06/03/2017

Penelope Fillon, loyale jusqu’au bout !

Au début de l’affaire Fillon, comme tout le monde, j’ai été choqué. Comment cet homme qui prêchait l’intégrité avait-il pu engager sa femme et la payer 900 000 euros sur les deniers publics pour un emploi présumé fictif, et à tout le moins discutable ?
Puis, les semaines passant sans que le harcèlement des médias et de la justice ne faiblisse malgré l’absence de preuves ou d’éléments nouveaux, le doute et le malaise ont grandi.
Pourquoi cet acharnement contre cet homme – et surtout contre cette femme – qui n’avaient rien fait d’autre que ce font des dizaines de députés français de tous bords sans provoquer aucun émoi ? Et pourquoi les 120 000 euros de frais de bouche intempestifs d’Emmanuel Macron ont-ils passé comme une lettre à la poste sans susciter le moindre intérêt médiatique ?
Une fois de plus, le comportement à deux vitesses des médias et de la justice est en cause. Et au-delà, l’énorme hypocrisie sélective qui consiste à s’indigner contre un comportement légal mais moralement critiquable et à absoudre un comportement illégal mais moralement plus admissible.
Quand la morale l’emporte sur la légalité dans une République, il y a pourtant du souci à se faire pour l’état de droit.
Mais le principal de cette affaire n’est pas là : elle est dans l’énorme et abjecte injustice faite à Penelope Fillon, qui porte décidément bien son prénom.

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28/02/2017

Vive l’information plurielle !

La semaine dernière, j'ai signé ma dernière chronique pour le Courrier. Après cinq années d’échanges et de débats parfois controversés mais toujours vivants, chacun a repris sa liberté, comme on dit. Je tiens à remercier l’équipe du Courrier pour son hospitalité, son professionnalisme et surtout pour sa capacité à accueillir une voix qui n’exprime pas forcément son ADN. C’est la grandeur d’un journal, et du journalisme, que de s’ouvrir à d’autres visions et je souhaite, dans ces temps forts troublés pour la presse écrite, longue vie à ce journal, modeste mais combatif et nécessaire.
Qu’il est devenu difficile, en effet, d’exprimer des avis divergents, d’emprunter des sentiers latéraux qui serpentent dans les sous-bois, et de s’écarter des autoroutes sur lesquelles circule une information soigneusement cadrée par une foule de limitations et d’interdictions : pas question de sortir des clous du discours libéral, européiste, atlantiste, libre-échangiste, anti-étatiste, multi-culturaliste sous peine de se voir sanctionné par les étiquettes les plus infamantes. Impossible aussi de développer un vrai discours social, de dénoncer les inégalités croissantes et l’enrichissement scandaleux de quelques-uns sous peine de se retrouver cloué au mur par les mercenaires de l’oligarchie, toujours prêts à tirer à vue sur les supposés « fossoyeurs » de la croissance, les « ennemis » de la prospérité et les « assassins » de la liberté d’entreprendre.
C’est ainsi que la majeure partie de la presse dominante s’est coupée de sa base sociale et de son public. Qu’elle a creusé sa propre tombe en déléguant aux bas-fonds d’internet le soin de mettre en lumière les faits dans toute leur complexité et pas seulement sous un angle trompeur, de diffuser des opinions alternatives ou divergentes et d’animer, dans la confusion, les débats politiques et de société qu’elle aurait dû initier. C’est ainsi que, par une sorte d’autisme inconscient, elle achève de crever à petit feu.

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18/01/2017

Les causes de la guerre 2.0

L’hystérie provoquée par les supposées attaques informatiques russes a atteint des proportions hallucinantes aux Etats-Unis. Comment expliquer que la première puissance mondiale, dotée d’un budget militaire dix fois supérieur à celui de son rival et qui à lui seul dépasse celui de l’ensemble des autres puissances, soit sensible à la « menace » poutinienne au point de mettre le pays au bord de la crise de nerf institutionnelle et d’accroitre encore le chaos mondial?
Il y a une cause interne, bien sûr, qui tient à l’échec inattendu de la coalition Obama-Mc Cain qui se croyait assurée de conserver le pouvoir avec Hillary Clinton. Depuis la seconde présidence de Bill Clinton s’est en effet forgée aux Etats-Unis une alliance de fait entre l’establishment démocrate d’une part et les néoconservateurs d’obédience républicaine d’autre part. Le bombardement de la Serbie en 1999 avait scellé cet accord que ni les aventures militaires calamiteuses de Bush Jr ni les palinodies élégantes mais sanglantes d’Obama n’avaient réussi à remettre en cause. Hillary Clinton incarnait le meilleur espoir, pour ces deux camps, de continuer leur business as usual, à savoir la poursuite d’une hégémonie américaine fondée sur le libre-échangisme commercial sans limite, l’ouverture des frontières, le renversement des régimes hostiles au nom de la démocratie et des « valeurs » occidentales, l’enrôlement des médias – embedded depuis l’invasion de l’Irak en 2003 – et la mobilisation illimitée de toutes les ressources du soft power.
Or l’échec d’Hillary est venu casser cette mécanique bien huilée. Avec Trump-la-mort, impossible de continuer à se passer les plats entre soi, via des conférences grassement rémunérées par Wall Street, des ventes d’armes et de bombes aux alliés subalternes, France, Arabie saoudite ou Turquie chargées de les larguer sur la Libye, la Syrie, le Mali ou le Yémen, et l’implantation de multinationales 2.0 et 4.0 aux quatre coins de l’univers. Rassemblant sous sa houppette blonde tous les déshérités de la mondialisation aussitôt estampillés de l’infamante étiquette de « populistes », Trump veut au contraire brider le libre-échange et mettre un frein aux opérations de basse police du « gendarme » mondial. De quoi semer la panique, en effet, dans le camp de ceux qui profitaient de ce système avec la bénédiction du sémillant Obama et de la ravissante Michelle.

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30/08/2016

Ukraine, deux ans après

Deux ans après le début du conflit en Ukraine, le moment est venu de faire un bilan provisoire. La poussière des événements est suffisamment retombée pour qu'on puisse en reconstituer la trame. Peu à peu, grâce aux enquêtes réalisées par des observateurs avisés comme le dénonciateur de l'Irangate et Prix Pulitzer Robert Parry, la vérité commence à se faire jour.
Et comme d'habitude, elle n'est pas très reluisante. La belle histoire de la révolution populaire qui jette à bas un régime honni et corrompu apparaît dans sa réalité crue: ce n'était qu'une fiction, une fable habilement tissée pour tromper un public avide de contes qui finissent bien.
Souvenez-vous du crash du vol MH 17 qui a fait près de 300 morts en juillet 2014 et semé l'effroi dans le monde entier, dont John Kerry déclara qu'il était dû à un missile "probablement russe" et qui servit de prétexte au second train de sanctions économiques contre la Russie. Deux ans après, toujours aucune preuve malgré les promesses. Les résultats de l'enquête ne sont toujours pas publiés et les Etats-Unis, dont les satellites espions arrivent pourtant à lire les plaques de nos voitures, refusent de livrer leurs images aux enquêteurs alors que le SBU, le service secret ukrainien, multiplie les cajoleries envers les experts occidentaux chargés du dossier.
Souvenez-vous des fameux tirs de la police qui avaient décimé les manifestants "pacifiques" de la place Maidan en février 2014. Ici aussi, on nous a promis une enquête. Toujours sans résultat. Les arbres et le mobilier de rue qui avaient reçu des impacts de balle et auraient permis de repérer l'origine des tirs ont été détruits par le nouveau régime alors que les vidéos montrent que ces tirs visaient aussi bien les manifestants que les policiers qui les combattaient, dans le but de pousser ces derniers à réagir et à tirer sur la foule qui leur faisait face. À l'examen, il ressort que le procureur et les responsables de service de police chargés de l'enquête sont des agents zélés du nouveau pouvoir et d'anciens militants des mouvements d'extrême droite actifs dans le service d'ordre de Maidan. Qui sait que Andriy Paruby, aujourd'hui chef du Conseil de sécurité d'Ukraine et qui paradait comme un grand démocrate devant les télévisions occidentales en sa qualité de chef du "service d'auto-défense" de Maidan, est le cofondateur du parti national-social d'Ukraine qui a donné naissance au parti d'extrême-droite Svoboda en 2004? Et que son organisation de jeunesse, "Patriote ukrainien" est une composante du mouvement paramilitaire Secteur Droit?

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03/08/2016

Le sens profond du Premier Août




Madame le Maire,
Mesdames et Messieurs les conseillers administratifs et les conseillers municipaux,
Citoyennes et citoyens des Trois-Chênes, chers amis,

Je tiens d’abord à vous dire de tout le plaisir et le grand honneur que vous m’avez faits en m’invitant à venir célébrer avec vous ce soir la 725e édition de notre Fête nationale.
Osons le dire, célébrer la fête nationale est devenu un exercice difficile. D'un côté, il faut se soumettre au rituel bien rôdé de la tradition patriotique avec tout le conformisme que cela suppose. On considérerait avec raison comme scandaleux le fait de se dérober à ce moment de haute liturgie civique. De même on considérait avec une égale suspicion celui qui saisirait cette occasion pour bousculer certaines de nos habitudes.
C'est pourtant ce que je vais essayer de faire, non par plaisir de provoquer, mais parce que je pense qu'il est salutaire de dépasser les habituels clichés et les phrases creuses pour interroger la vraie et authentique signification de la fête nationale. Je conçois en effet la fête nationale comme la célébration de notre pays vu comme une communauté de destin (et non comme une addition d'individus et d'intérêts particuliers) habitant un territoire propre (et non un vague ensemble supranational à l'idéologie et aux contours flous).
C'est une vision difficile à défendre aujourd'hui : comment fêter le pays qui nous a vu naître et qui nous permet de vivre, alors qu'à longueur de discours, nombre de médias et de dirigeants politiques nous présentent la nation comme un concept obsolète et qu'ils vantent sans cesse les mérites de la globalisation économique, de l'effacement des frontières et du dépassement de la nation comme le seul horizon souhaitable de notre avenir? Comment fêter notre pays comme une communauté de valeurs et de destin alors qu'une très grande partie de l'activité politique consiste à promouvoir les intérêts particuliers de telle ou telle minorité bruyante au détriment de la majorité silencieuse ? Le sens de l'intérêt collectif, du bien commun, s'est dilué dans les revendications catégorielles - défense des fonctionnaires, des handicapés, des minorités sexuelles, des locataires, des propriétaires, des malades du sida, des surdoués, des victimes de viols ou de pédophiles, etc. - toutes activités fort louables au demeurant mais qui finissent par occuper la totalité de l'espace public disponible.

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13/04/2016

Gouvernance à gogo



Y a-t-il un pilote dans le vaisseau Terre ? Non, il n’y en a pas. Mais ce n’est pas nécessaire puisqu’on a la gouvernance. Depuis l’aube du troisième millénaire, le mot résonne comme une incantation. Il est sur toutes les lèvres, dans tous les colloques, il hante les instituts de management comme les facultés de sciences politiques. Partout, il suscite respect et componction. C’est le nouveau mantra, la formule magique qui va résoudre tous les maux de la planète.
Or il faut le dire, cette gouvernance mondiale est une tarte à la crème, un mot-valise pour attrape-nigauds qui satisfait à la fois les arrivistes et les naïfs de la communauté internationale, professeurs des académies, dirigeants d’ONG à la recherche d’un destin, diplomates et haut-fonctionnaires soucieux de ne pas froisser leurs gouvernements, autant que les braves militants des bonnes causes humanitaires inquiétés par les dérives d’un monde qui semble aller de plus en plus mal.
Il est vrai que cette mode de la gouvernance mondiale - et c’est son grand atout - répond à un vrai besoin : celui d’approfondir la coopération internationale pour résoudre des problèmes désormais globaux, la crise climatique, les pannes de la croissance, les pandémies, les migrations, le terrorisme. Il est logique de donner une réponse globale à une menace globale, et d’améliorer la concertation pour y arriver.
Sauf que ce vocable fourre-tout ne veut rien dire du tout et que chacun y met ce qu’il veut, comme dans un diner canadien. Sa définition même pose problème. Deuxième difficulté, derrière cette jolie façade se cache en réalité une implacable lutte de pouvoir. Pour certains, cette volonté de « bonne gouvernance » dissimule un nouveau fascisme : au nom de « valeurs universelles » jamais bien définies, de la « transparence », de l’efficience, elle vise à éradiquer les vieilles élites récalcitrantes, encore attachées à leurs traditions nationales et culturelles, et à les remplacer par une nouvelle classe de dirigeants, parfaitement déracinée et entièrement formatée pour les besoins de la gestion du monde global.

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17/03/2016

Attention, propagande à tous les étages !


Connaissez-vous John Rendon, « le guerrier de l’information» comme il aime à s’appeler, le conseiller en communication qui se vante de placer n’importe quel article dans n’importe quel journal influent dans le monde? Le fondateur du Rendon Group (www.rendon.com), mandaté tout à tour par la CIA et le Pentagone, est sur tous les coups dès qu’un changement de régime est à l’ordre du jour à Washington. Du Panama à l’Afghanistan en passant par l’invasion de l’Iraq en 2003, il a réussi à vendre expéditions militaires et putschs à l’ensemble de la presse occidentale comme autant d’opérations au service de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme. Jusqu’à ce qu’un journaliste d’investigation américain, James Bamford, commence à mettre à nu « l’homme qui a vendu la guerre d’Iraq » dans un article du magazine Rolling Stone.
Le cas de John Rendon est emblématique mais pas isolé : il ne représente que la face visible d’un univers de la communication et des relations publiques qui se chiffre en dizaine de milliers de personnes et en milliards de dollars et qu’on peut voir à l’œuvre tous les jours dans les opérations de comm liées aux zones de confrontation où des intérêts occidentaux sont en jeu, Syrie, Iraq, Lybie, Ukraine, Mer de Chine, Venezuela, Corée du Nord pour ce citer que les plus actuels.
Les procédés sont connus : nous n’y sommes pour rien, c’est l’ennemi qui nous oblige à agir ; ses chefs sont inhumains, des agents du diable (Poutine égale Hitler) ; nous nous battons pour une noble cause et non pour de vils intérêts comme notre adversaire; l’ennemi nous a provoqué ; nos bavures sont involontaires tandis qu’il organise sciemment les siennes ; l’ennemi utilise des armes prohibées par les conventions internationales tandis que nos armes sont pures et légales ; nos pertes sont nulles mais les siennes immenses ; les gens biens, artistes, intellectuels et autres acteurs de la « société civile », sont de notre côté; notre cause est noble et sacrée pour l’humanité ; et enfin : ceux qui ne partagent pas nos vues sont des traitres et des vendus à l’ennemi.

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26/01/2016

Crépuscule de l'esprit citoyen

Les fêtes de Noël ont l'avantage de vous laisser le temps de lire des livres que vous n'auriez jamais eu l'envie de lire autrement. Je me suis donc retrouvé avec l'ouvrage de l'historien américain Ramsay MacMullen "Le déclin de Rome et la corruption du pouvoir" (Perrin 2012), dont la publication originale remonte à la fin des années 1980, soit à une époque où le déclinisme n'était pas du tout à la mode.
Fascinante lecture!
On y apprend ainsi que la chute de l'empire romain n'a pas été provoquée par les invasions barbares, comme on le croit communément, mais bien pour des causes internes: corruption des élites, privatisation du pouvoir et des fonctions publiques, trafics d'influence, vente des biens et services publics à des fins privées, le tout entrainant une détérioration constante des forces armées chargées de la défense.
Ce sont moins les attaques extérieures que la pourriture interne qui auront eu raison de la fin de Rome. C'est la faiblesse romaine plus que la force des Barbares qui a mis fin à la civilisation latine.

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30/09/2015

Mouvements tectoniques en Asie

Lancé il y a deux ans par le président chinois Xi Jinping, le projet de nouvelle Route de la soie prend de l'ampleur. En début de semaine dernière se tenait à Pékin un forum organisé par le Quotidien du Peuple avec plusieurs dizaines de hauts responsables régionaux et centraux du parti et 130 invités étrangers de 60 pays avec, s'il vous plait, échanges de vue et photo de groupe au siège de l'Assemblée nationale avec le No 5 du régime chinois, le responsable de l'idéologie et des médias, Liu Yunshan.
Comme toujours en Chine, tout est calibré, soupesé et rien n'est laissé au hasard. Chaque participant est trié sur le volet. L'honneur de présider la rencontre, côté invités étrangers, avait été confié au chef de l'agence d'information indonésienne, tout surpris de tant d'égards. Pourquoi? Au petit déjeuner, il m'explique qu'aux yeux de Pékin, l'Indonésie est un partenaire essentiel de la route de la soie, à tel point que le président chinois a choisi le parlement de Djakarta pour annoncer son projet, et que la Chine est en compétition avec le Japon pour construire le premier TGV indonésien. L'arrivée au pouvoir du parti prochinois proche de Sukharno devrait aider au rapprochement.
Et les Chinois de brosser un tableau grandiose du projet. Il ne s'agit rien moins que de créer une communauté de destin asiatico-européenne, et même une civilisation nouvelle, dans le sillage de la millénaire route de la soie qui a irrigué le commerce mondial terrestre et maritime entre l'Orient et l'Occident de l'empire romain au Moyen Age. A terme, le projet entend mobiliser 5 milliards de personnes, 63 % de la population de la planète, et la moitié du PIB mondial. Et, crise boursière ou pas, le pays envisage d'atteindre dans quelques années les 1000 milliards de dollars annuels d'échanges commerciaux, de lancer 500 millions de touristes chinois sur les routes du monde et d'investir 10 000 milliards dans les infrastructures des pays émergents et les approvisionnements en énergie et en matières premières.
Faut-il prendre tout cela au sérieux?

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04/09/2015

Migrations : le principe du casseur-payeur

Après d’innombrables luttes et d’interminables discussions, on a fini par admettre qu’en matière de pollution, c’était au responsable de payer : le principe du pollueur-payeur s’est peu à peu imposé.
Pourquoi n’appliquerait-on pas le même principe à la problématique des réfugiés et des migrants ? Il s’agit, bien évidemment, de ne pas faire payer les réfugiés et les migrants, qui ne sont que des victimes, mais les vrais responsables de ces tragédies. Lesquels ne sont d’ailleurs pas les passeurs. Punir les passeurs qui sont de vulgaires trafiquants de chair humaine est nécessaire, mais ce n’est que de la poudre aux yeux car ce ne sont que des comparses. C’est comme punir les mules pour mieux protéger les narcotrafiquants. Non ceux qu’il faut faire passer à la caisse sont ceux qui sont au sommet de la chaine. Les coupables ultimes ne pilotent pas des bateaux pourris, ils portent cravate et souliers vernis, ils habitent des palais et souvent des palais payés par le contribuable.
Si l’on recherche les causes profondes du flux de migrants qui assaillent les côtes grecques et italiennes et l’identité des responsables, émergent deux catégories de coupables : les dictateurs qui oppriment leurs peuples avec la complicité des multinationales et des banques occidentales qui financent l’exploitation inégalitaire des ressources nationales et corrompent les élites dirigeantes de ces pays, et les présidents d’Etats occidentaux qui, par caprice ou opportunisme politique, changent soudain d’avis avec une inconséquence criminelle et se mettent à déstabiliser des régimes qu’ils avaient naguère soutenu.

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24/08/2015

L'agriculture mondiale et le fantôme de Staline

Quel lien y a-t-il entre un livre sur la déportation des koulaks russes, l'Exposition universelle de Milan sur l'alimentation et des pêches vendues dans un petit supermarché provençal? Les vacances ont ceci de bien qu'elles repoussent les limites de la routine intellectuelle et permettent d'établir des correspondances impromptues entre les expériences que vous vivez.
Le livre sur le goulag, c'est "Les Ténèbres" d'Oleg Volkov, qui raconte ses cinq condamnations à la déportation et décrit par le menu le drame des paysans arrachés à leurs terres au moment de la collectivisation et envoyés par centaines de milliers périr de faim et d'exténuation dans les camps de travail sibériens. L'expo de Milan, c'est une tentative souvent habile, parfois très pertinente mais parfois aussi très hypocrite, de répondre à une question apparemment toute simple : comment nourrir la planète? Quant au supermarché de Provence, dont le gérant produit lui-même les pêches qu'il vend dans son champ à trois kilomètres du magasin, c'est un exemple devenu rarissime d'intégration équilibrée des éléments de la chaine qui va du producteur au consommateur en passant par le vendeur.
A la question comment nourrir la planète, le modèle libéral dominant répond en une phrase: en satisfaisant les besoins des consommateurs aux meilleurs prix possibles. Sur le principe, rien à redire. La logique est parfaite. Sauf qu'en pratique, c'est faux, et même mensonger. Car, en réalité, le système de production agricole d'aujourd'hui, n'a rien à voir avec celui d'une concurrence parfaite entre des producteurs qui livreraient leurs produits en toute transparence à des consommateurs informés : il est très proche de celui que Staline avait mis au point avec ses kolkhozes dans les années 1930.

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20/07/2015

Visions d'un autre monde

Les hasards de l'agenda, de conférences à suivre et à donner, de réunions et d'assemblées à tenir m'ont amené à labourer la moitié de l'Asie, de la Mongolie au nord de la Russie en particulier.
Loin, très loin de la canicule et de la sordide comédie que l'Allemagne a fait jouer à la Grèce pendant ces dernières semaines.
J'en ai tiré deux ou trois leçons réconfortantes. Rien d'original, mais autant de piqûres de rappel salutaires.
La première, c'est que le monde ne tourne pas qu'autour de l'Europe. Au milieu des steppes mongoles, pas de wifi ni de réseau téléphonique stable, pas de canicule, pas de combat inégal entre Tsipras et Merkel ni de match incertain Etats-Unis - Iran. La préoccupation du moment, c'est le manque de pluie, les rivières à sec, le bétail qui crève de soif et les touristes condamnés à se décrasser avec quelques gouttes d'eau minérale. Cela ramène les préoccupations autour du Grexit et de la survie de l'euro à de plus justes proportions et, vu de là-bas, ce qui fait la une de nos journaux se résume à un minable combat de coqs entre une chancelière armée jusqu'aux dents et un poulet déplumé.
Heureusement, la veille de mon départ, il a plu un peu et les Mongols étaient contents.
La deuxième, c'est que la nature existe encore. En Suisse, en Europe, pas un centimètre carré de terre qui n'ait été arpenté, défriché, cadastré, taxé. En Mongolie, pays de 3 millions d'habitants gros comme trois fois la France, et en Russie du Nord, l'espace et la nature dominent. Plus tout à fait vierges, mais presque. La Mongolie est sale parce que les Mongols n'ont pas encore intégré que le plastique ne se dégradait pas. La Russie, elle, est propre. Mais jamais aussi bien qu'au milieu de ces immenses paysages, on ne se sent aussi proche de la nature, comme à l'aube de l'humanité presque, parce que la main de l'homme n'y a encore commis aucun dégât irréversible.
Sentiment rare, qui ne saurait durer hélas.

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22/06/2015

Les vrais enjeux du grand cirque anti-FIFA

Maintenant que les projecteurs des médias mondiaux semblent braqués sur d'autres objectifs que les collines zurichoises et que la meute des journalistes assoiffés de sang a obtenu la tête de Sepp Blatter, on peut enfin essayer de comprendre les raisons profondes de tout ce cirque.
La lutte contre la corruption, prétexte officiel invoqué pour arrêter la poignée de dignitaires américains du foot, n'est évidement qu'un motif secondaire. Si c'était le cas, pourquoi se focaliser sur la FIFA qui n'est après tout qu'un petit comparse dans cette affaire? Et pourquoi monter une opération aussi spectaculaire à ce moment précis?
Comme l'a bien dit Peter Bodenmann, coup monté il y a bien eu: d'habitude, on ne trouve pas de journalistes du New York Times planqués devant le Baur au Lac à 6h du matin. Et si les Suisses se réveillent tard, il n'y a pas de raison de croire que nos confrères alémaniques soient restés endormis ce jour-là. Il a donc bien fallu que la presse américaine soit informée de la descente de la police suisse. Le NYT était donc de mèche avec la justice américaine.
Pourquoi? A mon sens, cette magistrale opération de communication répond à plusieurs objectifs. Il s'agissait d'abord d'obtenir l'effet le plus spectaculaire possible. A la veille du congrès de la FIFA, avec la présence de tous les médias mondiaux, l'attentat médiatique ne pouvait que réussir. Stupeur garantie jusqu'au fond des Iles Tonga sans dépenser un franc de comm. Deuxième objectif: faire diversion tout en ciblant la FIFA. Réfléchissons: qui est-ce qui a été arrêté? Uniquement des Américains, du nord, du centre et du sud. Et qu'a fait la presse? Elle a comme un seul homme, à la suite de la dépêche du NYT, parlé d'arrestations à la FIFA avant de se mettre à pilonner "ces pourris de la FIFA". Or la cause de ces arrestations, c'est la corruption des fédérations américaines de foot, Concacaf et autres, pas celle de la FIFA, même si ces personnes sont aussi membre de la FIFA. Si la justice américaine avait opéré aux Eaats-Unis, toute la presse aurait ciblé sur l'appartenance des victimes aux fédérations américaines et non à celle de la FIFA. Coup double pour la Justice américaine: on évite de montrer que les corrompus sont d'abord des Américains de toutes origines et on désigne à la vindicte mondiale la FIFA, ce qui du coup permet aux Etats-Unis de prendre la posture du preux chevalier blanc qui terrasse la pourriture du reste du monde. Il n'y avait qu'à lire les commentaires élogieux des médias envers l'"l'incorruptible" procureur Lynch pour s'en convaincre.

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10/06/2015

Géopolitique d’un monde moins sûr

Inventé en 1899 par le politologue suédois Rudolf Kjellen pour expliquer les rivalités impériales de la fin du XIXe siècle, développé par l’Anglais Mackinder, l’Allemand Haushofer et l’Américain Spykman, le concept de géopolitique a longtemps senti le soufre après l’épisode nazi. Puis il a repris du service à la fin de la Guerre froide avant d’être à nouveau condamné aux oubliettes par la chute du Mur de Berlin et la disparition du bloc soviétique.
Avec l’avènement de la démocratie libérale et du libre marché universels, puis grâce à la révolution des nouvelles technologies de l’information qui devaient permettre de connecter les 8 milliards d’êtres humains en permanence, l’idée même de géopolitique devenait obsolète, voire obscène, annonçaient les prophètes de la fin de l’histoire et du libre-échange mondialisé des biens, des idées et des hommes. Grâce à la bienveillante protection de l’armée américaine qui allait assurer le maintien du nouvel ordre et veiller à remettre aux pas les récalcitrants, le monde était parti pour mille ans de bonheur.
Il n’en a rien été. Il aura fallu moins d’une décennie pour balayer cette illusion.
Parce que le projet était vicié dès le départ.

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03/06/2015

A quand la fin du journalisme embarqué?

La guerre en Afghanistan, mais surtout l'invasion et la destruction de l'Irak sous des prétexte mensongers et, depuis un an, les manigances des Etats-Unis et de l'Union européenne en Ukraine ont consacré le triomphe du journalisme embarqué: de Washington à Bruxelles, de Paris à Zurich, les médias dominants sont formatés et drillés pour réciter inlassablement le même discours: l'OTAN c'est le bien, la Russie c'est le mal. L'Europe, c'est la paix, la démocratie et la liberté, les autres, c'est la guerre, l'expansionnisme et l'oppression.
Partout, du New York Times à la NZZ, ce sont les mêmes experts stipendiés par des fondations conservatrices proches des lobbies militaires américains qui dispensent le même discours contre la Russie, la Chine, l'Iran et autres prétendues puissances non-démocratiques, alors qu'ils ménagent des amis aussi peu recommandables que la dictature médiévale saoudienne, qui asservit les femmes, condamne à mort les homosexuels et subventionne les mouvements terroristes sunnites que l'Occident bombarde par ailleurs en Syrie!
Sauf que, paradoxe inouï, il est aujourd'hui plus facile de se rendre en Tchétchénie ou en Crimée pour y réaliser un reportage auprès des populations indigènes qu'en Afghanistan pour y donner une autre vision que celle prédigérée par les professionnels de la communication des armées d'occupation!
Cherchez l'erreur.

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11/03/2015

Le combat suisse de Julian Assange

C'est un Julian Assange à la fois marqué et combatif qui nous accueille dans la petite salle de réunion de l'Ambassade d'Equateur à Londres. Les cheveux blonds ont blanchi, le visage s'est arrondi. Les deux ans et demi de réclusion involontaire dans une minuscule chambre au rez de chaussée de cet immeuble cossu, à deux pas du célèbre magasin de luxe Harrod's, ont fait leur effet. A force de vivre presque à ras du trottoir et à hauteur des bobbies faussement flegmatiques qui gardent les fenêtres et les entrées, comment aurait-il pu en être autrement?
Les yeux sont vifs et le ton est rieur. 33 mois de garde à vue n'ont pas altéré l'humeur. Avec le temps et les épreuves, l'homme s'est même détendu. Mais il est resté combatif. Pas question de rendre les armes. C'est le principal.
De fait, Julian Assange appartient à cette frange rare d’Anglo-Saxons briseurs de tabous. Ange pour les uns, démon pour les autres, résolument à contre-courant, borderline, scandaleux, il est de la race de ces non-conformistes qui cassent les codes et pulvérisent les conventions. D'Oscar Wilde, de Lawrence d'Arabie ou d'Alan Turing, Assange possède le même génie inquiétant, la même marque de fabrique, celle qui fait que grâce à eux le monde n'est plus tout à fait comme avant. Assange n'a pas subverti la morale hypocrite de l'empire britannique, il n'a pas conquis l'Arabie, il n'a pas brisé le code secret des nazis. Mais il a fracassé la loi du silence, la puissante omerta qui dissimulait les turpitudes des démocraties, des banques ou des entreprises lorsqu'elles trahissent leurs valeurs pour mieux servir leurs intérêts. Avec Wikileaks, il a créé un modèle nouveau de transparence. Quitte à payer, comme les autres, le prix fort.
On aime ou pas, mais lui aussi fera date dans l'histoire. (Voir interview)

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05/03/2015

Oligarchies et démocraties dynastiques

Fort des grandes valeurs humanistes des Lumières françaises, l’Occident aime à donner des leçons de démocratie et de droits de l’Homme au reste du monde. A ses yeux, rien ne remplace les valeurs universelles ancrées une fois pour toutes dans la Déclaration des droits de l’Homme.
Fort bien.
Mais on ne nous empêchera pas, comme nous le faisons régulièrement dans cette rubrique, de réinterroger ces valeurs et de les soumettre à la critique des valeurs humaines apportées par d’autres civilisations et de pratiques qui sont souvent en contradiction avec les principes affichés.
La dérive oligarchique et dynastique de nos démocraties est devenue, entre autres, l’un des phénomènes les plus inquiétants pour l’avenir de nos démocraties. La croissance des inégalités de richesses et notamment des très grandes fortunes n’a pas que des conséquences économiques et sociales, elle a aussi des effets politiques. Elle génère des formes de lobbyisme et de clientélisme qui corrompent le fonctionnement de la démocratie. La théorie des lobbies et des associations, comme celle de la concurrence en économie, vaut tant que ces associations s’équilibrent ou se contrebalancent. Mais quand le curseur se met à pencher d’un seul côté, le système se pervertit peu à peu.
C’est ce qui est en train de se passer. Les parlements, de Strasbourg à Genève en passant par Berne, sont devenus des chambres d’enregistrement des lobbies les plus puissants, qui ne cessent d’amender les lois en leur faveur, c’est à dire en vue d’obtenir des avantages commerciaux et fiscaux qui vont à l’encontre des intérêts de la majorité du peuple et de la souveraineté nationale. Le développement des instances supranationales est souvent un moyen d’évincer la démocratie. C’est d’ailleurs tout le problème de la construction européenne, qui commence à tousser depuis que les peuples ont compris l’enjeu et se mettent à faire de la résistance.

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22/01/2015

Philosopher sur la liberté en Chine

Parler de la liberté en Chine? C'est aussi naturel que de manger des nouilles. La seule différence, c'est que les Chinois mangent avec des baguettes. Si l'on admet cette différence, alors oui, les Chinois aiment autant la liberté que nous même s'ils en usent autrement.
Lors de mon dernier voyage en Chine, alors que la discussion dérivait inévitablement sur la liberté, j'ai été frappé par l'un de mes amis Chinois qui singeait les journalistes étrangers qui découvraient leur pays pour la première fois. De façon drôle et ironique, sans aucune gêne, il imitait le journaliste qui voulait absolument interviewer l'homme-de-la-rue-sur-la-liberté-en-Chine. Comment, en effet, les Chinois peuvent-ils supporter de vivre dans ce goulag à ciel ouvert qu'est toujours la Chine communiste en ce début de XXIe siècle? Très bien, et c'est ce qu'ils répondent au journaliste occidental médusé. Difficile en effet de croire que les gens disent vrai quand on n'a presque rien lu d'autre sur la Chine que des articles sur la pollution et les violations des droits de l'Homme.
Et pourtant les Chinois sont comme nous, ils aiment la liberté! J'ai donc, une fois de plus, abordé ce thème avec l'un des plus grands peintres classiques chinois, Maitre Fang Zhen. Un artiste peut-il créer librement sous une dictature? Voici ce qu'il m'a répondu: alors que vous autres Occidentaux ne considérez qu'une liberté, nous Chinois nous en avons trois. Tout comme vous, nous apprécions la liberté sociétale, celle qui s'épanouit dans les limites de la morale et du droit, chaque société ayant le droit de décider elle-même quelles limites elle entend poser à cette morale et à ce droit. Mais nous chérissons aussi la liberté de la raison, celle qui nous permet l'intelligence des choses, de la vie, de la société, et sans laquelle il n'est pas de vrai savoir.

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12/11/2014

Droits de l’Homme à deux vitesses

Dix jours après les élections en Ukraine et dans le Donbass, la trêve reste toujours aussi précaire et le conflit demeure plus que jamais révélateur des complaisances occidentales à l’égard du régime de Kiev et de la sévérité implacable manifestée à l’encontre des « méchants » Russes et pro-russes. Il en dit long sur nous-mêmes, sur nos incohérences et notre pratique sans scrupule des doubles standards.

L’attitude des gouvernements, des ONG et des médias européens en matière de droits de l’Homme est très instructive à cet égard. On attend toujours la publication d’un rapport du Conseil des droits de l’Homme sur les atteintes aux droits humains en Ukraine. On espère qu’il sera objectif et que, contrairement à tout ce qu’on a pu lire jusqu’ici, il mettra également en lumière les violations droits de l’homme et les crimes de l’armée ukrainienne et des milices privées des oligarques contre les populations civiles de Lougansk et Donetsk.

Amnesty International, qui demeure sans aucun doute l’ONG la plus objective et la moins inféodée aux pressions des gouvernements et des bailleurs de fonds occidentaux, a récemment mis en lumière le fait que l’armée ukrainienne avait utilisé contre des populations civiles des bombes à sous-munition interdites. D’une façon générale, les conventions de Genève prohibent le bombardement des populations civiles. Or elles ont été violées pendant des semaines par les troupes de Kiev sans qu’aucun gouvernement, ONG ou média occidental n’y trouve rien à redire. Idem pour les fosses communes découvertes dans les zones reconquises par les pro-russes.

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26/05/2014

La grandeur (presque) perdue de la presse

On le sait, à chaque nouvelle crise depuis vingt ans, la presse et les médias diminuent comme peau de chagrin. Baisse des revenus publicitaires par-ci, concurrence croissante d’internet par-là, tout conspire à rendre le journalisme plus docile, les journaux plus étiques et l’information télévisée plus banale. Et la profession de se lamenter sur la grandeur perdue de la presse d’antan.
Tout cela est sans doute vrai. Mais ce qui frappe le plus dans le marasme ambiant, c’est la complaisance des moyens d’information à l’égard des puissants. Pas des pseudo-puissants, mais des vrais puissants, ceux qui détiennent la richesse et le pouvoir et qui instrumentalisent les médias, les partis politiques et les parlements par le biais de lobbies grassement payés.
La crise ukrainienne a montré à quel point les médias étaient littéralement intoxiqués par des manipulateurs d’opinion bardés de diplômes, ayant pignon sur rue et cartes de visites au nom d’un think tank aussi ronflant que l’origine de leurs fonds est floue. Combien d’experts tout droit sortis d’une officine bruxelloise à forte consonance anglo-saxonne n’a-t-on pas entendu pérorer dans les médias pour justifier les ingérences occidentales et dénoncer les opérations militaires sous couverture russes ? Tout cela à grands renforts d’explications stratégiques et de considérations démocratiques destinées à mieux faire oublier le caractère profondément illégitime du régime de Kiev et à mettre en évidence « l’illégalité des séparatistes ». Il est vrai que marteler « l’armée régulière ukrainienne cherche à rétablir l’ordre légal face aux séparatistes de la République auto-proclamée du Donetsk soutenue par l’espion Poutine » sonne assez différemment que « les chars du régime putschiste de Kiev guidés par les instructeurs de la CIA ont tiré sur la foule et abattu des manifestants du Donbass ». Comme par hasard, les tenants du nouvel ordre ukrainien font complètement silence sur un gouvernement qui n’a pas plus de légitimité – et sans doute beaucoup moins puisqu’il n’a même pas été adoubé par referendum – que l’annexion de la Crimée par la Russie.

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