30/04/2009

Le spectre d'un monde coupé en deux

On a déjà écrit beaucoup sur la conférence de suivi de Durban contre le racisme et l’intolérance, les outrances du président iranien Ahmadinejad, la colère d’Israël, le boycott des Etats européens et le sauvetage inespéré de la conférence par le vote unanime d’une déclaration finale qui fait malgré tout avancer la cause de l’anti-racisme. Je n’y reviendrai pas.

Mais il est un point sur lequel il me semble important d’insister, c’est la fracture qui a coupé le monde en deux, la césure qui a pendant quelques heures séparé l’Occident du reste du monde et qu’on a physiquement ressentie lors du discours du président iranien.

Contrairement à ce qu’on a pu dire sous le coup de l’émotion, le discours d’Ahmadinejad a été habile, et donc d’autant plus dangereux. Le despote iranien a en effet évité de nier l’Holocauste et d’exiger l’éradication de l’Etat d’Israël. Il a dressé un parti de l’histoire du colonialisme, de l’esclavagisme puis de l’impérialisme occidental et de leurs cohortes de souffrances et de massacres pour les populations opprimées, pour conclure qu’Israël appliquait les mêmes méthodes vis-à-vis de la population palestinienne. Or cette partie-là du discours iranien, aussi désagréable soit-elle à nos oreilles, fait mouche. Elle touche juste, et de nombreux applaudissements l’ont saluée, pas seulement parmi les suppôts du régime des mollahs. Aussi, quand les Européens ont quitté la salle quand les  bornes furent franchies en traitant Israël d’Etat raciste, il était difficile de ne pas éprouver un profond malaise : plus un seul visage blanc dans la salle, à part quelques Suisses et Norvégiens épars, tandis que des centaines d’Asiatiques, d’Africains, de Sud-Américains, d’Océaniens, d’Arabes continuaient à écouter les propos d’Ahmadinejad. Spectacle sidérant, qui semblait préfigurer un monde irrémédiablement coupé en deux et dans lequel, par son absence et son refus d’accepter la critique de son passé, l’Occident se mettait dans son tort.

Heureusement, les dérapages du président iranien l’ont discrédité et aucune délégation ne l’a suivi, la conférence finissant par adopter à l’unanimité le texte convenu. Mais que se serait-il passé s’il était resté dans les limites du convenable ? S’il avait réussi à convaincre les pays musulmans et leurs soutiens africains à revenir sur les concessions qu’ils avaient faites en supprimant du texte les références à Israël et l’article sur la diffamation des religions ? S’il avait surfé sur l’humiliation ressentie par ces pays qui se sont vu opposer le boycott du Canada, des Etats-Unis, de l’Allemagne et d’autres pays occidentaux alors même qu’ils avaient accepté toutes conditions exigées par le camp occidental pour participer à la conférence ?

A vrai dire, on a frisé la catastrophe et il s’en est fallu de peu pour que le pire advienne et que le monde ressorte irrémédiable blessé, frustré et divisé de cette rencontre. La chance y a contribué. Mais il serait bon, à l’avenir, d’éviter de remettre le sort de la civilisation au hasard.

 

22/04/2009

Le G20 et la nouvelle gouvernance mondiale

Les commentaires qui ont suivi le G20 de Londres ont été plutôt mitigés. A l’étranger, on a beaucoup insisté sur le côté patchwork des mesures prises, qui venaient confirmer des promesses déjà faites sans apporter de réelles nouveautés. En Suisse, les yeux des médias étaient rivés sur les différentes listes noire, grise et blanche censées cataloguer les paradis fiscaux en fonction de leur degré de coopération avec les grandes puissances. On peut pourtant tirer au moins deux enseignements intéressants de cette réunion pas tout à fait comme les autres.

Sur le plan économique d’abord. Comme l’a fait remarquer le secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement Supachai Paitchpakdi (ancien vice-premier ministre de Thailande pendant la crise asiatique de 1997 et ex-patron de l’OMC), c’est la première fois dans l’histoire économique que les leaders représentant 80% de l’économie mondiale se réunissent pour tenter d’apporter une solution commune à une crise. Même si le chœur n’a pas chanté parfaitement à l’unisson, il a chanté, et c’est une première. Car en l’occurrence, ce qu’il faut entendre, ce n’est pas le son des instrumentistes, qui ont chacun leurs motivations propres, ni même les arrangements de la partition (il y a à boire et à manger dans les plans de mesure), mais la petite musique qui s’en dégage et qui a pour effet de rassurer, de reconstruire un début de confiance dans un univers en déroute. Or la confiance est le carburant indispensable d’une économie saine. Les marchés ont d’ailleurs immédiatement réagi et se sont repris. Ce qui ne veut pas dire qu’ont a touché le fond et qu’une nouvelle baisse est exclue. Mais on sait désormais qu’il y a un pilote, et même 20 pilotes, à bord du vaisseau de l’économie mondiale et qu’ils sont prêts à se mettre aux manœuvres si une nouvelle tempête menace.

Second enseignement, ce sommet a créé l’embryon d’une gouvernance mondiale. On est certes très loin du gouvernement mondial souhaité par Jacques Attali et les utopistes de gauche. Mais il existe désormais une instance multilatérale qui transcende les rêves d’empire (gouvernement d’un seul concentré autour de l’hyperpuissance américaine), d’oligarchie (le partage du pouvoir entre blocs concurrents (Union européenne, Chine, Etats-Unis) ou d’anarchie (la situation d’atonie générale qu’on a vécue ces six derniers mois). Certes, cette idée de gouvernance mondiale fait frémir le monde financier et les entreprises multinationales qui craignent comme la peste l’intervention du politique dans leurs affaires. Mais la crise a fait la preuve que l’absence de régulation, ou l’inadéquation de la régulation, pouvait conduire à des résultats encore pires qu’une intervention de l’Etat. On s’achemine donc vers une redéfinition de l’intérêt général et des intérêts particuliers, vers un nouvel équilibre entre marché et pouvoir politique. Personne ne sait encore où se trouvera la frontière et chacun va maintenant s’activer à définir son tracé. Mais le fait qu’on est désormais en train de reconstruire une nouvelle architecture mondiale est la meilleure nouvelle qui puisse nous arriver.

 

06/04/2009

La crise fait bouger les fronts!

La crise est évidemment dramatique pour tous ceux qui en sont les victimes, et il serait fort malvenu de s’en réjouir même si certaines d’entre elles sont les mêmes qui ont exagérément profité des années de prospérité. Mais, comme disent les Chinois, la crise est aussi une chance, une opportunité dont on commence à entrevoir les perspectives.

Et la perspective la plus réjouissante, c’est que tous les fronts, jadis figés par la recherche du gain maximum et les tabous idéologiques, se sont remis à bouger. Voyez le secret bancaire. Il y a six mois, l’inconscient qui aurait remis en cause le principe du secret pour l’évasion fiscale se serait simplement fait embrocher vif, comme l’a d’ailleurs rappelé le président de la Confédération Han-Rudolf Merz. Or aujourd’hui, ce sont les banquiers et les libéraux eux-mêmes qui acceptent d’abandonner la distinction entre évasion et fraude fiscale. Un saut qualitatif important sur le plan moral, qui déstabilisera temporairement la place financière mais qui ne l’ébranlera pas tant qu’on pourra éviter l’échange d’information automatique.

Voyez l’Europe. Une petite phrase de Couchepin en Autriche et le débat sur l’adhésion est relancé, alors que le Conseil fédéral avait enterré et congelé le projet depuis les années 2000 et que les bilatérales étaient devenues l’horizon indépassable de notre politique européenne. Voyez l’environnement. Les Etats-Unis et certains milieux de droite s’obstinaient depuis la Conférence de Rio en 1992 à nier le réchauffement climatique et la nécessité de réduire les émissions de C02. Et il a suffi de quelques mois pour que l’élection de Barack Obama change la donne et que le développement des énergies renouvelables et les économies d’énergie deviennent des buts officiels du programme du gouvernement américain. A quand la révolution copernicienne qui consisterait à inclure dans le calcul des coûts d’un produit et d’un service ce que les économistes appellent des externalités (coûts environnementaux) ?

Voyez enfin, question beaucoup plus sensible, le problème de la justice. Depuis dix ans, les grands patrons et leurs supplétifs dans les parlements expliquaient que les parachutes dorés, les bonus et les salaires astronomiques des managers et des administrateurs n’étaient que la récompense légitime de leurs responsabilités et de leur abnégation sans pareille au travail. Mais comment justifier qu’un grand patron gagne 500 à 700 fois le salaire de son employé le moins payé, comme c’est devenu la règle aujourd’hui? Les journées n’ayant que 24 heures, peut-il travailler 4000 heures par jour et, à responsabilités égales, gagner cent fois plus que le patron d’une PME ? La remise en cause des bonus par Barack Obama, Nicolas Sarkozy et une opinion publique lassée de ces excès est en soi une bonne nouvelle car elle vient réinjecter de la concurrence dans un cartel très fermé et qui, de plus, a largement failli à ses devoirs. Davantage de justice évitera une explosion sociale lorsque les tensions engendrées par la montée du chômage deviendront palpables. De cela, on peut se réjouir.

27/03/2009

Confession d'un converti au vélo

Je dois faire un aveu: pendant longtemps j'ai été agacé par ces cyclistes qui brûlaient les feux, roulaient sur les trottoirs et semblaient bafouer les règles de la circulation. Et puis, le vélo m'avait toujours semblé une mode, un gadget bienpensant bien dans l'air du temps. Jusqu'à ce que, voici trois semaines, une bielle coulée de mon scooter m'incite à sortir du garage le VTT qui y sommeillait depuis des années.

Et alors, ô miracle, voilà que, de nécessité faisant loi, je me suis pris à prendre du plaisir à ces pérégrinations vélocyclépiques dans notre bonne ville. Ce n'est pas que ce soit marrant tout le temps - on ne se rend pas vraiment compte que Genève est pleine de côtes et que le trajet quotidien Terrassière-Intercontinental regorge de pentes. Mais il y a d'heureuses compensations. D'abord, on découvre la ville sous un autre angle: on cherche les meilleurs trajets, les rues les plus sympas, et on peut composer son itinéraire en toute liberté. Il n'y a pratiquement pas de contraintes à part les limites de ses mollets.

Ensuite les temps de parcours restent très raisonnables. Expérience faite et chronomètre en main, le déplacement en ville est plus court en vélo qu'en voiture, surtout si on compte le temps de parcage. Il est en revanche un peu plus long qu'en scooter mais à 10 minutes près, ce qui reste très acceptable si on prend en compte l'exercice physique qu'il vous permet d'économiser.

Du coup, j'ai même acquis un casque, une vignette et des phares. Reste maintenant à transformer l'essai - le vélo au moins un jour sur deux - et à attaquer le Tour de France au mois de juillet.

16/03/2009

Crise: ferions-nous tout faux?

La semaine dernière, la grande conférence que le Prix Nobel d’économie Joseph Stieglitz a donnée au BIT sur la crise et le travail décent fut l’occasion de soulever quelques questions roboratives sur la manière dont les économies occidentales envisagent la lutte contre la récession.

A tel point qu’on peut se demander si l’on n’est pas en train de faire tout faux. Un exemple : plutôt que de sauver les banques en difficulté et conserver aux commandes leurs managers coupables en sortant les actifs toxiques pour les mettre dans des structures séparées garanties par l’Etat ou en les nationalisant pour éviter que les branches pourries ne contaminent le reste des activités et fassent périr l’organisme tout entier, n’aurait-il pas mieux valu faire l’inverse ? C'est-à-dire sortir les actifs sains et les placer dans une banque nouvelle, avec un management neuf, que l’on aurait ensuite pu revendre sans peine puisque qu’une banque saine trouve toujours des actionnaires pour la soutenir. Et laisser la vieille structure nécrosée avec son management et ses actionnaires avides tomber en faillite et périr de sa belle mort. On aurait ainsi séparé le bon grain de l’ivraie et rétabli la confiance autour de nouvelles banques plus petites mais profitables plutôt que de gaspiller l’argent du contribuable pour maintenir en vie des géants opaques au diagnostic fort incertain.

Autre idée: depuis que l’on constate que la crise financière frappe de plein fouet l’économie réelle et tue la demande solvable et l’investissement des entreprises – et est donc en train de détruire massivement les emplois – n’y a-t-il pas lieu d’agir directement sur la demande et sur les entreprises plutôt que d’injecter des centaines de milliards dans un système financier qui congèle cet argent pour assainir ses bilans ? On voit bien que les milliards injectés ne font pas redémarrer les moteurs de l’économie, qui reste toujours calés. N’est-on pas en train de se tromper de bénéficiaires, en misant trop exclusivement sur des acteurs incapables de relancer la machine ?

Dernière observation : en six mois, la crise a ravagé un bon quart de la richesse mondiale. Cette destruction sans précédent de capital équivaut quasiment à une guerre mondiale. Or le seul moyen de reconstituer ce capital, c’est le travail, c'est-à-dire l’emploi, lequel passe par une stimulation de la demande. Or cette demande existe, sauf qu’on ne veut pas la voir dans les milieux financiers : il s’agit du rattrapage environnemental, de la lutte contre le réchauffement climatique, de la conversion de la production d’énergie vers le renouvelable et les économies et, surtout, du développement des économies du sud qui regorgent de consommateurs potentiels aux besoins illimités. Si la publicité, qui sait si bien nous vendre des produits dont on n’a pas besoin, se mettait à vanter des produits, des services, des techniques directement utiles, le consommateur ne serait plus si blasé. Mais ce serait une révolution.

 

08/03/2009

Pour réussir Telecom à Genève

 

Soyons clair : on a frisé la catastrophe. Il s’en est fallu de peu que la grand-messe des télécommunications prévue en octobre prochain à Genève ne tombât en vrille. Après tous les efforts consentis pour ramener ce salon à Genève, c’eût été un désastre que de devoir annuler l’édition 2009.

C’est à la faute à la crise, bien sûr : Telecom eût-il eu lieu cette semaine, à la place du salon de l’auto, qu’il eût été au moins un demi-succès. Mais la crise n’est pas seule responsable, comme en atteste le succès éclatant du Congrès Mondial GSMA de la Téléphonie Mobile qui s’est tenu en février à Barcelone.

Les difficultés de Genève sont également structurelles et tiennent à trois problèmes : une périodicité hasardeuse, une localisation erratique et une gouvernance trop complexe. La montée en puissance du salon de Barcelone, qui regroupe les opérateurs mondiaux de téléphonie mobile et possède de ce fait une force de frappe redoutable, tient à une formule simple : un lieu, une date et un pouvoir de décision uniques.

La périodicité d’abord : d’abord quadriennal, ITU World Telecom est devenu triennal tout étant subdivisé en réunions biennales. Ce rythme de sénateur ne correspond plus à la vitesse trépidante des innovations qui agitent l’industrie des télécoms depuis une vingtaine d’années. Certaines entreprises sont nées, ont vécu et sont déjà mortes avant même d’avoir eu le temps d’être présentes à l’un des salons Telecom. Il faut impérativement passer à un rythme annuel, régulier, qui fidélise les participants, qui peuvent déjà bloquer la date du salon suivant au moment de se quitter. La décision de refaire une édition en 2011 et de tenir une conférence annuelle, est un pas dans la bonne direction, mais pas encore suffisant.

La localisation ensuite. Pendant 30 ans, les éditions mondiales se sont tenues à Genève avec succès. Puis, à la demande des pays membres de l’Union internationale des télécommunications qui voulaient leur part du gâteau, on a délocalisé, en totalité comme à Hong Kong, ou en partie comme à Rio. Une solution bâtarde et coûteuse, parce qu’on ne peut pas rassure une clientèle en changeant perpétuellement de lieu, et parce qu’il faut recommencer presque à zéro chaque édition au lieu de pouvoir consolider les acquis et se concentrer sur les innovations.

La gouvernance enfin. Si on peut admettre que Telecom est une émanation de l’UIT et doit le rester, rien n’empêche de sous-traiter les tâches opérationnelles et organisationnelles à un organisme indépendant. Le processus de décision au sein de l’UIT – rappelons que les Etats paient leur cotisations sur une base volontaire – est trop complexe, trop lent et trop aléatoire pour permettre à une entreprise de ce genre de survivre dans un contexte de vive concurrence et de changements rapides. S’il faut attendre que les pays membres se déterminent sur toutes les questions importantes, World Telecom est mort. Il est donc urgent de trouver une formule qui permette à l’UIT d’en rester le mandant tout en confiant l’exécution à un mandataire capable de s’adapter rapidement aux évolutions des marchés et des technologies. On en prend le chemin, mais le temps presse.

 

 

23/02/2009

Fin de la récréation fiscale

La génération Reagan et Thatcher, c’est fini ! On tourne la page. Les trente années de baisses fiscales et de réduction des dépenses publiques se sont closes le 20 janvier 2009 avec l’entrée en fonction de Barack Obama et le climax atteint par la crise financière. Et en Suisse, le tocsin a été sonné le dimanche 8 février avec le refus des forfaits fiscaux par les Zurichois.

 

 

 

 

Lire la suite

15/02/2009

Pour un journalisme aux pieds nus

Lors des dernières assises du journalisme organisées par impressum à Genève, on a débattu de la valeur ajoutée du journalisme, du journalisme participatif, des nouveaux modèles de journalisme face à internet et on s'est demandé si la communication tuait le journalisme.

Toutes questions fort pertinentes en ces temps de crise aiguë du métier de journaliste. Après 30 ans de pratique de la presse écrite à tous les échelons possibles de la profession, depuis mes débuts comme secrétaire de rédaction au Journal de Genève en 1980 jusqu'à mes activités actuelles au Club suisse de la presse, j'en viens à me demander si le meilleur moyen de restaurer le crédit et d'assurer la pérénnité de la profession ne serait pas de revenir aux sources, au métier de base, à l'essentiel, c'est à dire à un "journalisme pauvre", un journalisme aux pieds nus, débarassé de toutes ses prothèses artificielles, de ses codes et de ses rites, de son narcissisme exacerbé, des contraintes publicitaires, des armées d'attachés de presse et de communicants qui obscurcissent les choses plus qu'ils ne les rendent transparentes et compréhensibles pour le commun des mortels.

A la manière de l'"arte povere" italien qui, dans les années 1970-1980, essayait de revenir aux sources mêmes de l'art en s'affranchissant des discours obligés et des techniques à la mode pour renouer avec un art sans artifice.

Ce retour à la base, je m'empresse de le dire, n'a rien à voir avec un refus d'internet ou des nouvelles techologies de l'information. Le problème n'est pas dans la technique, qui n'est que ce qu'on en fait, mais dans la tête de celles et ceux qui s'en servent. En retrouvant la passion d'informer, de décrypter, de rendre intelligible un monde devenu opaque par surinformation et en renouant avec le respect des faits et des personnes, nous autres journalistes aurïons probablement moins de raisons de douter de notre avenir.

 

 

06/02/2009

Droits de l’homme à deux vitesses et ONG sélectives, un vrai problème

Pourquoi un petit pays comme la Tunisie est-il régulièrement pris à partie par les ONG droits-de-l’hommistes alors que d’autres pays plus grands et moins avancés en matière de droits humains comme le Maroc, l’Algérie ou l’Egypte sont épargnés ? C’est un exemple, mais on peut en trouver d’autres. Depuis dix ans que j’observe l’évolution du monde international et des ONG, la question me tarabuste.

Voyons les faits d’abord. On peut bien sûr trouver toutes sortes d’imperfections et de critiques justifiées à adresser au modèle tunisien. Mais à y regarder de plus près, et vu la modestie de ses ressources et l’absence de rente pétrolière, géostratégique ou autre, ce pays fait plutôt mieux que ses proches. Son armée n’occupe pas de territoire voisin, comme le Maroc au Sahara occidental, et n’a pas massacré des civils par milliers au nom de la lutte anti-islamiste, comme l’Algérie. Son président est en fonction depuis 21 ans, mais c’est moins que le président Moubarak (27 ans) et beaucoup moins que les dynasties royales marocaines et jordaniennes. Et sur le plan interne, l’évolution de la société mesurée en termes d’indice de développement humain, de formation de la jeunesse, de droits et d’accès des femmes aux emplois et aux postes à responsabilité, de logement, et de niveau de vie en général, devance largement celle de ses voisins. Et tout cela pour ne rien dire du régime de Mouammar Kaddhafi, au pouvoir depuis 40 ans et à la tête d’une vraie dictature, mais que peu d’ONG et encore moins de gouvernements dénoncent puisqu’il peut planter sa tente et traire ses chamelles dans à peu près toutes les capitales du monde.

Il ne s’agit pas ici de vanter un pays au détriment des autres mais de s’alarmer des inégalités de traitement et de perception, inégalités qui traduisent un vrai malaise dans la façon dont la prétendue « communauté internationale » aborde les problèmes. Ce malaise vient pour une part des Etats, qui sont sélectifs en fonction de leurs intérêts économiques ou stratégiques, mais aussi largement des ONG, qui se parent de l’objectivité avec des noms ronflants mais qui sont en réalité tout sauf transparentes et impartiales. Dans le dernier « Matin Dimanche », un expert français relevait avec raison que 70% des ONG étaient financées par des Etats, des entreprises ou des fondations privées, dans l’opacité la plus totale, comme si les bailleurs de fonds n’avaient pas, eux aussi, des intérêts précis à défendre.

Dans un contexte aussi faussé, il n’est pas étonnant que les Etats incriminés réagissent en créant leur propres ONG ou en cherchant à les contrôler. On comprend mieux la méfiance des Russes quand on sait que les révolutions oranges ont été financées et encadrées par des fondations américaines ultraconservatrices.

C’est ainsi qu’on crée un cercle vicieux de dénonciations-réactions en chaîne au terme duquel  personne ne sort gagnant, ni les Etats, qui se protègent, ni les ONG, qui perdent en efficacité et en transparence, ni bien sûr les peuples, qui pourraient mieux consolider leurs droits si chacun travaillait avec davantage d’objectivité et de transparence.

 

 

 

 

03/02/2009

Gaza: Israël s'achète du temps avec Obama

En cessant unilatéralement ses bombardements sur Gaza après trois semaines de pilonnage ininterrompu, Israël offre un répit bienvenu à Barack Obama. Le nouveau président pourra occuper la Maison Blanche et s’occuper de la lutte contre la crise économique sans devoir d’urgence s’attaquer aux problèmes du Proche Orient. Et Barack Obama aura le champ d’autant plus libre que la totalité des médias mondiaux aura les yeux rivés sur lui et se détournera bien vite des champs de ruines et des hôpitaux palestiniens surchargés de blessés.

Il n’y a pas à dire, Israël a géré le calendrier des opérations contre Gaza de main de maître et profité à fond de la fenêtre ouverte entre la fin de la période Bush et le début de l’ère Obama en évitant de fâcher le nouveau président avec des urgences diplomatiques malvenues. Et le fait que le nouveau président américain a confié les rênes de la diplomatie à Hillary Clinton, qui n’a jamais caché ses sympathies pour Israël, prouve encore que les Israéliens ont de très bonnes cartes en mains avec la nouvelle administration démocrate.

Les perspectives de paix, redoutées au fond par les deux camps, s’en trouvent donc repoussées d’autant et c’est peut-être là le vrai but de guerre que recherchait l’Etat israélien, au-delà de l’arrêt des frappes de missiles du Hamas sur la ville de Sderot et des objectifs électoraux immédiats. Israël a désormais du temps pour élaborer une stratégie et mettre en place ses pions dans l’équipe Obama, avec la complicité des pays arabes opposés à l’Iran.

Cela établi, les problèmes de fond subsistent. Dans ce conflit, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre. On ne peut ni renvoyer les deux camps dos à dos, ni prendre position pour l’un contre l’autre parce que les deux camps, le palestinien comme l’israélien, ont à la fois raison et sont dans leur droit.

Simplement, après 60 années de conflit violent, on sent qu’on arrive à une nouvelle étape et qu’il ne suffira plus d’utiliser de vieilles recettes, diplomatiques ou militaires, pour se tirer d’affaire. Car tout a été dit, tenté, expérimenté et usé jusqu’à la corde, la guerre comme la paix, la bonne foi comme la mauvaise, les élections démocratiques comme les coups d’Etat, les pierres comme les missiles, la censure de la presse comme les images en direct, l’espionnage comme la diplomatie publique, l’agressivité des faucons comme l’idéalisme des pacifistes.

Le poids de l’histoire étant ce qu’il est, rien ne se réglera dans l’urgence. Mais il ne sert à rien non plus de compter sur le temps pour que le problème se résolve tout seul. La trêve sera donc courte et Barack Obama devra tôt ou tard plonger ses mains dans le cambouis moyen-oriental. Avec des résultats qui pourraient être intéressants. En effet, jusqu’ici, le nouveau président s’est attaché à ménager son indépendance, un coup à droite, un coup à gauche, un fondamentaliste par ci, un pasteur gay par là. Avec ses racines afro-musulmanes et les sympathies de son administration pour Israël, Barack Hussein Obama n’est pas le plus désarmé pour imposer aux deux irréductibles adversaires une solution durable.

20/01/2009

Oui au vote par internet

Le 8 février prochain, nous sommes appelés à voter sur un sujet d'importaqnce mais dont on parle remarquablement peu: le vote électronique. Personne dans le débat sur le vote par internet ne souligne l’amélioration qu’il représente par rapport à la situation actuelle. Le vote postal est apprécié à juste titre, mais au fond personne ne peut dire si nos votes arrivent à bon port. Savez-vous qu’à chaque votation, des bulletins arrivent le lundi qui suit le dépouillement ? Cela dans l’indifférence générale.

Et les locaux de vote nous ont hélas habitués à quelques surprises désagréables, bulletins mal étiquetés ou mal comptés, qui montrent les limites d’un système de milice pour une opération lourde et complexe comme peut l’être une votation.

Il arrive assez souvent que l’on ait le même jour divers objets fédéraux, plusieurs objets cantonaux et des objets communaux dans certaines de 45 communes du canton. Ajoutez à cela que pour les objets communaux, les étrangers peuvent voter, et vous aurez une bonne idée de la complication que représente la mise sur pied et le dépouillement rapide et exact d’un scrutin.

Dès lors, refuser la facilité apportée par la technique, qui n’altère en rien les droits politiques, serait incompréhensible. sans compter que, entre autres bénéfices, le vote par internet fera baisser les recours aux tribunaux contre les résultats électoraux dont certains Genevois sont si friands.

Quant aux risques de fraudes, auxquels les opposants sont particulièrement sensibles, ils ne sont pas plus élevés qu'avec la méthode traditionnelle. Après tout, n'est ce pas grâce aux découvertes faites par les pyhsiciens genevois que Genève est devenue l'un des leaders mondiaux en matière de cryptographie quantique? Le vote par internet sera une excellente occasion d'appliquer des procédés du "terroir".

15/01/2009

L'innovation et le projet Praille, meilleurs antidotes à la crise

Barack Obama dévoilera les détails de son plan de relance contre la crise lors de son investiture le 21 janvier. Mais d’après ce qu’il a déclaré pendant sa campagne électorale, on sait que ce plan comptera une série de programmes en faveur des énergies nouvelles et des technologies du développement durable. Miser sur le futur, l’orienter et lui donner un sens, apparaît en effet comme la plus efficace des mesures de relance pour une économie développée.

La Suisse, et Genève en particulier, feraient bien de s’en inspirer. La construction tous azimuts d’infrastructures – liaison ferrée Cornavin-Annemasse, tram de Bernex, zone de logements d’Ambilly – pour utiles qu’elles soient à la préservation des emplois traditionnels, ne donne pas encore un sens, un contenu, une âme forte à la région. Le développement des infrastructures est une condition nécessaire mais pas suffisante à l’avenir d’une communauté humaine.

Or la crise est une opportunité fantastique, comme disent les Chinois qui utilisent le même mot pour signifier les deux choses, pour projeter Genève loin dans le XXIe siècle. Le projet de développement du quartier de la Praille-Acacias-Vernets-Jonction, qui menace déjà de s’enliser dans les procédures de déclassements de zone et de plans de quartier et les rivalités de promoteurs qui rêvent de se partager le gâteau, est une occasion unique de redéfinir pour les décennies à venir ce qu’on a appelé « l’esprit » de Genève, à savoir un cocktail unique d’innovation et de cosmopolitisme, de science et de talent entrepreneurial, de réflexion éthique et de haute tradition financière.

La base est déjà là, à savoir une université hautement compétitive dans toutes sortes de domaines y compris dans les sciences dures, la physique et la médecine par exemple, domaines où elle dépasse de loin l’EPFL. Ses chercheurs sont réputés loin à la ronde et, qui plus est, ne sont pas fermés du tout à la collaboration avec l’économie privée. Le projet de créer un centre de recherche commun avec l’Université de Lausanne et l’EPFL à la Jonction sur la modélisation du cerveau va dans le bon sens, à condition qu’elle ne soit pas juste un cheval de Troie pour pomper les ressources locales sans aucune valeur ajoutée nouvelle pour la région lémanique.

Mais presque tout reste à faire et c’est ce qui rend le projet passionnant : en premier lieu, créer un campus commun université-HES avec un regroupement des HES sur le site et une vraie mise en réseau des institutions, éclatées et séparées aujourd’hui. Ce projet passe par la création de milliers de logements pour les étudiants des diverses filières, de façon à créer une masse critique. Et en deuxième lieu : mettre tout ce beau monde en interaction avec les entreprises et les milieux financiers, en y installant incubateurs d’entreprises, fonds de capital risque et centres de recherche privés.

Depuis bientôt 300 ans, ce cocktail détonant a fait la force de Genève. Il n’y a pas de raison de rater la prochaine occasion de le faire exploser à nouveau. C’est le rôle de l’Etat de donner l’impulsion de départ et de canaliser les énergies et les ressources. Il n’a pas besoin d’en faire plus. Mais il faudrait qu’il se réveille…

 

 

 

07/01/2009

Les marins, ces derniers héros

Le sauvetage spectaculaire de Jean Le Cam par son concurrent Vincent Riou dans les eaux glacées du Cap Horn redonne vraiment du baume au coeur en ce début d'une année qui s'annonce difficile. C'est la deuxième fois qu'un navigateur se déroute pour porter secours à l'un de ses rivaux en difficulté dans la course du Vendée Globe. Les marins seraient-ils les derniers héros de notre temps, courageux, solidaires et libérés de cette funeste contrainte de gagner?

On le dirait bien.

Après des années d'apologie des grands patrons et d'odes aux bonus et aux salaires extravagants des tycoons de la finance censés incarner ce qui se fait de mieux en matière d'ambition humaine, le désintéressement d'hommes solitaires livrés à la furie des éléments fait plaisir à voir et tranche sur les turpitudes et la cupidité des Maddof et autres Ospel.

Merci aux Wavre, Stamm, Le Cam, Le Cléac'h, Jourdain, Desjoyaux  et à ces fous qui nous rappellent ces vérités élémentaires!

16/12/2008

Du respect, que diable!

Qu’il y a-t-il de commun entre des émeutes entre des policiers et des jeunes en Grèce, l’expulsion temporaire de trois députés au Grand Conseil de Genève, un patron qui part avec la caisse après avoir mis son entreprise en faillite et la fouille anale au petit matin d’un ancien directeur de Libération accusé de diffamation ? Le respect, et surtout, le manque de respect.

Il y a quelques années, le maire de la petite commune genevoise d’Avusy avait lancé une campagne de petits autocollants, qu’on retrouve encore sur les affiches genevoises, pour inciter ces grandes gueules de Genevois au « respect ». Il avait fait sourire mais il avait visé juste.

Quand un policier abat un jeune sans trop réfléchir, quand des députés s’en prennent systématiquement à leurs collègues, quand une juge se venge sur un journaliste, quand un patron de banque sort son parachute doré après avoir mis ses employés et ses clients dans le rouge, tous ces actes expriment à la base un manque de respect, voire un besoin d’humilier et de rabaisser l’autre qui peuvent parfois aboutir aux  plus extrêmes conséquences, comme en Grèce où le pays entier est entré en ébullition.

Nous vivons en effet dans une société paradoxale. D’un côté, tout est policé, réglementé, réglé comme du papier à musique. Les moindres actes de la vie en société sont encadrés par la loi et les règlements, de l’usage du klaxon à la hauteur des haies. Et de l’autre, jamais les relations entre les individus n’ont été aussi brutales, rugueuses, agressives. On dirait que la muflerie, la goujaterie et la vulgarité tiennent le haut du pavé. L’encadrement légal est omniprésent, les droits de l’homme sont sur toutes les lèvres, les avocats bataillent sur tous les fronts pour faire respecter les droits des personnes mais ces personnes sont elles-mêmes constamment au bord de l’explosion et de la crise de nerf. Une remarque, une porte qui claque, un frôlement intempestif dans un tram bondé, n’importe quelle étincelle semble prête à mettre le feu aux poudres.

Je ne sais pas s’il existe un remède à cet échauffement permanent des relations sociales. Mais je sais que dans l’histoire toutes les grandes civilisations ont élaboré, à côté de leur arsenal militaire, légal et institutionnel, des codes et des idéaux de comportement pour les individus. Les unes ont valorisé l’esprit chevaleresque, l’amour courtois ou cultivé l’honnête homme, les autres ont privilégié le sens de l’honneur, la galanterie ou la bienséance bourgeoise. Et leurs écrivains, philosophes et poètes ont exalté l’amabilité, les bonnes manières, la civilité, la courtoisie, la distinction, l’éducation, le tact, l’urbanité, la politesse. Je n’ose articuler le mot gentillesse car je risquerai de passer pour un benêt « cucul ». Mais peu importe le vocabulaire. C’est tant mieux si les mots ne manquent pas pour exprimer le savoir-vivre. Reste à les mettre en actes, élus et forces de l’ordre en tête !

23/11/2008

La Chine ne sauvera pas la croissance mondiale

La question n’est plus de savoir si la Chine peut sauver le moteur d’une croissance économique mondiale en panne, mais si elle peut se sauver elle-même. Les autorités chinoises, qui ont longtemps nié l’impact de la crise financière sur leur économie réelle, ont dû se rendre à l’évidence. En trois semaines, le ton a changé à Pékin. Fin octobre, les premières prévisions sur la baisse du taux de croissance à 8% au lieu des 12-13% habituels ont sonné l’alarme et le 9 novembre le Conseil d’Etat annonçait le plus ambitieux plan de relance d’un membre du G20.

C’est qu’il y a urgence. On le sait, depuis dix ans, le modèle chinois carbure à la croissance à deux chiffres, basée quasi exclusivement sur les exportations. La stabilité sociale, et donc politique, en dépend. Les Chinois ont pris brutalement conscience de leur vulnérabilité et ont décidé de dégager les moyens nécessaires.

Lire la suite

21/11/2008

Les terroristes ne savent plus lire le Coran

sageman.jpgDéstructurée, sans leader, sans idéologie ni culture propre, avec un immense besoin de se faire valoir, la troisième génération de terroristes n’a plus qu’un lointain rapport avec Ben Laden et les fondateurs historiques d’Al-Qaida. Très jeunes, âgés de 20-25 ans au plus, ils ressemblent bien plus à des voyous de banlieue qui rêvent d’être Ben Laden comme ils rêvaient d’être Zidane il y a dix ans et qui n’ont pratiquement rien de commun avec les militants chevronnés de la cause islamiste, chauffés à blanc dans les maquis d’Afghanistan dans les années 1980.

Psychiatre et expert en contre-terrorisme auprès de la police de New York, l’essayiste américain Marc Sageman a longuement côtoyé, identifié et décrit les comportements de la dernière génération de terroristes. La première vague du terrorisme islamiste est celle des pères fondateurs d’Al-Qaida en août 1988, soit une douzaine de personnes regroupées autour de Ben Laden. Ceux qui ont survécu sont confinés dans les montagnes et les grottes de la région frontière du Pakistan et de l’Afghanistan.

Lire la suite

02/10/2008

Les cinq menaces planétaires

Ces dernières semaines, la panique boursière est venue ajouter une couche supplémentaire à la pile des dangers auxquels l’humanité doit faire face. En début d’année, c’était la menace de famine et de pénurie de pétrole qui focalisait l’attention. Depuis maintenant cinq ou six ans, c’est le risque climatique qui occupe régulièrement le devant de la scène médiatique et politique.

A l’occasion du 4e festival francophone de philosophie qui s'est tenu la semiane dernière au Collège Calvin à Genève sur le thème de la peur, un panel particulier a été consacré à la « planète en danger » autour de Michel Rocard et de Jean-Pierre Dupuy, le théoricien du «catastrophisme éclairé». Procédons à un petit inventaire.

On peut résumer ces menaces à cinq. En premier lieu, la menace climatique. Exagéré ou pas, le réchauffement de la planète est une réalité que l’on peut plus nier. Les cyclones qui dévastent chaque année les côtes américaines, birmanes ou caraïbes en sont l’illustration, tout comme la progression des déserts et la fonte des glaciers. Il pose problème dans la mesure où, malgré une accélération du phénomène ces deux dernières décennies, sa perception reste incertaine car il agit sur le temps long alors que la mémoire humaine est courte.

Les autres menaces ont toutes une cause humaine, à commencer par la menace nucléaire à laquelle on peut relier le terrorisme. Elle englobe autant la pollution par les déchets des centrales nucléaires civiles que le trafic d’ogives militaires, l’acquisition d’armes nucléaires par l’Iran ou la Corée du Nord que la menace terroriste : l’une et l’autre s’interpénètrent, se chevauchent et se recoupent parfois. Elle est aussi difficile à appréhender car elle est multiforme. Ses causes sont très diverses, et par conséquent les solutions le sont aussi : la réponse militaire, parfois nécessaire, n’est en tout cas pas suffisante.

La troisième menace est celle de la pénurie. Depuis les dernières famines indiennes et africaines des années 1970, on avait cru le spectre de la faim éliminé. Ne subsistaient que quelques poches d’hyperpauvreté qui allaient être résorbées lorsque les conflits régionaux prendraient fin. L’alarme sur le pétrole, le blé, le riz, le cuivre et la plupart des produits alimentaires de première nécessité et des matières premières rappelle que l’humanité continue de vivre sur une base extrêmement fragile.

La troisième menace est financière: la chute des bourses et l’accélération des faillites bancaires aux Etats-Unis n’est que le dernier avatar d’un cycle de krachs qui révèlent un dérèglement inquiétant du monde financier par rapport au monde de l’économie réelle. Certes, les crises financières sont aussi vieilles que le capitalisme. Mais elles n’en détruisent pas moins des quantités colossales de valeurs tout en grippant le développement des pays les plus faibles et en accentuant les disparités sociales.

Dernière menace, celle de la perte du sens. La confusion des valeurs, le dérèglement du sens des choses et de la vie, la perte des repères et de l’espérance d’un monde meilleur, qu’elle soit de nature religieuse ou simple foi dans le progrès, est aussi une menace pour notre survie… (voir aussi: www.festivalphilosophie.info)

 

19/09/2008

Vivre avec la peur au Collège Calvin

Affolement, alarme, alerte, angoisse, appréhension, aversion, crainte, effroi, épouvante, frayeur, frousse, inquiétude, panique, phobie, répulsion, trouille, terreur : les mots pour exprimer la peur sont presque aussi nombreux que ceux de l’amour. Des peurs de l’an Mil aux terreurs révolutionnaires jusqu’à la grande peur climatique, de la peur de soi à la peur de l’autre, de la crainte de Dieu à l’angoisse existentielle, de la hantise de l’immonde à la fascination des foules pour les films d’épouvante et des militaires pour la terreur atomique, le catalogue des peurs humaines est infini. Cerner et connaître nos peurs pour mieux vivre avec elles, tel est le but que s’est donné le quatrième festival de philosophie, qui aura lieu à Genève, au Collège Calvin, Aula Franck Martin, du 25 au 28 septembre 2008. http://www.festivalphilosophie.info

Lire la suite

16/09/2008

En forte hausse: la haine de l'Occident!

C’est un paradoxe : plus les marchandises et les services produits ou inventés par l’Occident sont conquérants, plus ses valeurs - la démocratie, le libéralisme économique, l’individualisme - sont répandues, et plus la haine de l’Occident croît. Le triomphe apparent de l’occidentalisation du monde ne doit en effet pas faire illusion. Le feu couve sous la cendre et derrière les vitrines des MacDo, les enseignes de Rolex et les militants des ONG chargées de vendre la démocratie et les droits de l’homme, la résistance s’organise. Ici, ce sont des talibans qui tiennent en échec les forces de paix – d’occupation ? – de l’OTAN ; là, ce sont des anciens colonisés qui réclament des compensations pour l’esclavage ; ailleurs ce sont des mouvements indigénistes qui se révoltent contre les vieilles dominations créoles.

Il suffit de se promener sur un quai pendant les fêtes de Genève ou sur une plage de Phuket à Noël pour s’en convaincre. Ici, ce sont des flots de familles arabes avec leurs femmes voilées de noir qui déambulent et qui croisent des gens du cru, mais sans jamais se mélanger, sans se parler, ni même échanger un regard. Pas question de monter jusqu’à la Vieille Ville ou à la cathédrale (ce symbole chrétien !) ni de visiter un musée : le périmètre touristique est soigneusement délimité et ne dépasse pas les boutiques chic des Rues Basses. A Phuket, même image : des hordes de vacanciers envahissent les plages et les boîtes de nuit, mais pas question de s’enfoncer à plus de 10 kilomètres à l’intérieur des terres ou de visiter un temple bouddhiste. Le brassage des populations est à son paroxysme mais la curiosité pour l’autre, le désir d’échange, la volonté de le comprendre sont réduits à zéro.

Dans le monde d’aujourd’hui, les cultures se frôlent mais ne se frottent plus les unes aux autres.

Pour l’Occident, habitué à affirmer sa suprématie technique et militaire et la prépondérance de ses valeurs devenues universelles, le réveil pourrait être dur. D’une part parce que les anciens dominés ont appris à produire à meilleur coût et que l’avantage technologique n’est plus aussi déterminant et d’autre part parce qu’ils n’acceptent plus ses valeurs les yeux fermés. Les dominés d’hier ont appris à décoder les ruses de l’Occident. Ils savent que derrière la démocratie se cache un libéralisme économique qui profite au plus fort, que le discours des droits de l’homme joue en réalité sur les mots et que l’Occident met en avant les droits politiques individuels pour mieux escamoter les droits matériels collectifs, que l’ingérence pour sauver des peuples en danger a de forts relents de pétrole...

Pendant deux siècles, l’Occident a inspiré la crainte mais aussi une sorte de respect moral, même aux pires moments de la colonisation. Au-delà des exactions et des exploitations, il était aussi porteur d’espoir et d’émancipation. Cette époque est désormais révolue. Car l’Occident fait de moins en moins peur, fût-il bardé de porte-avions et de boucliers anti-missiles. Mais surtout, il n’a plus de valeurs crédibles et respectables à proposer au reste du monde.

09:36 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (10)

19/05/2008

Bassin lémanique: l'industrie est de retour !

Qu'est devenue l'industrie dans notre région? On pense souvent que l'industrie dans le Bassin lémanique est quasi inexistante. En effet, après la crise des années 1990 beaucoup estimaient que l'industrie allait disparaître dans cette région.

A notre grande surprise, depuis trois ans, le secteur secondaire est en pleine croissance chez les Romands. En 2006 et 2007, le secteur industriel représente une augmentation de 20% des commandes et 80% des exportations. Les entreprises se sont ouvertes au monde, elles ont développé leur capacité à s'adapter et à innover. Cette croissance est visible dans tous les domaines: la diversité, le chiffre d'affaires, l'emploi et la demande. Notre industrie est vivante!

Le mercredi 14 mai 2008, 130 cadres et représentants d'entreprises se sont réunis pour parler des questions stratégiques, de l'infrastructure, du besoin de territoire et réfléchir sur le développement industriel dans la région lémanique. Cette journée s’est voulue porteuse d'un message: Comment développer la région?

Malgré des conditions cadres qui peuvent peser lourd dans le développement, l'énergie, le coût du pétrole, la difficulté à trouver de la main d'œuvre spécialisée et bien formée, les charges sociales et le taux d'imposition élevé, l'industrie trouve un nouveau souffle créateur. ABB Suisse qui emploie environ 6'000 personnes et exporte 85% de sa production, est un bon exemple de la santé de nos industries.

Cependant, des problèmes d'infrastructure se posent à cause du manque de zones industrielles, en particulier à Genève. De plus, il faudrait développer l'autoroute, une 3e voie ferroviaire et des parkings. Dans une petite ville comme Genève, où la crise du logement fait rage, il est difficile de trouver l'espace pour les industries.

Le retour de l'industrie depuis trois ans se base sur trois axes: la qualité, le talent et la créativité, ainsi que la vitesse. En plus d'être créateurs, les Suisses, contrairement aux idées reçues, sont rapides et innovateurs. Que du positif pour l'économie de la région lémanique!

 

Club suisse de la presse, rencontre du 13 mai 2008, avec Patrick Mayer, Jean-Luc Favre, Jacques Jeannerat et Xavier Comtesse. Résumé : Chrystel Dayer