07/11/2012

Doubles standards et grandes hypocrisies

Depuis des décennies, les pays du Sud et d’Asie et de nombreuses ONG se plaignent de la manière dont l’Occident applique ses catégories morales au reste du monde et dénoncent le double standard qui prévaut en matière d’éthique globale et de relations internationales.
Le double standard consiste à appliquer les règles et le droit international de façon différenciée en fonction de ses intérêts matériels. Depuis que l’humanité est sortie de sa caverne, la morale et les intérêts n’ont jamais fait bon ménage dans les relations entre groupes humains concurrents. Mais ce qu’on reproche à l’Occident ce n’est pas d’avoir des intérêts – tout le monde en a – mais de se gargariser de ses valeurs morales et de ses principes universels incarnés dans la Déclaration des Droits de l’Homme et la pratique de la démocratie, pour mieux masquer la politique d’intérêts qui est la sienne.
Les exemples de double standard pullulent, le plus actuel étant sans doute celui de la Syrie et de l’Arabie saoudite. On ne cesse – avec raison évidemment ! – de flétrir, blâmer, anathématiser le régime de Bachar el-Assad au nom des grands principes universels des droits de l’Homme et de la démocratie. Editorialistes et politiciens ne trouvent pas de mots assez durs pour vitupérer l’infâme. Fort bien. Mais pourquoi alors ne pas piper mot et se prosterner benoitement devant le régime saoudien qui fait moins bien en matière de droits de la femme, et se taire devant celui de Bahrein qui torture et assassine ses opposants depuis quinze mois dans un silence médiatique et politique assourdissant ? On connaît la réponse : ils sont dans le bon camp puisqu’ils nous vendent leur pétrole. Et pourtant d’un côté, on n’a qu’une dictature, de nature politique, tandis que de l’autre on a une double tyrannie, à la fois politique et religieuse !

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01/11/2012

Calvin, Rousseau, Dunant, au secours ! Revenez vite!

Mais quelle guêpe venimeuse a piqué Genève ? Depuis quelques années, le vent mauvais de la xénophobie, de la haine, du soupçon permanent contre l’étranger, le frontalier, le requérant d’asile souffle sans pitié dans toutes les rues du canton et jusqu’aux sommets de l’Etat, qui se met à prêcher pour une « préférence cantonale » dont on se demande quel sens elle peut avoir alors qu’hier on vantait les bilatérales et la libre circulation !
C’est frappant de voir combien ce canton si fier de son ouverture et de sa Genève internationale, qui se prétend être la capitale mondiale d’à peu près tout, des droits, de l’homme, de la santé, de la propriété intellectuelle ou de la physique des particules, peut devenir tout à coup mesquin, étroit, rabougri, ratatiné. On se glorifie de Calvin, on cultive la nostalgie de la « Rome protestante », on montre avec fierté aux touristes la maison natale de Rousseau et le jardin des Délices de Voltaire, on se félicite d’avoir donné naissance à Henry Dunant et à la Croix-Rouge, on débauche sans vergogne les infirmières et les médecins européens pour soigner nos malades, et, dans le même temps, on fait la chasse aux cadres français dans les hôpitaux, on blackboule le patron de la deuxième entreprise du canton parce qu’il avait le tort d’habiter vingt kilomètres trop loin pour présider pour présider les transports publics, et on passe au crible l’administration pour être sûr qu’un frontalier n’a pas usurpé son poste.

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17/09/2012

Une impitoyable guerre économique

Pendant des décennies, l’économie suisse a prospéré, très bien d’ailleurs, dans l’ombre du pacte d’acier qui unissait les ténors de la finances aux grands capitaines d’industrie. Christoph Blocher, président d’une des grandes entreprises chimiques du pays, membre du conseil d’administration d’UBS et proche des milieux financiers zurichois, a longtemps incarné cette alliance du coffre-fort et de l’usine, huilée par l’échange continu de fauteuils d’administrateurs entre les deux cercles.
Mais voilà, l’union sacrée a volé en éclats. L’industrie a largué la finance et celle-ci, qui était habituée à dicter sa loi au reste du pays, est brutalement tombée de son piédestal. On peut symboliquement faire remonter cette rupture au 6 septembre 2011, quand la BNS a arrimé le franc à l’euro, et donc lâché les intérêts de la finance pour préserver ceux de l’industrie d’exportation. Un taux de change fixe s’accommode en effet fort mal avec la liberté totale des capitaux dont les milieux financiers font leur miel.
Cette décision, il est vrai, est intervenue après des années de fragilisation de la planète financière suisse. La crise de 2008, le sauvetage d’UBS, les attaques répétées contre la place financière en provenance des Etats-Unis et de l’Union européenne, tout cela a contribué au lâchage de la finance par l’industrie. L’affaire du franc fort fut simplement l’occasion de porter le coup de grâce. Pour l’industrie, il s’agissait de sauver sa peau, et il n’y avait plus à hésiter.






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07/08/2012

Le 1er Août, l’initiative Weber, les barrages et les Gitans

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les élus communaux,
Citoyennes et citoyens d’Evionnaz, chers amis, bienvenue à cette célébration du 721e anniversaire de notre pays

Je tiens tout d’abord à vous dire de tout le plaisir et le grand honneur que vous m’avez fait en m’invitant à venir célébrer notre Fête nationale à Evionnaz, ma commune d'origine, dans laquelle réside toute ma famille.

L’esprit qui inspirait nos pères fondateurs et que l’on retrouve merveilleusement illustré dans le Pacte de 1291, c’est celui de la communauté des valeurs et de la solidarité face aux dangers et aux aléas de la vie. Ce qui nous unit, c’est la volonté de vivre ensemble avec nos différentes langues, cultures, religions et origines géographiques. Citadins ou campagnards, romanches ou francophones, catholiques ou protestants, suisses de vieille souche, naturalisés de fraîche date ou simples immigrants venus de loin pour s’établir dans notre pays, nous partageons tous le sentiment et la conviction de partager un destin commun. Mieux, ce destin, nous savons que nous pouvons le décider et le construire ensemble et qu’il ne nous est pas imposé de l’extérieur par un gouvernement que nous n’avons pas choisi.

C’est pourquoi il nous a fallu tant de temps pour faire notre pays, pour lui donner ses institutions, et pour le doter d’un fête nationale qui soient communes à toutes et tous malgré nos différences. Ce bien est précieux, et nous devons le conserver face à tous ceux qui voudraient le sacrifier au nom des passions ou des intérêts éphémères du moment.

Car il ne faut pas nous leurrer. Cette solidarité et cette unité confédérale ne vont pas toujours de soi et engendrent parfois des tensions qu’il nous faut avoir le courage d’affronter. Je songe ici à trois événements qui défrayent la chronique valaisanne ces temps-ci.

Premier exemple, très important pour l’avenir du Valais, celui du vote de l’initiative Weber sur les résidences secondaires. Personne ne doute que ses effets sont très pénalisants pour l’économie du canton et que les risques d’augmentation du chômage sont réels. Sur un plan plus symbolique, ce vote a été ressenti par de très nombreux Valaisans comme une blessure, comme une trahison de la part des citadins et des habitants du Plateau suisse. Comme résident genevois, je sais bien qu’une grande majorité de Genevois a voté en faveur de cette initiative.



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02/08/2012

Les tabous et non-dits du drame syrien

Voilà déjà quinze mois que la Syrie est à feu et à sang. L’hécatombe n’est pas prête de s’arrêter. Au contraire, le conflit redouble d’intensité. Sur le terrain, les rebelles se sentent pousser des ailes grâce aux financements et aux armes livrées par l’Arabie saoudite et le Qatar via la Turquie, avec le soutien des Occidentaux, et font désormais jeu égal avec l’armée régulière de Bachar El-Assad, laquelle profite des tanks, canons et missiles de son allié russe. Et sur le front diplomatique, la mission de Kofi Annan bute contre l’obstination des Occidentaux à exiger le départ du président syrien comme préalable, et le refus tout aussi opiniâtre des Russes et des Chinois d’abandonner une partie qu’ils estiment pipée.
Dans un tel climat, le conflit, avec son cortège de massacres quotidiens, est parti pour durer longtemps, sur le modèle afghan. Le scénario libyen - une victoire rapide des rebelles – ne se répètera pas. Si l’on veut vraiment rétablir une paix durable et instaurer une démocratie digne de ce nom en Syrie, il convient de respecter davantage les faits et les forces en présence.
Premièrement, le régime baasiste du président Assad n’est pas aussi impopulaire qu’on veut bien le dire. Les laïcs, les femmes, les minorités religieuses, certains clans sunnites ne le trouvent pas aussi pendable que le voudraient les chancelleries et les medias occidentaux. La réalité est légèrement plus complexe que le cliché du gentil rebelle contre le méchant Assad. On n’est pas dans la Libye de Khadafi.
Il convient ensuite de voir qui sont les rebelles, qui les arme et dans quel but. Le renversement d’une dictature justifie-t-il qu’on soutienne n’importe qui n’importe comment, au risque de créer une poudrière salafiste ou de pérenniser une guerre civile au milieu du Moyen-Orient ? Une fois Assad parti, qui pourra empêcher les extrémistes islamistes de triompher et de liquider leurs adversaires laïcs?

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01/08/2012

Un 1er Août avec le citoyen Jean-Jacques Rousseau

Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élus municipaux,
Citoyennes et citoyens de Presinge, chers amis, bienvenue à cette célébration du 721e anniversaire de notre pays

Je tiens d’abord à vous dire de tout le plaisir et le grand honneur que vous m’avez faits en m’invitant à venir célébrer avec vous ce soir notre Fête nationale. Je suis d’autant plus honoré que cette année coïncide avec le 300e anniversaire de la naissance de ce grand citoyen genevois que fut Jean-Jacques Rousseau. Il se trouve que je suis également président de l’Association « La Faute à Rousseau » qui vient d’aider à la réalisation de 55 petits films inspirés de Rousseau et dont plusieurs montrent qu’on peut trouver de nombreux points communs entre le Pacte de 1291 et le Contrat social, entre les Trois-Suisses qui ont prêté serment de fidélité et d’assistance mutuelle, et l’auteur du Discours sur l’inégalité et du projet de constitution pour la Pologne qui s’honorait du titre de « Citoyen de Genève ».

L’esprit qui inspirait nos pères fondateurs et que l’on retrouve merveilleusement illustré dans le Pacte de 1291, c’est en effet celui de la communauté des valeurs et de la solidarité face aux dangers et aux aléas de la vie. Ce qui nous unit, c’est la volonté de vivre ensemble avec nos différentes langues, cultures, religions et origines géographiques. Citadins ou campagnards, romanches ou francophones, catholiques ou protestants, suisses de vieille souche, naturalisés de fraîche date ou simples immigrants venus de loin pour s’établir dans notre pays, nous partageons tous le sentiment et la conviction de partager un destin commun. Mieux, ce destin, nous savons que nous pouvons le décider et le construire ensemble et qu’il ne nous est pas imposé de l’extérieur ou par un gouvernement que nous n’avons pas choisi.

C’est pourquoi il a fallu tant de temps pour faire notre pays, pour lui donner ses institutions, et pour le doter d’un fête nationale, qui soient communes à toutes et tous malgré nos différences. Cette patiente construction, nous devons la conserver comme un bien précieux face à tous ceux qui voudraient la sacrifier au nom des intérêts éphémères et des mauvaises passions politiques du moment.

Car il y a des intérêts particuliers et des passions politiques - Rousseau aurait parlé de vices ! - qui peuvent détruire l’équilibre subtil du vivre-ensemble suisse. Et c’est ici que la relecture de Jean-Jacques nous est très utile. Son œuvre est trop riche pour que j’en fasse une recension complète. Aussi je me contenterai de relever quatre tendances qui me paraissent menacer notre démocratie.

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22/06/2012

Que faire ? Notre travail a-t-il un sens ?

Francfort a beau être la Mecque de la finance allemande, on s’y pose toujours de bonnes questions. A deux pas du célèbre Institut de recherche sociale d’Horkheimer, Adorno et Habermas, et au milieu des rues occupées par 30 000 manifestants de Blackoccupy et d’autant de policiers, le Musée d’histoire naturelle (!) Senckenberg présentait une exposition sur le « sens du travail humain ».
Entre des photos de paresseux semblant faire une sieste permanente sur leurs arbres et des abeilles bourdonnantes s’agitant sans relâche dans leurs ruches, on pouvait voir toutes les facettes de ce que l’on a imprudemment appelé la civilisation des loisirs, et qui est en fait une civilisation dans laquelle le non-travail, le repos, les vacances, sont devenus des activités si débordantes qu’elles font passer les fourmis ouvrières pour des tire-au-flanc.
C’est que le travail ne sert pas qu’à gagner notre vie mais à lui donner de la valeur, à la réaliser et à obtenir de la reconnaissance. Et c’est cette dimension symbolique, qui nous libère et nous enchaîne à la fois, qui rend le travail si indispensable.
Mais peu importe. S’interrogeant sur l’avenir du travail et son évolution dans nos sociétés hyperactives, riches et vieillissantes, les organisateurs ont envisagé sept scénarios possibles, avec leurs avantages et leurs inconvénients. 1/Une taxe générale sur la consommation selon le degré de nécessité des biens et services produits. Ce qui reviendrait à prohiber les produits de luxe et rappelle fort les lois somptuaires édictées du temps de Calvin, qui interdisaient le port de la soie, des couleurs et des bijoux. Inconvénient : le fonctionnement de l’économie de marché serait gravement compromis et il n’est pas sûr que les horlogers et les commerçants des Rues Basses bondissent de joie…



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05/06/2012

Contre le fétichisme des diplômes

La Suisse n’a pas de pétrole ni de matières premières et ne peut compter que sur ses cerveaux pour assurer sa prospérité, on ne saurait trop le répéter. Tous les efforts pour développer la formation, la recherche, l’innovation, doivent donc être encouragés. La mise en place des hautes écoles spécialisées, la convergence avec les universités et l’établissement de passerelles entre l’apprentissage et la possibilité d’une formation académique sont à saluer. Le système d’éducation suisse, qui accorde une large part à l’apprentissage en entreprise aux côtés du cursus plus abstrait de la formation universitaire, est d’ailleurs l’une des grandes forces de notre pays.
Ceci étant établi, la construction de ce bel édifice entraîne des dégâts collatéraux qui pourraient s’avérer fort dommageables si rien n’est entrepris pour les corriger. Ce dommage, c’est la fétichisation des diplômes, la sacralisation du parcours académique par rapport à la filière professionnelle, la croyance que la formation théorique l’emporte sur la pratique du métier. Or aucun diplôme, aussi prestigieux soit-il, n’a rendu quelqu’un meilleur ou plus intelligent. Les imbéciles diplômés sont statistiquement aussi nombreux dans leur catégorie que les imbéciles non-diplômés dans la leur.


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23/05/2012

Liberté, solidarité, inégalité

Les élections présidentielles françaises viennent de s’achever. On aura beaucoup parlé de la République et de ses valeurs, et de ceux qui prétendent les respecter ou qui sont supposés les trahir. Et nul doute que les valeurs républicaines seront encore très en cour pendant les législatives. Aux Etats-Unis, les primaires républicaines viennent de s’achever et l’on aura aussi beaucoup évoqué les libertés, à défaut de la liberté.
Mais restons à la France et à la devise de la République depuis la Révolution : Liberté, Egalité Fraternité. Il est étonnant de constater que si la liberté et la fraternité – du moins dans sa version plus moderne de solidarité – sont restés des thèmes prisés de campagne électorale, l’égalité a en revanche complètement disparu des discours. Mélenchon y a fait référence, pour dénoncer les salaires mirobolants des patrons, mais sans développer ni la présenter comme une valeur en soi. Tandis que la liberté fut dans toutes les bouches, surtout à droite, et la solidarité (fraternité) dans toutes celles de gauche.
Pourquoi cet oubli ? En cette année du 300e anniversaire de sa naissance, il faut revenir à Rousseau.

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26/04/2012

Nouvelle Némésis médicale?

C’est en 1975 qu’Ivan Illich, dans son petit essai intitulé la Némésis médicale, dénonçait les dérives d’un système médical devenu fou. Il y montrait comment l’entreprise médicale, devenue incontournable, mettait en danger notre société en expropriant en quelque sorte le malade de sa maladie, en imposant un système extrêmement coûteux mais impuissant à réduire dans les faits la morbidité générale et en rendant l’individu dépendant et désarmé face aux techniques et aux pouvoirs sacralisés de la médecine.
37 ans plus tard, où en est-on ? Lucidement, on doit admettre que le système, loin de se corriger, a encore accentué ses défauts. Seule évolution manifeste : dans une société obsédée par son vieillissement, les critiques se sont déplacées du tout vers les parties, vers les acteurs pris isolément : caisses maladie, Etat incapable de réguler, hôpitaux démesurés, multinationales pharmaceutiques et, plus rarement, vers le corps médical.
Je suis de ceux qui pensent que la santé est un secteur économique très honorable, et même bien plus honorable et utile que beaucoup d’autres tels que l’industrie d’armement ou le blanchiment d’argent dans les paradis fiscaux. Et je suis convaincu qu’il est un des atouts majeurs de la Suisse, laquelle, grâce à ses pharmas, ses cliniques, ses médecins de pointe, peut à la fois assurer un haut niveau de vie à sa population et attirer des clients extérieurs.
Mais en même temps il faut reconnaître qu’il existe, dans le secteur de la santé, une surchauffe, une course en avant, des excès d’investissements qui peuvent s’avérer tout aussi explosifs, à long terme, que les bulles immobilières et financières l’ont été récemment.

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27/03/2012

Tout savoir sur presque rien

Commençons par la bonne nouvelle. Pour la première fois depuis des années, les chiffres de la REMP sur le lectorat des journaux ne sont pas systématiquement négatifs. L’érosion lente et continue de la presse écrite depuis vingt ans semble atteindre un plancher. Certains titres souffrent toujours, notamment chez les magazines, mais d’autres remontent la pente et c’est nouveau. Les transferts massifs vers les médias électroniques pourraient après tout arriver à terme et un nouvel équilibre pourrait s’instaurer. Reste encore à atteindre le même état pour la publicité et la situation des médias pourrait se stabiliser quelque peu.
C’est un soulagement pour l’ensemble de la corporation des journalistes et pour les lecteurs qui sentaient le sol se dérober sous leurs pieds sans la moindre branche à laquelle s’agripper. Les choses semblent donc s’améliorer sur le plan quantitatif et il ne faut pas bouder notre plaisir.
Sur le plan qualitatif en revanche, le pire est encore à l’ordre du jour et je crains qu’il n’y ait, dans ce domaine, aucun fond à partir duquel rebondir. Je relisais l’autre jour dans le Monde les beaux textes de Camus sur la presse et la liberté de la presse : « Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. » écrivait-il en 1951. Soixante-et-un ans après, comment lui donner tort ?

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13/03/2012

C’est la faute aux Français !

Depuis l’Escalade au moins, il est de bon ton d’accuser les Français de tous les maux genevois. Mais depuis quelques temps, le niveau d’aigreur des Genevois (de certains, pas de tous, heureusement !) a pris l’ascenseur. Les Français donc ne voudraient pas payer leur part du CEVA, ils ne voudraient pas construire de parkings P+R pour éviter d’envahir Genève avec leurs voitures, ils sont incapables de s’entendre entre eux, leur mille-feuille institutionnel est totalement inadapté à notre belle organisation fédérale, ils ne respectent pas les règles de la circulation et se comportent mal sur nos routes, ils exportent leur criminels et leur racaille dans les Rues Basses et bientôt dans la gare de Champel… Bref, j’en passe et des meilleures.
Les Français, je n’en disconviens pas, ne sont pas des saints et sont incontestablement bourrés de défauts. Tandis que les Genevois, eux, c’est bien connu, n’ont que des qualités et leur canton est la Huitième Merveille du monde. Toutefois, sous l’influence de 35 années d’un calvinisme pesant qui a fini par dompter ce qui me restait de mon éducation catholique, je me hasarde à tenter d’appliquer la recommandation biblique qui consiste à examiner si la paille qui est dans l’œil des Français ne cacherait pas la poutre qui est dans celui des Genevois.
Car est-ce vraiment la faute des Français si Genève est incapable de construire des logements en nombre suffisant pour ses travailleurs ?

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05/03/2012

Une élection du PLR, pas du PDC

La démission de Mark Muller m’a surpris dans une réunion de journalistes aux confins de la Turquie. Sur les hauts plateaux balayés par un vent sibérien -20 degrés, on garde plus facilement la tête froide.
Car le moins qu’on puisse dire, c’est que les réactions qui ont suivi m’ont paru confuses. Or, si le centre-droit veut sauver ce siège et conserver la majorité au Conseil d’Etat, il n’y a qu’une stratégie possible : l’union sans faille derrière le candidat du PLR, en l’occurrence Pierre Maudet.
Pour trois bonnes raisons. Tout d’abord parce que cette élection sera très difficile à gagner. Une démission forcée en cours de mandat affaiblit toujours le parti qui la subit. Or l’Entente, et le PDC en tête, n’a aucun intérêt à voir le PLR plonger. Il serait difficile de se relever d’un échec cinglant. Face à une gauche gonflée à bloc par la perspective de regagner la majorité perdue de peu en 2009, il n’y a donc pas à discuter, malgré les tensions suscitées par l’élection d’Olivier Jornod au poste de procureur général en lieu et place de Christian Coquoz.
La seconde raison relève de la nécessité de tenir tête non seulement la gauche mais aussi à Eric Stauffer. Que dirons-nous si, par mésaventure, le président du MCG devançait le candidat PLR en mai prochain ? Dans quel état serait le centre-droit pour les élections de 2013 ?
Enfin, le candidat du PLR est le plus compatible possible avec les valeurs du PDC et du centre-droit. On a eu l’occasion de le constater depuis que Pierre Maudet est conseiller administratif. Les démocrates-chrétiens n’auront pas besoin de se pincer le nez pour voter pour lui.
Pressés, certains élus PDC se sont déjà hâtés de montrer qu’ils étaient à disposition si on les priait de se porter candidats. C’est prématuré. Car toute division serait fatale et nous porterait tort pendant longtemps. C’est peut-être dur à admettre, mais cette élection n’est pas la nôtre, c’est celle du PLR.








20/02/2012

Les Russes veulent juste gagner les élections !

Paradoxe : les prochaines élections présidentielles pourraient être les premières gagnées par les Russes eux-mêmes ! Jusqu’ici en effet, les élections n’ont pratiquement jamais amélioré le sort des Russes. Sous le régime tsariste, elles n’existaient pas. Durant l’ère soviétique, elles furent confisquées par les communistes et la nomenklatura. A l’époque Yeltsine, elles ont servi de paravent à une oligarchie qui a pillé le pays. Sous Poutine I et II et sous Medvedev, elles ont permis à la Russie de rétablir l’ordre et la stabilité mais sans réellement profiter aux citoyens en tant que tels.
Or, pour la première fois de leur histoire, les Russes pourraient être les premiers gagnants, les principaux bénéficiaires des élections. Les événements de ces derniers mois sont en effet extraordinaires à plus d’un titre.
Les dernières élections législatives et leur issue trop prévisible ont tout d’abord provoqué une mobilisation sans précédent de la société civile, qui a montré que, sous le couvert d’une apathie apparente, la société russe bougeait. Depuis les années 2000, cette société s’est en effet transformée, dans les villes notamment. Les gens sont plus riches, mieux éduqués et plus exigeants. A côté des oligarques et de la classe dirigeante, une classe moyenne est apparue, formée d’entrepreneurs, de professions libérales, de cadres et d’indépendants qui veulent participer à la vie politique et aux affaires de l’Etat. Les différents courants qui travaillent la société russe exigent une ouverture du jeu démocratique.


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06/02/2012

Non au terrorisme du courriel

On parle beaucoup et on se mobilise à grands renforts de milliards contre le cyber-terrorisme, l’islamo-terrorisme, le narco-terrorisme ou que sais-je encore. Mais que fait-on contre le terrorisme qui nous veut du bien, le terrorisme du courriel censé mettre les choses au point et qui met le feu aux poudres ? Ne coûte-t-il pas bien plus cher en stress, en surmenage et en absentéisme que les attaques de pirates et d’Anonymous contre des sites militaires ou d’entreprises ?
Dimanche dernier, je m’apprêtai à entamer une promenade bien méritée lorsque bing ! un courriel furieux et comminatoire d’un correspondant qui avait sans doute mal digéré son repas dominical me somma de répondre toutes affaires cessantes à ses questions tourmentées. Et voilà un dimanche gâché.
Rien de plus banal, direz-vous. Ce genre d’incidents arrive par millions sur la toile et se produit 4,5, 10 fois dans une journée de travail. Mais doit-on accepter de se laisser pourrir la vie par l’aigreur de ses chefs, de ses collègues, de ses relations sans réagir ? Le courriel, qui a une capacité illimitée de se transformer en pourriel même avec les meilleures intentions du monde, inquiète sérieusement les administrations et les entreprises qui commencent à édicter des règlements pour protéger leurs employés en dehors de leur temps de travail.
Et la question se pose : faut-il réglementer l’usage du courriel et délivrer, comme pour la pêche et la conduite automobile, des permis d’emailer ? C’est en tout cas ce que suggère Fernando Lagrana, haut-fonctionnaire de l’UIT et enseignant à l’Université Webster de Genève, dans la thèse qu’il vient de publier à Grenoble.


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01/11/2011

La lune de miel russo-suisse continue

La semaine dernière, une mission économique romande de 35 personnes conduite par le conseiller d’Etat genevois Pierre-François Unger s'est rendue pour une visite de deux jours à Moscou. A la fin de la semaine, c’est plus de 40 hommes d’affaires romands qui ont visité pour la première fois Bakou, en Azerbaijan.
Au programme figuraient des visites au siège des grandes sociétés pétrolières, Lukoil d’un côté, Socar de l’autre (toutes deux présentes à genève à travers leurs importantes filiales de trading), une visite de la cimenterie Holcim près de Bakou, des rencontres avec les grandes entreprises locales et deux forums économiques avec des ateliers thématiques sur la finance, les conditions cadres et la formation/santé.
Pourquoi un tel intérêt, maintenant, pour cette région du monde alors que l’époque est plutôt à la morosité et au repli sur soi ?
La réponse est donnée par l’intense ballet diplomatique entre la Russie et la Suisse depuis quelque temps. En octobre, Mme Calmy Rey a rencontré le président Medvedev. Cet été, M. Schneider-Ammann et Mme Calmy Rey étaient à Moscou. Il y a deux semaines, Doris Leuthard a signé un accord de coopération avec le vice-ministre russe de l’énergie. Fin septembre, Suisses et Russes signaient un protocole à la convention sur la double imposition et un mémorandum d’entente sur la coopération dans le domaine financier. En clair, alors que la Suisse est en délicatesse avec l’Union européenne et en froid avec les Etats-Unis, la Russie et les pays de la CEI restent l’une des rares régions du monde où ils sont accueillis avec chaleur et sans suspicion. C’est plutôt agréable.

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31/10/2011

Les indignés, l’humour en plus

Depuis des mois, de la Place Tahrir à la Puerta del Sol, de Tunis à Wall Street, les indignés occupent la rue et, avec un bonheur inégal suivant les commentateurs, les téléjournaux. Car je ne fais pas de grande différence entre un jeune vendeur de légumes tunisien qui s’insurge contre la bureaucratie policière de son pays qui veut lui interdire de tenir son échoppe, et les révoltés espagnols qui s’insurgent contre un système financier rapace qui leur a volé leurs économies avec la complicité de leur gouvernement élu.
Partout c’est le même cri de ras-le-bol, la même exigence de partage du travail, du pouvoir et des biens contre ceux qui les monopolisent, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan économique. Les indignés sont donc des gens sérieux, qui s’occupent de choses sérieuses, et qu’il faut donc prendre au sérieux. Au dernier festival de philosophie qui s’est tenu à Genève en septembre dernier, et qui portait sur le thème de la résistance et de la révolte, plusieurs d’entre eux avaient été invités et sont venus témoigner du pourquoi et du comment de leur engagement.
Ce qui frappe d’abord, c’est leur calme, leur méthode, leur organisation. Certes, il y a bien eu quelques dérapages, comme durant les émeutes de l’été dernier à Londres. Mais d’une façon générale, on a plutôt l’impression que l’agitation, la nervosité, l’hystérie sont dans le camp d’en face, celui de la police et des notables installés, qui ne comprennent pas ce qui leur arrive.

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11/10/2011

Des primaires pour redonner des couleurs à la politique

La semaine dernière, sous l'influence des primaires socialistes françaises, l'idée d'organiser des primaires en Suisse a brusquement été reprise par certains candidats socialistes au conseil national et dans certains médias. voici l'article publié il y a trois semaines dans le Courrier à ce sujet.

On le sait depuis trente ans : les églises, les partis, les syndicats et toutes les institutions qui façonnaient la société et structuraient le vivre ensemble, ne cessent de perdre en légitimité et en représentativité. On le sait, mais on ne fait rien pour contrer cette érosion et chercher des idées nouvelles pour redonner à la politique le bien-fondé qui lui fait désormais défaut.
Ce vide institutionnel a pour effet de stimuler le populisme, que l’on peut voir comme une tentative désespérée de renouer avec le peuple le contact qui était auparavant assuré par ces institutions. Quand il n’y a plus d’intermédiaires entre le peuple et le pouvoir, on cherche la relation directe, immédiate, brute, avec tout ce que l’absence de médiation suppose d’excès et de dérives incontrôlées. Dans cet exercice, certains partis réussissent mieux que d’autres parce qu’ils ne sont pas emprisonnés par une histoire, des structures, une origine sociale ou une éthique qu’ils se sentent obligés de respecter.
Ce poids est particulièrement lourd pour les partis gouvernementaux du centre, PLR, PDC, et pour les socialistes dans une large mesure. Comment faire pour retrouver une représentativité, une légitimité, et donc une relation plus étroite avec leur base populaire ?

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28/07/2011

Suisses et Russes tout sourire

Mercredi 14 juillet dernier, Moscou a vécu davantage à l’heure suisse que française : le président russe Dmitri Medvedev était en effet accompagné par rien moins que Micheline Calmy Rey, Johann Schneider-Ammann et une délégation d’une trentaine de représentants de l’économie suisse conduite par Gerold Bührer pour inaugurer à Kolumna, à 80 kilomètres de Moscou, la cimenterie flambant neuve de Holcim (500 millions d’investissements).
Cette cérémonie a mis un point d’orgue à la visite de trois jours du ministre de l’économie, jalonnée de rendez-vous ministériels (cinq !) et la signature d’une déclaration sur la modernisation économique et des échanges bilatéraux, de rencontres avec les milieux d’affaires russes, d’un forum sur le projet hi-tech russe de Skolkovo et d’un séminaire sur les transports ferroviaires venant couronner le contrat de 450 millions de francs conclu par Stadler Rail.
Dans un tel climat, les Suisses auraient donc eu tort de bouder leur plaisir. Ils étaient d’ailleurs assez réjouis. Tout comme les Russes d’ailleurs, qui se félicitent eux aussi des bonnes relations avec la Suisse. Il faut dire que les besoins et les attentes sont grands, de part et d'autre.

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20/06/2011

L'info, cette vague dévastratrice

Nous sommes mi-juin, il s’est à peine passé cinq mois depuis le début de l’année et nous avons déjà vécu au moins trois raz de marée médiatiques : les révolutions arabes, qui ont secoué le monde en janvier et février - tiens ! Où en en sont-elles aujourd’hui ? Elles ont quasiment disparu des écrans radars - la tragédie de Fukushima, ses réacteurs nucléaires qui partent en vrille et sa radioactivité tchernobylienne – là aussi, plus de nouvelles à part un petit reportage ici et là sur des vallées reculées qui font grésiller les compteurs Geiger – et enfin DSK !
Trois événements différents, mais trois événements qui ont chacun atteint le degré 7 sur l’échelle de Richter du sismographe médiatique. D’ailleurs, à chaque fois, le scénario est le même : un grondement sourd durant les premières heures ou les premiers jours, un court avertissement par Iphone et sur les radios d’info continue, puis la rumeur monte, enfle, gagne les téléjournaux, la presse quotidienne, puis les magazines au point de submerger tout l’horizon informationnel comme la vague géante de Fukushima, balayant tout sur son passage, voitures, bateaux, maisons, misérables humains qui s’agrippent à un poteau électrique vite renversé. Puis, pendant des jours, mais jamais plus de deux semaines, on ne parle plus que de «l’affaire » en cours. Plus une radio, une TV, un journal qui ne sacrifient à la liturgie bien rôdée de la super-catastrophe-aubaine-médiatique-de-premier-ordre : les grands prêtres du culte sont convoqués, des diacres plus ou moins savants avancent leurs thèses contradictoires, tandis qu’une foule de personnages de seconde zone se pousse du coude pour étaler son ignorance. Seuls ceux qui savent se taisent. L’opinion publique, le café du commerce, et ces nouvelles concierges de la sphère internet que sont les bloggeurs s’emparent du sujet et font gonfler les rumeurs. Kadhafi tombera demain matin, c’est sûr ; le troisième réacteur va exploser et l’eau de refroidissement radioactive va s’écouler dans la mer et tuer tous les poissons ; DSK a confondu la femme de chambre avec un escort girl payée par la CIA.

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