25/06/2009

Pourquoi le CEVA n'est pas si cher

Le Grand Conseil doit voter aujourd'hui la rallonge de 113 millions de francs pour construire le fameux CEVA qui reliera la gare de Cornavin à celle d'Annemasse. La décision galvanise les opposants qui ont d'ores et déjà promis un referendum à cause des coûts, qu'ils jugent excessifs, et du tracé, qu'ils jugent moins bon que celui du "barreau sud", qui relierait Genève à Bogis-Bossey au lieu d'Annemasse.

L'argument du coût étant toujours celui qui permet de couler tous les projets à Genève, il vaut la peine de le démonter sérieusement. Voici donc pourquoi, en réalité, le CEVA est la moins chère des options possibles:

1/Le CEVA permet de remplir deux fonctions essentielles en un seul projet. Tout d'abord, il permet de construire la liaison entre le réseau ferroviaire suisse et le réseau français. Cette liaison est attendue depuis un siècle et demi. Il s'agit de réaliser pour le rail ce qu'on a fait avec le réseau routier en construisant l'autoroute de contournement qui relie le réseau autoroutier suisse au réseau autoroutier français. C'est essentiel. Mais le CEVA a aussi pour avantage, grâce à son tracé par Champel et les Eaux-Vives de faire office de métro souterrain en permettant aux habitants des zones les plus plus peuplées du canton de traverser la région, d'aller à l'hôpital, à la gare ou à l'aéroport en un minimum de temps et sans transferts. D'où l'immense économie réalisée: s'il fallait construire une voie de chemin de fer et un métro, les coûts seraient doublés.

2/Les opposants prétendent que leur tracé serait moins cher que le CEVA. C'est faux pour deux raisons. D'abord parce que le barreau sud s'arrêterait quasiment en rase campagne, à Bogis-Bossey, puisque les Français refusent ce tracé. Le barreau sud coûterait certes moins cher que le CEVA mais serait un gaspillage absolu puisqu'il ne serait pas relié au réseau français, les autorités françaises refusant d'envisager cette option. Si l'on veut jeter l'argent par la fenêtre, comme les Siciliens qui construisent des autoroutes qui ne mènent nulle part, cette solution est évidemment la bonne!

On pourrait cependant envisager que Rail de France entre en matière avec cette option. Mais si c'est le cas, alors l'option barreau sud coûterait beaucoup plus cher que le CEVA puisqu'il faudrait entièrement reconstruire la ligne du pied du Salève en double voie et en l'enterrant, afin de relier Genève aux gares d'Annemasse et de Saint-Julien. La ligne existante est en effet à voie unique et compte 9 passages à niveau, ce qui est impraticable pour un RER digne de ce nom. Et comme le tracé serait beaucoup plus long que celui du CEVA, les travaux seraient alors bien plus chers, et cela sans aucun bénéfice pour les entreprises suisses qui seraient forcément écartées des travaux. Résultat: des coûts plus élevés et des retombées économiques moindres.

3/Troisième argument enfin: le crédit supplémentaire voté par le Grand Conseil tient compte de certains arguments justifiés des opposants, notamment en matière de sécurité et de nuisances. Grâce à la rallonge de 7 millions adoptée, le projet réduira fortement les émissions de bruit - qui seront ramenées au même niveau que ce qui a été fait pour le RER zurichois - et des vibrations, qui pouvaient légitimement inquiéter les riverains du CEVA. Ces mesures ont certes un coût, mais modeste en regard des bénéfices obtenus. La valeur patrimoniale des immeubles et des logements proches du CEVA s'en trouvera grandement accrue, ne serait-ce que grâce à l'amélioration de l'offre de transports et de la mobilité.

 

CQFD.

 

17/06/2009

Ces peuples qui se rebiffent

Le résultat des élections iraniennes de vendredi dernier sont franchement décourageantes. Pour les Occidentaux du moins, qui comptaient fermement sur une victoire de Mir Hossein Moussavi contre le détesté Ahmadinejad. Mais il va falloir se faire une raison : une majorité d’Iraniens, avec ou sans fraudes électorales, en a décidé autrement. Quelques semaines plus tôt, le même scénario s’est déroulé à Jérusalem, où les élections ont porté au pouvoir une coalition de droite et d’extrême-droite conduite par Benjamin Netanyahu. Ici encore, Américains et Européens auraient tellement préféré voir triompher un tranquille mouvement de partis raisonnables prêts à coopérer pacifiquement au développement de la région.

Les élections européennes de la semaine dernière n’échappent pas à la règle : la victoire des Verts en France ne doit pas cacher un effritement, relatif à droite, plus prononcé à gauche, des partis centristes au profit de l’extrême droite. Vue avec un peu de hauteur, l’érosion de la social-démocratie, qui avait l’avantage de canaliser le mécontentement social, n’est en aucun cas une bonne nouvelle. Car, à terme, cette évolution, pour peu qu’elle s’amplifie, posera de sérieux problèmes.

On en avait eu un avant-goût lors des élections de Gaza qui avaient vu en 2004 le Hamas gagner au détriment du Fatah. Gênées, les démocraties, Israël et Etats-Unis en tête, avaient fait semblant d’ignorer le résultat des urnes et ont longtemps privilégié les élites du Fatah réfugiées à Jericho comme seuls interlocuteurs valables.

Si ce mouvement continue, les démocraties vont être confrontées à un dilemme existentiel auquel elles ne pourront plus longtemps se soustraire : faut-il, comme Voltaire, être prêt à se battre jusqu’à la mort pour laisser s’exprimer ceux avec lesquels on n’est pas d’accord ? Faut-il, au nom de la démocratie, laisser accéder au pouvoir les ennemis de la démocratie ? Ou au contraire ne faut-il pas protéger la démocratie contre ceux qui la menacent ?

Durant la guerre froide, l’Occident avait réagi par la manière forte en organisant des coups d’Etat en sa faveur, de Téhéran en 1953 au Chili en 1973. Avec un bilan mitigé. Et sans espoir de retour, car l’histoire ne se répète pas. La guerre froide est finie et ce scénario a vécu.

Il va donc falloir s’habituer à l’idée que les peuples, quand ils s’expriment, portent de moins en moins au pouvoir ceux qu’on aimerait.

Pour l’Occident, ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle car il devra discuter avec des élus qui contestent de plus en plus ses valeurs. Mais pour la démocratie et le reste du monde, ce n’est pas forcément négatif. Car l’obtention du pouvoir par les urnes exige un respect minimum des formes, c’est à dire des lois, et donc du droit. On n’est plus dans le coup d’Etat ni dans le terrorisme comme moyens de conquête du pouvoir. C’est donc un progrès. Reste maintenant à en prendre acte, en se gardant de tout irénisme…

 

03/06/2009

La Suisse romande, ce grand mythe

Le redécoupage des frontières communales ou cantonales est à la mode en Suisse. Journalistes, politiciens, experts en tous genres retrouvent leurs plaisirs d’écoliers quand ils peuvent redessiner les vieilles cartes Dufour avec des crayons de couleur. Ici, c’est Jean Studer qui sauve une campagne électorale terne avec l’idée d’un super-canton du Jura qui s’étendrait du Locle à Porrentruy. Là, ce sont l’Hebdo et la TSR qui remettent au goût du jour une Romandie qui ferait pièce à l’omnipotence zurichoise.

C’est amusant, ça fait rêver (pas trop), on caresse l’ego minoritaire dans le sens du poil, mais dans les faits on ne fait que sacrifier inutilement au dernier slogan du jour : « big is beautiful », plus c’est gros, plus c’est beau. C’est vrai que la globalisation a créé le besoin de grands espaces et fait sauter le seuil habituel des masses critiques. Mais le complexe du petit, qui nous hante, nous autres de la minorité francophone, ne doit pas nous obséder au point de nous aveugler sur les tendances lourdes qui labourent le terroir romand et contredisent parfois la doxa dominante.

Un mois après le déluge d'articles élogieux sur le super-canton jurassien, le canton du Jura lâche la promotion économique romande et conclut un accord de coopération économique avec Bâle. Dans le même temps, les constituants genevois rêvent de découper la Ville de Genève en rondelles et de revenir aux années 1930, avant que les communes des Eaux-Vives et du Petit-Saconnex ne fusionnent avec le centre. Un « progrès » qui va à l’encontre de tout ce qui se dit, s’écrit et se pense ailleurs en Suisse. Et comment concilier le projet d’agglomération franco-valdo-genevoise avec l’éclatement du canton en une poignée de nouvelles communes de taille moyenne, privées de centralité, d’homogénéité et donc de dynamisme interne ? Inversement, la renaissance d’une ville comme Renens, que l’on disait sinistrée, montre qu’une communauté territoriale modeste peut surmonter ses handicaps toute seule.

Ces exemples montrent que le redécoupage du territoire - fusion de petites communes et très proches d’esprit mise à part - n’a guère de sens et que les vrais enjeux sont ailleurs. Ils sont dans les infrastructures (rail, route, aéroport) et des projets structurants pour la région (swissmetro, CEVA, traversée du lac…), l’investissement dans la matière grise et la mise en commun des ressources de recherche et de développement (campus communs, technologies et centres de recherches partagés). Sur le plan politique, l’accent devrait être mis sur une coopération accrue (harmonisation scolaire et du système fiscal, lobbyisme commun face aux Alémaniques). L’énergie réformatrice devrait se cristalliser contre les tabous paralysants (adhésion à l’Union européenne).

L’envie de Suisse romande est une réaction compréhensible contre le cantonalisme et l’esprit de clocher. Mais elle ne devrait pas se figer dans un territoire, horizontalement. Au contraire, elle doit jaillir par le haut, verticalement.

 

12/05/2009

Antisémitisme inconscient ou volontaire?

J'ai horreur des donneurs de leçons et, depuis 30 ans que j'exerce le métier de journaliste, j'évite d'en donner, même à mes confrères. Mais dans le Matin Bleu d'hier, j'ai trouvé un titre qui m'a fait bondir: "Le juif Bernard Madoff a été le Ben Laden de la finance". En une phrase, le journal a réussi à blesser deux fois la dignité juive et au moins une fois à succomber à cet antisémitisme sot, et qui passerait presque inaperçu tant il semble anodin.

La blessure d'abord: comparer Madoff à Ben Laden en reprenant à son compte la thèse pour le moins discutable d'un livre relève non seulement de la malhonnêteté intellectuelle mais de l'insulte pure et simple. Peut-on mettre sur le même plan un assassin qui a fait des milliers de morts et un vulgaire escroc, fût-il de haut vol ? Non, bien sûr, sinon la morale et la justice n’auraient plus de sens. Mais c’est pourtant ce qui a été fait.

L’antisémitisme ensuite : pourquoi parler du « juif Madoff » ? En quoi cette épithète est-elle utile au débat sinon pour stigmatiser, marquer au fer rouge, nuire en créant un amalgame entre Bernard Madoff et l’ensemble des juifs ? Parle-t-on du protestant (ou du catholique) Marcel Ospel pour critiquer celui qui a coulé l’UBS et fait perdre des milliards aux contribuables suisses ? Non. D’ailleurs, on ne sait même quelle est sa religion, preuve que ce critère ne joue un aucun rôle dans sa pitoyable gestion. Mais pourquoi alors souligner l’appartenance religieuse de Madoff ? En l’occurrence, l’adjectif juif accolé à Madoff joue le même rôle que le port de l’étoile jaune dans les années 1930 : elle sert à désigner une catégorie de gens à la vindicte populaire et joue sur le fait que ceux-ci sont très mal placés pour se défendre parce qu’on les suspecterait de défendre quelqu’un qui a commis un crime.

Ce n’est pas à l’honneur de la presse que de jouer ce triste jeu et il me semble, une fois tous les 30 ans, nécessaire de le rappeler.

 

30/04/2009

Le spectre d'un monde coupé en deux

On a déjà écrit beaucoup sur la conférence de suivi de Durban contre le racisme et l’intolérance, les outrances du président iranien Ahmadinejad, la colère d’Israël, le boycott des Etats européens et le sauvetage inespéré de la conférence par le vote unanime d’une déclaration finale qui fait malgré tout avancer la cause de l’anti-racisme. Je n’y reviendrai pas.

Mais il est un point sur lequel il me semble important d’insister, c’est la fracture qui a coupé le monde en deux, la césure qui a pendant quelques heures séparé l’Occident du reste du monde et qu’on a physiquement ressentie lors du discours du président iranien.

Contrairement à ce qu’on a pu dire sous le coup de l’émotion, le discours d’Ahmadinejad a été habile, et donc d’autant plus dangereux. Le despote iranien a en effet évité de nier l’Holocauste et d’exiger l’éradication de l’Etat d’Israël. Il a dressé un parti de l’histoire du colonialisme, de l’esclavagisme puis de l’impérialisme occidental et de leurs cohortes de souffrances et de massacres pour les populations opprimées, pour conclure qu’Israël appliquait les mêmes méthodes vis-à-vis de la population palestinienne. Or cette partie-là du discours iranien, aussi désagréable soit-elle à nos oreilles, fait mouche. Elle touche juste, et de nombreux applaudissements l’ont saluée, pas seulement parmi les suppôts du régime des mollahs. Aussi, quand les Européens ont quitté la salle quand les  bornes furent franchies en traitant Israël d’Etat raciste, il était difficile de ne pas éprouver un profond malaise : plus un seul visage blanc dans la salle, à part quelques Suisses et Norvégiens épars, tandis que des centaines d’Asiatiques, d’Africains, de Sud-Américains, d’Océaniens, d’Arabes continuaient à écouter les propos d’Ahmadinejad. Spectacle sidérant, qui semblait préfigurer un monde irrémédiablement coupé en deux et dans lequel, par son absence et son refus d’accepter la critique de son passé, l’Occident se mettait dans son tort.

Heureusement, les dérapages du président iranien l’ont discrédité et aucune délégation ne l’a suivi, la conférence finissant par adopter à l’unanimité le texte convenu. Mais que se serait-il passé s’il était resté dans les limites du convenable ? S’il avait réussi à convaincre les pays musulmans et leurs soutiens africains à revenir sur les concessions qu’ils avaient faites en supprimant du texte les références à Israël et l’article sur la diffamation des religions ? S’il avait surfé sur l’humiliation ressentie par ces pays qui se sont vu opposer le boycott du Canada, des Etats-Unis, de l’Allemagne et d’autres pays occidentaux alors même qu’ils avaient accepté toutes conditions exigées par le camp occidental pour participer à la conférence ?

A vrai dire, on a frisé la catastrophe et il s’en est fallu de peu pour que le pire advienne et que le monde ressorte irrémédiable blessé, frustré et divisé de cette rencontre. La chance y a contribué. Mais il serait bon, à l’avenir, d’éviter de remettre le sort de la civilisation au hasard.

 

22/04/2009

Le G20 et la nouvelle gouvernance mondiale

Les commentaires qui ont suivi le G20 de Londres ont été plutôt mitigés. A l’étranger, on a beaucoup insisté sur le côté patchwork des mesures prises, qui venaient confirmer des promesses déjà faites sans apporter de réelles nouveautés. En Suisse, les yeux des médias étaient rivés sur les différentes listes noire, grise et blanche censées cataloguer les paradis fiscaux en fonction de leur degré de coopération avec les grandes puissances. On peut pourtant tirer au moins deux enseignements intéressants de cette réunion pas tout à fait comme les autres.

Sur le plan économique d’abord. Comme l’a fait remarquer le secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement Supachai Paitchpakdi (ancien vice-premier ministre de Thailande pendant la crise asiatique de 1997 et ex-patron de l’OMC), c’est la première fois dans l’histoire économique que les leaders représentant 80% de l’économie mondiale se réunissent pour tenter d’apporter une solution commune à une crise. Même si le chœur n’a pas chanté parfaitement à l’unisson, il a chanté, et c’est une première. Car en l’occurrence, ce qu’il faut entendre, ce n’est pas le son des instrumentistes, qui ont chacun leurs motivations propres, ni même les arrangements de la partition (il y a à boire et à manger dans les plans de mesure), mais la petite musique qui s’en dégage et qui a pour effet de rassurer, de reconstruire un début de confiance dans un univers en déroute. Or la confiance est le carburant indispensable d’une économie saine. Les marchés ont d’ailleurs immédiatement réagi et se sont repris. Ce qui ne veut pas dire qu’ont a touché le fond et qu’une nouvelle baisse est exclue. Mais on sait désormais qu’il y a un pilote, et même 20 pilotes, à bord du vaisseau de l’économie mondiale et qu’ils sont prêts à se mettre aux manœuvres si une nouvelle tempête menace.

Second enseignement, ce sommet a créé l’embryon d’une gouvernance mondiale. On est certes très loin du gouvernement mondial souhaité par Jacques Attali et les utopistes de gauche. Mais il existe désormais une instance multilatérale qui transcende les rêves d’empire (gouvernement d’un seul concentré autour de l’hyperpuissance américaine), d’oligarchie (le partage du pouvoir entre blocs concurrents (Union européenne, Chine, Etats-Unis) ou d’anarchie (la situation d’atonie générale qu’on a vécue ces six derniers mois). Certes, cette idée de gouvernance mondiale fait frémir le monde financier et les entreprises multinationales qui craignent comme la peste l’intervention du politique dans leurs affaires. Mais la crise a fait la preuve que l’absence de régulation, ou l’inadéquation de la régulation, pouvait conduire à des résultats encore pires qu’une intervention de l’Etat. On s’achemine donc vers une redéfinition de l’intérêt général et des intérêts particuliers, vers un nouvel équilibre entre marché et pouvoir politique. Personne ne sait encore où se trouvera la frontière et chacun va maintenant s’activer à définir son tracé. Mais le fait qu’on est désormais en train de reconstruire une nouvelle architecture mondiale est la meilleure nouvelle qui puisse nous arriver.

 

06/04/2009

La crise fait bouger les fronts!

La crise est évidemment dramatique pour tous ceux qui en sont les victimes, et il serait fort malvenu de s’en réjouir même si certaines d’entre elles sont les mêmes qui ont exagérément profité des années de prospérité. Mais, comme disent les Chinois, la crise est aussi une chance, une opportunité dont on commence à entrevoir les perspectives.

Et la perspective la plus réjouissante, c’est que tous les fronts, jadis figés par la recherche du gain maximum et les tabous idéologiques, se sont remis à bouger. Voyez le secret bancaire. Il y a six mois, l’inconscient qui aurait remis en cause le principe du secret pour l’évasion fiscale se serait simplement fait embrocher vif, comme l’a d’ailleurs rappelé le président de la Confédération Han-Rudolf Merz. Or aujourd’hui, ce sont les banquiers et les libéraux eux-mêmes qui acceptent d’abandonner la distinction entre évasion et fraude fiscale. Un saut qualitatif important sur le plan moral, qui déstabilisera temporairement la place financière mais qui ne l’ébranlera pas tant qu’on pourra éviter l’échange d’information automatique.

Voyez l’Europe. Une petite phrase de Couchepin en Autriche et le débat sur l’adhésion est relancé, alors que le Conseil fédéral avait enterré et congelé le projet depuis les années 2000 et que les bilatérales étaient devenues l’horizon indépassable de notre politique européenne. Voyez l’environnement. Les Etats-Unis et certains milieux de droite s’obstinaient depuis la Conférence de Rio en 1992 à nier le réchauffement climatique et la nécessité de réduire les émissions de C02. Et il a suffi de quelques mois pour que l’élection de Barack Obama change la donne et que le développement des énergies renouvelables et les économies d’énergie deviennent des buts officiels du programme du gouvernement américain. A quand la révolution copernicienne qui consisterait à inclure dans le calcul des coûts d’un produit et d’un service ce que les économistes appellent des externalités (coûts environnementaux) ?

Voyez enfin, question beaucoup plus sensible, le problème de la justice. Depuis dix ans, les grands patrons et leurs supplétifs dans les parlements expliquaient que les parachutes dorés, les bonus et les salaires astronomiques des managers et des administrateurs n’étaient que la récompense légitime de leurs responsabilités et de leur abnégation sans pareille au travail. Mais comment justifier qu’un grand patron gagne 500 à 700 fois le salaire de son employé le moins payé, comme c’est devenu la règle aujourd’hui? Les journées n’ayant que 24 heures, peut-il travailler 4000 heures par jour et, à responsabilités égales, gagner cent fois plus que le patron d’une PME ? La remise en cause des bonus par Barack Obama, Nicolas Sarkozy et une opinion publique lassée de ces excès est en soi une bonne nouvelle car elle vient réinjecter de la concurrence dans un cartel très fermé et qui, de plus, a largement failli à ses devoirs. Davantage de justice évitera une explosion sociale lorsque les tensions engendrées par la montée du chômage deviendront palpables. De cela, on peut se réjouir.

27/03/2009

Confession d'un converti au vélo

Je dois faire un aveu: pendant longtemps j'ai été agacé par ces cyclistes qui brûlaient les feux, roulaient sur les trottoirs et semblaient bafouer les règles de la circulation. Et puis, le vélo m'avait toujours semblé une mode, un gadget bienpensant bien dans l'air du temps. Jusqu'à ce que, voici trois semaines, une bielle coulée de mon scooter m'incite à sortir du garage le VTT qui y sommeillait depuis des années.

Et alors, ô miracle, voilà que, de nécessité faisant loi, je me suis pris à prendre du plaisir à ces pérégrinations vélocyclépiques dans notre bonne ville. Ce n'est pas que ce soit marrant tout le temps - on ne se rend pas vraiment compte que Genève est pleine de côtes et que le trajet quotidien Terrassière-Intercontinental regorge de pentes. Mais il y a d'heureuses compensations. D'abord, on découvre la ville sous un autre angle: on cherche les meilleurs trajets, les rues les plus sympas, et on peut composer son itinéraire en toute liberté. Il n'y a pratiquement pas de contraintes à part les limites de ses mollets.

Ensuite les temps de parcours restent très raisonnables. Expérience faite et chronomètre en main, le déplacement en ville est plus court en vélo qu'en voiture, surtout si on compte le temps de parcage. Il est en revanche un peu plus long qu'en scooter mais à 10 minutes près, ce qui reste très acceptable si on prend en compte l'exercice physique qu'il vous permet d'économiser.

Du coup, j'ai même acquis un casque, une vignette et des phares. Reste maintenant à transformer l'essai - le vélo au moins un jour sur deux - et à attaquer le Tour de France au mois de juillet.

16/03/2009

Crise: ferions-nous tout faux?

La semaine dernière, la grande conférence que le Prix Nobel d’économie Joseph Stieglitz a donnée au BIT sur la crise et le travail décent fut l’occasion de soulever quelques questions roboratives sur la manière dont les économies occidentales envisagent la lutte contre la récession.

A tel point qu’on peut se demander si l’on n’est pas en train de faire tout faux. Un exemple : plutôt que de sauver les banques en difficulté et conserver aux commandes leurs managers coupables en sortant les actifs toxiques pour les mettre dans des structures séparées garanties par l’Etat ou en les nationalisant pour éviter que les branches pourries ne contaminent le reste des activités et fassent périr l’organisme tout entier, n’aurait-il pas mieux valu faire l’inverse ? C'est-à-dire sortir les actifs sains et les placer dans une banque nouvelle, avec un management neuf, que l’on aurait ensuite pu revendre sans peine puisque qu’une banque saine trouve toujours des actionnaires pour la soutenir. Et laisser la vieille structure nécrosée avec son management et ses actionnaires avides tomber en faillite et périr de sa belle mort. On aurait ainsi séparé le bon grain de l’ivraie et rétabli la confiance autour de nouvelles banques plus petites mais profitables plutôt que de gaspiller l’argent du contribuable pour maintenir en vie des géants opaques au diagnostic fort incertain.

Autre idée: depuis que l’on constate que la crise financière frappe de plein fouet l’économie réelle et tue la demande solvable et l’investissement des entreprises – et est donc en train de détruire massivement les emplois – n’y a-t-il pas lieu d’agir directement sur la demande et sur les entreprises plutôt que d’injecter des centaines de milliards dans un système financier qui congèle cet argent pour assainir ses bilans ? On voit bien que les milliards injectés ne font pas redémarrer les moteurs de l’économie, qui reste toujours calés. N’est-on pas en train de se tromper de bénéficiaires, en misant trop exclusivement sur des acteurs incapables de relancer la machine ?

Dernière observation : en six mois, la crise a ravagé un bon quart de la richesse mondiale. Cette destruction sans précédent de capital équivaut quasiment à une guerre mondiale. Or le seul moyen de reconstituer ce capital, c’est le travail, c'est-à-dire l’emploi, lequel passe par une stimulation de la demande. Or cette demande existe, sauf qu’on ne veut pas la voir dans les milieux financiers : il s’agit du rattrapage environnemental, de la lutte contre le réchauffement climatique, de la conversion de la production d’énergie vers le renouvelable et les économies et, surtout, du développement des économies du sud qui regorgent de consommateurs potentiels aux besoins illimités. Si la publicité, qui sait si bien nous vendre des produits dont on n’a pas besoin, se mettait à vanter des produits, des services, des techniques directement utiles, le consommateur ne serait plus si blasé. Mais ce serait une révolution.

 

08/03/2009

Pour réussir Telecom à Genève

 

Soyons clair : on a frisé la catastrophe. Il s’en est fallu de peu que la grand-messe des télécommunications prévue en octobre prochain à Genève ne tombât en vrille. Après tous les efforts consentis pour ramener ce salon à Genève, c’eût été un désastre que de devoir annuler l’édition 2009.

C’est à la faute à la crise, bien sûr : Telecom eût-il eu lieu cette semaine, à la place du salon de l’auto, qu’il eût été au moins un demi-succès. Mais la crise n’est pas seule responsable, comme en atteste le succès éclatant du Congrès Mondial GSMA de la Téléphonie Mobile qui s’est tenu en février à Barcelone.

Les difficultés de Genève sont également structurelles et tiennent à trois problèmes : une périodicité hasardeuse, une localisation erratique et une gouvernance trop complexe. La montée en puissance du salon de Barcelone, qui regroupe les opérateurs mondiaux de téléphonie mobile et possède de ce fait une force de frappe redoutable, tient à une formule simple : un lieu, une date et un pouvoir de décision uniques.

La périodicité d’abord : d’abord quadriennal, ITU World Telecom est devenu triennal tout étant subdivisé en réunions biennales. Ce rythme de sénateur ne correspond plus à la vitesse trépidante des innovations qui agitent l’industrie des télécoms depuis une vingtaine d’années. Certaines entreprises sont nées, ont vécu et sont déjà mortes avant même d’avoir eu le temps d’être présentes à l’un des salons Telecom. Il faut impérativement passer à un rythme annuel, régulier, qui fidélise les participants, qui peuvent déjà bloquer la date du salon suivant au moment de se quitter. La décision de refaire une édition en 2011 et de tenir une conférence annuelle, est un pas dans la bonne direction, mais pas encore suffisant.

La localisation ensuite. Pendant 30 ans, les éditions mondiales se sont tenues à Genève avec succès. Puis, à la demande des pays membres de l’Union internationale des télécommunications qui voulaient leur part du gâteau, on a délocalisé, en totalité comme à Hong Kong, ou en partie comme à Rio. Une solution bâtarde et coûteuse, parce qu’on ne peut pas rassure une clientèle en changeant perpétuellement de lieu, et parce qu’il faut recommencer presque à zéro chaque édition au lieu de pouvoir consolider les acquis et se concentrer sur les innovations.

La gouvernance enfin. Si on peut admettre que Telecom est une émanation de l’UIT et doit le rester, rien n’empêche de sous-traiter les tâches opérationnelles et organisationnelles à un organisme indépendant. Le processus de décision au sein de l’UIT – rappelons que les Etats paient leur cotisations sur une base volontaire – est trop complexe, trop lent et trop aléatoire pour permettre à une entreprise de ce genre de survivre dans un contexte de vive concurrence et de changements rapides. S’il faut attendre que les pays membres se déterminent sur toutes les questions importantes, World Telecom est mort. Il est donc urgent de trouver une formule qui permette à l’UIT d’en rester le mandant tout en confiant l’exécution à un mandataire capable de s’adapter rapidement aux évolutions des marchés et des technologies. On en prend le chemin, mais le temps presse.

 

 

23/02/2009

Fin de la récréation fiscale

La génération Reagan et Thatcher, c’est fini ! On tourne la page. Les trente années de baisses fiscales et de réduction des dépenses publiques se sont closes le 20 janvier 2009 avec l’entrée en fonction de Barack Obama et le climax atteint par la crise financière. Et en Suisse, le tocsin a été sonné le dimanche 8 février avec le refus des forfaits fiscaux par les Zurichois.

 

 

 

 

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15/02/2009

Pour un journalisme aux pieds nus

Lors des dernières assises du journalisme organisées par impressum à Genève, on a débattu de la valeur ajoutée du journalisme, du journalisme participatif, des nouveaux modèles de journalisme face à internet et on s'est demandé si la communication tuait le journalisme.

Toutes questions fort pertinentes en ces temps de crise aiguë du métier de journaliste. Après 30 ans de pratique de la presse écrite à tous les échelons possibles de la profession, depuis mes débuts comme secrétaire de rédaction au Journal de Genève en 1980 jusqu'à mes activités actuelles au Club suisse de la presse, j'en viens à me demander si le meilleur moyen de restaurer le crédit et d'assurer la pérénnité de la profession ne serait pas de revenir aux sources, au métier de base, à l'essentiel, c'est à dire à un "journalisme pauvre", un journalisme aux pieds nus, débarassé de toutes ses prothèses artificielles, de ses codes et de ses rites, de son narcissisme exacerbé, des contraintes publicitaires, des armées d'attachés de presse et de communicants qui obscurcissent les choses plus qu'ils ne les rendent transparentes et compréhensibles pour le commun des mortels.

A la manière de l'"arte povere" italien qui, dans les années 1970-1980, essayait de revenir aux sources mêmes de l'art en s'affranchissant des discours obligés et des techniques à la mode pour renouer avec un art sans artifice.

Ce retour à la base, je m'empresse de le dire, n'a rien à voir avec un refus d'internet ou des nouvelles techologies de l'information. Le problème n'est pas dans la technique, qui n'est que ce qu'on en fait, mais dans la tête de celles et ceux qui s'en servent. En retrouvant la passion d'informer, de décrypter, de rendre intelligible un monde devenu opaque par surinformation et en renouant avec le respect des faits et des personnes, nous autres journalistes aurïons probablement moins de raisons de douter de notre avenir.

 

 

06/02/2009

Droits de l’homme à deux vitesses et ONG sélectives, un vrai problème

Pourquoi un petit pays comme la Tunisie est-il régulièrement pris à partie par les ONG droits-de-l’hommistes alors que d’autres pays plus grands et moins avancés en matière de droits humains comme le Maroc, l’Algérie ou l’Egypte sont épargnés ? C’est un exemple, mais on peut en trouver d’autres. Depuis dix ans que j’observe l’évolution du monde international et des ONG, la question me tarabuste.

Voyons les faits d’abord. On peut bien sûr trouver toutes sortes d’imperfections et de critiques justifiées à adresser au modèle tunisien. Mais à y regarder de plus près, et vu la modestie de ses ressources et l’absence de rente pétrolière, géostratégique ou autre, ce pays fait plutôt mieux que ses proches. Son armée n’occupe pas de territoire voisin, comme le Maroc au Sahara occidental, et n’a pas massacré des civils par milliers au nom de la lutte anti-islamiste, comme l’Algérie. Son président est en fonction depuis 21 ans, mais c’est moins que le président Moubarak (27 ans) et beaucoup moins que les dynasties royales marocaines et jordaniennes. Et sur le plan interne, l’évolution de la société mesurée en termes d’indice de développement humain, de formation de la jeunesse, de droits et d’accès des femmes aux emplois et aux postes à responsabilité, de logement, et de niveau de vie en général, devance largement celle de ses voisins. Et tout cela pour ne rien dire du régime de Mouammar Kaddhafi, au pouvoir depuis 40 ans et à la tête d’une vraie dictature, mais que peu d’ONG et encore moins de gouvernements dénoncent puisqu’il peut planter sa tente et traire ses chamelles dans à peu près toutes les capitales du monde.

Il ne s’agit pas ici de vanter un pays au détriment des autres mais de s’alarmer des inégalités de traitement et de perception, inégalités qui traduisent un vrai malaise dans la façon dont la prétendue « communauté internationale » aborde les problèmes. Ce malaise vient pour une part des Etats, qui sont sélectifs en fonction de leurs intérêts économiques ou stratégiques, mais aussi largement des ONG, qui se parent de l’objectivité avec des noms ronflants mais qui sont en réalité tout sauf transparentes et impartiales. Dans le dernier « Matin Dimanche », un expert français relevait avec raison que 70% des ONG étaient financées par des Etats, des entreprises ou des fondations privées, dans l’opacité la plus totale, comme si les bailleurs de fonds n’avaient pas, eux aussi, des intérêts précis à défendre.

Dans un contexte aussi faussé, il n’est pas étonnant que les Etats incriminés réagissent en créant leur propres ONG ou en cherchant à les contrôler. On comprend mieux la méfiance des Russes quand on sait que les révolutions oranges ont été financées et encadrées par des fondations américaines ultraconservatrices.

C’est ainsi qu’on crée un cercle vicieux de dénonciations-réactions en chaîne au terme duquel  personne ne sort gagnant, ni les Etats, qui se protègent, ni les ONG, qui perdent en efficacité et en transparence, ni bien sûr les peuples, qui pourraient mieux consolider leurs droits si chacun travaillait avec davantage d’objectivité et de transparence.

 

 

 

 

03/02/2009

Gaza: Israël s'achète du temps avec Obama

En cessant unilatéralement ses bombardements sur Gaza après trois semaines de pilonnage ininterrompu, Israël offre un répit bienvenu à Barack Obama. Le nouveau président pourra occuper la Maison Blanche et s’occuper de la lutte contre la crise économique sans devoir d’urgence s’attaquer aux problèmes du Proche Orient. Et Barack Obama aura le champ d’autant plus libre que la totalité des médias mondiaux aura les yeux rivés sur lui et se détournera bien vite des champs de ruines et des hôpitaux palestiniens surchargés de blessés.

Il n’y a pas à dire, Israël a géré le calendrier des opérations contre Gaza de main de maître et profité à fond de la fenêtre ouverte entre la fin de la période Bush et le début de l’ère Obama en évitant de fâcher le nouveau président avec des urgences diplomatiques malvenues. Et le fait que le nouveau président américain a confié les rênes de la diplomatie à Hillary Clinton, qui n’a jamais caché ses sympathies pour Israël, prouve encore que les Israéliens ont de très bonnes cartes en mains avec la nouvelle administration démocrate.

Les perspectives de paix, redoutées au fond par les deux camps, s’en trouvent donc repoussées d’autant et c’est peut-être là le vrai but de guerre que recherchait l’Etat israélien, au-delà de l’arrêt des frappes de missiles du Hamas sur la ville de Sderot et des objectifs électoraux immédiats. Israël a désormais du temps pour élaborer une stratégie et mettre en place ses pions dans l’équipe Obama, avec la complicité des pays arabes opposés à l’Iran.

Cela établi, les problèmes de fond subsistent. Dans ce conflit, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre. On ne peut ni renvoyer les deux camps dos à dos, ni prendre position pour l’un contre l’autre parce que les deux camps, le palestinien comme l’israélien, ont à la fois raison et sont dans leur droit.

Simplement, après 60 années de conflit violent, on sent qu’on arrive à une nouvelle étape et qu’il ne suffira plus d’utiliser de vieilles recettes, diplomatiques ou militaires, pour se tirer d’affaire. Car tout a été dit, tenté, expérimenté et usé jusqu’à la corde, la guerre comme la paix, la bonne foi comme la mauvaise, les élections démocratiques comme les coups d’Etat, les pierres comme les missiles, la censure de la presse comme les images en direct, l’espionnage comme la diplomatie publique, l’agressivité des faucons comme l’idéalisme des pacifistes.

Le poids de l’histoire étant ce qu’il est, rien ne se réglera dans l’urgence. Mais il ne sert à rien non plus de compter sur le temps pour que le problème se résolve tout seul. La trêve sera donc courte et Barack Obama devra tôt ou tard plonger ses mains dans le cambouis moyen-oriental. Avec des résultats qui pourraient être intéressants. En effet, jusqu’ici, le nouveau président s’est attaché à ménager son indépendance, un coup à droite, un coup à gauche, un fondamentaliste par ci, un pasteur gay par là. Avec ses racines afro-musulmanes et les sympathies de son administration pour Israël, Barack Hussein Obama n’est pas le plus désarmé pour imposer aux deux irréductibles adversaires une solution durable.

20/01/2009

Oui au vote par internet

Le 8 février prochain, nous sommes appelés à voter sur un sujet d'importaqnce mais dont on parle remarquablement peu: le vote électronique. Personne dans le débat sur le vote par internet ne souligne l’amélioration qu’il représente par rapport à la situation actuelle. Le vote postal est apprécié à juste titre, mais au fond personne ne peut dire si nos votes arrivent à bon port. Savez-vous qu’à chaque votation, des bulletins arrivent le lundi qui suit le dépouillement ? Cela dans l’indifférence générale.

Et les locaux de vote nous ont hélas habitués à quelques surprises désagréables, bulletins mal étiquetés ou mal comptés, qui montrent les limites d’un système de milice pour une opération lourde et complexe comme peut l’être une votation.

Il arrive assez souvent que l’on ait le même jour divers objets fédéraux, plusieurs objets cantonaux et des objets communaux dans certaines de 45 communes du canton. Ajoutez à cela que pour les objets communaux, les étrangers peuvent voter, et vous aurez une bonne idée de la complication que représente la mise sur pied et le dépouillement rapide et exact d’un scrutin.

Dès lors, refuser la facilité apportée par la technique, qui n’altère en rien les droits politiques, serait incompréhensible. sans compter que, entre autres bénéfices, le vote par internet fera baisser les recours aux tribunaux contre les résultats électoraux dont certains Genevois sont si friands.

Quant aux risques de fraudes, auxquels les opposants sont particulièrement sensibles, ils ne sont pas plus élevés qu'avec la méthode traditionnelle. Après tout, n'est ce pas grâce aux découvertes faites par les pyhsiciens genevois que Genève est devenue l'un des leaders mondiaux en matière de cryptographie quantique? Le vote par internet sera une excellente occasion d'appliquer des procédés du "terroir".

15/01/2009

L'innovation et le projet Praille, meilleurs antidotes à la crise

Barack Obama dévoilera les détails de son plan de relance contre la crise lors de son investiture le 21 janvier. Mais d’après ce qu’il a déclaré pendant sa campagne électorale, on sait que ce plan comptera une série de programmes en faveur des énergies nouvelles et des technologies du développement durable. Miser sur le futur, l’orienter et lui donner un sens, apparaît en effet comme la plus efficace des mesures de relance pour une économie développée.

La Suisse, et Genève en particulier, feraient bien de s’en inspirer. La construction tous azimuts d’infrastructures – liaison ferrée Cornavin-Annemasse, tram de Bernex, zone de logements d’Ambilly – pour utiles qu’elles soient à la préservation des emplois traditionnels, ne donne pas encore un sens, un contenu, une âme forte à la région. Le développement des infrastructures est une condition nécessaire mais pas suffisante à l’avenir d’une communauté humaine.

Or la crise est une opportunité fantastique, comme disent les Chinois qui utilisent le même mot pour signifier les deux choses, pour projeter Genève loin dans le XXIe siècle. Le projet de développement du quartier de la Praille-Acacias-Vernets-Jonction, qui menace déjà de s’enliser dans les procédures de déclassements de zone et de plans de quartier et les rivalités de promoteurs qui rêvent de se partager le gâteau, est une occasion unique de redéfinir pour les décennies à venir ce qu’on a appelé « l’esprit » de Genève, à savoir un cocktail unique d’innovation et de cosmopolitisme, de science et de talent entrepreneurial, de réflexion éthique et de haute tradition financière.

La base est déjà là, à savoir une université hautement compétitive dans toutes sortes de domaines y compris dans les sciences dures, la physique et la médecine par exemple, domaines où elle dépasse de loin l’EPFL. Ses chercheurs sont réputés loin à la ronde et, qui plus est, ne sont pas fermés du tout à la collaboration avec l’économie privée. Le projet de créer un centre de recherche commun avec l’Université de Lausanne et l’EPFL à la Jonction sur la modélisation du cerveau va dans le bon sens, à condition qu’elle ne soit pas juste un cheval de Troie pour pomper les ressources locales sans aucune valeur ajoutée nouvelle pour la région lémanique.

Mais presque tout reste à faire et c’est ce qui rend le projet passionnant : en premier lieu, créer un campus commun université-HES avec un regroupement des HES sur le site et une vraie mise en réseau des institutions, éclatées et séparées aujourd’hui. Ce projet passe par la création de milliers de logements pour les étudiants des diverses filières, de façon à créer une masse critique. Et en deuxième lieu : mettre tout ce beau monde en interaction avec les entreprises et les milieux financiers, en y installant incubateurs d’entreprises, fonds de capital risque et centres de recherche privés.

Depuis bientôt 300 ans, ce cocktail détonant a fait la force de Genève. Il n’y a pas de raison de rater la prochaine occasion de le faire exploser à nouveau. C’est le rôle de l’Etat de donner l’impulsion de départ et de canaliser les énergies et les ressources. Il n’a pas besoin d’en faire plus. Mais il faudrait qu’il se réveille…

 

 

 

07/01/2009

Les marins, ces derniers héros

Le sauvetage spectaculaire de Jean Le Cam par son concurrent Vincent Riou dans les eaux glacées du Cap Horn redonne vraiment du baume au coeur en ce début d'une année qui s'annonce difficile. C'est la deuxième fois qu'un navigateur se déroute pour porter secours à l'un de ses rivaux en difficulté dans la course du Vendée Globe. Les marins seraient-ils les derniers héros de notre temps, courageux, solidaires et libérés de cette funeste contrainte de gagner?

On le dirait bien.

Après des années d'apologie des grands patrons et d'odes aux bonus et aux salaires extravagants des tycoons de la finance censés incarner ce qui se fait de mieux en matière d'ambition humaine, le désintéressement d'hommes solitaires livrés à la furie des éléments fait plaisir à voir et tranche sur les turpitudes et la cupidité des Maddof et autres Ospel.

Merci aux Wavre, Stamm, Le Cam, Le Cléac'h, Jourdain, Desjoyaux  et à ces fous qui nous rappellent ces vérités élémentaires!

16/12/2008

Du respect, que diable!

Qu’il y a-t-il de commun entre des émeutes entre des policiers et des jeunes en Grèce, l’expulsion temporaire de trois députés au Grand Conseil de Genève, un patron qui part avec la caisse après avoir mis son entreprise en faillite et la fouille anale au petit matin d’un ancien directeur de Libération accusé de diffamation ? Le respect, et surtout, le manque de respect.

Il y a quelques années, le maire de la petite commune genevoise d’Avusy avait lancé une campagne de petits autocollants, qu’on retrouve encore sur les affiches genevoises, pour inciter ces grandes gueules de Genevois au « respect ». Il avait fait sourire mais il avait visé juste.

Quand un policier abat un jeune sans trop réfléchir, quand des députés s’en prennent systématiquement à leurs collègues, quand une juge se venge sur un journaliste, quand un patron de banque sort son parachute doré après avoir mis ses employés et ses clients dans le rouge, tous ces actes expriment à la base un manque de respect, voire un besoin d’humilier et de rabaisser l’autre qui peuvent parfois aboutir aux  plus extrêmes conséquences, comme en Grèce où le pays entier est entré en ébullition.

Nous vivons en effet dans une société paradoxale. D’un côté, tout est policé, réglementé, réglé comme du papier à musique. Les moindres actes de la vie en société sont encadrés par la loi et les règlements, de l’usage du klaxon à la hauteur des haies. Et de l’autre, jamais les relations entre les individus n’ont été aussi brutales, rugueuses, agressives. On dirait que la muflerie, la goujaterie et la vulgarité tiennent le haut du pavé. L’encadrement légal est omniprésent, les droits de l’homme sont sur toutes les lèvres, les avocats bataillent sur tous les fronts pour faire respecter les droits des personnes mais ces personnes sont elles-mêmes constamment au bord de l’explosion et de la crise de nerf. Une remarque, une porte qui claque, un frôlement intempestif dans un tram bondé, n’importe quelle étincelle semble prête à mettre le feu aux poudres.

Je ne sais pas s’il existe un remède à cet échauffement permanent des relations sociales. Mais je sais que dans l’histoire toutes les grandes civilisations ont élaboré, à côté de leur arsenal militaire, légal et institutionnel, des codes et des idéaux de comportement pour les individus. Les unes ont valorisé l’esprit chevaleresque, l’amour courtois ou cultivé l’honnête homme, les autres ont privilégié le sens de l’honneur, la galanterie ou la bienséance bourgeoise. Et leurs écrivains, philosophes et poètes ont exalté l’amabilité, les bonnes manières, la civilité, la courtoisie, la distinction, l’éducation, le tact, l’urbanité, la politesse. Je n’ose articuler le mot gentillesse car je risquerai de passer pour un benêt « cucul ». Mais peu importe le vocabulaire. C’est tant mieux si les mots ne manquent pas pour exprimer le savoir-vivre. Reste à les mettre en actes, élus et forces de l’ordre en tête !

23/11/2008

La Chine ne sauvera pas la croissance mondiale

La question n’est plus de savoir si la Chine peut sauver le moteur d’une croissance économique mondiale en panne, mais si elle peut se sauver elle-même. Les autorités chinoises, qui ont longtemps nié l’impact de la crise financière sur leur économie réelle, ont dû se rendre à l’évidence. En trois semaines, le ton a changé à Pékin. Fin octobre, les premières prévisions sur la baisse du taux de croissance à 8% au lieu des 12-13% habituels ont sonné l’alarme et le 9 novembre le Conseil d’Etat annonçait le plus ambitieux plan de relance d’un membre du G20.

C’est qu’il y a urgence. On le sait, depuis dix ans, le modèle chinois carbure à la croissance à deux chiffres, basée quasi exclusivement sur les exportations. La stabilité sociale, et donc politique, en dépend. Les Chinois ont pris brutalement conscience de leur vulnérabilité et ont décidé de dégager les moyens nécessaires.

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21/11/2008

Les terroristes ne savent plus lire le Coran

sageman.jpgDéstructurée, sans leader, sans idéologie ni culture propre, avec un immense besoin de se faire valoir, la troisième génération de terroristes n’a plus qu’un lointain rapport avec Ben Laden et les fondateurs historiques d’Al-Qaida. Très jeunes, âgés de 20-25 ans au plus, ils ressemblent bien plus à des voyous de banlieue qui rêvent d’être Ben Laden comme ils rêvaient d’être Zidane il y a dix ans et qui n’ont pratiquement rien de commun avec les militants chevronnés de la cause islamiste, chauffés à blanc dans les maquis d’Afghanistan dans les années 1980.

Psychiatre et expert en contre-terrorisme auprès de la police de New York, l’essayiste américain Marc Sageman a longuement côtoyé, identifié et décrit les comportements de la dernière génération de terroristes. La première vague du terrorisme islamiste est celle des pères fondateurs d’Al-Qaida en août 1988, soit une douzaine de personnes regroupées autour de Ben Laden. Ceux qui ont survécu sont confinés dans les montagnes et les grottes de la région frontière du Pakistan et de l’Afghanistan.

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