09/03/2010

105 interprètes en 72 langues

La prochaine édition du magazine Votre Croix-Rouge me donne l’occasion de revenir sur une activité de la Croix-Rouge genevoise dont nous avons encore peu parlé jusqu’ici : l’interprétariat communautaire. L’an dernier, le service a atteint le chiffre record de 17'653 heures effectuées par l'ensemble des 105 interprètes Croix-Rouge, qui travaillent dans 72 langues et dialectes différents.

Le but du service est de permettre aux migrants de s’exprimer dans leur langue maternelle et d’offrir aux entreprises et aux institutions partenaires, et notamment au personnel soignant des Hôpitaux universitaires de Genève avec lesquels nous entretenons une collaboration fructueuse, de comprendre au mieux les besoins des patients d’origine étrangère.

Lire la suite

11/02/2010

Deux issues pour gagner : oui à l'Europe, non à Merz

L’histoire s’accélère brusquement et devient passionnante. En quelques mois, la Suisse a lâché la distinction entre fraude et évasion fiscales et les trois-quarts du secret bancaire, deux institutions qu’elle considérait comme des piliers de son existence et de son identité. Le dernier bastion - l’échange automatique d’informations -  vient de tomber depuis qu’Hans-Rudolf Merz vient de le troquer contre le libre accès des banques suisses au marché européen.

Désemparé, paniqué par ces capitulations en rase campagne, l’establishment politico-financier du pays, qui n’avait rien vu venir et qui est pourtant largement responsable de cet état de fait, s’insurge, tempête, s’agite de ci de là comme la mouche du coche et cherche à se dédouaner en désignant à la foule qui réclame des têtes les ruades désordonnées du Conseil fédéral.

Bref, pour le dire poliment, c’est le chaos.

Lire la suite

04/02/2010

L’homme et l’animal, une relation catastrophique

Peut-on exploiter les animaux, extraire leur lait, leur peau, leur viande? Séparer les petits des mères et les faire travailler comme bêtes de somme ? Les obliger à pondre et à engraisser en batterie ? Les enfermer et les priver de tout contact avec leur milieu de vie naturel ? Les forcer au cannibalisme en les nourrissant de la farine de leurs congénères ?  Les massacrer à grande échelle dans des abattoirs géants mais discrets ? Les exterminer en tant qu’espèces, comme le thon rouge, la baleine ou le gorille, pour en faire des sushis ou des condiments censés favoriser la virilité masculine ?

A toutes ces questions, le commun des humains, pris d’un sentiment soudain de compassion et de révolte, a tendance à répondre non. Et pourtant c’est ce que l’homme, en tant qu’espèce, pratique tous les jours, chaque minute de chaque jour, depuis deux à trois mille ans. La votation du 7 mars sur la protection des animaux et, notamment, sur leur droit à disposer d’un avocat, a le mérite de mettre le doigt sur la grande hypocrisie qui entache, dans la civilisation industrielle occidentale en tout cas, la relation entre humains et animaux.

 

 

 

Lire la suite

07/12/2009

Quelle Genève voulons-nous?

Discours du 7 décembre 2009 à Saint-Pierre

 

Si nous sommes rassemblés ici ce soir, c’est bien sûr pour introniser le nouveau gouvernement de notre République. Dès qu’il aura prêté serment, le Conseil d’Etat élu va prendre ses fonctions et, comme le dit la formule, diriger nos destinées. Mais si nous sommes ici, c’est aussi, et surtout, pour répondre, tous ensemble, à une question : quelle Genève voulons-nous ?

 

Par la vertu de notre démocratie, la réponse à cette question ne dépend pas d’un seul homme, ni d’une seule femme, ni même d’un seul parti, mais d’une multitude d’opinions, de sensibilités, d’intérêts qui se partagent le pouvoir tant au Gouvernement qu’au Parlement. C’est dans ce choc contradictoire, c'est dans cette confrontation institutionnelle permanente, dans ces coalitions disparates qui font le charme discret et pas toujours lisible de notre démocratie, qu’il faut scruter pour dégager les grandes lignes de force des politiques à établir, un peu comme le faisaient les haruspices romains, qui auscultaient les entrailles des bœufs sacrifiés pour interpréter les chances de succès de la nouvelle législature.

 

Quelles sont donc les grandes lignes de force qui se dégagent des débats de ces derniers mois ?

Lire la suite

19/11/2009

Les Genevois ont rendez-vous avec leur destin

Le 29 novembre, les genevois ont rendez-vous, une fois de plus, avec leur destin régional. Sauront-ils y répondre ? Ce n’est pas certain, tant ils ont déjà raté de rendez-vous avec leurs voisins proches par le passé. En 1860, par peur des catholiques savoyards, ils ont tout fait pour faire échouer le referendum qui aurait permis à une partie de la Savoie de rejoindre la Confédération. Quelques décennies plus tard, ils n’ont pas su faire passer le tracé de la ligne de chemin de fer Londres-Paris-Milan-Istambul dans leur ville. Ensuite, guerres mondiales et crises obligent, ils n’ont jamais réussi à relier le réseau ferré suisse au réseau français, si bien que la gare de Cornavin est toujours restée un quasi cul-de-sac en matière de trafic ferroviaire.

A l’époque du tout-bagnole et grâce au pari, réussi celui-là, de l’aéroport de Cointrin, cet énorme échec a pu rester masqué. Mais aujourd’hui que les transports privés marquent le pas pour cause de saturation, de réchauffement climatique et de raréfaction du pétrole, le train et les transports publics redeviennent un atout décisif du développement régional.

On l’a compris partout, de Washington à Zurich, de Lausanne à Madrid, où l’on construit sans barguigner des métros légers ou lourds, des RER et des trains rapides. Mais à Genève, la peur atavique de l’étranger proche, du voisin jurassien ou savoyard, est encore si profondément ancrée qu’elle s’incarne avec des succès spectaculaires dans les mouvements populistes anti-frontaliers ou la résistance de certains bourgeois effrayés par la promiscuité avec les classes populaires qu’une telle réalisation pourrait engendrer.

C’est sur ces craintes que le MCG et une fraction privilégiée de Champel (une partie seulement car il existe aussi nombre d’habitants éclairés dans ce quartier !) espèrent capitaliser pour faire échouer la construction de la liaison ferroviaire Cornavin-Annemasse (CEVA).

Au sens strict, l’agglomération franco-valdo-genevoise compte aujourd’hui 800 000 habitants, dont 450 000 Genevois, 50 000 Vaudois et 300 000 Français. Cette dernière décennie, elle a figuré en tête des régions européennes en matière de croissance démographique et de création d’emplois. Genève, à elle seule, assure 300 000 emplois et attire chaque jour 100 000 pendulaires, Français, Vaudois et Suisses installés en France voisine faute de logement. Ce dynamisme, allié à une réputation internationale et une qualité de vie qui reste excellente malgré quelques problèmes d’insécurité, fait la force de Genève.

La question qui se pose est donc la suivante : faut-il casser cette dynamique au nom de quelques intérêts égoïstes et à courte vue, à cause des nuisances provisoires d’un chantier, des risques improbables de « racaille », d’un coût estimé excessif alors qu’il est, par kilomètre construit, inférieur de moitié à celui du RER zurichois ? Entrer de plain-pied dans le XXIe siècle ou régresser dans le XIXe, c’est à cela que les Genevois devront répondre dans quelques jours.

19/10/2009

Les clés du vote genevois

Le résultat des élections genevoises a non seulement fait souffrir les états-majors de partis, qui ont tous perdu des plumes à une ou deux exceptions près, mais il a mis rude épreuve les nerfs des commentateurs politiques. Comment interpréter le bond fulgurant du Mouvement des Citoyens Genevois ?

Aucune des explications avancées n’est vraiment satisfaisante. Mobilisation insuffisante des partis traditionnels ? Ils ne se sont ni plus ni moins mobilisés que d’habitude. Passage à vide de la gauche lié à un déclin socialiste ? Avec 31 sièges au lieu de 32, l’Alternative a plutôt bien résisté. Coup de sang populiste comme Genève en connut naguère avec l’Alliance nationale et Vigilance ? Certes, mais alors pourquoi ce prurit survient-il précisément en ce moment ? Manque de sensibilité des partis gouvernementaux à l’insécurité, à la montée du chômage et aux nuisances induites par le trafic transfrontalier ? On se rapproche déjà d’une explication plus convaincante bien que, sur tous ces plans, les partis gouvernementaux, gauche et droite confondue, se soient souvent montrés plus actifs et plus créatifs que le MCG.

Lire la suite

29/09/2009

L'homme, l'animal et la bête qui sommeille en nous…

Le 5e festival francophone de philosophie a eu lieu ce week-end à Saint-Maurice sur le thème de l’Homme et l’Animal. Près de 3000 personnes dont 1200 élèves des collèges valaisans et vaudois y ont assisté. Une trentaine de philosophes, scientifiques, éthologues, praticiens, paléontologues se sont confrontés. Très rapidement deux thèses ont émergé, le point de vue que l’on pourrait qualifier d’humaniste – qui établit une hiérarchie entre l’homme et le reste du monde, l’homme étant au sommet – s’opposant à une vision animaliste, selon laquelle l’homme est un animal comme les autres et n’a pas à imposer sa suprématie sur les autres êtres vivants.

Entre les deux extrêmes, toutes les nuances sont permises et un dialogue est possible. Entre un Dominique Lestel, qui propose de jeter l’humanisme par-dessus bord à cause des crimes commis en son nom (colonialisme, extinction des espèces animales, etc.) et le théologien Pascal Ide, qui établit que la Bible, quand on la lit bien, rappelle que l’homme et les animaux sont nés le même jour et ont été créés pour vivre ensemble, les ponts ne sont pas forcément coupés.

Lire la suite

09/09/2009

OMC et CEVA, Genève joue son destin

Le 27 septembre, les citoyens de la ville de Genève devront dire s’ils approuvent ou non le projet d’extension de l’Organisation mondiale du commerce. Le 29 novembre, c’est tout le canton qui devra accepter ou refuser une rallonge de 113 millions de francs pour relier les gares de Cornavin et d’Annemasse.

Ces deux projets sont emblématiques pour Genève et sa capacité à se projeter dans l’avenir. D’un côté, il s’agit de consolider la Genève internationale à un moment où la concurrence des pays du Golfe et d’Asie ne cesse de monter en puissance. Pour Genève, la menace ne provient plus tant de Bonn et de La Haye, comme dans les années 1990, que d’Abu Dhabi, Dubai ou Singapour, qui sont prêts à accueillir clés en main, tous frais payés, des organisations internationales. Surtout quand elles sont d’importance stratégique comme l’OMC.

L’enjeu est énorme parce qu’un refus signifierait le début du déclin pour Genève. A cause des dégâts d’image d’abord : comment convaincre les autres pays de soutenir et développer la Genève internationale alors que la population genevoise dit non ? Comment persuader les ONG et les entreprises multinationales de venir s’installer à Genève quand tous les médias internationaux et les sites internet auront tartiné sur l’hostilité des Genevois ? A cause des risques effectifs d’un déménagement de l’OMC dans une ville plus accueillante ensuite. Si le danger n’est pas imminent, il est néanmoins très réel : certains pays prendront un vote négatif comme une gifle et s’engouffreront dans la brèche pour proposer une délocalisation.

Et tout cela pour un bâtiment construit sur un parking, sans qu’on coupe un seul arbre, qu’on bétonne un seul mètre carré de parc et tout en préservant l’accès continu au lac, contrairement à la propagande mensongère des opposants !

Le projet du CEVA est tout aussi crucial puisqu’il s’agit rien moins que du destin de l’ensemble de la région genevoise, France voisine et canton de Vaud compris. Agitant l’épouvantail des coûts (2 milliards à leur avis, 1,5 milliard selon les CFF) et la perspective d’une solution soi-disant moins coûteuse appelée « Barreau sud », les opposants persistent à empêcher la réalisation des tunnels entre la Praille et la gare des Eaux-Vives. Le CEVA, qui reste d’un prix raisonnable si on le compare à des travaux d’infrastructure d’ampleur équivalente, a en effet l’avantage de remplir deux missions en une : relier les réseaux ferroviaires du nord et du sud de l’Europe (comme l’autoroute de contournement en son temps) et créer un réseau RER de transport urbain à l’échelle de l’agglomération, qui permettrait notamment de soulager le centre-ville du trafic routier frontalier et de mettre les quartiers les plus peuplés de Genève à 20 minutes de l’hôpital, de la gare et de l’aéroport.

Mais ici encore une poignée de quérulents, soucieux de leur petit confort et soutenus par les chasseurs de frontaliers, met les bâtons dans les roues.

Question : les Genevois sauront-ils conjurer leurs vieux démons et parier sur l’avenir ? Ou céderont-ils au contraire aux chants fatigués des sirènes du déclin entonnés par un chœur hétéroclite de quelques privilégiés de Champel, de nostalgiques anti-capitalistes de l’extrême-gauche et de populistes anti-frontaliers ?

 

 

25/08/2009

Insécurité, place à l'action!

A Genève, le problème de la sécurité est aggravé par au moins trois facteurs particuliers. D’abord, le débat sécuritaire est monopolisé par deux camps qui s’annulent l’un l’autre. D’un côté, les angéliques, pour qui l’insécurité n’existe pas, n’est qu’une invention de la droite pour fragiliser Laurent Moutinot et pour qui l’idée même de réprimer les délinquants est une atteinte aux droits de l’homme. Et en face, les populistes ultra-sécuritaires, pour qui Genève est devenu un coupe-gorge livré aux gangs et aux trafiquants et qui abreuvent la population de solutions « Y’a qu’à » : « Y’a qu’à » les enfermer, les cogner, les expulser, les réduire en bouillie.

Ensuite, Genève est pénalisée par les dysfonctionnements de la police, suite à l’absence de pilotage politique par les magistrats successifs à la tête du département, aux manifestations de policiers ainsi qu’aux rapports de la Cour des Comptes. Ces derniers ont ainsi donné l’impression, après les dérapages financiers de l’Eurofoot, que les policiers pouvaient passer plus de temps à imaginer des astuces pour se faire payer des heures supplémentaires non travaillées qu’à assurer la sécurité de l’honnête citoyen.

Enfin, l’insécurité elle-même est un phénomène qui a été longtemps nié, négligé et sous-estimé par les autorités politiques. Les statistiques sont mensongères dans la mesure où la très grande partie des petits délits n’y figure pas : la dame âgée qui se fait arracher son sac, les arnaques sur les quais, les jeunes avinés qui urinent dans les entrées d’immeubles, les touristes chinois et saoudiens dévalisés, les trafics de drogue non repérés, tout cela ne figure pas sur les mains courantes des commissariats. Ils ont fait exploser l’insécurité dans les faits, à défaut d’être gravés dans le crâne de l’ensemble des élus.

Pour résoudre ces problèmes, il n’y a pas de solution miracle ni de parti sauveur. Il faut donc une réponse politique, responsable, proportionnée et portée si possible par plusieurs forces politiques. Et cette réponse, ce sont les partis de l’Entente qui sont le mieux à même de la donner, et cela sans qu’une de ses composantes cherche à tirer la couverture à elle.

Il s’agit d’élaborer un programme et une stratégie commune, un peu comme elle l’a fait pour la baisse d’impôt sur laquelle on votera le 27 septembre. Ce programme devrait d’abord inscrire la lutte contre l’insécurité comme l’une des priorités de la prochaine législature. Première conséquence : il faudra dès lors de revendiquer la prise en charge de la justice et de la Police, qui est depuis trop longtemps considéré comme un département de second ordre qu’on repasse comme une patate chaude au malheureux élu qui s’en voit confier la charge.

Il s’agit ensuite de réformer le système de rémunération de la police et son cahier des charges, en relevant les salaires mais en supprimant toutes les indemnités, privilèges et autres compléments de salaires opaques, afin de restaurer la pleine crédibilité de la police. Et de procéder enfin aux recrutements nécessaires, dont les crédits ont été votés depuis longtemps contrairement à ce qu’affirment les populistes.

Il s’agit enfin de créer une vraie task force contre les trafiquants de drogue, la petite délinquance et les incivilités en coordonnant la justice, la police, les habitants des quartiers et les communes. On ne lutte pas contre les trafiquants africains et les cambrioleurs géorgiens comme on lutte contre le crime organisé et les escrocs internationaux. Pour être efficace, la lutte contre la petite délinquance doit mobiliser aussi bien les commerçants, les concierges et les régisseurs que la police et les juges, même si ce n’est pas au même niveau.

Il y a amplement de quoi faire et, à la réflexion, le défi est plutôt exaltant. Alors, au travail !

 

22/07/2009

La succession Couchepin et le mauvais génie suisse

Piaffant d’impatience tout en rongeant leur frein: les candidats radicaux à la succession de Pascal Couchepin ont dû subir nombre d’avanies avant de commencer à pouvoir se déclarer. Pendant des semaines, ils se sont tortillés sur place, comme des jeunes filles à leur premier bal, sans jamais oser entrer dans la danse. Il faut dire à leur décharge que leur président, Fulvio Pelli, avait soigneusement miné le terrain. Le Tessinois est passé maître dans l’art du je suis candidat moi non plus.

 

Mais depuis que Didier Burkhalter a franchi le pas, le dépôt des candidatures va s’accélérer et le torrent des ambitions va pouvoir se déchaîner librement. Car, désormais, l’habile Pelli a intérêt à ce qu’un maximum de candidats se déclare s’il veut rester le joker d’ultime recours. Un duel à deux ou à trois, monté en épingle pendant des semaines, ne pourrait que lui nuire, diviser le parti, et causer des dommages peut-être irréparables. Tandis qu’une foule de prétendants avides et chamailleurs le ferait vite apparaître en héros sauveur de la patrie en danger, tel Ulysse de retour à Ithaque. Les circonstances vont l’aider car les Vaudois et les Genevois ne pourront pas laisser le Neuchâtelois partir seul : ce serait montrer à leur propre électorat qu’ils n’ont aucune personnalité d’envergure à proposer. Or la nature a horreur du vide.

Lire la suite

25/06/2009

Pourquoi le CEVA n'est pas si cher

Le Grand Conseil doit voter aujourd'hui la rallonge de 113 millions de francs pour construire le fameux CEVA qui reliera la gare de Cornavin à celle d'Annemasse. La décision galvanise les opposants qui ont d'ores et déjà promis un referendum à cause des coûts, qu'ils jugent excessifs, et du tracé, qu'ils jugent moins bon que celui du "barreau sud", qui relierait Genève à Bogis-Bossey au lieu d'Annemasse.

L'argument du coût étant toujours celui qui permet de couler tous les projets à Genève, il vaut la peine de le démonter sérieusement. Voici donc pourquoi, en réalité, le CEVA est la moins chère des options possibles:

1/Le CEVA permet de remplir deux fonctions essentielles en un seul projet. Tout d'abord, il permet de construire la liaison entre le réseau ferroviaire suisse et le réseau français. Cette liaison est attendue depuis un siècle et demi. Il s'agit de réaliser pour le rail ce qu'on a fait avec le réseau routier en construisant l'autoroute de contournement qui relie le réseau autoroutier suisse au réseau autoroutier français. C'est essentiel. Mais le CEVA a aussi pour avantage, grâce à son tracé par Champel et les Eaux-Vives de faire office de métro souterrain en permettant aux habitants des zones les plus plus peuplées du canton de traverser la région, d'aller à l'hôpital, à la gare ou à l'aéroport en un minimum de temps et sans transferts. D'où l'immense économie réalisée: s'il fallait construire une voie de chemin de fer et un métro, les coûts seraient doublés.

2/Les opposants prétendent que leur tracé serait moins cher que le CEVA. C'est faux pour deux raisons. D'abord parce que le barreau sud s'arrêterait quasiment en rase campagne, à Bogis-Bossey, puisque les Français refusent ce tracé. Le barreau sud coûterait certes moins cher que le CEVA mais serait un gaspillage absolu puisqu'il ne serait pas relié au réseau français, les autorités françaises refusant d'envisager cette option. Si l'on veut jeter l'argent par la fenêtre, comme les Siciliens qui construisent des autoroutes qui ne mènent nulle part, cette solution est évidemment la bonne!

On pourrait cependant envisager que Rail de France entre en matière avec cette option. Mais si c'est le cas, alors l'option barreau sud coûterait beaucoup plus cher que le CEVA puisqu'il faudrait entièrement reconstruire la ligne du pied du Salève en double voie et en l'enterrant, afin de relier Genève aux gares d'Annemasse et de Saint-Julien. La ligne existante est en effet à voie unique et compte 9 passages à niveau, ce qui est impraticable pour un RER digne de ce nom. Et comme le tracé serait beaucoup plus long que celui du CEVA, les travaux seraient alors bien plus chers, et cela sans aucun bénéfice pour les entreprises suisses qui seraient forcément écartées des travaux. Résultat: des coûts plus élevés et des retombées économiques moindres.

3/Troisième argument enfin: le crédit supplémentaire voté par le Grand Conseil tient compte de certains arguments justifiés des opposants, notamment en matière de sécurité et de nuisances. Grâce à la rallonge de 7 millions adoptée, le projet réduira fortement les émissions de bruit - qui seront ramenées au même niveau que ce qui a été fait pour le RER zurichois - et des vibrations, qui pouvaient légitimement inquiéter les riverains du CEVA. Ces mesures ont certes un coût, mais modeste en regard des bénéfices obtenus. La valeur patrimoniale des immeubles et des logements proches du CEVA s'en trouvera grandement accrue, ne serait-ce que grâce à l'amélioration de l'offre de transports et de la mobilité.

 

CQFD.

 

17/06/2009

Ces peuples qui se rebiffent

Le résultat des élections iraniennes de vendredi dernier sont franchement décourageantes. Pour les Occidentaux du moins, qui comptaient fermement sur une victoire de Mir Hossein Moussavi contre le détesté Ahmadinejad. Mais il va falloir se faire une raison : une majorité d’Iraniens, avec ou sans fraudes électorales, en a décidé autrement. Quelques semaines plus tôt, le même scénario s’est déroulé à Jérusalem, où les élections ont porté au pouvoir une coalition de droite et d’extrême-droite conduite par Benjamin Netanyahu. Ici encore, Américains et Européens auraient tellement préféré voir triompher un tranquille mouvement de partis raisonnables prêts à coopérer pacifiquement au développement de la région.

Les élections européennes de la semaine dernière n’échappent pas à la règle : la victoire des Verts en France ne doit pas cacher un effritement, relatif à droite, plus prononcé à gauche, des partis centristes au profit de l’extrême droite. Vue avec un peu de hauteur, l’érosion de la social-démocratie, qui avait l’avantage de canaliser le mécontentement social, n’est en aucun cas une bonne nouvelle. Car, à terme, cette évolution, pour peu qu’elle s’amplifie, posera de sérieux problèmes.

On en avait eu un avant-goût lors des élections de Gaza qui avaient vu en 2004 le Hamas gagner au détriment du Fatah. Gênées, les démocraties, Israël et Etats-Unis en tête, avaient fait semblant d’ignorer le résultat des urnes et ont longtemps privilégié les élites du Fatah réfugiées à Jericho comme seuls interlocuteurs valables.

Si ce mouvement continue, les démocraties vont être confrontées à un dilemme existentiel auquel elles ne pourront plus longtemps se soustraire : faut-il, comme Voltaire, être prêt à se battre jusqu’à la mort pour laisser s’exprimer ceux avec lesquels on n’est pas d’accord ? Faut-il, au nom de la démocratie, laisser accéder au pouvoir les ennemis de la démocratie ? Ou au contraire ne faut-il pas protéger la démocratie contre ceux qui la menacent ?

Durant la guerre froide, l’Occident avait réagi par la manière forte en organisant des coups d’Etat en sa faveur, de Téhéran en 1953 au Chili en 1973. Avec un bilan mitigé. Et sans espoir de retour, car l’histoire ne se répète pas. La guerre froide est finie et ce scénario a vécu.

Il va donc falloir s’habituer à l’idée que les peuples, quand ils s’expriment, portent de moins en moins au pouvoir ceux qu’on aimerait.

Pour l’Occident, ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle car il devra discuter avec des élus qui contestent de plus en plus ses valeurs. Mais pour la démocratie et le reste du monde, ce n’est pas forcément négatif. Car l’obtention du pouvoir par les urnes exige un respect minimum des formes, c’est à dire des lois, et donc du droit. On n’est plus dans le coup d’Etat ni dans le terrorisme comme moyens de conquête du pouvoir. C’est donc un progrès. Reste maintenant à en prendre acte, en se gardant de tout irénisme…

 

03/06/2009

La Suisse romande, ce grand mythe

Le redécoupage des frontières communales ou cantonales est à la mode en Suisse. Journalistes, politiciens, experts en tous genres retrouvent leurs plaisirs d’écoliers quand ils peuvent redessiner les vieilles cartes Dufour avec des crayons de couleur. Ici, c’est Jean Studer qui sauve une campagne électorale terne avec l’idée d’un super-canton du Jura qui s’étendrait du Locle à Porrentruy. Là, ce sont l’Hebdo et la TSR qui remettent au goût du jour une Romandie qui ferait pièce à l’omnipotence zurichoise.

C’est amusant, ça fait rêver (pas trop), on caresse l’ego minoritaire dans le sens du poil, mais dans les faits on ne fait que sacrifier inutilement au dernier slogan du jour : « big is beautiful », plus c’est gros, plus c’est beau. C’est vrai que la globalisation a créé le besoin de grands espaces et fait sauter le seuil habituel des masses critiques. Mais le complexe du petit, qui nous hante, nous autres de la minorité francophone, ne doit pas nous obséder au point de nous aveugler sur les tendances lourdes qui labourent le terroir romand et contredisent parfois la doxa dominante.

Un mois après le déluge d'articles élogieux sur le super-canton jurassien, le canton du Jura lâche la promotion économique romande et conclut un accord de coopération économique avec Bâle. Dans le même temps, les constituants genevois rêvent de découper la Ville de Genève en rondelles et de revenir aux années 1930, avant que les communes des Eaux-Vives et du Petit-Saconnex ne fusionnent avec le centre. Un « progrès » qui va à l’encontre de tout ce qui se dit, s’écrit et se pense ailleurs en Suisse. Et comment concilier le projet d’agglomération franco-valdo-genevoise avec l’éclatement du canton en une poignée de nouvelles communes de taille moyenne, privées de centralité, d’homogénéité et donc de dynamisme interne ? Inversement, la renaissance d’une ville comme Renens, que l’on disait sinistrée, montre qu’une communauté territoriale modeste peut surmonter ses handicaps toute seule.

Ces exemples montrent que le redécoupage du territoire - fusion de petites communes et très proches d’esprit mise à part - n’a guère de sens et que les vrais enjeux sont ailleurs. Ils sont dans les infrastructures (rail, route, aéroport) et des projets structurants pour la région (swissmetro, CEVA, traversée du lac…), l’investissement dans la matière grise et la mise en commun des ressources de recherche et de développement (campus communs, technologies et centres de recherches partagés). Sur le plan politique, l’accent devrait être mis sur une coopération accrue (harmonisation scolaire et du système fiscal, lobbyisme commun face aux Alémaniques). L’énergie réformatrice devrait se cristalliser contre les tabous paralysants (adhésion à l’Union européenne).

L’envie de Suisse romande est une réaction compréhensible contre le cantonalisme et l’esprit de clocher. Mais elle ne devrait pas se figer dans un territoire, horizontalement. Au contraire, elle doit jaillir par le haut, verticalement.

 

12/05/2009

Antisémitisme inconscient ou volontaire?

J'ai horreur des donneurs de leçons et, depuis 30 ans que j'exerce le métier de journaliste, j'évite d'en donner, même à mes confrères. Mais dans le Matin Bleu d'hier, j'ai trouvé un titre qui m'a fait bondir: "Le juif Bernard Madoff a été le Ben Laden de la finance". En une phrase, le journal a réussi à blesser deux fois la dignité juive et au moins une fois à succomber à cet antisémitisme sot, et qui passerait presque inaperçu tant il semble anodin.

La blessure d'abord: comparer Madoff à Ben Laden en reprenant à son compte la thèse pour le moins discutable d'un livre relève non seulement de la malhonnêteté intellectuelle mais de l'insulte pure et simple. Peut-on mettre sur le même plan un assassin qui a fait des milliers de morts et un vulgaire escroc, fût-il de haut vol ? Non, bien sûr, sinon la morale et la justice n’auraient plus de sens. Mais c’est pourtant ce qui a été fait.

L’antisémitisme ensuite : pourquoi parler du « juif Madoff » ? En quoi cette épithète est-elle utile au débat sinon pour stigmatiser, marquer au fer rouge, nuire en créant un amalgame entre Bernard Madoff et l’ensemble des juifs ? Parle-t-on du protestant (ou du catholique) Marcel Ospel pour critiquer celui qui a coulé l’UBS et fait perdre des milliards aux contribuables suisses ? Non. D’ailleurs, on ne sait même quelle est sa religion, preuve que ce critère ne joue un aucun rôle dans sa pitoyable gestion. Mais pourquoi alors souligner l’appartenance religieuse de Madoff ? En l’occurrence, l’adjectif juif accolé à Madoff joue le même rôle que le port de l’étoile jaune dans les années 1930 : elle sert à désigner une catégorie de gens à la vindicte populaire et joue sur le fait que ceux-ci sont très mal placés pour se défendre parce qu’on les suspecterait de défendre quelqu’un qui a commis un crime.

Ce n’est pas à l’honneur de la presse que de jouer ce triste jeu et il me semble, une fois tous les 30 ans, nécessaire de le rappeler.

 

30/04/2009

Le spectre d'un monde coupé en deux

On a déjà écrit beaucoup sur la conférence de suivi de Durban contre le racisme et l’intolérance, les outrances du président iranien Ahmadinejad, la colère d’Israël, le boycott des Etats européens et le sauvetage inespéré de la conférence par le vote unanime d’une déclaration finale qui fait malgré tout avancer la cause de l’anti-racisme. Je n’y reviendrai pas.

Mais il est un point sur lequel il me semble important d’insister, c’est la fracture qui a coupé le monde en deux, la césure qui a pendant quelques heures séparé l’Occident du reste du monde et qu’on a physiquement ressentie lors du discours du président iranien.

Contrairement à ce qu’on a pu dire sous le coup de l’émotion, le discours d’Ahmadinejad a été habile, et donc d’autant plus dangereux. Le despote iranien a en effet évité de nier l’Holocauste et d’exiger l’éradication de l’Etat d’Israël. Il a dressé un parti de l’histoire du colonialisme, de l’esclavagisme puis de l’impérialisme occidental et de leurs cohortes de souffrances et de massacres pour les populations opprimées, pour conclure qu’Israël appliquait les mêmes méthodes vis-à-vis de la population palestinienne. Or cette partie-là du discours iranien, aussi désagréable soit-elle à nos oreilles, fait mouche. Elle touche juste, et de nombreux applaudissements l’ont saluée, pas seulement parmi les suppôts du régime des mollahs. Aussi, quand les Européens ont quitté la salle quand les  bornes furent franchies en traitant Israël d’Etat raciste, il était difficile de ne pas éprouver un profond malaise : plus un seul visage blanc dans la salle, à part quelques Suisses et Norvégiens épars, tandis que des centaines d’Asiatiques, d’Africains, de Sud-Américains, d’Océaniens, d’Arabes continuaient à écouter les propos d’Ahmadinejad. Spectacle sidérant, qui semblait préfigurer un monde irrémédiablement coupé en deux et dans lequel, par son absence et son refus d’accepter la critique de son passé, l’Occident se mettait dans son tort.

Heureusement, les dérapages du président iranien l’ont discrédité et aucune délégation ne l’a suivi, la conférence finissant par adopter à l’unanimité le texte convenu. Mais que se serait-il passé s’il était resté dans les limites du convenable ? S’il avait réussi à convaincre les pays musulmans et leurs soutiens africains à revenir sur les concessions qu’ils avaient faites en supprimant du texte les références à Israël et l’article sur la diffamation des religions ? S’il avait surfé sur l’humiliation ressentie par ces pays qui se sont vu opposer le boycott du Canada, des Etats-Unis, de l’Allemagne et d’autres pays occidentaux alors même qu’ils avaient accepté toutes conditions exigées par le camp occidental pour participer à la conférence ?

A vrai dire, on a frisé la catastrophe et il s’en est fallu de peu pour que le pire advienne et que le monde ressorte irrémédiable blessé, frustré et divisé de cette rencontre. La chance y a contribué. Mais il serait bon, à l’avenir, d’éviter de remettre le sort de la civilisation au hasard.

 

22/04/2009

Le G20 et la nouvelle gouvernance mondiale

Les commentaires qui ont suivi le G20 de Londres ont été plutôt mitigés. A l’étranger, on a beaucoup insisté sur le côté patchwork des mesures prises, qui venaient confirmer des promesses déjà faites sans apporter de réelles nouveautés. En Suisse, les yeux des médias étaient rivés sur les différentes listes noire, grise et blanche censées cataloguer les paradis fiscaux en fonction de leur degré de coopération avec les grandes puissances. On peut pourtant tirer au moins deux enseignements intéressants de cette réunion pas tout à fait comme les autres.

Sur le plan économique d’abord. Comme l’a fait remarquer le secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement Supachai Paitchpakdi (ancien vice-premier ministre de Thailande pendant la crise asiatique de 1997 et ex-patron de l’OMC), c’est la première fois dans l’histoire économique que les leaders représentant 80% de l’économie mondiale se réunissent pour tenter d’apporter une solution commune à une crise. Même si le chœur n’a pas chanté parfaitement à l’unisson, il a chanté, et c’est une première. Car en l’occurrence, ce qu’il faut entendre, ce n’est pas le son des instrumentistes, qui ont chacun leurs motivations propres, ni même les arrangements de la partition (il y a à boire et à manger dans les plans de mesure), mais la petite musique qui s’en dégage et qui a pour effet de rassurer, de reconstruire un début de confiance dans un univers en déroute. Or la confiance est le carburant indispensable d’une économie saine. Les marchés ont d’ailleurs immédiatement réagi et se sont repris. Ce qui ne veut pas dire qu’ont a touché le fond et qu’une nouvelle baisse est exclue. Mais on sait désormais qu’il y a un pilote, et même 20 pilotes, à bord du vaisseau de l’économie mondiale et qu’ils sont prêts à se mettre aux manœuvres si une nouvelle tempête menace.

Second enseignement, ce sommet a créé l’embryon d’une gouvernance mondiale. On est certes très loin du gouvernement mondial souhaité par Jacques Attali et les utopistes de gauche. Mais il existe désormais une instance multilatérale qui transcende les rêves d’empire (gouvernement d’un seul concentré autour de l’hyperpuissance américaine), d’oligarchie (le partage du pouvoir entre blocs concurrents (Union européenne, Chine, Etats-Unis) ou d’anarchie (la situation d’atonie générale qu’on a vécue ces six derniers mois). Certes, cette idée de gouvernance mondiale fait frémir le monde financier et les entreprises multinationales qui craignent comme la peste l’intervention du politique dans leurs affaires. Mais la crise a fait la preuve que l’absence de régulation, ou l’inadéquation de la régulation, pouvait conduire à des résultats encore pires qu’une intervention de l’Etat. On s’achemine donc vers une redéfinition de l’intérêt général et des intérêts particuliers, vers un nouvel équilibre entre marché et pouvoir politique. Personne ne sait encore où se trouvera la frontière et chacun va maintenant s’activer à définir son tracé. Mais le fait qu’on est désormais en train de reconstruire une nouvelle architecture mondiale est la meilleure nouvelle qui puisse nous arriver.

 

06/04/2009

La crise fait bouger les fronts!

La crise est évidemment dramatique pour tous ceux qui en sont les victimes, et il serait fort malvenu de s’en réjouir même si certaines d’entre elles sont les mêmes qui ont exagérément profité des années de prospérité. Mais, comme disent les Chinois, la crise est aussi une chance, une opportunité dont on commence à entrevoir les perspectives.

Et la perspective la plus réjouissante, c’est que tous les fronts, jadis figés par la recherche du gain maximum et les tabous idéologiques, se sont remis à bouger. Voyez le secret bancaire. Il y a six mois, l’inconscient qui aurait remis en cause le principe du secret pour l’évasion fiscale se serait simplement fait embrocher vif, comme l’a d’ailleurs rappelé le président de la Confédération Han-Rudolf Merz. Or aujourd’hui, ce sont les banquiers et les libéraux eux-mêmes qui acceptent d’abandonner la distinction entre évasion et fraude fiscale. Un saut qualitatif important sur le plan moral, qui déstabilisera temporairement la place financière mais qui ne l’ébranlera pas tant qu’on pourra éviter l’échange d’information automatique.

Voyez l’Europe. Une petite phrase de Couchepin en Autriche et le débat sur l’adhésion est relancé, alors que le Conseil fédéral avait enterré et congelé le projet depuis les années 2000 et que les bilatérales étaient devenues l’horizon indépassable de notre politique européenne. Voyez l’environnement. Les Etats-Unis et certains milieux de droite s’obstinaient depuis la Conférence de Rio en 1992 à nier le réchauffement climatique et la nécessité de réduire les émissions de C02. Et il a suffi de quelques mois pour que l’élection de Barack Obama change la donne et que le développement des énergies renouvelables et les économies d’énergie deviennent des buts officiels du programme du gouvernement américain. A quand la révolution copernicienne qui consisterait à inclure dans le calcul des coûts d’un produit et d’un service ce que les économistes appellent des externalités (coûts environnementaux) ?

Voyez enfin, question beaucoup plus sensible, le problème de la justice. Depuis dix ans, les grands patrons et leurs supplétifs dans les parlements expliquaient que les parachutes dorés, les bonus et les salaires astronomiques des managers et des administrateurs n’étaient que la récompense légitime de leurs responsabilités et de leur abnégation sans pareille au travail. Mais comment justifier qu’un grand patron gagne 500 à 700 fois le salaire de son employé le moins payé, comme c’est devenu la règle aujourd’hui? Les journées n’ayant que 24 heures, peut-il travailler 4000 heures par jour et, à responsabilités égales, gagner cent fois plus que le patron d’une PME ? La remise en cause des bonus par Barack Obama, Nicolas Sarkozy et une opinion publique lassée de ces excès est en soi une bonne nouvelle car elle vient réinjecter de la concurrence dans un cartel très fermé et qui, de plus, a largement failli à ses devoirs. Davantage de justice évitera une explosion sociale lorsque les tensions engendrées par la montée du chômage deviendront palpables. De cela, on peut se réjouir.

27/03/2009

Confession d'un converti au vélo

Je dois faire un aveu: pendant longtemps j'ai été agacé par ces cyclistes qui brûlaient les feux, roulaient sur les trottoirs et semblaient bafouer les règles de la circulation. Et puis, le vélo m'avait toujours semblé une mode, un gadget bienpensant bien dans l'air du temps. Jusqu'à ce que, voici trois semaines, une bielle coulée de mon scooter m'incite à sortir du garage le VTT qui y sommeillait depuis des années.

Et alors, ô miracle, voilà que, de nécessité faisant loi, je me suis pris à prendre du plaisir à ces pérégrinations vélocyclépiques dans notre bonne ville. Ce n'est pas que ce soit marrant tout le temps - on ne se rend pas vraiment compte que Genève est pleine de côtes et que le trajet quotidien Terrassière-Intercontinental regorge de pentes. Mais il y a d'heureuses compensations. D'abord, on découvre la ville sous un autre angle: on cherche les meilleurs trajets, les rues les plus sympas, et on peut composer son itinéraire en toute liberté. Il n'y a pratiquement pas de contraintes à part les limites de ses mollets.

Ensuite les temps de parcours restent très raisonnables. Expérience faite et chronomètre en main, le déplacement en ville est plus court en vélo qu'en voiture, surtout si on compte le temps de parcage. Il est en revanche un peu plus long qu'en scooter mais à 10 minutes près, ce qui reste très acceptable si on prend en compte l'exercice physique qu'il vous permet d'économiser.

Du coup, j'ai même acquis un casque, une vignette et des phares. Reste maintenant à transformer l'essai - le vélo au moins un jour sur deux - et à attaquer le Tour de France au mois de juillet.

16/03/2009

Crise: ferions-nous tout faux?

La semaine dernière, la grande conférence que le Prix Nobel d’économie Joseph Stieglitz a donnée au BIT sur la crise et le travail décent fut l’occasion de soulever quelques questions roboratives sur la manière dont les économies occidentales envisagent la lutte contre la récession.

A tel point qu’on peut se demander si l’on n’est pas en train de faire tout faux. Un exemple : plutôt que de sauver les banques en difficulté et conserver aux commandes leurs managers coupables en sortant les actifs toxiques pour les mettre dans des structures séparées garanties par l’Etat ou en les nationalisant pour éviter que les branches pourries ne contaminent le reste des activités et fassent périr l’organisme tout entier, n’aurait-il pas mieux valu faire l’inverse ? C'est-à-dire sortir les actifs sains et les placer dans une banque nouvelle, avec un management neuf, que l’on aurait ensuite pu revendre sans peine puisque qu’une banque saine trouve toujours des actionnaires pour la soutenir. Et laisser la vieille structure nécrosée avec son management et ses actionnaires avides tomber en faillite et périr de sa belle mort. On aurait ainsi séparé le bon grain de l’ivraie et rétabli la confiance autour de nouvelles banques plus petites mais profitables plutôt que de gaspiller l’argent du contribuable pour maintenir en vie des géants opaques au diagnostic fort incertain.

Autre idée: depuis que l’on constate que la crise financière frappe de plein fouet l’économie réelle et tue la demande solvable et l’investissement des entreprises – et est donc en train de détruire massivement les emplois – n’y a-t-il pas lieu d’agir directement sur la demande et sur les entreprises plutôt que d’injecter des centaines de milliards dans un système financier qui congèle cet argent pour assainir ses bilans ? On voit bien que les milliards injectés ne font pas redémarrer les moteurs de l’économie, qui reste toujours calés. N’est-on pas en train de se tromper de bénéficiaires, en misant trop exclusivement sur des acteurs incapables de relancer la machine ?

Dernière observation : en six mois, la crise a ravagé un bon quart de la richesse mondiale. Cette destruction sans précédent de capital équivaut quasiment à une guerre mondiale. Or le seul moyen de reconstituer ce capital, c’est le travail, c'est-à-dire l’emploi, lequel passe par une stimulation de la demande. Or cette demande existe, sauf qu’on ne veut pas la voir dans les milieux financiers : il s’agit du rattrapage environnemental, de la lutte contre le réchauffement climatique, de la conversion de la production d’énergie vers le renouvelable et les économies et, surtout, du développement des économies du sud qui regorgent de consommateurs potentiels aux besoins illimités. Si la publicité, qui sait si bien nous vendre des produits dont on n’a pas besoin, se mettait à vanter des produits, des services, des techniques directement utiles, le consommateur ne serait plus si blasé. Mais ce serait une révolution.

 

08/03/2009

Pour réussir Telecom à Genève

 

Soyons clair : on a frisé la catastrophe. Il s’en est fallu de peu que la grand-messe des télécommunications prévue en octobre prochain à Genève ne tombât en vrille. Après tous les efforts consentis pour ramener ce salon à Genève, c’eût été un désastre que de devoir annuler l’édition 2009.

C’est à la faute à la crise, bien sûr : Telecom eût-il eu lieu cette semaine, à la place du salon de l’auto, qu’il eût été au moins un demi-succès. Mais la crise n’est pas seule responsable, comme en atteste le succès éclatant du Congrès Mondial GSMA de la Téléphonie Mobile qui s’est tenu en février à Barcelone.

Les difficultés de Genève sont également structurelles et tiennent à trois problèmes : une périodicité hasardeuse, une localisation erratique et une gouvernance trop complexe. La montée en puissance du salon de Barcelone, qui regroupe les opérateurs mondiaux de téléphonie mobile et possède de ce fait une force de frappe redoutable, tient à une formule simple : un lieu, une date et un pouvoir de décision uniques.

La périodicité d’abord : d’abord quadriennal, ITU World Telecom est devenu triennal tout étant subdivisé en réunions biennales. Ce rythme de sénateur ne correspond plus à la vitesse trépidante des innovations qui agitent l’industrie des télécoms depuis une vingtaine d’années. Certaines entreprises sont nées, ont vécu et sont déjà mortes avant même d’avoir eu le temps d’être présentes à l’un des salons Telecom. Il faut impérativement passer à un rythme annuel, régulier, qui fidélise les participants, qui peuvent déjà bloquer la date du salon suivant au moment de se quitter. La décision de refaire une édition en 2011 et de tenir une conférence annuelle, est un pas dans la bonne direction, mais pas encore suffisant.

La localisation ensuite. Pendant 30 ans, les éditions mondiales se sont tenues à Genève avec succès. Puis, à la demande des pays membres de l’Union internationale des télécommunications qui voulaient leur part du gâteau, on a délocalisé, en totalité comme à Hong Kong, ou en partie comme à Rio. Une solution bâtarde et coûteuse, parce qu’on ne peut pas rassure une clientèle en changeant perpétuellement de lieu, et parce qu’il faut recommencer presque à zéro chaque édition au lieu de pouvoir consolider les acquis et se concentrer sur les innovations.

La gouvernance enfin. Si on peut admettre que Telecom est une émanation de l’UIT et doit le rester, rien n’empêche de sous-traiter les tâches opérationnelles et organisationnelles à un organisme indépendant. Le processus de décision au sein de l’UIT – rappelons que les Etats paient leur cotisations sur une base volontaire – est trop complexe, trop lent et trop aléatoire pour permettre à une entreprise de ce genre de survivre dans un contexte de vive concurrence et de changements rapides. S’il faut attendre que les pays membres se déterminent sur toutes les questions importantes, World Telecom est mort. Il est donc urgent de trouver une formule qui permette à l’UIT d’en rester le mandant tout en confiant l’exécution à un mandataire capable de s’adapter rapidement aux évolutions des marchés et des technologies. On en prend le chemin, mais le temps presse.