30/11/2007

L'UDC ou le baiser de l'araignée

Hyperagressive durant la campagne électorale, franchissant allègrement les limites avec ses affiches sur les pacsés inféconds et les moutons noirs, l'UDC se fait soudain pateline et mielleuse. Le loup se déguise subitement en aimable Mère-Grand pour mieux tromper les innocents Chaperons Rouges.

C'est qu'il s'agit de faire réélire le chef da la meute au Conseil fédéral. On le voit donc, CB, avec la complicité de quelques médias flagorneurs, adopter des poses de grand-papa gâteau dans les magazines et les journaux les plus complaisants pour mieux tromper son monde.

"Venez à moi, doux agneaux, mon giron est grand et je vous ferai une petite place", semble dire le faux berger Christoph aux innocentes brebis qui ne demandent qu'à le croire, mais qui devront s'attendre à un dur réveil. Car une fois passé le 12 décembre, le naturel de prédateur va reprendre le dessus, et malheur alors aux imprudents!

La stratégie de l'araignée est bien en place et gare aux moucherons qui s'approchent de trop près du vorace. Ils se feront gober ou sucer de l'intérieur comme une vulgaire mouche prise dans la toile. Les radicaux, se croyant plus malins, ont cru échapper à la ruse mais sont quand même tombés dans le piège lors des dernières élections fédérales.

A Genève aussi, certains radicaux et nombre de libéraux semblent irrésistiblement attirés dans la toile d'araignée. Les pontes de l'UDC se font tout doux, susurrent plus qu'ils ne vocifèrent, dans l'espoir de faire tomber les plus inconscients dans leurs filets. Sans cesse, ils enfoncent des coins dans l'Entente, dans l'espoir de la faire voler en éclats.

Peut-être y parviendront-ils. Et peut-être que non. Après tout, un sursaut du centre-droit démocrate n'est pas exclu, comme à Saint-Gall et à Zurich le week-end dernier. Et la dangereuse mygale sera alors renvoyée dans sa toile. Comme elle vient de s'offrir un festin, elle peut tenir le coup longtemps. Mais dans la longue durée, si on ne lui jette plus de proies par bêtise, elle fera comme tout le monde, elle finira par dépérir elle aussi.

 

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22/11/2007

Fumée blanche à la Tour Baudet!

Il aura fallu 12 heures de débats à la commission des finances mercredi dernier pour accoucher d'un budget. Mais au moins a-t-on abouti à un résultat acceptable.

Avec un boni de 66 millions au lieu d'un déficit de 120 millions, les choses se présentent enfin sous un jour meilleur pour les Genevois. Grâce au bond prodigieux des recettes fiscale surtout.

D'un côté, les collaborateurs de l'Etat toucheront leur indexation et leurs primes, ce qui n'est que justice après des années de vaches maigres et une différence salariale qui s'accentue avec le privé, en plein boom.

Et de l'autre, une majorité de députés a voulu maintenir une certaine pression sur le Conseil d'Etat en l'incitant à poursuivre les efforts de réduction du nombre de fonctionnaires et la baisse des dépenses générales annoncés dans le discours de Saint-Pierre. A Genève, le retour aux vaches grasses est toujours pernicieux car il démultiplie les exigences de tous : syndicats, services, subventionnés, députés à la solde d'intérêts catégoriels redoublent d'efforts pour accroître leur part de gâteau.

C'est pour éviter de retomber dans les mauvaises habitudes et signifier que le retour aux bénéfices ne doit pas être une incitation aux gaspillages que le budget dépenses a été réduit d'une trentaine de millions. Une pilule point trop amère puisqu'elle représente à peine 0,5% du budget de l'Etat.

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16/11/2007

La triste figure de la politique genevoise

Hier soir, à la surprise générale, un UDC a donc été élu premier vice-président du Grand Conseil et devrait donc, sauf sursaut démocratique, présider le parlement genevois en 2009.

Pour le PDC et le candidat battu que je suis, c'est évidemment une déception, même s'il s'en est fallu d'un cheveu (35 voix contre 34, et une vingtaine d'abstentions et de bulletins nuls). Mais c'est surtout navrant pour la politique genevoise.

Car ce résultat signifie que les partis de centre-droit, une fois de plus, se sont tirés une balle dans le pied et que les mesquines trahisons libérales et radicales ont profité au faux ami qu'est l'UDC. L'Entente est donc arrivée à la croisée des chemins: si elle veut encore mériter son nom aux prochaines élections, qui commenceront déjà en décembre 2008 avec la présidence du Grand Conseil 2009, elle devra vraiment décider qui soutenir, du candidat UDC ou PDC. Car il ne sera plus possible d'invoquer un accident de parcours ou un accès de mauvaise humeur.

La gauche ne s'est pas davantage distinguée dans ce vote. En s'abstenant massivement, voire en donnant quelques voix à l'UDC, elle a sabordé ses propres valeurs et ses propres engagements. Pendant toute la campagne des élections fédérales, Verts et socialistes ont dénoncé la campagne xénophobe des moutons noirs menée par les partisans de M. Blocher et, à la première occasion, ils servent la vice-présidence du Grand Conseil à leur adversaire sur un plateau! Hier soir encore, ils vantaient à juste titre le parcours de la nouvelle présidente, Mme Bolay, la lutte contre le franquisme et l'émigration en Suisse et bing! quelques minutes plus tard, ils laissaient accéder au perchoir le parti le plus proche des idées franquistes. Cherchez la cohérence!

Ce qui s'est passé hier est typique des médiocrités de la politique genevoise: hypocrisies, clientélisme électoral, petits calculs pour faire trébucher l'un, stratégies courtes pour donner une leçon sans frais à un parti récalcitrant, mauvaise humeur et rancunes personnelles, tout cela s'est additionné pour donner un résultat qui, de notre point de vue, est un déshonneur pour tous.

 

 

 

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08/11/2007

Des Verts très boulimiques

Où est passée la frugalité des Verts? Depuis des années, les Verts militent pour moins de pollution, moins de consommation, moins de gaspillages et font l'éloge d'une vie simple et frugale... sauf en ce qui concerne les mandats politiques de leurs élus, semble-t-il!

Entre le syndic de Lausanne Daniel Brélaz et le conseiller d'Etat genevois Robert Cramer, cela semble plutôt être la course à l'accumulation des mandats, syndic et conseiller national d'un côté, conseiller d'Etat et conseiller aux Etats, de l'autre. Quand on connaît l'agenda des conseillers d'Etat et celui des parlementaires à Berne, ces choix, en totale contradiction avec les positions du parti Vert qui rejette les doubles mandats, ne manquent pas de surprendre.

Il ne s'agit pas ici d'attaquer des personnes ou un parti - car on peut aussi adresser le même reproche au conseiller d'Etat et conseiller aux Etats PDC valaisan Jean-Marie Fournier. Mais au moins lui ne donne-t-il pas des leçons de sobriété aux autres.

Le grand argument des cumulards consiste à se retrancher derrière le peuple, qui l'aurait voulu ainsi. Sauf qu'on s'est bien gardé de lui demander son avis sur cette question et de préciser ce qu'il allait advenir du double mandat en cas d'élection...

On avance aussi les avantages supposés d'un tel cumul: les doubles élus pourraient ainsi mieux défendre leur canton à Berne. Cela reste à prouver. Car en consacrant au mieux un mi-temps à ce qui était déjà plus qu'un plein temps auparavant, on risque plutôt de faire tout à moitié.

 

 

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31/10/2007

Démocraties ou dynasties?

Bush père, Bush fils. Monsieur Kirchner et maintenant Madame. Et demain ce sera peut-être au tour de Madame Clinton de succéder à Monsieur dans le Bureau ovale. On ne peut que se réjouir qu'une femme vienne d'accéder à la plus haute fonction argentine. Mais n'y a-t-il pas de quoi s'inquiéter à l'idée que la transmission des rênes de grands Etats démocratiques du mari à l'épouse ou du père au fils tend à se généraliser depuis quinze ans?

On dirait que nos démocraties fatiguées cèdent à la tentation dynastique, comme si elles n'avaient plus assez de forces vives pour renouveler leur personnel dirigeant. Le silence et l'acceptation tacite qui accompagnent ces étranges passations de pouvoir, et qui rappellent fort les meilleures traditions monarchiques, sont d'autant plus frappants qu'un tonnerre de critiques avait accueilli l'éventuel recyclage de Vladimir Poutine en premier ministre de la Russie. Lui, pourtant, accepterait de descendre d'une marche et ne ferait pas monter sa femme ou l'un de ses enfants sur le trône. Et sa démarche ne serait pas moins légale ni moins "démocratique" que celle des Bush, des Clinton ou des Kirchner.

J'avoue que cette évolution me laisse franchement perplexe, même si l'on est désormais certain que Cécilia n'a aucunement l'ambition de succéder à son ex-mari...

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25/10/2007

Coup de pouce fédéral au contrat d'intégration

Le Conseil fédéral vient d'admettre le principe des contrats d'intégration pour les étrangers nouveaux venus dans notre pays et en recommande l'application dans les cantons.

Voilà une nouvelle qui tombe à pic deux semaines après que le PDC ait déposé un projet de loi pour établir un contrat d'intégration à Genève. Naturellement, cette idée va susciter des oppositions. Le délégué à l'intégration neuchâtelois, M. Facchinetti, est déjà monté au créneau.

Le délégué à l'intégration neuchâtelois fait en effet un travail remarquable. Mais il oublie deux choses. D'abord que Genève est un canton-ville proche de la frontière, tout comme Bâle, qui, lui, a adopté avec succès le contrat d'intégration. Et ensuite que la politique de l'intégration à Genève est restée très théorique et académique. On ne condescendait pas à descendre jusqu'au niveaux des immeubles, de la vie de quartier et de l'apprentissage concret des langues et de la vie en commun.

L'arrivée de M. Castella à la direction du Bureau de l'intégration genevois va sans aucun doute permettre de changer les choses. Mais encore faut-il qu'il ait les moyens, techniques et juridiques, qui lui permettent de développer son action. Le débat est donc lancé.

 

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18/10/2007

Pas d'EPO dans les EPA genevois

Pour se doper, les sportifs ont l'EPO et les Etablissements publics autonomes genevois(EPA) ont les bonus. La tempête qui secoue les Services industriels de Genève à cause de la rémunération des administrateurs et des hauts cadres, devrait retomber brusquement dès lundi, quand les résultats des élections nationales seront connus.

Mais en attendant elle aura beaucoup agité la République et révélé un vrai malaise. Il a rebondi la semaine dernière lors de l'examen des trois projets de loi restreignant le nombre d'administrateurs au SIG, aux HUG et aux TPG et suite aux deux réponses (!) fort différentes de ton que le Conseil d'Etat a données à l'interpellation urgente que j'avais déposée en septembre sur les honoraires des administrateurs des SIG.

Laissons l'agité et brouillon député Stauffer croire qu'il est seul à mettre le doigt sur les vrais problèmes de la République. Maintenant que la maladie a été diagnostiquée, il convient d'apporter les remèdes appropriés. C'est le sens du projet de loi qui vient d'être déposé pour compléter le dipositif de bonne gouvernance de nos régies publiques.

Ces remèdes sont de trois ordres:

1/une bonne diète: les conseils d'administration doivent être réduits. Pléthoriques actuellement, ils fonctionnent à deux vitesses, avec des super-administrateurs qui décident tout au sein d'un bureau bien payé, et des sous-administrateurs qui n'ont plus qu'à dire amen et se contenter de quelques jetons. D'autre part, le système un parti/une voix doit être aboli au profit d'une représentation politique équitable (par exemple 2 administrateurs de droite et 2 de gauche). Un conseil d'administration ne doit pas servir à financer les partis politiques ni des députés.

2/une cure de laxatifs: le montant des rémunérations et des honoraires des administrateurs doit être clairement établi, publié et limité. Les jetons perçus pour les mandats liés mais extérieurs à l'entreprise doivent être reversés à l'entreprise et non à l'administrateur.

3/une prévention efficace grâce à un scanner régulier: l'essentiel de l'effort doit être mis sur la transparence. Transparence des rémunérations, des critères et de la composition du comité de rémunération. Les entreprises privées respectent ces dispositions sans trahir le secret des affaires ni se mettre en position de faiblesse face à leurs concurrents.

Les entreprises publiques et les sociétés anonymes dépendant de l'Etat (comme la BCGe) doivent pouvoir en faire au moins autant...

 

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09/10/2007

Oui à un contrat d'intégration genevois

Petit émoi la semaine dernière lorsque j'ai signalé aux membres de la commission des droits de l'homme que le PDC avait déposé un projet de loi demandant la mise en place d'un contrat d'intégration pour les nouveaux arrivants étrangers à Genève.

C'est que tous trouvaient l'idée bonne et auraient voulu la prendre à son compte. D'autant plus que le directeur de l'Office fédéral des étrangers, M. Gnesa, à Genève ce jour-là, venait précisément d'en présenter les avantages. L'intégration des étrangers pourrait en effet mieux fonctionner à Genève. Le Conseil d'Etat a récemment publié un bilan très critique des cinq premières années d'application de la loi sur l'intégration. Et l'ancien patron de l'intégration, M. Vallotton, a claqué la porte de son bureau en juin dernier en publiant lui aussi un rapport très sévère sur les insuffisances de la politique genevoise d'intégration.

Dès lors, il convient de corriger le tir et de passer à la vitesse supérieure. Le contrat d'intégration pourrait être la bonne solution. L'idée, simple, est déjà appliquée dans d'autres cantons (Bâle par exemple): il s'agit de faire signer à tout nouvel arrivant une charte qui précise ses droits et ses devoirs. Parmi les devoirs figure notamment l'obligation de suivre des cours de langue et des cours d'initiation aux institutions et à la culture du canton dans lequel il réside. Les jeunes qui ont terminé leur scolarité obligatoire se voient proposer des cours et des stages de formation à un métier, afin d'éviter le chômage et l'assistance sociale.

Naturellement, certains trouveront que ce n'est pas assez et qu'il faut prévoir des sanctions dures contre les contrevenants ou les éventuels délinquants. Mais c'est déjà prévu dans le code pénal. Et d'autres crient au racisme dès qu'on fait mine de rappeler aux immigrants qu'ils n'ont pas que des droits, mais aussi des devoirs à l'égard de la communauté qui les accueille, notamment en matière de vie en commun, pour le bruit, les odeurs, les poubelles. Des petites choses qui semblent aller de soi mais peuvent empoisonner la vie d'un immeuble quand le respect le plus élémentaire est absent...

Le contrat d'intégration serait un moyen de préciser ce que chacun attend de l'autre avant que les mauvaises habitudes soient prises: ça vaut le coup d'essayer.

 

 

 

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02/10/2007

Le culte du chef comme programme politique

Les politologues Claude Longchamp et Pascal Sciarini ont exposé la semaine dernière à Genève leur vision des prochaines élections fédérales et esquissé le paysage politique suisse ces prochaine années.

Plutôt décoiffant!

Pascal Sciarini, directeur du Département de sciences politiques à l'Université de Genève, distingue plusieurs tendances lourdes: une montée inexorable de l'UDC depuis 15 ans et des Verts depuis les années 2000; une "nationalisation" accrue des campagnes, qui se menaient jadis sur des enjeux cantonaux alors qu'aujourd'hui c'est le parti national et les thèmes nationaux qui mènent le bal; une campagne électorale devenue permanente et à l'américaine, c'est à dire avec professionnalisme, des capitaux, des attaques personnelles, une polarisation et une personnalisation extrême des candidats (cf. la campagne "Soutenez Blocher" ou "Tous avec Doris Leuthard" du PDC). Finis les programmes, vivent les chefs charismatiques!

Le directeur de l'Institut gfs Claude Longchamp voit plusieurs scénarios originaux se profiler: il pense que l'UDC a mangé son pain blanc et ne va plus guère dépasser son niveau de 2003 et que le PDC va s'installer durablement devant le parti radical, en perte de vitesse continue selon lui, parce que, suite à son virage à droite très marqué, il ne cesse de perdre ses électeurs centristes tout en étant happé par la galaxie UDC.

Tout cela pose un problème aigu de gouvernabilité du pays. Les deux sont d'accord pour convenir que la concordance consensuelle est morte et enterrée pour longtemps. Sciarini milite pour une concordance réduite, de centre-droit ou de centre-gauche autour du PDC et du PRD. Longchamp est en faveur d'une concordance conflictuelle qui intégrerait un Vert au Conseil fédéral à la place du second radical. La majorité automatique UDC-PRD ne ne pourrait ainsi plus fonctionner et le gouvernement serait obligé de rétablir la collégialité en négociant des majorités au cas par cas, le PDC retrouvant son rôle naturel d'arbitre entre la droite et la gauche.

Tout cela est au fond assez passionnant, ce qui explique que le taux de participation a fait un bond, que confirment les derniers sondages...

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26/09/2007

Un patron peut-il gagner 1000 fois plus que son employé?

La grogne contre les salaires exorbitants des patrons va croissant un peu partout dans le monde, aux Etats-Unis, en Europe comme à Genève, comme en témoigne la polémique concernant les bonus et les salaires des cadres et des administrateurs des Services industriels de Genève, qui ne fait que traduire ce malaise.

Dans les entrreprises, les écarts salariaux entre le salaire du patron et celui de ses collaborateurs est de 1 à 400 en moyenne. Il grimpe même à 674 au Credit Suisse. Cet écart n'a cessé d'augmenter durant ces deux dernières décennies. Cette dérive des hauts salaires est incontestablement l'un des dommages collatéraux de la globalisation et est perçu comme tel dans la population des pays industrialisés.

L'initiative populaire contre les rémunérations abusives lancée par le patron de PME alémanique Thomas Minder témoigne de cette colère croissante, qui est toujours superbement ignorée dans les échelons supérieurs de l'establishment. Pas question de publier son salaire et ses bonus, surtout lorsqu'ils sont astronomiques. Et, surtout, pas question que les gueux des étages inférieurs se mêlent de vouloir se mêler de cette question.

Mais trop c'est trop, et les conseils d'adminsitration comme les actionnaires feraient bien de prendre des mesures et de retrouver un minimum de sens commun. Cet été, le très sérieux Financial Times, fort inquiet, publiait un sondage alarmant réalisé dans 5 pays d'Europe et aux Etats-Unis. Résultat: la cote des grands patrons est en baisse partout, le mécontentement contre les gains abusifs ne cesse de croître, tout comme la conviction que les superriches doivent désormais payer plus d'impôts. Même les Etats-Unis n'échappent pas à la tendance, la France et l'Italie se montrant paradoxalement les plus réservés. Mieux les gens montrent qu'ils savent très bien ce qu'ils font car ils distinguent très bien entre la concurrence, à laquelle ils restent très attachés, des effets de la compétition lorsque ceux-ci sont détournés au profit exclusif d'une petite minorité.

Si la globalisation a généralement entraîné une hausse des niveaux de vie dans toutes les couches de population et dans les pays émergents, elle a aussi très largement contribué à accroître les inégalités entre bénéficiaires. Aujourd'hui ce sentiment d'inégalité, justifié par les chiffres et les faits, s'est exacerbé et devient insupportable. Patrons, syndicats d'employeurs et politiciens feraient bien de ne pas l'oublier.

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21/09/2007

Rasez les moutons, qu'on voie l'herbe!

J’espère vivement que les historiens du futur auront autre chose à se mettre sous la dent que la presse de ces dernières semaines pour juger de l’état de la Suisse en 2007. Sinon ils pourraient bien conclure que le pays tout entier avait sombré dans le gâtisme et ne se préoccupait plus que de compter les moutons – blancs ou noirs – et de traquer les complots et anti-complots nés dans le cerveau malade des politiciens de l’époque.

Le niveau pitoyable dans lequel est tombé le débat politique depuis le début de l’été, c'est-à-dire depuis que le président de l’UDC a traité la prairie du Grutli de « pré à bouses » et que son parti a décidé d’arroser tous les ménages du pays avec sa propagande contre les étrangers délinquants, oblige à poser la question qui fâche : le patron de fait du parti populiste et accessoirement conseiller fédéral Christoph Blocher a-t-il mérité la confiance qu’on a placée en lui en l’élisant aux plus hautes fonctions nationales ?

La réponse va de moins en moins de soi. Il y a quatre ans, étant donné la progression de l’UDC, on pouvait admettre que sa revendication d’un deuxième siège au Conseil fédéral était légitime. Tout comme on pouvait reconnaître que les thèmes soulevés par ce parti – sentiment d’insécurité croissante et immigration étrangère mal maîtrisée – méritaient mieux que le boycott des médias et le mépris de l’establishment politique. D’accord ou pas, les questions soulevées par l’UDC reflétaient bien une préoccupation que les autres partis avaient trop tardé à prendre en considération.
Mais depuis que M. Blocher est parvenu au pouvoir, on est tombé dans l’extrême inverse. Du silence on a passé à l’overdose, du mépris on a versé dans la pâmoison : impossible d’ouvrir un journal, d’allumer un poste TV ou de parler politique sans se fracasser sur M. Blocher, sa photo chez lui ou sur un alpage et ses publicités sur le prétendu complot ourdi contre lui, tandis que les sept millions et de mi de Suisses se voient sommés de débattre de la couleur des moutons.
Quant à l’air du Conseil fédéral, il est carrément devenu irrespirable. Le climat détestable qu’il fait régner à Berne est indigne de notre pays. On peut comprendre celles et ceux qui, il y a quatre ans, avaient souhaité son accession au pouvoir pour régler des problèmes dont le traitement n’avait que trop tardé. Mais aujourd’hui, la preuve est faite que l’UDC et son chef ne sont pas là pour résoudre les difficultés mais pour les créer et jeter de l’huile sur le feu. Pour se maintenir au pouvoir, un parti populiste est ainsi fait qu’il doit sans cesse alimenter le feu qu’il a déclenché : il se comporte comme un pompier pyromane, qui justifie son action en allumant constamment de nouveaux incendies.

Désormais le doute n'est plus permis:  le remède est pire que le mal.

(extraits d'un article publié dans l'Agefi du 13 septembre 2007)

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13/09/2007

Assez de complots, vive Zineddine!

Depuis quelques semaines, la Suisse ne parle plus que de moutons et de complots, comme s'il n'y avait pas d'autres sujets de préoccupation que les caprices de M. CB. Il est temps de passer à autre chose, d'entrer dans les débats de fond, de discuter programmes et d'avancer les idées qui vont faire avancer la Suisse.

Mais avant d'entamer le marathon électoral, il n'est pas interdit de s'accorder une petite pause. C'est pourquoi je ne résiste pas au plaisir de montrer une photo venue enrichir l'égothèque du candidat que je suis et qui répond du même coup au pari fait avec un ami: une rencontre avec le grand Zineddine Zidane en personne!

Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'on n'en resort pas déçu. L'homme est fidèle à son mythe. Simple, direct, pas compliqué, avec ses yeux bleus qui vous transpercent, il n'esquive pas les questions, malgré les regards inquiets de ses gardes-chiourmes, et même s'il se refuse à donner les réponses qu'on aurait souhaitées. Il ne se fâche même pas quand on évoque le fameux coup de boule.

Oui, il restera à Madrid, oì il vit depuis six ans, et se consacre désormais entièrement à sa famille, à ses enfants et aux buts qu'il s'est fixés, comme le soutien aux enfants atteints de leucodystrophie à travers l'association ELA. Une petite déception quand même: non, il n'entend pas revenir régulièrement sur les stades, même en professionnel.

Bref, Zidane n'est pas seulement un grand sportif, c'est aussi un grand monsieur. A un moment où le sport est ébranlé par nombre d'affaires, du dopage aux paris truqués, ça fait vraiment plaisir.

Bon vent donc, Zineddine!

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05/09/2007

Saint-Maurice en beauté!

Merci à celles et ceux qui ont commenté ma dernière notice consacrée au festival de philosophie qui se tiendra la semaine prochaine à Saint-Maurice sur le thème de la beauté. Le rapprochement entre Saint-Maurice et la Beauté en a frappé plus d'un. Il suffit de venir voir pour constater que ce n'est pas une simple coïncidence. Saint-Maurice contient nombre de beautés cachées qui méritent qu'on les découvre!

En attendant, je m'aperçois que j'ai oublié de vous donner ma définition personnelle de la beauté. Je la livre donc à votre sagacité.

Pour moi, la beauté, c’est d’abord un sentiment, une émotion, une exaltation de l’esprit et des sens. Ce n’est pas le fruit d’un raisonnement intellectuel. C’est pourquoi la beauté est une affaire individuelle, personnelle, qui relève du goût de chacun. Mais en même temps, il n’y a pas de beauté sans relation. Je suis très sensible à ce que les Japonais appellent le « wa », qui exprime l’harmonie profonde entre les êtres et les choses, entre l’homme et le cosmos, l’œuvre et son public, etc. C’est parce qu’il n’arrive plus à créer cette relation, à entrer en résonnance avec son environnement, à ressentir cette harmonie fondamentale que les femmes et les hommes d’aujourd’hui ont l’impression d’être privés de beauté. C’est sur ce manque que le festival de philosophie s’est proposé de travailler.

A la semaine prochaine donc!

 

 

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03/09/2007

La beauté, c'est quoi?

Le beau, le laid, le sublime, l'ignoble: toutes ces catégories nous hantent sans qu'on sache plus très bien ce qu'elles sont, ni comment les définir. Même de la vie de tous les jours, la beauté semble absente, tellement on a de peine à dire ce qu'elle est et ce qu'elle pourrait être.

Avant tout semblait plus simple. La beauté qualifiait un type idéal d'objet ou de personne qui possédaient au plus haut point des qualités reconnues par tous. Beauté, sacré, art étaient proches. Mais ce n'est plus le cas depuis le XVIIIe siècle au moins: l'individu s'est imposé, et avec lui, une approche personnelle de l'émotion esthétique. A tel point que l'art contemporain ne semble plus avoir aucun rapport avec la recherche de la beauté.

C'est pour voir un peu plus clair dans cette confusion que le 3e festival francophone de philosophie a choisi de traiter le thème de la beauté. Du 13 au 16 septembre prochain à Saint-Maurice (VS), une cinquantaine de conférences et de débats devraient nous permettre de nous y retrouver un peu mieux et de constater que la beauté est d'abord un sentiment, une émotion, une expérience personnelle. 

Car la beauté n'est pas qu'une affaire d'intellect et de raison. C'est d'abord une fête des sens. C'est pourquoi des joutes philosophiques, des concerts, une exposition, deux pièces de théâtre, un banquet et une dégustation de vins permettront, au-delà des discours, de jouir des différentes facettes de la beauté.

Vous trouverez tout le programme sur www.festivalphilosophie.info.

 

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27/08/2007

50 millions d’économies d'impôts pour les familles

 La politique fiscale doit cesser pénaliser les familles et la classe moyenne par des impôts et des charges sociales excessives. Or depuis quelques années, la classe moyenne paye, à Genève, le prix fort. Le système fiscal genevois favorise le déséquilibre croissant entre le cercle des bénéficiaires des prestations de l’Etat et les contribuables, mettant ainsi en danger la cohésion sociale.

L’idée est de proposer des réductions d’impôts jusqu’à concurrence de 50 millions de francs dès 2010, soit dès le retour à l’équilibre des finances cantonales.

Dans cette optique, il s'agit donc d’alléger la fiscalité des familles et de la classe moyenne de façon ciblée, en choisissant des mesures ciblées:
a)       suppression de l’imposition des allocations familiales : parce que l’on ne peut prendre d’une main ce que l’on donne de l’autre, le PDC Genève soutient la proposition du parti national et défendra cette idée à Genève. Cette mesure constituerait un allègement significatif pour les familles (aussi bien celle à un qu’à deux revenus) et entraînerait une perte de recette fiscale supportable pour l’Etat.
b)       Déduction fiscale pour les enfants qui s’occupent de leurs parents âgés au lieu de les mettre en EMS : Actuellement, les enfants qui choisissent de s’occuper de leurs parents (souvent grâce à une aide à domicile) ne bénéficient pas de possibilités de déduction fiscale.
c)       Déduction des pensions alimentaires en faveur d’enfants majeurs : Après la majorité, si l'enfant n'a pas terminé sa formation, les parents doivent continuer à subvenir à son entretien jusqu'à la fin de celle-ci. Le versement d’une pension alimentaire ne cesse donc pas toujours avec la majorité de l’enfant. Mais ces pensions ne sont pas déductibles une fois que l’enfant a atteint sa majorité. Une situation qui entraine trop souvent le non paiement des pensions par l’ex-conjoint.
d)       Remise de commerces : dorénavant, avec la LHID (loi fédérale sur l’harmonisation des impôts directs des cantons et des communes), le bénéfice d’une remise de commerce fait partie du revenu normal. Or pour beaucoup de commerçants et d’artisans, la remise de leur commerce constitue une sorte de capital retraite. Ils sont donc inutilement pénalisés par la LHID.

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08/08/2007

Grutli: retour aux sources du mythe

Vous l'avez oublié, mais c'est sur ce blog, en mai dernier, qu'a commencé la bataille du Grutli pour soutenir les discours des présidentes sur la prairie mythique et que j'avais proposé une résolution de soutien au Grand Conseil gegenois, qui l'a acceptée à une très large majorité.

Entretemps, les choses se sont très vite emballées et la polémique est devenue nationale. Mais Genève est toujours restée à la pointe du combat et, une semaine après le 1er Août, toutes celles et tous ceux qui ont fait le déplacement à Uri - une cinquantaine de personnalités, dont une vingtaine de député/es de tous les partis à l'exception de l'UDC, peuvent légitimement être fiers et satisfaits.

 D'abord à cause du temps et de la balade à pied, magnifiques, et à cause du fort contenu symbolique de la manifestation, que le pétard de l'extrême-droit explosé en fin de journée n'a pas pu altérer. Dans son discours, Micheline Calmy-Rey a mis les points sur les "i" sans emphase inutile et Christine Egerszegi a souligné le rôle identitaire de l'événement avec son chapeau de paille!

L’esprit même du mythe, qui est d’unir et non de séparer, a donc été pleinement restauré: la glorieuse prairie a à nouveau été ouverte à tout le monde, femmes et hommes, jeunes et vieux, suisses et étrangers, simples citoyens et élus, gens de gauche et gens de droite. C'est peu pour les esprits chagrins mais c'est beaucoup pour celles et ceux qui pensent qu'une nation n'est pas qu'une addition d'intérêts.


 

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31/07/2007

Quatre valeurs pour une fête nationale

Lors d'un voyage au Vietnam début juillet, juste avant la visite de Doris Leuthard, j'ai eu la chance de renconter un ancien député qui fut le créateur des zones franches industrielles vietnamienne, M. Huynh Phi Dung. Devenu entrepreneur à succès, il construit aujourd'hui le plus grand parc d'attraction du Sud-Est asiatique, près de Saigon. 200 millions de dollars ont déjà été investis, avec un zoo, une mer et des montagnes artificielles, des attractions dignes de Disneyland et une zone culturelle dédiée aux différentes ethnies vietnamiennes avec un temple bouddhiste géant, doré à la feuille d'or.

Mais l'important n'est pas là. Dans l'échange que nous avons eus, la discussion a rapidement dérivé sur la politique, au sens large, la philosophie et les valeurs qui doivent guider "l'honnête homme" de nos jours.

Un homme complet, affirme notre hôte, se convient d'agir selon quatre principes: 1/respecter la famille, les parents, les ancêtres, les proches pendant et après leur vie, en contribuant à leur santé, leur prosprérité, leur sécurité, leur agrandissement.

2/respecter son pays, la nation, la loi et les usages communs en contribuant également à la prospérité, au développement, à l'agrandissement moral et matériel de la patrie qui nous a vu naître.

3/respecter la communauté humaine au sens large, l'humanité dans son emsemble, l'être humain, l'individu et la collectivité des hommes, étrangers et inconnus compris.

4/respecter la création, le Créateur pour celles et ceux qui y croient, la nature, dans la mesure où l'homme ne descend pas seulement du singe mais est aussi fils du Ciel. L'homme n'est pas seul, il ne vit pas que de pain et de jeux.

A quoi il convient de rajouter un cinquième principe, à savoir que les quatre premiers doivent être respectés ensemble et de façon égale, sans que l'un domine l'autre, faute de quoi l'on tomberait dans le népotisme ou l'égoïsme de clan, le nationalisme, l'idéalisme abstrait ou l'intégrisme.

C'est très brièvement résumé, mais n'est ce pas un bon programme pour une fête nationale ou des élections?

 

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25/07/2007

Rhino: où est passée la culture?

Depuis leur création il y a une vingtaine d'années, grâce notamment aux contrats de confiance du conseiller d'etat liéral Claude Haegi, les squats genevois se sont justifiés avec deux arguments: la crise du logement, qui empêchait les jeunes d'accéder à des appartements bon marché, et leur vocation de creuset culturel, de lieux de création de nouvelles formes de (contre-)culture.

Ils sont en train de mourir aujourd'hui faute d'avoir pu donner de réponse satisfaisante à leurs deux raisons de vivre.

Avec le temps, ils ont montré que, loin d'aider à résoudre la crise du logement, ils ne faisaient que la perpétuer en empêchant la rénovation et la remise sur le marché de logements neufs et salubres et qu'ils entretenaient l'impression désagréable qu'il était possible de se loger à Genève pour pas un rond alors même que la pénurie faisait monter les prix des loyers de celles et ceux qui acceptaient de payer pour habiter dans notre canton.

D'autre part, en s'embourgeoisant, en s'installant dans un benoît conformisme de la contre-culture, ils n'ont pas tardé à s'assécher. On est désormais bien loin du temps où les nuits animées des squats genevois accouchaient des grands noms du théâtre et de la mise en scène contemporaines.

Le fait de déposer des couches salles dans les bureaux de conseillers d'Etat a achevé de prouver que les défenseurs de Rhino étaient plutôt devenus des contre-exemples de culture. Enfin, en multipliant les procédures les plus complexes et mobilisant les juristes les plus pointus pour défendre leurs acquis, ils montrent qu'ils sont au moins aussi à l'aise sur le terrain du droit que sur celui de la culture.

Les squats genevois sont donc en train de mourir de leurs contradictions bien plus que de l'acharnement du procureur général ou des complots des milieux immobiliers.

 

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21/06/2007

Droit de vote à 16 ans: parlons-en!

Les électeurs glaronnais viennent de l'accepter, le Grand Conseil bernois aussi. Même si les Zurichois et les Grisons viennent de le refuser à trois voix et une voix près, le droit de vote des jeunes à 16 ans fait son chemin. Qu'on le veuille ou non.

Il est vrai que le monde germanique est plus ouvert à cette question que les Latins: les Länder autrichiens et allemands pratiquent déjà le droit de voite à 16 ans sans problème et l'Autriche a même planifié de l'introduire au niveau fédéral d'ici 2010.

En Suisse, on retrouve cette ligne de fracture: les Romands sont nettement plus hésitants sur cette question que les Alémaniques. Mais faut-il pour autant escamoter le débat? Dans une société qui vieillit de plus en plus et dont le centre de gravité électoral bascule massivement du côté des aînés, n'est-il pas normal de donner la parole à celles et ceux qui vont devoir en assumer la charge et les coûts, à savoir les jeunes?

Sans compter que plus une société vieillit, plus elle se méfie des jeunes, qu'elle trouve trop gâtés, pas assez mûrs, peu motivés, ignorants de la chose politique, bref trop ceci ou trop cela pour leur confier cette responsabilité. On craint aussi pour la participation, qui serait particulièrement faible chez les jeunes. Mais à voir comment votent les adultes, censés être parfaitement informés et motivés, on peut sérieusement douter de l'objection.

Au nom de l'équilibre et du partage des responsabilités entre générations, il est donc vital d'ouvrir le débat. C'est ce que nous avons fait en déposant une motion au Grand Conseil genevois et en posant la question aujourd'hui sur ce blog. Alors, n'hésitez pas à vous faire entendre!

 

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18/06/2007

Petit café chez Angela (Merkel)

Saut de puce à Berlin vendredi dernier pour visiter la Chancellerie fédérale et le Bundestag. Nous sommes reçus par Thomas de Maizière, le chef de l'administration de la Chancellerie et chef de cabinet d'Angela Merkel, qui organise les séances du gouvernement et fait office d'amphitryon.

On parle d'Europe (le président polonais est attendu à Berlin le lendemain pour débloquer la situation du traité), de G8 (le sommet d'Heiligendamm vient de se terminer), de relations franco-allemandes, de l'OTAN et de la Russie. Les réponses sont à la fois prudentes et incisives: on sent que l'Allemagne est soucieuse de soigner son image de puissance de consensus, tout en ayant son opinion bien à elle sur chaque objet.

L'architecture des lieux de pouvoir est révélatrice de cette force tranquille et apaisée. Toute de béton et de verre, bourrée d'oeuvres d'art contemporaines, la nouvelle chancellerie est un hymne à la modernité, complètement ouverte sur son environnement. On a l'impression que les promeneurs du Tiergarten peuvent assiter aux séances de leurs ministres à travers les baies vitrées. On est loin du gigantisme sombre et inquiétant des Reichs précédents: le côté obscur de la force a été éradiqué.

Même ambiance au Bundestag. Les quatre immeubles qui composent la chambre du peuple enjambent la Spree, à cheval sur l'ancien mur, et jouent également sur la lumière et la transparence. Même le vieux Reichstag, incendié par les nazis, ravagé par la guerre et reconstruit par Norman Foster avec une gigantesque coupole de verre, fait pénétrer la lumière et les regards du public au coeur des délibérations des députés. Mieux, après un débat homérique, on a même conservé sur les murs d'origine les graffiti laissés par les soldats russes en mai 1945: preuve que l'histoire et la défaite ont été digérées et sont désormais pleinement assumées par les Allemands.

Ce pouvoir qui n'a pas peur de voir de se laisser voir fait de la démocratie allemande un modèle du genre. Qui l'eût rêvé il y a quinze ans encore?

 

 

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