05/03/2012

Une élection du PLR, pas du PDC

La démission de Mark Muller m’a surpris dans une réunion de journalistes aux confins de la Turquie. Sur les hauts plateaux balayés par un vent sibérien -20 degrés, on garde plus facilement la tête froide.
Car le moins qu’on puisse dire, c’est que les réactions qui ont suivi m’ont paru confuses. Or, si le centre-droit veut sauver ce siège et conserver la majorité au Conseil d’Etat, il n’y a qu’une stratégie possible : l’union sans faille derrière le candidat du PLR, en l’occurrence Pierre Maudet.
Pour trois bonnes raisons. Tout d’abord parce que cette élection sera très difficile à gagner. Une démission forcée en cours de mandat affaiblit toujours le parti qui la subit. Or l’Entente, et le PDC en tête, n’a aucun intérêt à voir le PLR plonger. Il serait difficile de se relever d’un échec cinglant. Face à une gauche gonflée à bloc par la perspective de regagner la majorité perdue de peu en 2009, il n’y a donc pas à discuter, malgré les tensions suscitées par l’élection d’Olivier Jornod au poste de procureur général en lieu et place de Christian Coquoz.
La seconde raison relève de la nécessité de tenir tête non seulement la gauche mais aussi à Eric Stauffer. Que dirons-nous si, par mésaventure, le président du MCG devançait le candidat PLR en mai prochain ? Dans quel état serait le centre-droit pour les élections de 2013 ?
Enfin, le candidat du PLR est le plus compatible possible avec les valeurs du PDC et du centre-droit. On a eu l’occasion de le constater depuis que Pierre Maudet est conseiller administratif. Les démocrates-chrétiens n’auront pas besoin de se pincer le nez pour voter pour lui.
Pressés, certains élus PDC se sont déjà hâtés de montrer qu’ils étaient à disposition si on les priait de se porter candidats. C’est prématuré. Car toute division serait fatale et nous porterait tort pendant longtemps. C’est peut-être dur à admettre, mais cette élection n’est pas la nôtre, c’est celle du PLR.








20/02/2012

Les Russes veulent juste gagner les élections !

Paradoxe : les prochaines élections présidentielles pourraient être les premières gagnées par les Russes eux-mêmes ! Jusqu’ici en effet, les élections n’ont pratiquement jamais amélioré le sort des Russes. Sous le régime tsariste, elles n’existaient pas. Durant l’ère soviétique, elles furent confisquées par les communistes et la nomenklatura. A l’époque Yeltsine, elles ont servi de paravent à une oligarchie qui a pillé le pays. Sous Poutine I et II et sous Medvedev, elles ont permis à la Russie de rétablir l’ordre et la stabilité mais sans réellement profiter aux citoyens en tant que tels.
Or, pour la première fois de leur histoire, les Russes pourraient être les premiers gagnants, les principaux bénéficiaires des élections. Les événements de ces derniers mois sont en effet extraordinaires à plus d’un titre.
Les dernières élections législatives et leur issue trop prévisible ont tout d’abord provoqué une mobilisation sans précédent de la société civile, qui a montré que, sous le couvert d’une apathie apparente, la société russe bougeait. Depuis les années 2000, cette société s’est en effet transformée, dans les villes notamment. Les gens sont plus riches, mieux éduqués et plus exigeants. A côté des oligarques et de la classe dirigeante, une classe moyenne est apparue, formée d’entrepreneurs, de professions libérales, de cadres et d’indépendants qui veulent participer à la vie politique et aux affaires de l’Etat. Les différents courants qui travaillent la société russe exigent une ouverture du jeu démocratique.


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06/02/2012

Non au terrorisme du courriel

On parle beaucoup et on se mobilise à grands renforts de milliards contre le cyber-terrorisme, l’islamo-terrorisme, le narco-terrorisme ou que sais-je encore. Mais que fait-on contre le terrorisme qui nous veut du bien, le terrorisme du courriel censé mettre les choses au point et qui met le feu aux poudres ? Ne coûte-t-il pas bien plus cher en stress, en surmenage et en absentéisme que les attaques de pirates et d’Anonymous contre des sites militaires ou d’entreprises ?
Dimanche dernier, je m’apprêtai à entamer une promenade bien méritée lorsque bing ! un courriel furieux et comminatoire d’un correspondant qui avait sans doute mal digéré son repas dominical me somma de répondre toutes affaires cessantes à ses questions tourmentées. Et voilà un dimanche gâché.
Rien de plus banal, direz-vous. Ce genre d’incidents arrive par millions sur la toile et se produit 4,5, 10 fois dans une journée de travail. Mais doit-on accepter de se laisser pourrir la vie par l’aigreur de ses chefs, de ses collègues, de ses relations sans réagir ? Le courriel, qui a une capacité illimitée de se transformer en pourriel même avec les meilleures intentions du monde, inquiète sérieusement les administrations et les entreprises qui commencent à édicter des règlements pour protéger leurs employés en dehors de leur temps de travail.
Et la question se pose : faut-il réglementer l’usage du courriel et délivrer, comme pour la pêche et la conduite automobile, des permis d’emailer ? C’est en tout cas ce que suggère Fernando Lagrana, haut-fonctionnaire de l’UIT et enseignant à l’Université Webster de Genève, dans la thèse qu’il vient de publier à Grenoble.


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01/11/2011

La lune de miel russo-suisse continue

La semaine dernière, une mission économique romande de 35 personnes conduite par le conseiller d’Etat genevois Pierre-François Unger s'est rendue pour une visite de deux jours à Moscou. A la fin de la semaine, c’est plus de 40 hommes d’affaires romands qui ont visité pour la première fois Bakou, en Azerbaijan.
Au programme figuraient des visites au siège des grandes sociétés pétrolières, Lukoil d’un côté, Socar de l’autre (toutes deux présentes à genève à travers leurs importantes filiales de trading), une visite de la cimenterie Holcim près de Bakou, des rencontres avec les grandes entreprises locales et deux forums économiques avec des ateliers thématiques sur la finance, les conditions cadres et la formation/santé.
Pourquoi un tel intérêt, maintenant, pour cette région du monde alors que l’époque est plutôt à la morosité et au repli sur soi ?
La réponse est donnée par l’intense ballet diplomatique entre la Russie et la Suisse depuis quelque temps. En octobre, Mme Calmy Rey a rencontré le président Medvedev. Cet été, M. Schneider-Ammann et Mme Calmy Rey étaient à Moscou. Il y a deux semaines, Doris Leuthard a signé un accord de coopération avec le vice-ministre russe de l’énergie. Fin septembre, Suisses et Russes signaient un protocole à la convention sur la double imposition et un mémorandum d’entente sur la coopération dans le domaine financier. En clair, alors que la Suisse est en délicatesse avec l’Union européenne et en froid avec les Etats-Unis, la Russie et les pays de la CEI restent l’une des rares régions du monde où ils sont accueillis avec chaleur et sans suspicion. C’est plutôt agréable.

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31/10/2011

Les indignés, l’humour en plus

Depuis des mois, de la Place Tahrir à la Puerta del Sol, de Tunis à Wall Street, les indignés occupent la rue et, avec un bonheur inégal suivant les commentateurs, les téléjournaux. Car je ne fais pas de grande différence entre un jeune vendeur de légumes tunisien qui s’insurge contre la bureaucratie policière de son pays qui veut lui interdire de tenir son échoppe, et les révoltés espagnols qui s’insurgent contre un système financier rapace qui leur a volé leurs économies avec la complicité de leur gouvernement élu.
Partout c’est le même cri de ras-le-bol, la même exigence de partage du travail, du pouvoir et des biens contre ceux qui les monopolisent, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan économique. Les indignés sont donc des gens sérieux, qui s’occupent de choses sérieuses, et qu’il faut donc prendre au sérieux. Au dernier festival de philosophie qui s’est tenu à Genève en septembre dernier, et qui portait sur le thème de la résistance et de la révolte, plusieurs d’entre eux avaient été invités et sont venus témoigner du pourquoi et du comment de leur engagement.
Ce qui frappe d’abord, c’est leur calme, leur méthode, leur organisation. Certes, il y a bien eu quelques dérapages, comme durant les émeutes de l’été dernier à Londres. Mais d’une façon générale, on a plutôt l’impression que l’agitation, la nervosité, l’hystérie sont dans le camp d’en face, celui de la police et des notables installés, qui ne comprennent pas ce qui leur arrive.

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11/10/2011

Des primaires pour redonner des couleurs à la politique

La semaine dernière, sous l'influence des primaires socialistes françaises, l'idée d'organiser des primaires en Suisse a brusquement été reprise par certains candidats socialistes au conseil national et dans certains médias. voici l'article publié il y a trois semaines dans le Courrier à ce sujet.

On le sait depuis trente ans : les églises, les partis, les syndicats et toutes les institutions qui façonnaient la société et structuraient le vivre ensemble, ne cessent de perdre en légitimité et en représentativité. On le sait, mais on ne fait rien pour contrer cette érosion et chercher des idées nouvelles pour redonner à la politique le bien-fondé qui lui fait désormais défaut.
Ce vide institutionnel a pour effet de stimuler le populisme, que l’on peut voir comme une tentative désespérée de renouer avec le peuple le contact qui était auparavant assuré par ces institutions. Quand il n’y a plus d’intermédiaires entre le peuple et le pouvoir, on cherche la relation directe, immédiate, brute, avec tout ce que l’absence de médiation suppose d’excès et de dérives incontrôlées. Dans cet exercice, certains partis réussissent mieux que d’autres parce qu’ils ne sont pas emprisonnés par une histoire, des structures, une origine sociale ou une éthique qu’ils se sentent obligés de respecter.
Ce poids est particulièrement lourd pour les partis gouvernementaux du centre, PLR, PDC, et pour les socialistes dans une large mesure. Comment faire pour retrouver une représentativité, une légitimité, et donc une relation plus étroite avec leur base populaire ?

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28/07/2011

Suisses et Russes tout sourire

Mercredi 14 juillet dernier, Moscou a vécu davantage à l’heure suisse que française : le président russe Dmitri Medvedev était en effet accompagné par rien moins que Micheline Calmy Rey, Johann Schneider-Ammann et une délégation d’une trentaine de représentants de l’économie suisse conduite par Gerold Bührer pour inaugurer à Kolumna, à 80 kilomètres de Moscou, la cimenterie flambant neuve de Holcim (500 millions d’investissements).
Cette cérémonie a mis un point d’orgue à la visite de trois jours du ministre de l’économie, jalonnée de rendez-vous ministériels (cinq !) et la signature d’une déclaration sur la modernisation économique et des échanges bilatéraux, de rencontres avec les milieux d’affaires russes, d’un forum sur le projet hi-tech russe de Skolkovo et d’un séminaire sur les transports ferroviaires venant couronner le contrat de 450 millions de francs conclu par Stadler Rail.
Dans un tel climat, les Suisses auraient donc eu tort de bouder leur plaisir. Ils étaient d’ailleurs assez réjouis. Tout comme les Russes d’ailleurs, qui se félicitent eux aussi des bonnes relations avec la Suisse. Il faut dire que les besoins et les attentes sont grands, de part et d'autre.

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20/06/2011

L'info, cette vague dévastratrice

Nous sommes mi-juin, il s’est à peine passé cinq mois depuis le début de l’année et nous avons déjà vécu au moins trois raz de marée médiatiques : les révolutions arabes, qui ont secoué le monde en janvier et février - tiens ! Où en en sont-elles aujourd’hui ? Elles ont quasiment disparu des écrans radars - la tragédie de Fukushima, ses réacteurs nucléaires qui partent en vrille et sa radioactivité tchernobylienne – là aussi, plus de nouvelles à part un petit reportage ici et là sur des vallées reculées qui font grésiller les compteurs Geiger – et enfin DSK !
Trois événements différents, mais trois événements qui ont chacun atteint le degré 7 sur l’échelle de Richter du sismographe médiatique. D’ailleurs, à chaque fois, le scénario est le même : un grondement sourd durant les premières heures ou les premiers jours, un court avertissement par Iphone et sur les radios d’info continue, puis la rumeur monte, enfle, gagne les téléjournaux, la presse quotidienne, puis les magazines au point de submerger tout l’horizon informationnel comme la vague géante de Fukushima, balayant tout sur son passage, voitures, bateaux, maisons, misérables humains qui s’agrippent à un poteau électrique vite renversé. Puis, pendant des jours, mais jamais plus de deux semaines, on ne parle plus que de «l’affaire » en cours. Plus une radio, une TV, un journal qui ne sacrifient à la liturgie bien rôdée de la super-catastrophe-aubaine-médiatique-de-premier-ordre : les grands prêtres du culte sont convoqués, des diacres plus ou moins savants avancent leurs thèses contradictoires, tandis qu’une foule de personnages de seconde zone se pousse du coude pour étaler son ignorance. Seuls ceux qui savent se taisent. L’opinion publique, le café du commerce, et ces nouvelles concierges de la sphère internet que sont les bloggeurs s’emparent du sujet et font gonfler les rumeurs. Kadhafi tombera demain matin, c’est sûr ; le troisième réacteur va exploser et l’eau de refroidissement radioactive va s’écouler dans la mer et tuer tous les poissons ; DSK a confondu la femme de chambre avec un escort girl payée par la CIA.

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L’info, comme une vague dévastatrice

Nous sommes mi-juin, il s’est à peine passé cinq mois depuis le début de l’année et nous avons déjà vécu au moins trois raz de marée médiatiques : les révolutions arabes, qui ont secoué le monde en janvier et février - tiens ! Où en en sont-elles aujourd’hui ? Elles ont quasiment disparu des écrans radars - la tragédie de Fukushima, ses réacteurs nucléaires qui partent en vrille et sa radioactivité tchernobylienne – là aussi, plus de nouvelles à part un petit reportage ici et là sur des vallées reculées qui font grésiller les compteurs Geiger – et enfin DSK !
Trois événements différents, mais trois événements qui ont chacun atteint le degré 7 sur l’échelle de Richter du sismographe médiatique. D’ailleurs, à chaque fois, le scénario est le même : un grondement sourd durant les premières heures ou les premiers jours, un court avertissement par Iphone et sur les radios d’info continue, puis la rumeur monte, enfle, gagne les téléjournaux, la presse quotidienne, puis les magazines au point de submerger tout l’horizon informationnel comme la vague géante de Fukushima, balayant tout sur son passage, voitures, bateaux, maisons, misérables humains qui s’agrippent à un poteau électrique vite renversé. Puis, pendant des jours, mais jamais plus de deux semaines, on ne parle plus que de «l’affaire » en cours. Plus une radio, une TV, un journal qui ne sacrifient à la liturgie bien rôdée de la super-catastrophe-aubaine-médiatique-de-premier-ordre : les grands prêtres du culte sont convoqués, des diacres plus ou moins savants avancent leurs thèses contradictoires, tandis qu’une foule de personnages de seconde zone se pousse du coude pour étaler son ignorance. Seuls ceux qui savent se taisent. L’opinion publique, le café du commerce, et ces nouvelles concierges de la sphère internet que sont les bloggeurs s’emparent du sujet et font gonfler les rumeurs. Kadhafi tombera demain matin, c’est sûr ; le troisième réacteur va exploser et l’eau de refroidissement radioactive va s’écouler dans la mer et tuer tous les poissons ; DSK a confondu la femme de chambre avec un escort girl payée par la CIA.

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09/06/2011

Les partis et les idées malades de la démocratie

Dans l’une de ses chroniques récentes, mon excellent collègue Pascal Holenweg appelait la gauche à sauver l’Entente genevoise, au nom de la démocratie et de l’indispensable débat politique. Je l’en remercie et accepte volontiers son offre. L’Entente est en effet souffrante et aucune aide n’est à négliger, même quand elle vient de l’adversaire. Une petite question toutefois : une Entente boiteuse peut-elle être secourue par une Alternative paralytique ?
Je m’explique.
Après douze ans d’engagement politique plutôt intense à tous les niveaux, je constate avec inquiétude le déclin des partis - de tous les partis traditionnels, qu’ils soient de droite ou de gauche - tant sur le plan des idées, des programmes que de leurs structures internes. La Guerre froide avait au moins ceci de bon qu’elle obligeait les partis à développer des idées, des programmes, des idéologies, au sens noble et moins noble de ce mot, ainsi que de fortes capacités de mobilisation, confrontés qu’ils étaient au contre-modèle communiste. A cette époque, le libéralisme par exemple possédait encore une authentique armature intellectuelle et n’était pas qu’une posture pratique pour couvrir un laisser-faire débridé. Vingt ans après la disparition de l’Union soviétique et la conversion de la Chine au capitalisme d’Etat, le débat idéologique a pratiquement disparu. Le terme même d’idéologie est devenu pire que suspect : il fait carrément ringard. A partir de là, le débat d’idées, qui est censé le remplacer, est vite tombé dans la médiocrité et les querelles insignifiantes de territoires et de chapelles. Et sans idées, les programmes ont rapidement tourné au catalogue de mesures pragmatiques fluctuant selon les aléas du moment et les caprices de l’opinion.
Exit donc l’idéologie et les idées.

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10:04 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

18/04/2011

L’info a aussi besoin d’être bien racontée





Voici bientôt trente ans que je n’ai pas eu l’occasion d’écrire dans le Courrier. Mes dernières interventions remontent au printemps 1983, lorsque ce journal avait accepté de publier mes reportages au fil de l’Amazone, du Pérou au Brésil. Cet intérêt pour les régions oubliées est d’ailleurs toujours resté très vif dans ces colonnes. Récemment encore, j’ai pu lire un reportage sur les orpailleurs de l’Amazonie bolivienne, qui m’ont rappelé mes pérégrinations de jeune journaliste. En trente ans, les problèmes restent les mêmes, les inégalités, les arnaques, la misère des nouveaux arrivants n’ont pas changé. Sauf qu’il y a quelques millions d’arbres en moins dans la forêt.
Mais ce n’est pas de cela que je voudrais vous parler aujourd’hui.
En trente ans, et bien que je continue à exercer ce métier tous les jours, même si c’est du côté des apparatchiks, j’avoue être devenu médiasceptique. Pas tellement parce que les crises successives du journalisme et la décadence des éditeurs ont transformé les médias mais surtout parce que l’art de raconter et le plaisir de lire des textes frais, neufs, qui respirent et qui créent une sympathie communicative avec celles et ceux qu’ils décrivent se font très rares. Partout déferle une information lisse, formatée, aseptisée, abstraite, descriptive, impersonnelle qui cherche à conquérir le temps disponible de votre cerveau mais qui ne vous prend jamais aux tripes. Les sujets et les angles varient mais pas le ton, désespérément monocorde.




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29/03/2011

Prévenir les catastrophes

Nous avons déjà parlé de la Stratégie internationale de la prévention des catastrophes (ISDR), petite organisation onusienne basée à Genève qui a pour mission de réduire le nombre de blessés et de morts lors des catastrophes déclenchées par des dangers naturels, tels que les inondations, les séismes et les éruptions volcaniques. Elle prêche depuis toujours dans le désert, malgré les séismes d’Haïti, du Chili et de Nouvelle-Zélande, les inondations du Pakistan et d’Australie, les sécheresses de Russie et d’Afrique. La catastrophe japonaise saura-t-elle réveiller les Etats et l’opinion de leur torpeur ? En tout cas, l’ISDR a prévu une grande conférence sur le sujet les 8-10 mai prochain au CICG avec la présence probable de Ban Ki-moon, décidément converti aux douceurs genevoises. Dernier moment pour sortir la tête du sable !

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→Saluons pour terminer la belle initiative des fondateurs de l’Orchestre des Nations Unies. Depuis deux ans, Martine Coppens, présidente de l’association, Christian David, vice-président et rédacteur en chef de UN Special, et Antoine Marguier, chef d’orchestre, s’activent pour rassembler les mélomanes de la Genève internationale. 40 musiciens ont été sélectionnés, qui ont donné leur premier concert hier soir au Théâtre du Léman. Au menu, Mozart, Saint-Saëns et Haydn. Bonne chance et longue vie à ces amoureux de la musique.

25/03/2011

La grande surprise kazakhe

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la nomination de M. Kassym-Jomart Tokayev à la tête du siège européen des Nations Unies à Genève a saisi de stupeur le Palais des Nations. On pariait sur l’Allemagne et sur l’Italie et c’est le Kazakhstan qui a gagné ! Encore un coup des Russes, ont maugréé certains. Pourquoi ce choix ? Pour trois raisons au moins : M. Tokayev, ancien ministre des affaires étrangères et ancien premier ministre, n’est pas un fonctionnaire mais un dirigeant politique de haut rang ; à ces postes, quoiqu’en dise, il a su s’attirer les bonnes grâces, ou du moins la neutralité des Américains, sans l’assentiment desquels un tel choix aurait été impossible.
Troisième raison : parlant le chinois et l’anglais mieux que le français et l’allemand, le Kazakh donne des gages aux Asiatiques (au détriment des Européens) dont les votes seront déterminants pour la réélection de Ban Ki-moon à son poste cet automne. Et enfin, M. Tokayev est un spécialiste et un militant de la cause du désarmement, qui est chère à Ban Ki-moon. Le Kazakhstan est en effet l’un des très rares pays à avoir renoncé à l’arme nucléaire. Un déblocage de la conférence du désarmement actuellement paralysée par les Pakistanais qui ne veulent pas entendre parler du traité sur la réduction de la production des matières fissiles, serait évidemment une grande victoire pour le Sud-Coréen, qui ne peut oublier les ambitions nucléaires nord-coréennes…

17/03/2011

Un monde toujours plus atomisé

Pendant cinquante ans, on avait connu un monde bipolaire, lequel prit brutalement fin en 1991 avec l’éclatement de l’Union soviétique. Puis il y eut une brève décennie d’hégémonie américaine, avant qu’à l’aube du XXIe siècle, on n’en arrive à un monde dit multipolaire avec l’émergence des nouvelles puissances du Sud, Chine, Inde, Brésil.
Le printemps arabe, qui a réveillé des peuples rendus longtemps muets par la camisole de force de dictatures impitoyables à l’intérieur de leurs frontières mais infiniment perméables aux intérêts de l’Occident à l’extérieur, vient compliquer la donne. Si elles réussissent, et elles réussiront un jour ou l’autre même si ce n’est pas tout de suite, ces révolutions vont en effet réinstaller un nouveau pôle dans un monde décidément beaucoup plus complexe qu’on l’avait pensé.

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03/03/2011

Communes, l’occasion manquée

Ce devait être l’une des grandes réalisations de la Constituante, ce sera probablement son plus grand échec : la Constituante, pour l’instant, n’est pas parvenue à réformer l’organisation territoriale genevoise. L’avant-projet se contente de proposer deux innovations : la fusion de communes, qui est encouragée, et la création de districts (de 4 à 8) dotés de compétences très floues.
Mais les problèmes de fond ne sont pas abordés. Les déséquilibres actuels sont au moins au nombre de quatre. Le premier concerne le rapport anormal entre la Ville et le reste des 44 communes : à elle seule, la Ville pèse 1,1 milliard de francs de budget, soit plus que le total du budget cumulé de toutes les autres communes (1 milliard).

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25/02/2011

Un joyeux melting pot

Sortons du cadre institutionnel pour évoquer la Genève internationale au sens large. Mentionnons en premier lieu la dynamique British-Swiss Chamber of Commerce, fondée en 1920 mais dont le chapitre genevois fête son vingtième anniversaire cette année. Avec 240 membres romands et près de 800 en Suisse, elle est l’organisation d’affaires anglophone la plus active du pays. Son tonique secrétaire général genevois, Michael McKay, en chaîne les petits-déjeuners, lunchs et autres conférences, avec toutes sortes des invités internationaux, de Bianca Jagger à Paddy Asdhdown, sans oublier les figures locales. En mars, Lord Brittan est attendu à Genève.

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→La seconde initiative à suivre, conduite par Vladimir Gugkaev, l’ancien consul général de Russie à Genève et actuel secrétaire général de la Chambre de commerce Suisse-Russie, vise à créer une Alliance culturelle russophone en Suisse romande. Depuis des années, la communauté russophone s’étoffe, notamment avec le développement des sociétés de trading, mais n’a pas encore pignon sur rue. L’association, en cours de constitution, veut notamment réunir la communauté autour d’expositions et en ouvrant une école pour les enfants d’expatriés afin de préserver la langue et la culture russe. Elle se veut ouverte à tous les russophones installés en Suisse romande, quelle que soit leur nationalité. Le lancement du festival de la culture russe en Suisse jeudi dernier à Lausanne en présence de Mme Medvedev, du ministre de la culture russe et de Didier Bukhalter avec une représentation du Bolchoi, confirme que, en moins de dix ans, la Suisse est devenue une plate-forme de choix pour les Russes.

22/02/2011

La rue arabe à Genève




→Après un mois de février très calme, l’activité internationale devrait atteindre son pic de l’année avec la réunion du « Segment de haut niveau » du Conseil des droits de l’homme à la fin du mois. On y attend du beau monde : le ministre russe des affaires étrangères, M. Lavrov, la Française Alliot-Marie, l’Européenne Catherine Ashton et peut-être même Hillary Clinton. Et plusieurs ministres des pays arabes et du Moyen-Orient sont attendus : Yémen, Maroc, Jordanie, Iran… devraient être présents. Le bruit de la rue arabe se fera peut-être entendre derrière les doux clapotis du lac Léman.

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→Genève a reçu son premier ambassadeur ivoirien «nouvelle vague». Jeudi Sergei Ordzhonikidze, le directeur général de l'Office des Nations Unies (dont le successeur n’est toujours pas connu et qui restera probablement à Genève jusqu’à Pâques), a accordé ses lettres de créances au nouveau représentant de la Côte d’Ivoire nommé par le président Alassane Ouattara, M. Kouadio Adjoumani. Le président ivoirien élu ne peut toujours pas sortir de son hôtel d’Abidjan mais il marque des points sur la scène internationale. M. Adjoumani a notamment été ambassadeur aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. A Genève il avait déjà occupé un poste de conseiller à la fin des années 1980 et de secrétaire de la chambre de commerce ivoiro-suisse.

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18/02/2011

La leçon de fraîcheur arabe

Il y a de la révolution de 1848 dans l’air en ce moment dans les rues du monde arabe. Rappelez-vous le printemps des peuples qui avait vu la majeure partie des nations d’Europe se soulever contre leurs vieux monarques en 1848. Suisse mise à part, ces révoltes avaient vite tourné court. Mais elles avaient lancé un mouvement qui devait aboutir à la démocratisation de la vie publique, à la reconnaissance des syndicats et à un partage plus équitable des richesses produites.
Impossible de dire sur quoi va déboucher la revendication de la rue arabe. Mais, outre les acquis sur le terrain – le départ de despotes prévaricateurs, la négociation avec les partis d’opposition et la prise en compte des revendications sociales – ces révolutions de jasmin et de papyrus auront déjà réussi ce qui était impensable il y a deux mois, à savoir le sabordement des préjugés anti-arabes et anti-islamiques qui prévalaient un peu partout en Europe et aux Etats-Unis.

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02/02/2011

8695 réunions à ONU genève

La période 2009-2010 a permis de consolider la Genève internationale. Le nombre de réunions enregistrées à l’ONU en 2010 a connu une légère baisse avec 8695 réunions mais le nombre de visiteurs de haut rang a explosé à 329 (contre 169 en 2009) grâce au sommet de l’union interparlementaire.

De son côté, l’Office des statistiques genevois a publié les résultats de son enquête annuelle: en mars 2010, le total du secteur public international enregistrait 25 460 employés (+6% en un an). Le nombre de réunions (2515) et de séances (18 887) et d’experts (163 419) délégués) a également augmenté pour un total de dépenses d’environ 5,5 milliards de francs. Les consulats et les ONG ne sont pas comprises dans le calcul.

31/01/2011

Grosse rentrée internationale

→Grosse semaine pour la Genève internationale. Le secrétaire général des Nations Unies sera à Genève pendant deux jours, avec un riche menu. L’accent sera notamment mis sur le sport, avec une visite à Jacques Rogge, le patron du CIO, destinée à faire le point sur les partenariats en matière d’éducation au sport et à la paix. Le successeur d’Adolf Ogi au poste de conseiller spécial de l’ONU pour le sport, l’Allemand Wilfried Lemke, sera de la partie. Et le lendemain à Genève, Iker Casillas, le gardien du Real Madrid et meilleur gardien de but au monde, se verra officiellement nommé ambassadeur de bonne volonté pour le développement.

 

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→Au programme de Ban ki-Moon figurent également une adresse à la Conférence du désarmement, vivement invitée à dépasser ses blocages, un discours au Conseil des droits de l’Homme, qui se réunira expressément pour l’écouter, le lancement d’un nouvel appel de fonds pour l’Office pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et une rencontre avec les deux leaders chypriotes, le Grec Demetris Christofias et le Turc Dervis Eroglu.

 

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