16/09/2014

Tout est devenu propagande

Début septembre, le directeur général du groupe Al-Jazira était invité à la Fête de la communication, ce qui avait suscité un émoi ma foi assez compréhensible dans la mesure où le groupe est fortement suspecté de faire la promotion des Frères musulmans. Mais ce qui a le plus frappé l’auditoire, c’est le talent et la force de conviction qu’il a mobilisés pour défendre la cause de l’information, du journalisme et des journalistes arrêtés, emprisonnés, torturés out tués dans la pratique de leur métier. Un de ses collaborateurs emprisonné de longues années pour rien à Guantanamo l’accompagnait d’ailleurs. Et quand il a affirmé avec aplomb qu’Al-Jazira était plus objective que la BBC, beaucoup sont restés bouche bée.
Tout simplement parce que, dans un certain sens, c’est très vrai.
Pour notre génération, la BBC est un modèle d’objectivité et de professionnalisme. Mais il faut dire c’était, car elle ne l’est plus. Pas plus que le Financial Times ou l’Economist sont des modèles du journalisme économique, tant ils se sont vendus à l’école économique dominante, celle de l’offre, de l’austérité et de la finance, celle qui accapare les Prix Nobel d’économie et qui abreuve de ses commentaires les colonnes de la presse économique. La distance critique, le scepticisme méthodologique, le questionnement maïeutique, la curiosité d’aller voir de l’autre côté du miroir, tout cela a disparu corps et bien. L’information économique se résume à chanter les louanges du libre marché et à condamner aux enfers la redistribution des richesses et la régulation étatique en entrelardant ces refrains de commentaires boursiers et de résultats semestriels des entreprises.
Cette évolution est la même dans tous les grands médias occidentaux qui ont faisaient jadis notre fierté.

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29/08/2014

Faut-il maudire Al Jazeera?



A l'occasion de la 17e Fête de la communication qui aura lieu vendredi
prochain 5 septembre à la Pastorale, le Club suisse de la presse a
effectivement invité le directeur général de la chaine qatarie Al Jazeera à
venir parler de sa chaîne et des défis auxquels sont confrontés les
journalistes dans les pays arabes.
Cette initiative a suscité quelques réactions, notamment de la part de
Mireille Vallette, sur son blog "Boulevard de l'islamisme".
Ce débat me semble plutôt sain, même si, comme tout le monde, je préfère les
éloges aux critiques. De quoi parle-t-on? Al Jazeera, qu'on l'aime ou pas,
est devenue en quinze ans la chaine arabophone qui compte et l'une des TV
les plus influentes du monde avec quelque 270 millions de téléspectateurs et
plusieurs centaines de journalistes professionnels. C'est d'ailleurs pour
cela qu'on la craint et qu'on la conteste! On l'encensait hier en Occident
quand elle couvrait les printemps arabes mais on la réprouve aujourd'hui
parce qu'elle continue à suivre l'actualité des mouvements islamistes qui
ont été démocratiquement élus comme ce fut le cas en Tunisie, en Egypte ou à
Gaza en 2007 avec le Hamas.
Durant ces dernières années, la chaîne a perdu plusieurs de ses journalistes
morts ou assassinés.

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26/05/2014

La grandeur (presque) perdue de la presse

On le sait, à chaque nouvelle crise depuis vingt ans, la presse et les médias diminuent comme peau de chagrin. Baisse des revenus publicitaires par-ci, concurrence croissante d’internet par-là, tout conspire à rendre le journalisme plus docile, les journaux plus étiques et l’information télévisée plus banale. Et la profession de se lamenter sur la grandeur perdue de la presse d’antan.
Tout cela est sans doute vrai. Mais ce qui frappe le plus dans le marasme ambiant, c’est la complaisance des moyens d’information à l’égard des puissants. Pas des pseudo-puissants, mais des vrais puissants, ceux qui détiennent la richesse et le pouvoir et qui instrumentalisent les médias, les partis politiques et les parlements par le biais de lobbies grassement payés.
La crise ukrainienne a montré à quel point les médias étaient littéralement intoxiqués par des manipulateurs d’opinion bardés de diplômes, ayant pignon sur rue et cartes de visites au nom d’un think tank aussi ronflant que l’origine de leurs fonds est floue. Combien d’experts tout droit sortis d’une officine bruxelloise à forte consonance anglo-saxonne n’a-t-on pas entendu pérorer dans les médias pour justifier les ingérences occidentales et dénoncer les opérations militaires sous couverture russes ? Tout cela à grands renforts d’explications stratégiques et de considérations démocratiques destinées à mieux faire oublier le caractère profondément illégitime du régime de Kiev et à mettre en évidence « l’illégalité des séparatistes ». Il est vrai que marteler « l’armée régulière ukrainienne cherche à rétablir l’ordre légal face aux séparatistes de la République auto-proclamée du Donetsk soutenue par l’espion Poutine » sonne assez différemment que « les chars du régime putschiste de Kiev guidés par les instructeurs de la CIA ont tiré sur la foule et abattu des manifestants du Donbass ». Comme par hasard, les tenants du nouvel ordre ukrainien font complètement silence sur un gouvernement qui n’a pas plus de légitimité – et sans doute beaucoup moins puisqu’il n’a même pas été adoubé par referendum – que l’annexion de la Crimée par la Russie.

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07/04/2014

L’expérience fédérale plutôt que des sanctions

En janvier 2006, un an après la première révolution orange, j’avais été invité à Kiev pour donner des cours de journalisme à des jeunes journalistes aussi passionnés d’Europe et de renouveau que les jeunes qu’on a pu voir sur la place Maidan en février dernier.
Au troisième jour d’échanges, après avoir mieux fait connaissance, la discussion s’engage sur le terrain politique et je décris la pratique suisse en soulignant les avantages à la fois politiques et médiatiques de notre système : représentation équitable de la diversité linguistique et religieuse, respect des minorités, presse plus diversifiée car plus proche de ses lecteurs et moins dépendante des grandes chaînes étatiques ou privées. J’ose un conseil : si la Suisse possède quatre langues officielles, pourquoi l’Ukraine n’en reconnaitrait-elle pas deux, l’ukrainien et le russe, ce qui aurait pour avantage d’apaiser les tensions, de stimuler les cultures et de favoriser la démocratie et la liberté, chacun étant libre d’exprimer ses choix politiques et d’éduquer ses enfants dans la langue et la culture de son choix ?
Quelle inconscience ! Quel sacrilège ! En moins de deux minutes la salle était prête à remonter aux barricades. Pas question de reconnaitre le russe comme seconde langue nationale!
Huit ans et une nouvelle révolution plus tard, le problème reste toujours aussi brûlant et sa solution plus lointaine que jamais. A peine avaient-ils conquis le pouvoir que les nouveaux dirigeants de Kiev abolissaient la seule réforme utile de l’ex-président Yanoukovitch, qui fut la reconnaissance du russe comme seconde langue officielle. Et désormais les thuriféraires du nouveau régime ukrainien passent leur temps à proclamer que cette révocation était sans importance et a été exagérément gonflée par les partisans de Moscou.


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27/02/2014

Sotchi et la mode du « russian bashing »

On connait la recette romaine pour tenir tranquille le bon peuple : « du pain et des jeux ». Du pain, nous en avons plus qu’assez, en tout cas dans nos riches pays occidentaux. Mais quid des jeux ? En proscrivant les jeux du cirque et les exécutions publiques, les citoyens-spectateurs de nos paisibles démocraties semblent désormais manquer cruellement de sensations fortes. Heureusement, les coupes du monde de foot et les jeux olympiques tentent, tant bien que mal, de combler cette frustration.
Avec les JO de Sotchi, on a été particulièrement gâté.
Les médias, qui servent toujours de caisses de résonance aux angoisses populaires, se sont déchainés comme jamais ils ne l’avaient encore fait contre un pays hôte des jeux. Même la Chine, dont le régime est pourtant cent fois moins libéral et démocratique que celui de la Russie, n’avait pas eu droit à un tel traitement. Pendant des semaines, tout y a passé. Poutine a subi une campagne de dénigrement que même François Hollande n’aurait pas pu imaginer aux pires moments du « Hollande bashing ». Le choix du site, le montant des investissements, la qualité de la neige, la recherche du prestige au détriment de la protection de la nature, la corruption, la menace terroriste, la colère des familles expropriées, tout a été mis en cause, montré, analysé, commenté, vilipendé jusqu’à l’indigestion. On a même été jusqu’à fouiller dans les décharges et les égouts, à inspecter les robinets de douche et à disséquer la moindre phrase d’une Pussy Riot. Et cela jusqu’au dernier jour. Et même la cérémonie d’ouverture, pourtant très réussie, a été l’occasion des sarcasmes les plus outrageants. Un anneau olympique qui ne s’allume pas et qu’on remplace par une image préenregistrée (ce qui se fait partout même à la RTS) ? Une manipulation scandaleuse !

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20/02/2014

2014, année de tous les possibles pour la Suisse


Si 2013 aura été un bon cru pour la diplomatie suisse, grâce à sa participation au G20 de Saint-Pétersbourg, l’année 2014 pourrait être meilleure encore. Le cumul des deux présidences, celle de la Confédération et celle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, apporte des atouts puissants dans le jeu de Didier Bukhalter. Un hasard qui ne s’était encore jamais produit et dont n’avait pas bénéficié le dernier président suisse de l’OSCE, Flavio Cotti, en 1996.
Bien sûr, l’OSCE n’est pas une organisation puissante dont les décisions sont contraignantes. Les affaires s’y traitent par consensus plutôt que par la force. Mais les Suisses sont plutôt doués pour créer les conditions du consensus et le moindre qu’on puisse dire, c’est qu’avec les tensions qui règnent actuellement entre l’Union européenne et la Russie à cause de l’Ukraine, le besoin de consensus se fait criant. Du coup, la Suisse a une occasion inespérée de jouer les bons offices aux plus hauts niveaux, avec un accès facilité aux chefs d’Etat. Ce qui n’est pas un mince avantage lorsque, par ailleurs, il s’agit de négocier de nouveaux accords bilatéraux avec les dirigeants européens. Une négociation n’empêche pas l’autre.

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22/01/2014

Genève 2 peut réussir. A condition d'abandonner ses oeillères

Or donc la conférence Genève 2 sur la Syrie s'ouvrira mercredi à Montreux. Pour la Genève internationale et pour la Suisse, c'est évidemment un événement prestigieux, qui vient souligner fort à propos la vocation de notre pays à accueillir les négociations internationales les plus complexes et à être l'ambassadeur de la paix à travers le monde.
Mais soyons franc: il ne se passera strictement rien à Montreux, hormis de grandes et pompeuses déclarations d'intention de la part des excellences qui auront fait le déplacement avant de repartir à Davos. S'il y a une chance pour qu'un progrès survienne, ce sera plus tard, dans les jours, les semaines ou les mois qui vont suivre, quand les différents représentants syriens se réuniront à huis clos, entre les murs épais du Palais des Nations, pour discuter sérieusement, loin des caméras et des micros.
Et pour que ce petit miracle arrive, il y a quelques exigences à remplir, dont la première est que les Occidentaux, Français et Américains en tête, laissent tomber leurs œillères et cessent de poser des conditions irréalistes et inacceptables comme préalables à tout dialogue, telles que la capitulation sans condition de Bachar el-Assad. Les Occidentaux, qui n'ont que les mots droits de l'homme à la bouche quand il s'agit de discréditer leurs adversaires, devraient ainsi se souvenir que le but final de cette conférence n'est pas le départ du dictateur syrien mais bien la fin des hostilités, un cessez-le-feu, même partiel, entre les belligérants. Quand la maison brûle, on éteint l'incendie pour sauver le plus de victimes possible, on ne fait pas un procès au propriétaire.












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16/01/2014

2014, année de tous les possibles pour la Suisse

La double présidence de la Confédération et de l’OSCE redonne du jeu à la Suisse au moment de renégocier les accords bilatéraux.


Si 2013 aura été un bon cru pour la diplomatie suisse, grâce à sa participation au G20 de Saint-Pétersbourg, l’année 2014 pourrait être meilleure encore. Le cumul des deux présidences, celle de la Confédération et celle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, apporte des atouts puissants dans le jeu de Didier Bukhalter. Un hasard qui ne s’était encore jamais produit et dont n’avait pas bénéficié le dernier président suisse de l’OSCE, Flavio Cotti, en 1996.
Bien sûr, l’OSCE n’est pas une organisation puissante dont les décisions sont contraignantes. Les affaires s’y traitent par consensus plutôt que par la force. Mais les Suisses sont plutôt doués pour créer les conditions du consensus et le moindre qu’on puisse dire, c’est qu’avec les tensions qui règnent actuellement entre l’Union européenne et la Russie à cause de l’Ukraine, le besoin de consensus se fait criant. Du coup, la Suisse a une occasion inespérée de jouer les bons offices aux plus hauts niveaux, avec un accès facilité aux chefs d’Etat. Ce qui n’est pas un mince avantage lorsque, par ailleurs, il s’agit de négocier de nouveaux accords bilatéraux avec les dirigeants européens. Une négociation n’empêche pas l’autre.
Mais restons-en à l’OSCE et au rôle que la Suisse pourrait y jouer.

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06/11/2013

L’axe USA-UE met la Suisse au défi

Contrairement aux apparences, l’année 2013 aura été un excellent cru pour la diplomatie économique suisse. Après des années de régression puis de stagnation, plusieurs succès ont été engrangés. L’accord de libre-échange avec la Chine est la première chose qui vient à l’esprit, avec la participation réussie aux préparatifs du G20 de Saint-Pétersbourg grâce à l’appui des Russes. Pour la première fois depuis longtemps, la Suisse, confinée aux enceintes techniques de l’OCDE ou du Stability Board, a pu faire remonter ses vues en matière de fiscalité, d’échanges d’information et de régulation bancaire au niveau politique, au niveau des puissances qui comptent.
Et même l’accord sur les successions avec la France a permis de débloquer les négociations avec l’encombrant voisin français, malgré le chahut organisé par des politiciens sans visions et quelques avocats en mal de marketing auprès de leurs clients fortunés.
Le refus de la "Lex USA" par le parlement fédéral en juin dernier a constitué un signe inquiétant, heureusement vite oublié grâce à la signature d'un nouvel accord fiscal qui fait payer les banques. Mais si la coalition des oppositions réussit à faire échouer la ratification de l’accord sur les successions avec la France, il faudra s'inquiéter vraiment. Car si le Conseil fédéral et les diplomates, qui doivent négocier dans un environnement international d’une complexité désormais inouïe, se retrouvent sabordés sur le plan intérieur, bonjour les dégâts ! Un regard froid montre qu’à part la Russie et la Chine, nous n’avons pratiquement plus d’alliés sur la scène économique mondiale et que, sur le front domestique, une ligue hétéroclite d’opposants est prête à lever la hallebarde dès qu’il s’agit de faire la moindre concession à un partenaire.


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04/11/2013

L’écriture, ce jeu virtuel

Je le subodorais depuis des années mais depuis quelques mois, c’est devenu une certitude : en abandonnant le support papier, la chose écrite est en train de perdre définitivement toute matérialité pour devenir un pur jeu virtuel qui est en train de perdre toute sa puissance d’évocation, de validation de la réalité, et de vérité.
Comme la plupart des gens ayant fait leurs écoles au XXe siècle, j’ai baigné dans un univers dans lequel l’écrit régnait en maitre. Du cunéiforme aux hiéroglyphes, des caractères chinois à l’arabe, du latin au cyrillique, il m’a toujours semblé que l’alphabet relevait du sacré, du tabou, de la vénération, qu’il avait droit à un culte et à des rituels précis formalisés par les règles de l’orthographe et de la grammaire, et cela quelle que soit la graphie adoptée par les différentes cultures. L’écrit plus fort que le temps, plus puissant que la mort, plus résistant que les tyrannies et les dictatures. L’écrit capable de faire revivre le passé et de changer l’avenir…
A la fin du siècle passé, disons au moment du faux bug de l’an 2000, au moment du grand basculement du monde dans l’ère numérique, il était encore possible de se raccrocher à l’écrit comme à une bouée.
Après tout, le nouvel âge digital, après l’hommage excessif rendu à la parole et à l’image par le téléphone, la radio, le cinéma et la télévision, ne réhabilitait-il pas l’écrit en lui redonnant une place de choix, dans les sms, les blogs, les chats, les commentaires Facebook et autres tweets ? Et face à ce nouveau déluge numérique, aussi envahissant et inquiétant qu’un tsunami sur Fukushima, les hommes et les femmes de chair et d’os n’avaient-ils pas toujours besoin de l’écrit pour valider, ancrer, graver dans leurs neurones cette masse d’informations brutes ? En faisant le tri, en proposant des grilles de lecture, en opérant des classements, en proposant des orientations, la chose écrite devenait moins immédiate mais trouvait sa pleine légitimité, un peu plus amont dans la chaine de l’information et de la connaissance. Scripta semper manent, pouvait-on encore espérer.

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17/10/2013

Le projet d’accord USA-UE met la Suisse au défi

Contrairement aux apparences, l’année 2013 aura été un excellent cru pour la diplomatie économique suisse. Après des années de régression puis de stagnation, plusieurs succès ont été engrangés. L’accord de libre-échange avec la Chine est la première chose qui vient à l’esprit, avec la participation réussie aux préparatifs du G20 de Saint-Pétersbourg grâce à l’appui des Russes. Pour la première fois depuis longtemps, la Suisse, confinée aux enceintes techniques de l’OCDE ou du Stability Board, a pu faire remonter ses vues en matière de fiscalité, d’échanges d’information et de régulation bancaire au niveau politique, au niveau des puissances qui comptent.
Et même l’accord sur les successions avec la France a permis de débloquer les négociations avec l’encombrant voisin français, malgré le chahut organisé par des politiciens sans visions et quelques avocats en mal de marketing auprès de leurs clients fortunés.
Le refus de la "Lex USA" par le parlement fédéral en juin dernier a constitué un signe inquiétant, heureusement vite oublié grâce à la signature d'un nouvel accord fiscal qui fait payer les banques. Mais si la coalition des oppositions réussit à faire échouer la ratification de l’accord sur les successions avec la France, il faudra s'inquiéter vraiment. Car si le Conseil fédéral et les diplomates, qui doivent négocier dans un environnement international d’une complexité désormais inouïe, se retrouvent sabordés sur le plan intérieur, bonjour les dégâts ! Un regard froid montre qu’à part la Russie et la Chine, nous n’avons pratiquement plus d’alliés sur la scène économique mondiale et que, sur le front domestique, une ligue hétéroclite d’opposants est prête à lever la hallebarde dès qu’il s’agit de faire la moindre concession à un partenaire.

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09/09/2013

Pour un code de bonne conduite des religions à Genève

Voici le texte intégral de la motion que je viens de déposer concernant le projet de code de la laïcité à Genève. Comme il s'agit d'un sujet particulièrement chaud, controversé et propice aux distorsions et manipulations de tous ordres, je pense qu'il est bon que chacun puisse faire une idée à partir du texte original.
Bonne lecture!

Le GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève
considérant :

-Que Genève est depuis longtemps une terre d’accueil pour des populations aux origines et aux religions diverses ;

-Qu’il convient d’accompagner ce phénomène par des mesures adaptées plutôt que de le combattre ;

-Que la Constitution fédérale garantit la liberté de croyance et de conscience (Art 15 : Liberté de croyance et de conscience) et que la Constitution genevoise assure la neutralité religieuse de l’Ecole (Section 9 : Enseignement et recherche, Art 193 : principes)

-Que l’article 3 de la nouvelle Constitution genevoise est intitulé « laïcité » et qu’il s’agit de la première constitution contenant une telle mention ;

-Que la nouvelle Constitution ne définit pas la laïcité et qu’il est nécessaire de le faire pour l’appliquer concrètement ;

-Que la laïcité, ancrée dans la société genevoise depuis le 19ème siècle, doit être adaptée à l’évolution du monde moderne ;

-Que la laïcité revient fréquemment dans le débat depuis une vingtaine d’années avec notamment la question du port des symboles et habits religieux;

-Qu’à cet égard, on ne déplore à Genève ni atteinte à la paix religieuse ni atteinte à l’ordre public ;

-Que les cantons sont compétents pour réglementer le port des symboles et habits religieux pour autant que cette restriction de la liberté religieuse soit fondée sur une base légale suffisante, qu’elle soit justifiée par un intérêt public prépondérant, qu’elle soit proportionnée au but visé et qu’il n’y ait pas atteinte à l’essence de ce droit fondamental (art. 36 de la Constitution fédérale : Restriction des droits fondamentaux).

-Que l’élaboration d’une loi inutilement restrictive contribuerait à raviver les tensions voire à discriminer toute une frange de la population ;

- Qu’il est essentiel d’identifier les comportements religieux de nature à troubler l’ordre public et la paix confessionnelle avant de légiférer sur ces questions;

Le Grand Conseil invite le Conseil d’Etat

- A appliquer l’article 3 de la Constitution genevoise en élaborant, en concertation avec les représentants des différentes confessions religieuses recensées à Genève, un « code de bonne conduite » fixant les usages et comportements à adopter pour respecter la laïcité dans les écoles et établissements à caractère public ;




EXPOSÉ DES MOTIFS


Mesdames et
Messieurs les députés,

Nos sociétés se mondialisent et des populations d’origines diverses s’installent sur leur sol. Ce phénomène n’est pas nouveau à Genève, terre qui cultive une tradition d’accueil depuis longtemps. Hier comme aujourd’hui, Genève a su accueillir les nouveaux arrivants et assurer une coexistence harmonieuse des différentes composantes de sa population. Cette réussite en termes d’intégration fait d’ailleurs sa richesse et sa renommée. Ce que souligne aussi le préambule de la nouvelle Constitution.

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26/04/2013

La revanche de l’Afrique noire

On se souvient de L’Afrique noire est mal partie, le fameux livre de René Dumont qui avait défrayé la chronique en 1962. Le pionnier de l’agronomie et de l’écologie françaises mettait en avant les erreurs de développement des jeunes nations africaines tout juste décolonisées. Il constatait que l’Afrique intertropicale piétinait mais qu’elle pourrait se développer rapidement si elle repensait son école, son encadrement, ses infrastructures, sa gouvernance.
Il aura donc fallu attendre près de cinquante ans pour que l’Afrique sub-saharienne montre les premiers signes de décollage. Bien sûr, le bilan est très contrasté suivant les pays. Les zones critiques (les deux Soudans), les nations en implosion (Mali, Centrafrique, République du Congo) ou en régression (Côte d’Ivoire, Madagascar), les régions en rémission lente (Guinée, Liberia, Sierra Leone, Burundi ou Rwanda) ou guerre civile larvée (Nigeria, Mauritanie) occupent le devant de la scène. Mais l’arbre à palabre médiatique ne doit pas cacher la forêt silencieuse des pays qui découvrent ou redécouvrent la croissance après des décennies de déliquescence économique.
La Chine ne s’y est pas trompée, qui investit massivement dans tout le continent et organise régulièrement un sommet des chefs d’Etat africains à Beijing, alors que l’Europe a quasiment déserté la région et que la France se contente de préserver son glacis. Les experts de la banque mondiale, naguère très sévères avec ce continent, ont désormais basculé dans le camp des optimistes. Reste maintenant à convaincre les opinions publiques et les gouvernements occidentaux.

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16/04/2013

Bagdad ou l'industrie de la voiture piégée

Visiter Bagdad a toujours été un vieux rêve. A cause des la Mésopotamie, des Mille et Une Nuits, du berceau de l'écriture et de la civilisation, et à cause des guerres du Golfe aussi. Fin 2007, suite à la remise d'une distinction pour services rendus, le président de l'association des journalistes irakiens m'avait exhorté à lui rendre visite. "On s'occupera de tout et de ta sécurité aussi", m'avait-il promis. Au printemps 2008, l'occasion se présente et je lui envoie un email pour lui confirmer la date. "Avec plaisir! Bienvenue!" Quinze jours plus tard, il sautait sur une bombe et je ne suis pas allé à Bagdad.
Jusqu'à mardi dernier. Invité par la Ligue arabe et le parlement irakien à venir présenter les aspects financiers du fédéralisme suisse à l'occasion d'une conférence sur les développements du Parlement arabe, j'y ai vu occasion d'honorer l'invitation de mon défunt ami. Coïncidence, le jour de la rencontre tombait pile sur le dixième anniversaire de l'invasion américaine de 2003. Le gâteau de fête compta 16 attentats, plus de 50 morts et 200 blessés...
La culture, la musique, la poésie, les galeries d'art, tout cette créativité millénaire que même Saddam Hussein n'avait pas réussi à étouffer, tout cela a quasiment disparu après dix années de guerre larvée. Bagdad vit désormais presque entièrement pour, par et avec la sécurité. Sur sept millions et demi d'habitants, un million travaille pour l'appareil sécuritaire, armée, garde nationale ou police. Entre l'aéroport et la ville, un trajet qui prend vingt minutes en temps ordinaire, il faut compter deux ou trois heures avec un check-point tous les 500 mètres, et un tous les 200 mètres en ville. Bouchons, pièces, d'identité, coffres ouverts, herses, gendarmes couchés, slaloms entre des toblerones de béton garantis à chaque fois. Notre convoi officiel de voitures blindées sécurisé par des pick-ups armés s'en sort en une demi-heure. une excellente moyenne. Quant au Bagdadi moyen, il attendra...
Il existe ici une véritable industrie de l'attentat, m'assure notre hôte.

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28/02/2013

L’horreur alimentaire

Il y a une quinzaine d’années, Viviane Forrester publiait un petit livre au destin mondial, L’horreur économique, pour dénoncer les dérives de l’économie. Les scandales alimentaires à répétition auxquels nous assistons depuis quelques lustres mériteraient bien une petite Horreur alimentaire.
Entre la vache folle, le veau aux hormones, l’eau gratuite qu’on veut nous vendre en bouteilles, l’huile de palme qui déforeste la planète, les paysans étranglés par les supermarchés et le cheval étiqueté pur bœuf, c’est toute la chaine de la production et de distribution alimentaire, du fermier à l’assiette, qui se révèle gangrenée.
Au milieu du tollé général soulevé par le bœuf au cheval, une autre nouvelle importante est passée relativement inaperçue, à savoir la campagne contre le gaspillage alimentaire lancée par le Programme des Nations Unies pour l’environnement à Nairobi la semaine dernière. Lors de sa réunion annuelle, avec l’aide d’une ONG britannique, le PNUE a organisé un déjeuner pour les 100 ministres et autres VIPs présents à partir de 1600 kilos de légumes et de fruits du cru rejetés par les supermarchés européens bien que parfaitement sains.



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25/02/2013

2030, la métropole rêvée

(Thème de la rencontre organisée par le PDC à Lancy)
Quelle Genève voulons-nous ? C’est au fond la question qui nous est posée à travers la question "Quelle vision pour Genève en 20130 et comment y arriver?". A mes yeux, cette réponse peut se résumer en cinq points :

1/nous voulons une Genève plus sûre. L’insécurité mine nos concitoyens mais elle sape aussi les bases de notre économie en pénalisant le commerce et les PME, en semant le doute dans les multinationales et en menaçant la Genève internationale. Rétablir la sécurité, investir dans la police, la justice et les prisons, restaurer l’autorité de l’Etat sont des tâches prioritaires pour les dix ans qui viennent. Nous devons soutenir les efforts de nos magistrats Olivier Jornot, Pierre Maudet et Guillaume Barazzone, en coordination avec les Français, qui connaissent les mêmes problèmes.

2/nous voulons une Genève plus innovante : la force de Genève, sa seule matière première, c’est sa matière grise, ses cerveaux. Il faut absolument soutenir et développer les investissements dans la formation, à tous les niveaux, de l’apprentissage aux docteurs en neurobiologie. Les efforts pour former les jeunes en rupture et ceux consentis pour former des chercheurs de pointe en biotechnologie ou en finance internationale visent le même but : assurer les emplois de demain. Car il faut savoir que les emplois sont aujourd’hui plus créés par les PME, les biotechs et les start-ups innovatrices que par les grandes entreprises, qui rachètent les petites pour croître.

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29/01/2013

En route vers la posthumanité

Les civilisations, comme les espèces, sont mortelles. C’est un truisme. Dès lors la question se pose : qu’y aura-t-il après l’homme ? Ou plus précisément, compte tenu de notre manie irrépressible de vouloir façonner le futur : que faudrait-il qu’il y ait après l’homme ?
Poser cette question, c’est déjà tirer un trait sur tout ce qui a plus ou moins sous-tendu la grande marche humaine depuis des siècles, à savoir l’humanisme, cette doctrine qui met la personne humaine au centre, sinon au-dessus de tout le reste (la nature et les animaux pour certains, Dieu pour d’autres). S’il n’a pas tout à fait réussi à pacifier l’homme et à l’élever au-dessus de sa condition, l’humanisme est malgré tout à l’origine de remarquables succès : on lui doit la culture, les arts, la science, une certaine éthique à l’égard de lui-même et des autres. Mais tout indique aujourd’hui que l’humanisme traditionnel est arrivé à bout de souffle.
L’holocauste et d’autres génocides ont fait douter de la capacité de l’homme à respecter la personne humaine. Et la tendance à un matérialisme effréné, qui gomme toute aspiration à la spiritualité et qui méprise les autres catégories du monde vivant, les animaux et les végétaux, met tous les jours en évidence les failles du vieil humanisme. La consommation comme horizon indépassable de la vie humaine, n’est pas un humanisme.

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21/01/2013

Gouverner un canton, développer une région

C’était le sujet de la rencontre électorale organisée par le PDC à Collonge-Bellerive jeudi dernier. Qu’est-ce que gouverner un petit territoire dans un monde en crise ? était la question qui m’était posée en particulier. Je vous livre l’essentiel de ma réponse : c’est une question importante pour deux raisons.
La première, c’est que je suis un fan et un pratiquant de la région depuis 40 ans. J’ai commencé à pratiquer la région à l’âge de 12 ans en venant faire mon collège au Bouveret au bord du lac, puis en passant, à 18 ans, une année à Thonon au Lycée Saint-Joseph pour terminer mon bac, que j’ai passé à Annemasse et à Annecy, avant de m’installer définitivement à Genève il y a 37 ans. Je n’en ai plus bougé, mais j’ai recommencé à pérégriner professionnellement, sur l’autre rive cette fois, puisque j’ai pendulé pendant quatre ans à Lausanne quand j’ai travaillé pour le Magazine Bilan et le Nouveau Quotidien. C’est dire que j’ai arpenté la région franco-valdo-genevoise dans tous les sens. C’est d’ailleurs à Bilan, il y a 20 ans, que nous avons commencé à faire émerger dans la conscience des Genevois la notion de « croissant d’argent lémanique », par opposition au « triangle d’or zurichois », en association avec l’IREC à Lausanne et l’AGEDRI (association genevoise pour le développement des relations interrégionales) à Genève. Avec Paul Gilliand et Pierre Milleret, ancien député et président du Grand Conseil PDC, nous avions d’ailleurs organisé à la Cité universitaire un grand colloque de l’AGEDRI sur ce thème, en 1990, colloque qui avait fait date.

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16/01/2013

"Abolir les impôts..."

La campagne pour les élections 2013 est ouverte et je ne peux résister au plaisir de vous citer le petit texte que mon ami JCF de Dardagny m'a envoyé pour accompagner ses voeux en cette année des hannetons: "Suppression de la politique. Abolition des impôts. Electrocution des régisseurs. Création de six jours fériés par semaine. Création d'habitations ouvrières à l'Ile Rousseau. Paiement des ouvriers trois mois à l'avance comme pour les loyers. Rétablissement des gardes municipaux à cheval. Transfert de Céligny sur le canton. Libre émission de fausse monnaie. Transfert de la caserne de la gendarmerie à Hermance. Diminution du prix du sel."
Tel était le programme électoral de Guguss et Polyte (Louis Bron et A. Gantner) qui animaient un journal humoristique dans notre bonne ville de Piogre au début des années 1900. Je ne vous promets pas de reprendre tout ce programme à mon compte (quoique certaines propositions donnent sérieusement à réfléchir...) ni de le réaliser intégralement si je suis élu, mais je vous invite cordialement à venir découvrir nos idées et projets à l'occasion des rencontres publiques organisées par le PDC pour départager ses trois candidats. Premier rendez-vous demain soir jeudi à 20h à la salle communale de Collonge-Bellerive sur le thème "gouverner un canton, développer une région" avec Luc Barthassat, Serge dal Busco et votre serviteur.

08/01/2013

Ces pierres qui changent le destin

Si un simple caillou turc parvient à changer l'avenir du Valais, pourquoi des milliards de tonnes de schistes ne changeraient-ils pas le destin de la planète ?Si on ne sait pas encore comment la pierre turque va influer sur la vie des Valaisans, on peut en revanche mieux estimer combien l'exploitation des gaz de schiste va refaçonner la géographie et l'histoire des prochaines décennies.
La nouvelle est en effet sortie il y a quelques semaines, mais sans qu'on en prenne vraiment toute la mesure: grâce au gaz et au schiste, les Etats-Unis redeviendront le premier producteur mondial de pétrole et retrouveront leur indépendance énergétique dès 2020, c'est à dire demain. Quant à la Chine, elle possède aussi de grandes réserves dans ses déserts occidentaux.Alors que l'Europe, elle, devra se contenter de racler les fonds de tiroir lorrains et polonais pour récupérer quelques barils du précieux liquide.
Si tout cela est vrai, et il n'y a pas de raison d'en douter, la face du monde en sera complètement bouleversée.

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09:06 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)