Rue de la Terrassière - Page 3

  • Nouvelle norme anti-corruption

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    En préparation depuis cinq ans, la nouvelle norme anti-corruption sera finalisée le 30 mai prochain à la conférence de Mexico pour être publiée à la fin de l'année. Elle porte le doux nom de "ISO 37001 Systèmes de management anti-corruption" et vise à aider les organismes publics, les ONG et les entreprises privées à prévenir, détecter et traiter la corruption. Jusqu'ici rien à redire. Mais plusieurs lettres confidentielles proches des services de renseignement continentaux soupçonnent déjà la Grande-Bretagne d'avoir réussi à imposer sa vision propre de la norme, de façon à préserver les intérêts de la City. Le fait que que le président du comité chargé de la rédiger soit l'Anglais Neill Stansbury et que le secrétariat de rédaction soit assuré par le British Standards Institution n'est sans doute pas étranger à cette suspicion...

    On sait que la Conférence du désarmement, qui siège ces jours, est au point mort depuis 15 ans. Le désarmement nucléaire? Il est carrément en état de mort clinique. L'indignation suscitée par le test de la Corée du Nord et et le bruit autour de l'accord avec l'Iran servent de cache-sexe aux puissances nucléaires, qui développent sans vergogne et en toute discrétion leur potentiel nucléaire. Le GCSP, l'ICAN (Campagne internationale pour le désarmement nucléaire) et l'ONG Wildfire n'ont heureusement pas désarmé et restent plus que jamais mobilisés. Ils s'étonnent ainsi que les grandes puissances nucléaires, soit les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et l'Allemagne, se soient vantées si bruyamment d'avoir empêché l'Iran d'acquérir une bombe alors qu'elles en possèdent 16 000 dans leurs arsenaux, sans qu'aucun média ne trouve rien à redire...

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  • La sécurité contre paix civile

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    En votant l’inscription de l’état d’urgence et de la déchéance de la nationalité dans la constitution, la France vient donc de rejoindre les Etats-Unis, la Chine et la Russie dans la liste des Etats qui font passer la sécurité avant les libertés. Du Patriot Act à la répression des islamistes ouïgours ou tchétchènes, la fièvre sécuritaire empoisonne aussi les organes des Etats qui s’enorgueillissent d’être parfaitement libres et démocratiques.
    C’est inquiétant.
    En tout premier lieu, parce qu’il s’agit d’une défaite, dans la mesure où, en consacrant la possibilité d’un régime d’urgence sécuritaire comme un des fondements de la nation, on renonce au vieil objectif de paix et de concorde civile qui était à la base du contrat social et de la relation entre l’Etat et le citoyen. La paix et la sécurité sont en effet deux choses très différentes : la paix civile a pour principe une société pacifiée et sans arme tandis que la sécurité est une paix armée au mieux ou une guerre sans batailles au pire. La sécurité est donc le résultat d’un échec et d’une capitulation : l’objectif de la paix étant reconnu hors d’atteinte, on place la nation dans une sorte d’état de guerre permanent, même si c’est de basse intensité.
    On peut difficilement considérer cela comme un progrès. Il s’agirait plutôt d’un retour au Moyen-Age, aux temps des condottiere, de la piraterie et des bandits de grand chemin.

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  • Hold-up sur le climat

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    Depuis une trentaine d’années, GRAIN, une petite ONG basée à Barcelone, mène une acticité courageuse contre l’accaparement des terres, la paupérisation des paysans du sud et la concentration de la production alimentaire au profit de quelques multinationales. En 2013, elle avait publié une étude remarquée sur le « hold-up alimentaire ». Début 2016, avec l’aide des organisations d’entraide suisses, elle était à Genève pour dénoncer le « hold-up sur le climat », et démontrer preuves à l’appui, comment le système alimentaire industriel détruit les sols, favorise le gaspillage et contribue à près de la moitié des émissions mondiales de CO2 avec sa division internationale de la production alimentaire qui démultiplie de façon aberrante les échanges commerciaux nuisibles à la fois aux consommateurs et aux petits producteurs. (Hold-up sur le climat, contact@cetim.ch)


    ***

    →Salil Shelti, le secrétaire général d’Amnesty International, était aussi à Genève, à l’invitation de la British-Swiss Chamber of Commerce et de son infatigable animateur Michael McKay, pour évoquer les trois défis posés à son organisation. Multiplication des crises régionales et du nombre de réfugiés ; répression croissante des oppositions et de la dissidence ; violations des droits de l’Homme en toute impunité, telles sont les trois principales tâches auxquelles les 7 millions de membres de l’organisation sont invités à s’atteler à travers le monde.

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  • Crépuscule de l'esprit citoyen

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    Les fêtes de Noël ont l'avantage de vous laisser le temps de lire des livres que vous n'auriez jamais eu l'envie de lire autrement. Je me suis donc retrouvé avec l'ouvrage de l'historien américain Ramsay MacMullen "Le déclin de Rome et la corruption du pouvoir" (Perrin 2012), dont la publication originale remonte à la fin des années 1980, soit à une époque où le déclinisme n'était pas du tout à la mode.
    Fascinante lecture!
    On y apprend ainsi que la chute de l'empire romain n'a pas été provoquée par les invasions barbares, comme on le croit communément, mais bien pour des causes internes: corruption des élites, privatisation du pouvoir et des fonctions publiques, trafics d'influence, vente des biens et services publics à des fins privées, le tout entrainant une détérioration constante des forces armées chargées de la défense.
    Ce sont moins les attaques extérieures que la pourriture interne qui auront eu raison de la fin de Rome. C'est la faiblesse romaine plus que la force des Barbares qui a mis fin à la civilisation latine.

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  • Guerre à la terreur : histoire d’une faillite

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    Proclamée voici 14 ans par Georges W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la guerre à la terreur vient d’entrer dans une nouvelle phase avec les proclamations bellicistes de François Hollande qui sont suivi le bain de sang parisien. La France est en train de tomber dans le même piège que les Etats-Unis : plus de bombes à l’extérieur, plus de lois répressives à l’intérieur, moins de libertés, moins de démocratie, et surtout moins d’intelligence.
    Seul point positif, les Français ont enfin changé d’avis et se sont rapprochés du seul allié qui combat sérieusement les terroristes salafistes de Daech, à savoir la Russie de Poutine, et désormais, la Syrie d’Assad. Mais qui se souvient de l’exemple du regretté Helmut Schmidt, qui, à la fin des années 1970, était venu à bout de la Rote Armee Fraktion en refusant de restreindre les libertés publiques et en réaffirmant les fondements de la démocratie contre ceux qui voulaient l’abattre ?
    Et qui, dans l’avalanche “d’émotions” qui a submergé les médias, s’est jamais posé la question du pourquoi ? Du vrai pourquoi, et pas du pourquoi qui reste à la surface de l’événement et surfe sur l’écume de l’émotion. La réponse est facile : cette question est taboue, et aucun média français (ni européen) ne se l’est sérieusement posée, parce qu’elle met à nu non seulement les incohérences mais la duplicité et la stratégie suicidaire pratiquées par les Etats occidentaux depuis trente ans. On se focalise sur les banlieues, les mosquées, la déréliction spirituelle et l’attrait de la communauté pour les jeunes, ou on profite de l’occasion pour faire monter la mayonnaise islamophobe, tout en épargnant les vrais responsables.

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  • Internet toujours « en construction »

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    Nous avons tous cliqué sur un site internet « en construction ». C’est exactement l’état de la gouvernance mondiale d’internet, toujours « en construction » depuis le dernier sommet mondial de la société de l’information à Tunis en 2005. L’ICANN (Société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet), basée en Californie, lâche du lest mais sans partager le pouvoir… Son patron, Fadi Chahade, était à Genève pour rencontrer les chefs d’agence onusiennes concernés. A Genève, l’UIT, l’OMPI, l’OMC, la CSTD (Commission pour la science et la technologie pour le développement) et le World Economic Forum sont censés figurer dans les dix premières institutions chargée de gouverner internet. Espérons qu’on passera bientôt à l’étape d’une gouvernance « in progress »…


    ***

    →Exercice de haute voltige pour le Centre pour le contrôle démocratique des Forces armées (DCAF) qui présente son livre sur les « Valeurs partagées du multiculturalisme et de la laïcité en Azerbaidjan et en Suisse », en collaboration avec le gouvernement et diverses ONG azéries. Cela ne va pas de soi surtout au moment où l’ONG américaine Human Rights Watch a fait monter la pression en soutenant une campagne en faveur de la journaliste Khadija Ismayilova. Telle est la mission ardue de la Genève internationale, au bon sens du terme : d’un côté, courir le risque d’engager le dialogue pour encourager un Etat qui ne l’est pas encore à se démocratiser, et de l’autre accepter les critiques d’ONG pas toujours dépourvues sans arrière-pensée, sachant que les Etats-Unis jouent des droits de l’homme pour forcer le gouvernement azéri à sortir de l’orbite russe.


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  • Al Qaida, notre ami !

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    Or donc les Russes bombardent les terroristes islamistes syriens depuis le début du mois. Tollé immédiat dans les médias atlantistes aux ordres. De quoi se mêlent donc ces Russes qui viennent bousculer nos ennemis sans nous demander la permission !
    Durant les premiers jours, on a donc vu fleurir les reportages sur les prétendues victimes civiles, les supposées pannes de guidage (des missiles seraient tombés sur l’Iran) et autres bavures russes. Manque de chance : au même moment les avions américains de l’OTAN tiraient sur un hôpital de Médecins sans frontières en Afghanistan et y tuaient une vingtaine de patients.
    Puis on a essayé les éditoriaux alarmistes sur les risques d’une nouvelle guerre mondiale à cause de deux brèves incursions d’avions russes sur le territoire turc et d’un frôlement avec des F-15 de la coalition américaine, immédiatement relayés par le gouvernement ukrainien et les pays baltes, alarmés à l’idée qu’on ne parle plus de la menace russe contre eux pendant quelques jours.

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  • Avant tout, votons Genecand

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    La campagne pour les élections nationales arrive enfin à son terme. La dernière ligne droite est en vue et il importe que Benoit Genecand monte sur le podium.
    A cause de ses qualités bien sûr, libéral mais humaniste, de droite mais sensible à la détresse des réfugiés, proche de l’économie mais à l’écoute des citoyens de base. Mais aussi parce qu’il est important que le canton soit représenté à Berne de façon équilibrée. En présentant un seul et unique candidat au deuxième tour, l’Entente montre qu’elle n’est ni arrogante ni totalitaire, au contraire des deux autres listes qui prétendent incarner l’ensemble de la population genevoise alors qu’elles ne représentent chacune qu’un tiers des électeurs/trices. Si l’ensemble des forces de gauche a sans doute droit à un siège, il est tout aussi légitime que le centre-droit ait aussi le sien. Cela ne peut que donner de la force à la voix de Genève à Berne.
    La seconde raison, peu évoquée, est que l’Entente doit absolument conserver le leadership de la droite à Genève. De fait, la manœuvre de l’auto-proclamée « nouvelle force » est claire : ses deux ténors ne concourent pas pour gagner mais pour diviser la droite en vue des élections de 2019. Il est probable que le prétendu retrait d’Eric Stauffer au soir du premier tour n’était qu’un artifice pour faire croire à une alliance des droites que l’on savait impossible en 2015, à cause des divergences sur le vote du 9 février 2014 et les bilatérales et des engagements pris avant le premier tour.
    Ce qui est en cause dimanche prochain, et c’est important pour l’avenir du canton, c’est le leadership de la droite genevoise. Le but du tandem Nidegger-Stauffer, c’est de passer devant Genecand au deuxième tour afin de bousculer ce leadership qui revient au PLR, premier parti du canton, et de faire éclater l’Entente lors des prochaines élections en faisant pression sur les forces centripètes du PLR pour qu’elles lâchent le PDC au profit de l’UDC.
    Nous ne devons pas nous prêter à ces manœuvres politiciennes qui ne feront qu’aviver les tensions et ne résoudront aucun des problèmes de Genève. Et qui, de plus, compromettront les chances de succès des deux partis du centre-droit, qui progressent de concert à toutes les élections depuis 2013.

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  • Mouvements tectoniques en Asie

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    Lancé il y a deux ans par le président chinois Xi Jinping, le projet de nouvelle Route de la soie prend de l'ampleur. En début de semaine dernière se tenait à Pékin un forum organisé par le Quotidien du Peuple avec plusieurs dizaines de hauts responsables régionaux et centraux du parti et 130 invités étrangers de 60 pays avec, s'il vous plait, échanges de vue et photo de groupe au siège de l'Assemblée nationale avec le No 5 du régime chinois, le responsable de l'idéologie et des médias, Liu Yunshan.
    Comme toujours en Chine, tout est calibré, soupesé et rien n'est laissé au hasard. Chaque participant est trié sur le volet. L'honneur de présider la rencontre, côté invités étrangers, avait été confié au chef de l'agence d'information indonésienne, tout surpris de tant d'égards. Pourquoi? Au petit déjeuner, il m'explique qu'aux yeux de Pékin, l'Indonésie est un partenaire essentiel de la route de la soie, à tel point que le président chinois a choisi le parlement de Djakarta pour annoncer son projet, et que la Chine est en compétition avec le Japon pour construire le premier TGV indonésien. L'arrivée au pouvoir du parti prochinois proche de Sukharno devrait aider au rapprochement.
    Et les Chinois de brosser un tableau grandiose du projet. Il ne s'agit rien moins que de créer une communauté de destin asiatico-européenne, et même une civilisation nouvelle, dans le sillage de la millénaire route de la soie qui a irrigué le commerce mondial terrestre et maritime entre l'Orient et l'Occident de l'empire romain au Moyen Age. A terme, le projet entend mobiliser 5 milliards de personnes, 63 % de la population de la planète, et la moitié du PIB mondial. Et, crise boursière ou pas, le pays envisage d'atteindre dans quelques années les 1000 milliards de dollars annuels d'échanges commerciaux, de lancer 500 millions de touristes chinois sur les routes du monde et d'investir 10 000 milliards dans les infrastructures des pays émergents et les approvisionnements en énergie et en matières premières.
    Faut-il prendre tout cela au sérieux?

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  • Migrations : le principe du casseur-payeur

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    Après d’innombrables luttes et d’interminables discussions, on a fini par admettre qu’en matière de pollution, c’était au responsable de payer : le principe du pollueur-payeur s’est peu à peu imposé.
    Pourquoi n’appliquerait-on pas le même principe à la problématique des réfugiés et des migrants ? Il s’agit, bien évidemment, de ne pas faire payer les réfugiés et les migrants, qui ne sont que des victimes, mais les vrais responsables de ces tragédies. Lesquels ne sont d’ailleurs pas les passeurs. Punir les passeurs qui sont de vulgaires trafiquants de chair humaine est nécessaire, mais ce n’est que de la poudre aux yeux car ce ne sont que des comparses. C’est comme punir les mules pour mieux protéger les narcotrafiquants. Non ceux qu’il faut faire passer à la caisse sont ceux qui sont au sommet de la chaine. Les coupables ultimes ne pilotent pas des bateaux pourris, ils portent cravate et souliers vernis, ils habitent des palais et souvent des palais payés par le contribuable.
    Si l’on recherche les causes profondes du flux de migrants qui assaillent les côtes grecques et italiennes et l’identité des responsables, émergent deux catégories de coupables : les dictateurs qui oppriment leurs peuples avec la complicité des multinationales et des banques occidentales qui financent l’exploitation inégalitaire des ressources nationales et corrompent les élites dirigeantes de ces pays, et les présidents d’Etats occidentaux qui, par caprice ou opportunisme politique, changent soudain d’avis avec une inconséquence criminelle et se mettent à déstabiliser des régimes qu’ils avaient naguère soutenu.

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  • L'agriculture mondiale et le fantôme de Staline

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    Quel lien y a-t-il entre un livre sur la déportation des koulaks russes, l'Exposition universelle de Milan sur l'alimentation et des pêches vendues dans un petit supermarché provençal? Les vacances ont ceci de bien qu'elles repoussent les limites de la routine intellectuelle et permettent d'établir des correspondances impromptues entre les expériences que vous vivez.
    Le livre sur le goulag, c'est "Les Ténèbres" d'Oleg Volkov, qui raconte ses cinq condamnations à la déportation et décrit par le menu le drame des paysans arrachés à leurs terres au moment de la collectivisation et envoyés par centaines de milliers périr de faim et d'exténuation dans les camps de travail sibériens. L'expo de Milan, c'est une tentative souvent habile, parfois très pertinente mais parfois aussi très hypocrite, de répondre à une question apparemment toute simple : comment nourrir la planète? Quant au supermarché de Provence, dont le gérant produit lui-même les pêches qu'il vend dans son champ à trois kilomètres du magasin, c'est un exemple devenu rarissime d'intégration équilibrée des éléments de la chaine qui va du producteur au consommateur en passant par le vendeur.
    A la question comment nourrir la planète, le modèle libéral dominant répond en une phrase: en satisfaisant les besoins des consommateurs aux meilleurs prix possibles. Sur le principe, rien à redire. La logique est parfaite. Sauf qu'en pratique, c'est faux, et même mensonger. Car, en réalité, le système de production agricole d'aujourd'hui, n'a rien à voir avec celui d'une concurrence parfaite entre des producteurs qui livreraient leurs produits en toute transparence à des consommateurs informés : il est très proche de celui que Staline avait mis au point avec ses kolkhozes dans les années 1930.

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  • Visions d'un autre monde

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    Les hasards de l'agenda, de conférences à suivre et à donner, de réunions et d'assemblées à tenir m'ont amené à labourer la moitié de l'Asie, de la Mongolie au nord de la Russie en particulier.
    Loin, très loin de la canicule et de la sordide comédie que l'Allemagne a fait jouer à la Grèce pendant ces dernières semaines.
    J'en ai tiré deux ou trois leçons réconfortantes. Rien d'original, mais autant de piqûres de rappel salutaires.
    La première, c'est que le monde ne tourne pas qu'autour de l'Europe. Au milieu des steppes mongoles, pas de wifi ni de réseau téléphonique stable, pas de canicule, pas de combat inégal entre Tsipras et Merkel ni de match incertain Etats-Unis - Iran. La préoccupation du moment, c'est le manque de pluie, les rivières à sec, le bétail qui crève de soif et les touristes condamnés à se décrasser avec quelques gouttes d'eau minérale. Cela ramène les préoccupations autour du Grexit et de la survie de l'euro à de plus justes proportions et, vu de là-bas, ce qui fait la une de nos journaux se résume à un minable combat de coqs entre une chancelière armée jusqu'aux dents et un poulet déplumé.
    Heureusement, la veille de mon départ, il a plu un peu et les Mongols étaient contents.
    La deuxième, c'est que la nature existe encore. En Suisse, en Europe, pas un centimètre carré de terre qui n'ait été arpenté, défriché, cadastré, taxé. En Mongolie, pays de 3 millions d'habitants gros comme trois fois la France, et en Russie du Nord, l'espace et la nature dominent. Plus tout à fait vierges, mais presque. La Mongolie est sale parce que les Mongols n'ont pas encore intégré que le plastique ne se dégradait pas. La Russie, elle, est propre. Mais jamais aussi bien qu'au milieu de ces immenses paysages, on ne se sent aussi proche de la nature, comme à l'aube de l'humanité presque, parce que la main de l'homme n'y a encore commis aucun dégât irréversible.
    Sentiment rare, qui ne saurait durer hélas.

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  • Le lancer de soulier yéménite

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    Or donc les négociations de paix au Yémen ont lamentablement échoué. Trop tôt, pas assez préparés, les représentants des rebelles houthis et du gouvernement en exil soutenus par l'Arabie saoudite n'ont pu nouer le dialogue. L'événement qui a le mieux caractérisé cet échec restera le lancer de soulier d'une journaliste activiste pro-gouvernementale à la tête d'un rebelle houthi jeudi au Club suisse de la presse, devant 40 journalistes qui n'avaient rien d'autre à se mettre sous la dent. L'incident a aussitôt fait le tour des agences et des réseaux sociaux. Tapez "soulier yéménite" en anglais ou en arabe sur twitter et voyez comment on fait un buzz quasi planétaire. Le ministre yéménite des droits humains s'est décommandé, par peur d'un outrage similaire. Nous aurions préféré que chacun puisse s'exprimer dignement et que les négociations de paix aboutissent. Mais voilà, la paix ne se décrète pas, même à Genève.


    ****

    →Cet péripétie rocambolesque aura au moins montré le parfait sang-froid des rebelles houthis. Déjà fortement stressée par un voyage de 44 heures entre Sanaa et Genève à cause des embûches saoudiennes, empêchée de participer à la réception prévue, la délégation houthie n'a pas bronché: elle a poursuivi sa conférence de presse comme si de rien n'était. Il est vrai que les chaussures sont moins dangereuses que les bombes. Mais en voilà qui ne sont pas prêts de perdre le Nord…


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  • Les vrais enjeux du grand cirque anti-FIFA

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    Maintenant que les projecteurs des médias mondiaux semblent braqués sur d'autres objectifs que les collines zurichoises et que la meute des journalistes assoiffés de sang a obtenu la tête de Sepp Blatter, on peut enfin essayer de comprendre les raisons profondes de tout ce cirque.
    La lutte contre la corruption, prétexte officiel invoqué pour arrêter la poignée de dignitaires américains du foot, n'est évidement qu'un motif secondaire. Si c'était le cas, pourquoi se focaliser sur la FIFA qui n'est après tout qu'un petit comparse dans cette affaire? Et pourquoi monter une opération aussi spectaculaire à ce moment précis?
    Comme l'a bien dit Peter Bodenmann, coup monté il y a bien eu: d'habitude, on ne trouve pas de journalistes du New York Times planqués devant le Baur au Lac à 6h du matin. Et si les Suisses se réveillent tard, il n'y a pas de raison de croire que nos confrères alémaniques soient restés endormis ce jour-là. Il a donc bien fallu que la presse américaine soit informée de la descente de la police suisse. Le NYT était donc de mèche avec la justice américaine.
    Pourquoi? A mon sens, cette magistrale opération de communication répond à plusieurs objectifs. Il s'agissait d'abord d'obtenir l'effet le plus spectaculaire possible. A la veille du congrès de la FIFA, avec la présence de tous les médias mondiaux, l'attentat médiatique ne pouvait que réussir. Stupeur garantie jusqu'au fond des Iles Tonga sans dépenser un franc de comm. Deuxième objectif: faire diversion tout en ciblant la FIFA. Réfléchissons: qui est-ce qui a été arrêté? Uniquement des Américains, du nord, du centre et du sud. Et qu'a fait la presse? Elle a comme un seul homme, à la suite de la dépêche du NYT, parlé d'arrestations à la FIFA avant de se mettre à pilonner "ces pourris de la FIFA". Or la cause de ces arrestations, c'est la corruption des fédérations américaines de foot, Concacaf et autres, pas celle de la FIFA, même si ces personnes sont aussi membre de la FIFA. Si la justice américaine avait opéré aux Eaats-Unis, toute la presse aurait ciblé sur l'appartenance des victimes aux fédérations américaines et non à celle de la FIFA. Coup double pour la Justice américaine: on évite de montrer que les corrompus sont d'abord des Américains de toutes origines et on désigne à la vindicte mondiale la FIFA, ce qui du coup permet aux Etats-Unis de prendre la posture du preux chevalier blanc qui terrasse la pourriture du reste du monde. Il n'y avait qu'à lire les commentaires élogieux des médias envers l'"l'incorruptible" procureur Lynch pour s'en convaincre.

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  • Géopolitique d’un monde moins sûr

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    Inventé en 1899 par le politologue suédois Rudolf Kjellen pour expliquer les rivalités impériales de la fin du XIXe siècle, développé par l’Anglais Mackinder, l’Allemand Haushofer et l’Américain Spykman, le concept de géopolitique a longtemps senti le soufre après l’épisode nazi. Puis il a repris du service à la fin de la Guerre froide avant d’être à nouveau condamné aux oubliettes par la chute du Mur de Berlin et la disparition du bloc soviétique.
    Avec l’avènement de la démocratie libérale et du libre marché universels, puis grâce à la révolution des nouvelles technologies de l’information qui devaient permettre de connecter les 8 milliards d’êtres humains en permanence, l’idée même de géopolitique devenait obsolète, voire obscène, annonçaient les prophètes de la fin de l’histoire et du libre-échange mondialisé des biens, des idées et des hommes. Grâce à la bienveillante protection de l’armée américaine qui allait assurer le maintien du nouvel ordre et veiller à remettre aux pas les récalcitrants, le monde était parti pour mille ans de bonheur.
    Il n’en a rien été. Il aura fallu moins d’une décennie pour balayer cette illusion.
    Parce que le projet était vicié dès le départ.

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  • Un pour 7 milliards

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    La campagne pour l’élection du nouveau secrétaire général de l’ONU monte en puissance. Le choix du Monsieur Nations Unies - puisqu’il n’y a encore jamais eu de Madame - est opaque et peu démocratique, réservé qu’il est aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Une campagne publique en faveur de l’ouverture a donc été lancée par diverses organisations à l’enseigne de www.1for7billions.org. Principaux griefs : il n'y a aucune description de poste ; il n'y a aucun examen public des candidats ; la « liste courte » du Conseil de sécurité ne contient qu'un seul nom ; des accords sont conclus en coulisses ; aucune femme n'a jamais occupé le poste. En principe, le témoin devrait être transmis à un/e Européen/ne de l’Est. Une douzaine de candidats sont sur les rangs. Quelques noms suisses ont été avancés, mais pas celui du meilleur candidat. Faites vos jeux !


    ***

    →En attendant une ou une secrétaire général/e suisse, Genève se bat sur tous les fronts pour faire connaitre l’importance de l’ONU en Suisse profonde. Le patron de l’ONU, Michael Moeller, mouille sa chemise aux côtés de la Fondation pour Genève, du canton et de la Confédération pour répandre la bonne parole dans les campagnes alémaniques. Ces derniers jours, il était au Grutli, à Zoug et à Kreuzlingen. Le 9 et le 11 juin, il sera à Poschiavo et Lugano. Les enjeux sont importants : il faut que le Parlement adopte le message sur la Genève internationale et les crédits qui vont avec, notamment pour la rénovation du Palais des Nations.

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  • A quand la fin du journalisme embarqué?

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    La guerre en Afghanistan, mais surtout l'invasion et la destruction de l'Irak sous des prétexte mensongers et, depuis un an, les manigances des Etats-Unis et de l'Union européenne en Ukraine ont consacré le triomphe du journalisme embarqué: de Washington à Bruxelles, de Paris à Zurich, les médias dominants sont formatés et drillés pour réciter inlassablement le même discours: l'OTAN c'est le bien, la Russie c'est le mal. L'Europe, c'est la paix, la démocratie et la liberté, les autres, c'est la guerre, l'expansionnisme et l'oppression.
    Partout, du New York Times à la NZZ, ce sont les mêmes experts stipendiés par des fondations conservatrices proches des lobbies militaires américains qui dispensent le même discours contre la Russie, la Chine, l'Iran et autres prétendues puissances non-démocratiques, alors qu'ils ménagent des amis aussi peu recommandables que la dictature médiévale saoudienne, qui asservit les femmes, condamne à mort les homosexuels et subventionne les mouvements terroristes sunnites que l'Occident bombarde par ailleurs en Syrie!
    Sauf que, paradoxe inouï, il est aujourd'hui plus facile de se rendre en Tchétchénie ou en Crimée pour y réaliser un reportage auprès des populations indigènes qu'en Afghanistan pour y donner une autre vision que celle prédigérée par les professionnels de la communication des armées d'occupation!
    Cherchez l'erreur.

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  • Génocide ou « éthocide » arménien ?

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    Avec la célébration du centenaire du génocide arménien d’avril 1915 et le refus d’ériger un monument à Genève à la mémoire de cette tragédie sur pression des autorités turques, les esprits s’échauffent même en Suisse.
    Il est vrai que la question de savoir si le massacre d’un million et demi d’Arméniens est un génocide ou pas fait débat depuis des décennies. La défense des « anti-génocide » repose sur deux arguments. Le premier consiste à dire que reconnaître le génocide ne ferait que céder à la grande mode du politiquement correct et de la repentance générale. Peut-être. Mais ceux qui pensent comme cela n’ont généralement jamais eu de parents ni de proches massacrés, anéantis au nom de leur appartenance ethnique ou religieuse. Pour eux, c’est un phénomène abstrait et lointain car ils ne l’ont jamais ressenti émotionnellement.
    Le second argument consiste à traiter la question sous un angle purement juridique. En termes de droit strict, le massacre des Arméniens n’est en effet pas un génocide, ainsi que l’a d’ailleurs reconnu la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Perincek. Tel que défini à la suite du Tribunal de Nuremberg et des débats qui ont suivi l’Holocauste, le terme génocide, en droit, ne s’appliquerait qu’à cet événement. Soit. Donnons raison aux juristes sur ce point.
    Mais dès lors la question est : est-ce au droit à définir la réalité ou est-ce au contraire à la réalité de définir le droit ? Ou en d’autres termes : la réalité des massacres de masse commis en Turquie en 1915, au Cambodge dès 1975 et au Rwanda dès 1994 n’est-elle pas la même que celle du massacre des Juifs dès 1941 ? Tous ces événements n’ont-ils pas pour point commun d’avoir été soigneusement préparés, prémédités, organisés, planifiés et systématisés en vue d’éliminer sciemment un groupe ethnique et/ou religieux considéré comme un risque majeur pour le groupe dominant ?

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  • Pas de double langage contre le terrorisme

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    Grâce (si l’on peut dire) à l’Etat islamique du Levant et à Boko Haram, la lutte antiterroriste internationale est entrée dans une nouvelle dimension depuis une année. Il aura fallu des exactions et des crimes défiant toute imagination pour que la communauté internationale se mobilise contre ces nouveaux fléaux qui, on le remarquera, sont tous deux d’inspiration sunnite (contrairement aux miliciens houthis du Yémen qui sont chiites et n’ont rien en commun avec les autres mouvements en dépit des apparences).
    Cela fera bientôt 25 ans, depuis le premier attentat de 1993 contre le World Trade Center, la guerre de Bosnie, la première guerre de Tchétchénie et les attentats salafistes en Algérie, que la planète est ravagée par le terrorisme sunnite. Or, pendant tout ce temps, l’Occident n’a cessé d’entretenir un double langage contre cette forme de terreur. Les attentats du 9 septembre 2001 n’y ont rien changé, malgré l’ampleur des attaques.
    En Bosnie, on avait déjà vu toute l’intelligentsia bienpensante européenne se précipiter à Sarajevo soutenir les islamistes du président Izetbegovic contre les « méchants Serbes ». En Tchétchénie, dans la guerre de 1994 mais surtout dans celle de 1999, on a vu s’épanouir partout dans le monde une littérature dénonçant les exactions des Russes contre les « courageux rebelles tchétchènes ». En Syrie en 2011, il fallait de toute urgence s’enrôler aux côtés des « forces démocratiques » luttant contre « l’infâme Bachar El-Assad ».

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  • Lanceurs d’alerte et gastronomie

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    →L’Occident persécute-t-il ses opposants politiques ? Le Conseil des droits de l’Homme est-il équipé pour protéger les réfugiés politiques d’Occident ? Ce sont les questions provocantes que posaient lundi dernier les défenseurs de Julian Assange et des lanceurs d’alerte, les juges Baltazar Garzon et Eva Joly et l’expert indépendant Alfred de Zayas. A force de dénoncer les mauvais traitements commis ailleurs, on oublie que les pays occidentaux ne sont pas plus tendres que les dictatures qu’ils dénoncent. En poursuivant les Assange, les Snowden et les Falciani sous le prétexte d’appliquer leur loi, ne condamnent-ils pas au silence et à la prison des gens qui ont élargi les libertés et dénoncé des forfaitures ? A réfléchir…


    ***

    →Après le commerce, la gastronomie. La veille de la journée de la francophonie, le 20 mars dernier, la France a frappé un grand coup en organisant 1300 dîners français dans des restaurants et dans ses ambassades et consulats sur les cinq continents. Laurent Fabius a ouvert le menu à Versailles tandis qu’en Suisse les diplomates français régalaient leurs hôtes avec, entre autres, un pressé de foie gras, des asperges et morilles, un médaillon de thon et filet de boeuf mariné. J’arrête ici par respect de l’austérité protestante. Vingt restaurants suisses dont douze romands ont participé à cet hommage « à une cuisine vivante, ouverte, innovante » et « aux valeurs de partage, plaisir et respect du bien-manger sur la planète ».

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