29/11/2015

Internet toujours « en construction »

Nous avons tous cliqué sur un site internet « en construction ». C’est exactement l’état de la gouvernance mondiale d’internet, toujours « en construction » depuis le dernier sommet mondial de la société de l’information à Tunis en 2005. L’ICANN (Société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet), basée en Californie, lâche du lest mais sans partager le pouvoir… Son patron, Fadi Chahade, était à Genève pour rencontrer les chefs d’agence onusiennes concernés. A Genève, l’UIT, l’OMPI, l’OMC, la CSTD (Commission pour la science et la technologie pour le développement) et le World Economic Forum sont censés figurer dans les dix premières institutions chargée de gouverner internet. Espérons qu’on passera bientôt à l’étape d’une gouvernance « in progress »…


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→Exercice de haute voltige pour le Centre pour le contrôle démocratique des Forces armées (DCAF) qui présente son livre sur les « Valeurs partagées du multiculturalisme et de la laïcité en Azerbaidjan et en Suisse », en collaboration avec le gouvernement et diverses ONG azéries. Cela ne va pas de soi surtout au moment où l’ONG américaine Human Rights Watch a fait monter la pression en soutenant une campagne en faveur de la journaliste Khadija Ismayilova. Telle est la mission ardue de la Genève internationale, au bon sens du terme : d’un côté, courir le risque d’engager le dialogue pour encourager un Etat qui ne l’est pas encore à se démocratiser, et de l’autre accepter les critiques d’ONG pas toujours dépourvues sans arrière-pensée, sachant que les Etats-Unis jouent des droits de l’homme pour forcer le gouvernement azéri à sortir de l’orbite russe.


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05/11/2015

Al Qaida, notre ami !

Or donc les Russes bombardent les terroristes islamistes syriens depuis le début du mois. Tollé immédiat dans les médias atlantistes aux ordres. De quoi se mêlent donc ces Russes qui viennent bousculer nos ennemis sans nous demander la permission !
Durant les premiers jours, on a donc vu fleurir les reportages sur les prétendues victimes civiles, les supposées pannes de guidage (des missiles seraient tombés sur l’Iran) et autres bavures russes. Manque de chance : au même moment les avions américains de l’OTAN tiraient sur un hôpital de Médecins sans frontières en Afghanistan et y tuaient une vingtaine de patients.
Puis on a essayé les éditoriaux alarmistes sur les risques d’une nouvelle guerre mondiale à cause de deux brèves incursions d’avions russes sur le territoire turc et d’un frôlement avec des F-15 de la coalition américaine, immédiatement relayés par le gouvernement ukrainien et les pays baltes, alarmés à l’idée qu’on ne parle plus de la menace russe contre eux pendant quelques jours.

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02/11/2015

Avant tout, votons Genecand

La campagne pour les élections nationales arrive enfin à son terme. La dernière ligne droite est en vue et il importe que Benoit Genecand monte sur le podium.
A cause de ses qualités bien sûr, libéral mais humaniste, de droite mais sensible à la détresse des réfugiés, proche de l’économie mais à l’écoute des citoyens de base. Mais aussi parce qu’il est important que le canton soit représenté à Berne de façon équilibrée. En présentant un seul et unique candidat au deuxième tour, l’Entente montre qu’elle n’est ni arrogante ni totalitaire, au contraire des deux autres listes qui prétendent incarner l’ensemble de la population genevoise alors qu’elles ne représentent chacune qu’un tiers des électeurs/trices. Si l’ensemble des forces de gauche a sans doute droit à un siège, il est tout aussi légitime que le centre-droit ait aussi le sien. Cela ne peut que donner de la force à la voix de Genève à Berne.
La seconde raison, peu évoquée, est que l’Entente doit absolument conserver le leadership de la droite à Genève. De fait, la manœuvre de l’auto-proclamée « nouvelle force » est claire : ses deux ténors ne concourent pas pour gagner mais pour diviser la droite en vue des élections de 2019. Il est probable que le prétendu retrait d’Eric Stauffer au soir du premier tour n’était qu’un artifice pour faire croire à une alliance des droites que l’on savait impossible en 2015, à cause des divergences sur le vote du 9 février 2014 et les bilatérales et des engagements pris avant le premier tour.
Ce qui est en cause dimanche prochain, et c’est important pour l’avenir du canton, c’est le leadership de la droite genevoise. Le but du tandem Nidegger-Stauffer, c’est de passer devant Genecand au deuxième tour afin de bousculer ce leadership qui revient au PLR, premier parti du canton, et de faire éclater l’Entente lors des prochaines élections en faisant pression sur les forces centripètes du PLR pour qu’elles lâchent le PDC au profit de l’UDC.
Nous ne devons pas nous prêter à ces manœuvres politiciennes qui ne feront qu’aviver les tensions et ne résoudront aucun des problèmes de Genève. Et qui, de plus, compromettront les chances de succès des deux partis du centre-droit, qui progressent de concert à toutes les élections depuis 2013.

30/09/2015

Mouvements tectoniques en Asie

Lancé il y a deux ans par le président chinois Xi Jinping, le projet de nouvelle Route de la soie prend de l'ampleur. En début de semaine dernière se tenait à Pékin un forum organisé par le Quotidien du Peuple avec plusieurs dizaines de hauts responsables régionaux et centraux du parti et 130 invités étrangers de 60 pays avec, s'il vous plait, échanges de vue et photo de groupe au siège de l'Assemblée nationale avec le No 5 du régime chinois, le responsable de l'idéologie et des médias, Liu Yunshan.
Comme toujours en Chine, tout est calibré, soupesé et rien n'est laissé au hasard. Chaque participant est trié sur le volet. L'honneur de présider la rencontre, côté invités étrangers, avait été confié au chef de l'agence d'information indonésienne, tout surpris de tant d'égards. Pourquoi? Au petit déjeuner, il m'explique qu'aux yeux de Pékin, l'Indonésie est un partenaire essentiel de la route de la soie, à tel point que le président chinois a choisi le parlement de Djakarta pour annoncer son projet, et que la Chine est en compétition avec le Japon pour construire le premier TGV indonésien. L'arrivée au pouvoir du parti prochinois proche de Sukharno devrait aider au rapprochement.
Et les Chinois de brosser un tableau grandiose du projet. Il ne s'agit rien moins que de créer une communauté de destin asiatico-européenne, et même une civilisation nouvelle, dans le sillage de la millénaire route de la soie qui a irrigué le commerce mondial terrestre et maritime entre l'Orient et l'Occident de l'empire romain au Moyen Age. A terme, le projet entend mobiliser 5 milliards de personnes, 63 % de la population de la planète, et la moitié du PIB mondial. Et, crise boursière ou pas, le pays envisage d'atteindre dans quelques années les 1000 milliards de dollars annuels d'échanges commerciaux, de lancer 500 millions de touristes chinois sur les routes du monde et d'investir 10 000 milliards dans les infrastructures des pays émergents et les approvisionnements en énergie et en matières premières.
Faut-il prendre tout cela au sérieux?

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04/09/2015

Migrations : le principe du casseur-payeur

Après d’innombrables luttes et d’interminables discussions, on a fini par admettre qu’en matière de pollution, c’était au responsable de payer : le principe du pollueur-payeur s’est peu à peu imposé.
Pourquoi n’appliquerait-on pas le même principe à la problématique des réfugiés et des migrants ? Il s’agit, bien évidemment, de ne pas faire payer les réfugiés et les migrants, qui ne sont que des victimes, mais les vrais responsables de ces tragédies. Lesquels ne sont d’ailleurs pas les passeurs. Punir les passeurs qui sont de vulgaires trafiquants de chair humaine est nécessaire, mais ce n’est que de la poudre aux yeux car ce ne sont que des comparses. C’est comme punir les mules pour mieux protéger les narcotrafiquants. Non ceux qu’il faut faire passer à la caisse sont ceux qui sont au sommet de la chaine. Les coupables ultimes ne pilotent pas des bateaux pourris, ils portent cravate et souliers vernis, ils habitent des palais et souvent des palais payés par le contribuable.
Si l’on recherche les causes profondes du flux de migrants qui assaillent les côtes grecques et italiennes et l’identité des responsables, émergent deux catégories de coupables : les dictateurs qui oppriment leurs peuples avec la complicité des multinationales et des banques occidentales qui financent l’exploitation inégalitaire des ressources nationales et corrompent les élites dirigeantes de ces pays, et les présidents d’Etats occidentaux qui, par caprice ou opportunisme politique, changent soudain d’avis avec une inconséquence criminelle et se mettent à déstabiliser des régimes qu’ils avaient naguère soutenu.

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24/08/2015

L'agriculture mondiale et le fantôme de Staline

Quel lien y a-t-il entre un livre sur la déportation des koulaks russes, l'Exposition universelle de Milan sur l'alimentation et des pêches vendues dans un petit supermarché provençal? Les vacances ont ceci de bien qu'elles repoussent les limites de la routine intellectuelle et permettent d'établir des correspondances impromptues entre les expériences que vous vivez.
Le livre sur le goulag, c'est "Les Ténèbres" d'Oleg Volkov, qui raconte ses cinq condamnations à la déportation et décrit par le menu le drame des paysans arrachés à leurs terres au moment de la collectivisation et envoyés par centaines de milliers périr de faim et d'exténuation dans les camps de travail sibériens. L'expo de Milan, c'est une tentative souvent habile, parfois très pertinente mais parfois aussi très hypocrite, de répondre à une question apparemment toute simple : comment nourrir la planète? Quant au supermarché de Provence, dont le gérant produit lui-même les pêches qu'il vend dans son champ à trois kilomètres du magasin, c'est un exemple devenu rarissime d'intégration équilibrée des éléments de la chaine qui va du producteur au consommateur en passant par le vendeur.
A la question comment nourrir la planète, le modèle libéral dominant répond en une phrase: en satisfaisant les besoins des consommateurs aux meilleurs prix possibles. Sur le principe, rien à redire. La logique est parfaite. Sauf qu'en pratique, c'est faux, et même mensonger. Car, en réalité, le système de production agricole d'aujourd'hui, n'a rien à voir avec celui d'une concurrence parfaite entre des producteurs qui livreraient leurs produits en toute transparence à des consommateurs informés : il est très proche de celui que Staline avait mis au point avec ses kolkhozes dans les années 1930.

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20/07/2015

Visions d'un autre monde

Les hasards de l'agenda, de conférences à suivre et à donner, de réunions et d'assemblées à tenir m'ont amené à labourer la moitié de l'Asie, de la Mongolie au nord de la Russie en particulier.
Loin, très loin de la canicule et de la sordide comédie que l'Allemagne a fait jouer à la Grèce pendant ces dernières semaines.
J'en ai tiré deux ou trois leçons réconfortantes. Rien d'original, mais autant de piqûres de rappel salutaires.
La première, c'est que le monde ne tourne pas qu'autour de l'Europe. Au milieu des steppes mongoles, pas de wifi ni de réseau téléphonique stable, pas de canicule, pas de combat inégal entre Tsipras et Merkel ni de match incertain Etats-Unis - Iran. La préoccupation du moment, c'est le manque de pluie, les rivières à sec, le bétail qui crève de soif et les touristes condamnés à se décrasser avec quelques gouttes d'eau minérale. Cela ramène les préoccupations autour du Grexit et de la survie de l'euro à de plus justes proportions et, vu de là-bas, ce qui fait la une de nos journaux se résume à un minable combat de coqs entre une chancelière armée jusqu'aux dents et un poulet déplumé.
Heureusement, la veille de mon départ, il a plu un peu et les Mongols étaient contents.
La deuxième, c'est que la nature existe encore. En Suisse, en Europe, pas un centimètre carré de terre qui n'ait été arpenté, défriché, cadastré, taxé. En Mongolie, pays de 3 millions d'habitants gros comme trois fois la France, et en Russie du Nord, l'espace et la nature dominent. Plus tout à fait vierges, mais presque. La Mongolie est sale parce que les Mongols n'ont pas encore intégré que le plastique ne se dégradait pas. La Russie, elle, est propre. Mais jamais aussi bien qu'au milieu de ces immenses paysages, on ne se sent aussi proche de la nature, comme à l'aube de l'humanité presque, parce que la main de l'homme n'y a encore commis aucun dégât irréversible.
Sentiment rare, qui ne saurait durer hélas.

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24/06/2015

Le lancer de soulier yéménite

Or donc les négociations de paix au Yémen ont lamentablement échoué. Trop tôt, pas assez préparés, les représentants des rebelles houthis et du gouvernement en exil soutenus par l'Arabie saoudite n'ont pu nouer le dialogue. L'événement qui a le mieux caractérisé cet échec restera le lancer de soulier d'une journaliste activiste pro-gouvernementale à la tête d'un rebelle houthi jeudi au Club suisse de la presse, devant 40 journalistes qui n'avaient rien d'autre à se mettre sous la dent. L'incident a aussitôt fait le tour des agences et des réseaux sociaux. Tapez "soulier yéménite" en anglais ou en arabe sur twitter et voyez comment on fait un buzz quasi planétaire. Le ministre yéménite des droits humains s'est décommandé, par peur d'un outrage similaire. Nous aurions préféré que chacun puisse s'exprimer dignement et que les négociations de paix aboutissent. Mais voilà, la paix ne se décrète pas, même à Genève.


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→Cet péripétie rocambolesque aura au moins montré le parfait sang-froid des rebelles houthis. Déjà fortement stressée par un voyage de 44 heures entre Sanaa et Genève à cause des embûches saoudiennes, empêchée de participer à la réception prévue, la délégation houthie n'a pas bronché: elle a poursuivi sa conférence de presse comme si de rien n'était. Il est vrai que les chaussures sont moins dangereuses que les bombes. Mais en voilà qui ne sont pas prêts de perdre le Nord…


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22/06/2015

Les vrais enjeux du grand cirque anti-FIFA

Maintenant que les projecteurs des médias mondiaux semblent braqués sur d'autres objectifs que les collines zurichoises et que la meute des journalistes assoiffés de sang a obtenu la tête de Sepp Blatter, on peut enfin essayer de comprendre les raisons profondes de tout ce cirque.
La lutte contre la corruption, prétexte officiel invoqué pour arrêter la poignée de dignitaires américains du foot, n'est évidement qu'un motif secondaire. Si c'était le cas, pourquoi se focaliser sur la FIFA qui n'est après tout qu'un petit comparse dans cette affaire? Et pourquoi monter une opération aussi spectaculaire à ce moment précis?
Comme l'a bien dit Peter Bodenmann, coup monté il y a bien eu: d'habitude, on ne trouve pas de journalistes du New York Times planqués devant le Baur au Lac à 6h du matin. Et si les Suisses se réveillent tard, il n'y a pas de raison de croire que nos confrères alémaniques soient restés endormis ce jour-là. Il a donc bien fallu que la presse américaine soit informée de la descente de la police suisse. Le NYT était donc de mèche avec la justice américaine.
Pourquoi? A mon sens, cette magistrale opération de communication répond à plusieurs objectifs. Il s'agissait d'abord d'obtenir l'effet le plus spectaculaire possible. A la veille du congrès de la FIFA, avec la présence de tous les médias mondiaux, l'attentat médiatique ne pouvait que réussir. Stupeur garantie jusqu'au fond des Iles Tonga sans dépenser un franc de comm. Deuxième objectif: faire diversion tout en ciblant la FIFA. Réfléchissons: qui est-ce qui a été arrêté? Uniquement des Américains, du nord, du centre et du sud. Et qu'a fait la presse? Elle a comme un seul homme, à la suite de la dépêche du NYT, parlé d'arrestations à la FIFA avant de se mettre à pilonner "ces pourris de la FIFA". Or la cause de ces arrestations, c'est la corruption des fédérations américaines de foot, Concacaf et autres, pas celle de la FIFA, même si ces personnes sont aussi membre de la FIFA. Si la justice américaine avait opéré aux Eaats-Unis, toute la presse aurait ciblé sur l'appartenance des victimes aux fédérations américaines et non à celle de la FIFA. Coup double pour la Justice américaine: on évite de montrer que les corrompus sont d'abord des Américains de toutes origines et on désigne à la vindicte mondiale la FIFA, ce qui du coup permet aux Etats-Unis de prendre la posture du preux chevalier blanc qui terrasse la pourriture du reste du monde. Il n'y avait qu'à lire les commentaires élogieux des médias envers l'"l'incorruptible" procureur Lynch pour s'en convaincre.

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10/06/2015

Géopolitique d’un monde moins sûr

Inventé en 1899 par le politologue suédois Rudolf Kjellen pour expliquer les rivalités impériales de la fin du XIXe siècle, développé par l’Anglais Mackinder, l’Allemand Haushofer et l’Américain Spykman, le concept de géopolitique a longtemps senti le soufre après l’épisode nazi. Puis il a repris du service à la fin de la Guerre froide avant d’être à nouveau condamné aux oubliettes par la chute du Mur de Berlin et la disparition du bloc soviétique.
Avec l’avènement de la démocratie libérale et du libre marché universels, puis grâce à la révolution des nouvelles technologies de l’information qui devaient permettre de connecter les 8 milliards d’êtres humains en permanence, l’idée même de géopolitique devenait obsolète, voire obscène, annonçaient les prophètes de la fin de l’histoire et du libre-échange mondialisé des biens, des idées et des hommes. Grâce à la bienveillante protection de l’armée américaine qui allait assurer le maintien du nouvel ordre et veiller à remettre aux pas les récalcitrants, le monde était parti pour mille ans de bonheur.
Il n’en a rien été. Il aura fallu moins d’une décennie pour balayer cette illusion.
Parce que le projet était vicié dès le départ.

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05/06/2015

Un pour 7 milliards

La campagne pour l’élection du nouveau secrétaire général de l’ONU monte en puissance. Le choix du Monsieur Nations Unies - puisqu’il n’y a encore jamais eu de Madame - est opaque et peu démocratique, réservé qu’il est aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Une campagne publique en faveur de l’ouverture a donc été lancée par diverses organisations à l’enseigne de www.1for7billions.org. Principaux griefs : il n'y a aucune description de poste ; il n'y a aucun examen public des candidats ; la « liste courte » du Conseil de sécurité ne contient qu'un seul nom ; des accords sont conclus en coulisses ; aucune femme n'a jamais occupé le poste. En principe, le témoin devrait être transmis à un/e Européen/ne de l’Est. Une douzaine de candidats sont sur les rangs. Quelques noms suisses ont été avancés, mais pas celui du meilleur candidat. Faites vos jeux !


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→En attendant une ou une secrétaire général/e suisse, Genève se bat sur tous les fronts pour faire connaitre l’importance de l’ONU en Suisse profonde. Le patron de l’ONU, Michael Moeller, mouille sa chemise aux côtés de la Fondation pour Genève, du canton et de la Confédération pour répandre la bonne parole dans les campagnes alémaniques. Ces derniers jours, il était au Grutli, à Zoug et à Kreuzlingen. Le 9 et le 11 juin, il sera à Poschiavo et Lugano. Les enjeux sont importants : il faut que le Parlement adopte le message sur la Genève internationale et les crédits qui vont avec, notamment pour la rénovation du Palais des Nations.

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03/06/2015

A quand la fin du journalisme embarqué?

La guerre en Afghanistan, mais surtout l'invasion et la destruction de l'Irak sous des prétexte mensongers et, depuis un an, les manigances des Etats-Unis et de l'Union européenne en Ukraine ont consacré le triomphe du journalisme embarqué: de Washington à Bruxelles, de Paris à Zurich, les médias dominants sont formatés et drillés pour réciter inlassablement le même discours: l'OTAN c'est le bien, la Russie c'est le mal. L'Europe, c'est la paix, la démocratie et la liberté, les autres, c'est la guerre, l'expansionnisme et l'oppression.
Partout, du New York Times à la NZZ, ce sont les mêmes experts stipendiés par des fondations conservatrices proches des lobbies militaires américains qui dispensent le même discours contre la Russie, la Chine, l'Iran et autres prétendues puissances non-démocratiques, alors qu'ils ménagent des amis aussi peu recommandables que la dictature médiévale saoudienne, qui asservit les femmes, condamne à mort les homosexuels et subventionne les mouvements terroristes sunnites que l'Occident bombarde par ailleurs en Syrie!
Sauf que, paradoxe inouï, il est aujourd'hui plus facile de se rendre en Tchétchénie ou en Crimée pour y réaliser un reportage auprès des populations indigènes qu'en Afghanistan pour y donner une autre vision que celle prédigérée par les professionnels de la communication des armées d'occupation!
Cherchez l'erreur.

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22/04/2015

Génocide ou « éthocide » arménien ?

Avec la célébration du centenaire du génocide arménien d’avril 1915 et le refus d’ériger un monument à Genève à la mémoire de cette tragédie sur pression des autorités turques, les esprits s’échauffent même en Suisse.
Il est vrai que la question de savoir si le massacre d’un million et demi d’Arméniens est un génocide ou pas fait débat depuis des décennies. La défense des « anti-génocide » repose sur deux arguments. Le premier consiste à dire que reconnaître le génocide ne ferait que céder à la grande mode du politiquement correct et de la repentance générale. Peut-être. Mais ceux qui pensent comme cela n’ont généralement jamais eu de parents ni de proches massacrés, anéantis au nom de leur appartenance ethnique ou religieuse. Pour eux, c’est un phénomène abstrait et lointain car ils ne l’ont jamais ressenti émotionnellement.
Le second argument consiste à traiter la question sous un angle purement juridique. En termes de droit strict, le massacre des Arméniens n’est en effet pas un génocide, ainsi que l’a d’ailleurs reconnu la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Perincek. Tel que défini à la suite du Tribunal de Nuremberg et des débats qui ont suivi l’Holocauste, le terme génocide, en droit, ne s’appliquerait qu’à cet événement. Soit. Donnons raison aux juristes sur ce point.
Mais dès lors la question est : est-ce au droit à définir la réalité ou est-ce au contraire à la réalité de définir le droit ? Ou en d’autres termes : la réalité des massacres de masse commis en Turquie en 1915, au Cambodge dès 1975 et au Rwanda dès 1994 n’est-elle pas la même que celle du massacre des Juifs dès 1941 ? Tous ces événements n’ont-ils pas pour point commun d’avoir été soigneusement préparés, prémédités, organisés, planifiés et systématisés en vue d’éliminer sciemment un groupe ethnique et/ou religieux considéré comme un risque majeur pour le groupe dominant ?

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20/04/2015

Pas de double langage contre le terrorisme

Grâce (si l’on peut dire) à l’Etat islamique du Levant et à Boko Haram, la lutte antiterroriste internationale est entrée dans une nouvelle dimension depuis une année. Il aura fallu des exactions et des crimes défiant toute imagination pour que la communauté internationale se mobilise contre ces nouveaux fléaux qui, on le remarquera, sont tous deux d’inspiration sunnite (contrairement aux miliciens houthis du Yémen qui sont chiites et n’ont rien en commun avec les autres mouvements en dépit des apparences).
Cela fera bientôt 25 ans, depuis le premier attentat de 1993 contre le World Trade Center, la guerre de Bosnie, la première guerre de Tchétchénie et les attentats salafistes en Algérie, que la planète est ravagée par le terrorisme sunnite. Or, pendant tout ce temps, l’Occident n’a cessé d’entretenir un double langage contre cette forme de terreur. Les attentats du 9 septembre 2001 n’y ont rien changé, malgré l’ampleur des attaques.
En Bosnie, on avait déjà vu toute l’intelligentsia bienpensante européenne se précipiter à Sarajevo soutenir les islamistes du président Izetbegovic contre les « méchants Serbes ». En Tchétchénie, dans la guerre de 1994 mais surtout dans celle de 1999, on a vu s’épanouir partout dans le monde une littérature dénonçant les exactions des Russes contre les « courageux rebelles tchétchènes ». En Syrie en 2011, il fallait de toute urgence s’enrôler aux côtés des « forces démocratiques » luttant contre « l’infâme Bachar El-Assad ».

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15/04/2015

Lanceurs d’alerte et gastronomie



→L’Occident persécute-t-il ses opposants politiques ? Le Conseil des droits de l’Homme est-il équipé pour protéger les réfugiés politiques d’Occident ? Ce sont les questions provocantes que posaient lundi dernier les défenseurs de Julian Assange et des lanceurs d’alerte, les juges Baltazar Garzon et Eva Joly et l’expert indépendant Alfred de Zayas. A force de dénoncer les mauvais traitements commis ailleurs, on oublie que les pays occidentaux ne sont pas plus tendres que les dictatures qu’ils dénoncent. En poursuivant les Assange, les Snowden et les Falciani sous le prétexte d’appliquer leur loi, ne condamnent-ils pas au silence et à la prison des gens qui ont élargi les libertés et dénoncé des forfaitures ? A réfléchir…


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→Après le commerce, la gastronomie. La veille de la journée de la francophonie, le 20 mars dernier, la France a frappé un grand coup en organisant 1300 dîners français dans des restaurants et dans ses ambassades et consulats sur les cinq continents. Laurent Fabius a ouvert le menu à Versailles tandis qu’en Suisse les diplomates français régalaient leurs hôtes avec, entre autres, un pressé de foie gras, des asperges et morilles, un médaillon de thon et filet de boeuf mariné. J’arrête ici par respect de l’austérité protestante. Vingt restaurants suisses dont douze romands ont participé à cet hommage « à une cuisine vivante, ouverte, innovante » et « aux valeurs de partage, plaisir et respect du bien-manger sur la planète ».

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13/04/2015

La neutralité redevient tendance

Ringarde, la neutralité suisse ? Pas si sûr. Le triomphe de la mondialisation et le désir de jouer dans la cour des grands ont, pour les sociaux-démocrates internationalistes et les managers cosmopolites, relégué le concept dans l’armoire des vieilleries que Christophe Blocher se plait à ressortir une fois par an dans ses discours de l’Albisguetli.
On aurait pourtant tort de brader la neutralité, et on aurait tort de laisser à un seul parti le monopole exclusif de sa défense. Parce qu’il n’est pas sain que le débat sur l’un des fondements de l’identité et de la politique étrangère nationale soit accaparé par une seule sensibilité. Et parce que la neutralité, loin d’être cette relique que certains abhorrent, pourrait bien redevenir essentielle pour notre pays.
Voyez la dégradation de la situation internationale ces quinze derniers mois. Qui aurait pu penser, fin 2013, que les crises allaient se succéder à un rythme aussi endiablé ? En Ukraine, le renversement du gouvernement légal et la guerre civile qui en a résulté ont failli dégénérer en guerre tout court, avec une OTAN et des Russes prêts à en découdre. En Syrie, un nouveau front s’est ouvert avec les bombardements contre les rebelles islamistes de Daech. En Afghanistan, rien n’est réglé et le départ des troupes de l’OTAN est retardé. En Irak, en Libye, au Yémen, la déliquescence de l’Etat central a conduit au chaos complet.

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11/03/2015

Le combat suisse de Julian Assange

C'est un Julian Assange à la fois marqué et combatif qui nous accueille dans la petite salle de réunion de l'Ambassade d'Equateur à Londres. Les cheveux blonds ont blanchi, le visage s'est arrondi. Les deux ans et demi de réclusion involontaire dans une minuscule chambre au rez de chaussée de cet immeuble cossu, à deux pas du célèbre magasin de luxe Harrod's, ont fait leur effet. A force de vivre presque à ras du trottoir et à hauteur des bobbies faussement flegmatiques qui gardent les fenêtres et les entrées, comment aurait-il pu en être autrement?
Les yeux sont vifs et le ton est rieur. 33 mois de garde à vue n'ont pas altéré l'humeur. Avec le temps et les épreuves, l'homme s'est même détendu. Mais il est resté combatif. Pas question de rendre les armes. C'est le principal.
De fait, Julian Assange appartient à cette frange rare d’Anglo-Saxons briseurs de tabous. Ange pour les uns, démon pour les autres, résolument à contre-courant, borderline, scandaleux, il est de la race de ces non-conformistes qui cassent les codes et pulvérisent les conventions. D'Oscar Wilde, de Lawrence d'Arabie ou d'Alan Turing, Assange possède le même génie inquiétant, la même marque de fabrique, celle qui fait que grâce à eux le monde n'est plus tout à fait comme avant. Assange n'a pas subverti la morale hypocrite de l'empire britannique, il n'a pas conquis l'Arabie, il n'a pas brisé le code secret des nazis. Mais il a fracassé la loi du silence, la puissante omerta qui dissimulait les turpitudes des démocraties, des banques ou des entreprises lorsqu'elles trahissent leurs valeurs pour mieux servir leurs intérêts. Avec Wikileaks, il a créé un modèle nouveau de transparence. Quitte à payer, comme les autres, le prix fort.
On aime ou pas, mais lui aussi fera date dans l'histoire. (Voir interview)

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09/03/2015

ONUG, un bon cru 2014

→L’année 2014 restera dans les annales de l’ONU Genève comme un très bon cru. Pas exceptionnel mais de bonne garde quand même. Sur le plan qualitatif, les réunions au sommet sur l’Ukraine et l’Iran, qui se poursuivent intensivement ces jours, ont donné du tannin et du corps à la cuvée. Et sur le plan quantitatif, les 1550 collaborateurs de l’ONUG (sur un total de 9813 pour l’ensemble du système onusien) ont assuré 9976 meetings, traduit 223 528 pages, accueilli 108 000 visiteurs, tenu 260 conférences de presse, organisé 98 événements culturels et dispensé 715 cours de formation à 9174 participants. Ce qui, on en conviendra, suffit amplement à donner le volume et le velouté. Depuis aujourd’hui, le résultat est même dégustable sur votre tablette en téléchargeant l’application ad hoc.


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→Si l’année 2014 a battu des records de chaleur, l’année 2015 promet d’être plus chaude encore. Pour les experts du climat en tout cas. C’est à Paris à la fin de l’année que doit se négocier la nouvelle convention sur le climat, sous haute tension après les échecs de ces dernières années. Cela au moment où le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat, le GIEC, vient de perdre son patron, Rajendra Pachauri, contraint à la démission pour harcèlement. A la fin de l’année, c’est Michel Jarraud, le secrétaire général de l’Organisation mondiale de la météorologie, qui se retirera après douze ans de bons et loyaux services. Quatre candidats sont sur les rangs pour lui succéder.
Quant au GIEC, qui doit faire vite, plusieurs noms ont été avancés: le Belge Jean-Pascal van Ypersele, le Coréen Hoesung Lee et l’Allemand Ottmar Edenhofer. Mais qui sait, le Suisse Thomas Stoker, professeur à l’Université de Berne et auteur de plusieurs rapports remarqués sur le changement climatique, pourrait sortir du lot.

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05/03/2015

Oligarchies et démocraties dynastiques

Fort des grandes valeurs humanistes des Lumières françaises, l’Occident aime à donner des leçons de démocratie et de droits de l’Homme au reste du monde. A ses yeux, rien ne remplace les valeurs universelles ancrées une fois pour toutes dans la Déclaration des droits de l’Homme.
Fort bien.
Mais on ne nous empêchera pas, comme nous le faisons régulièrement dans cette rubrique, de réinterroger ces valeurs et de les soumettre à la critique des valeurs humaines apportées par d’autres civilisations et de pratiques qui sont souvent en contradiction avec les principes affichés.
La dérive oligarchique et dynastique de nos démocraties est devenue, entre autres, l’un des phénomènes les plus inquiétants pour l’avenir de nos démocraties. La croissance des inégalités de richesses et notamment des très grandes fortunes n’a pas que des conséquences économiques et sociales, elle a aussi des effets politiques. Elle génère des formes de lobbyisme et de clientélisme qui corrompent le fonctionnement de la démocratie. La théorie des lobbies et des associations, comme celle de la concurrence en économie, vaut tant que ces associations s’équilibrent ou se contrebalancent. Mais quand le curseur se met à pencher d’un seul côté, le système se pervertit peu à peu.
C’est ce qui est en train de se passer. Les parlements, de Strasbourg à Genève en passant par Berne, sont devenus des chambres d’enregistrement des lobbies les plus puissants, qui ne cessent d’amender les lois en leur faveur, c’est à dire en vue d’obtenir des avantages commerciaux et fiscaux qui vont à l’encontre des intérêts de la majorité du peuple et de la souveraineté nationale. Le développement des instances supranationales est souvent un moyen d’évincer la démocratie. C’est d’ailleurs tout le problème de la construction européenne, qui commence à tousser depuis que les peuples ont compris l’enjeu et se mettent à faire de la résistance.

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09:14 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

03/02/2015

La Suisse, l’OSCE et « la troisième guerre mondiale »


Alors qu’on pouvait espérer un répit dans la cascade de mauvaises nouvelles qui affecte la vie internationale depuis 2014, l’année 2015 a commencé sous les pires auspices : un attentat meurtrier à Paris, qui a relancé les tensions entre l’Occident et le monde islamique, un plongeon des économies émergentes, en attendant celui de l’Europe à cause des politiques d’austérité imposées par l’Allemagne et celui de la Suisse à cause du franc fort, le tout assorti d’un regain de tension en Ukraine, aucun des deux camps n’ayant l’intention d’amorcer une détente tandis que le régime ukrainien continue à bombarder les populations civiles du Donbass depuis des mois avec l’approbation des Occidentaux.
Parallèlement, l’échec des guerres américaines menées depuis 1991 en Somalie, en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie a rendu illusoires les espoirs de ceux qui comptaient sur l’hégémonie américaine pour assurer la sécurité planétaire. L’hégémonisme américain a fait long feu et le monde se retrouve sans gendarme. La situation internationale est plus anarchique et donc plus dangereuse que jamais.
Car l’anarchie n’empêche pas la recherche de la maximisation des profits géopolitiques. Au contraire, elle l’exacerbe. Le géopoliticien américain John Mearsheimer avait très bien montré dans son livre sur la « tragédie des grandes puissances » comment celles-ci se trouvent rationnellement acculées à toujours accumuler des réserves de puissance pour survivre, leur appétit étant proportionnel à leur taille. Les Etats-Unis, ayant renoncé à attaquer de front la nouvelle puissance émergente chinoise, ayant pris note des résistances anti-américaines en Amérique latine et en Asie, ayant poussé leurs pions mais sans conviction en Afrique, se retrouvent donc face au seul adversaire qui leur offre un potentiel de gain appréciable sans trop de risques : la Russie et son talon d’Achille, l’Ukraine. D’autant plus qu’ils peuvent pour cela compter sur des alliés prêts à tout – la Pologne et les pays baltes – et des fidèles accommodants prêts à porter le chapeau à leur place – le reste de l’Union européenne.
Dans un intéressant papier paru dans la revue Horizons que vient de lancer le Centre pour les relations internationales et le développement durable créé par l’ancien ministre des affaires étrangères serbe Vuk Jeremic, le directeur du très pro-américain Carnegie Center de Moscou, Dmitri Trenin, montre comment le conflit ukrainien a changé la donne internationale et créé des fractures extrêmement profondes et durables. Toutes les tentatives de rapprochement entre l’Occident et la Russie, même les plus sincères comme celle du reset de 2009 sous l’ère Medvedev, ont échoué, et pas par la faute des Russes. Chaque fois, le lobby militaire et pétrolier américain a réussi à écarter la menace d’une réconciliation, sous un prétexte ou un autre. La crise ukrainienne ayant opportunément éclaté pendant les Jeux de Sotchi avec la bénédiction de Victoria Nuland et de Joe Biden, la politique des sanctions introduite par les Etats-Unis avant le copié-collé des Européens montre que nous sommes entrés dans un conflit d’un nouveau type, qui n’est pas un retour à la guerre froide, mais bien une guerre mondiale tiède d’un nouveau type. A cette échelle, contre un pays aussi grand, les sanctions ne sont en effet rien d’autre qu’une forme de guerre, une « militarisation de la finance », la finance étant désormais devenue une arme au même titre que les drones et la propagande. Les banques, comme les journalistes pendant la guerre du Golfe, sont « embedded », enrôlées dans une bataille qui ne devrait pas être la leur.

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