, Christoph Blocher n'avait pas eu un mot de pitié pour la vaincue. Il ne peut donc espérer beaucoup de compassion aujourd'hui. A son tour d'apprendre que la Roche Tarpéienne est proche du Capitole...

Quant à la poltique suisse, elle va prendre une tournure intéressante. Le piège UDC s'est fracassé et il faudra longtemps pour qu'il fonctionne à nouveau. Privé de son piédestal au Conseil fédéral, avec un parti qui sera forcément divisé et acculé à durcir encore ses positions, Christoph Blocher aura de la peine à exercer son pouvoir d'attraction. Surtout s'il décide de déclarer la guerre aux deux élus UDC au Conseil fédéral. Il devra retisser sa toile pour, cette fois, y neutraliser une partie de ses propres troupes!

 

 

 

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