Planète bleue

  • Pourquoi personne ne veut la paix en Ukraine

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    On le devinait depuis le début du conflit mais c’est désormais avéré, la paix n’aura pas lieu en Ukraine avant longtemps. Au lendemain de leur voyage confidentiel à Kiev le 24 avril, le Secrétaire à la Défense et le Secrétaire d’Etat américains ont annoncé la couleur à leur retour en Pologne : ils veulent « voir la Russie si affaiblie qu’elle ne pourra plus faire des choses telles qu’une invasion de l’Ukraine. » Un porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain a renchéri : nous voulons transformer « cette invasion en échec stratégique pour la Russie » et en « victoire pour l’Ukraine ».[i]

    Joignant la parole aux actes, ils ont immédiatement annoncé un supplément de 700 millions de dollars de livraisons d’armes à l’Ukraine, portant l’effort de guerre américain à 3,7 milliards de dollars depuis le 24 février, auxquels il convient de rajouter les 4,6 accordés en 2021 et les milliards d’euros d’armements livrées ou promis par les Européens.[ii] Quatre jours plus tard, Joe Biden enclenchait une escalade inédite dans l’histoire des investissements militaires américains en déposant une demande au Congrès de 33 milliards de dollars d’aide à l’Ukraine, dont 20 milliards pour des armements offensifs, tandis que Nancy Pelosi se rendait secrètement à Kiev dimanche pour déclarer sa flamme au président Zelenski.  La folie guerrière que l’on avait reprochée à Poutine en février semble s’être désormais emparée de l’Occident, rendant toute perspective de paix, et même de simple cessez-le-feu, hautement improbable, et faisant de ce conflit de loin le plus dangereux depuis 1945. L’Ouest et l’OTAN paraissent décidés à se battre jusqu’au dernier Ukrainien, et si possible, jusqu’au dernier Russe.

    Les deux camps sont désormais murés dans leurs certitudes jusqu’au-boutistes : en dégainant la première, la Russie a indirectement donné raison aux Etats-Unis qui dénonçaient le bellicisme de Poutine. Mais en transformant ce qui était un conflit de voisinage et un problème régional de sécurité en guerre globale d’anéantissement de l’ennemi russe, les Etats-Unis sont en train de donner raison à Poutine qui voyait dans l’attitude hostile de l’OTAN et des Etats-Unis depuis les années 2000 une menace mortelle pour l’existence de son pays.

    A partir de là, on ne voit pas très bien comment une paix, même précaire, pourrait advenir.

     

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  • Peter Maurer sur le trône de Klaus Schwab

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    Les grandes manœuvres pour la succession de Klaus Schwab à la tête du World Economic Forum ont commencé. Le 30 mars dernier, l’indéboulonnable sultan de Cologny a eu 84 ans et le poids des années commence à se faire sentir même pour lui.

    Le sujet est évidemment l’un des tabous les plus sacrés de la Genève internationale, d’autant plus qu’il a déjà valu bien des malheurs à ceux qui ont fait mine de s’y intéresser, voire pour les plus casse-cou, de briguer le poste. Tous les successeurs pressentis, y compris ceux qui ont été sollicités par le grand maitre, ont trébuché : ils finissaient par lui faire trop d’ombre, ou trop vite. On se souvient de tel grand patron de multinationale ou tel ancien président de pays, dont les noms ont disparu du ciel wefien aussi rapidement qu’ils y étaient apparus.

    L’histoire du Forum, fondé en 1971, a également été soigneusement époussetée. Je me souviens encore des confessions de feu le professeur Henri Schwamm, et d’autres membres qui appartenaient au petit cercle de l’institut de management de Conches dont Klaus Schwab était proche. Le tableau d’honneur les a rapidement oubliés. Le génie du grand homme est incandescent.

    Le style de direction du WEF, qui est devenu entretemps une organisation internationale avec statut ad hoc, pose en effet problème pour une institution internationale, qui se devrait d’appliquer à elle-même les règles de transparence et de démocratie exigées partout ailleurs. Les lois du privé n’y sont plus tout à fait applicables. Or Klaus Schwab dirige le WEF depuis 52 ans, soit un règne deux fois plus long que celui de Poutine, dont on critique beaucoup la longévité en ce moment. A Genève, seul Kenneth Roth, qui dirige Human Rights Watch depuis 29 ans avec une égale main de fer, fait aussi bien. La gouvernance monarchique semble être à la mode.

     

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  • La Zelenskimania et la réputation ruinée de la Suisse

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    Alors que les pourparlers semblent progresser et que s’esquissent les premiers contours d’une solution possible en Ukraine (neutralisation et démilitarisation partielle du pays, abandon du Donbass et de la Crimée), on commence à mieux cerner les tenants et aboutissants du conflit. Cela posé, il ne faut pas s’attendre à un cessez-le-feu rapide : les Américains et les Ukrainiens n’ont pas encore assez perdu, et les Russes pas encore assez gagné, pour que les hostilités s’arrêtent.

    Mais avant d’aller plus loin, j’aimerai inviter ceux qui ne partagent pas ma vision réaliste des relations internationales à passer leur chemin. Ce qui va suivre ne va pas leur plaire et ils s’éviteront ainsi des aigreurs d’estomac et du temps perdu à me dénigrer. J’estime en effet que la morale est très mauvaise conseillère en géopolitique mais qu’elle s’impose en matière humaine : le réalisme le plus intransigeant n’empêche en rien de s’activer, y compris en temps et en argent comme je le fais, pour soulager le sort des populations éprouvées par les combats.

    Les analyses des experts les plus qualifiés (je pense notamment aux Américains John Mearsheimer et Noam Chomsky), les enquêtes de journalistes d’investigation tels que Glenn Greenwald et Max Blumenthal, et les documents saisis par les Russes - l’interception de communications de l’armée ukrainienne le 22 janvier dernier et d’un plan d’attaque saisi dans un ordinateur abandonné par un officier britannique – montrent que cette guerre était à la fois inévitable et très improvisée.

    Une guerre inévitable et improvisée

    Inéluctable parce que depuis la déclaration de Zelenski sur la reprise de la Crimée et du Donbass par la force en mars 2021, Ukrainiens et Américains avaient décidé de la déclencher au plus tard au début de cette année. La concentration des troupes ukrainiennes dans le Donbass depuis l’été, les livraisons massives d’armes par l’OTAN pendant ces derniers mois, la formation au combat accélérée des régiments Azov et de l’armée par des instructeurs occidentaux, le pilonnage intensif de Donetsk et Lougansk par les Ukrainiens dès le 16 février (tout cela resté ignoré des médias Occidentaux bien sûr), prouvent qu’une opération militaire d’envergure était prévue par Kiev à la fin de cet hiver. L’objectif consistait à répliquer l’opération Tempête déclenchée par la Croatie contre la Krajina serbe en août 1995 et à s’emparer du Donbass au cours d’une offensive éclair sans laisser le temps aux Russes de réagir, de façon à prendre le contrôle de la totalité du territoire ukrainien et à rendre possible une adhésion rapide du pays à l’OTAN et à l’UE. Cela explique au passage pourquoi les Etats-Unis n’ont cessé d’annoncer une attaque russe depuis cet automne : ils savaient qu’une guerre aurait lieu, d’une façon ou d’une autre.

    Improvisée parce que la réaction russe s’est faite dans l’urgence. Constatant que les manœuvres diplomatiques de l’OTAN – non-réponse américaine à leurs propositions, rencontre Blinken-Lavrov à Genève en janvier, appels au calme de Zelenski et médiation Macron-Scholz en février – ne pouvaient pas, ou ne voulaient pas réussir et servaient peut-être à les endormir, les Russes ont riposté d’une façon à la fois magistrale et très risquée. Ils ont décidé de prendre l’initiative d’attaquer en premier en une dizaine de jours (reconnaissance des républiques, accord de coopération puis opération militaire), afin de prendre de court les Ukrainiens.

    Et plutôt que d’attaquer de front une armée bien équipée et solidement fortifiée, ils ont décidé de la contourner par une vaste manœuvre d’encerclement/diversion, en se déployant sur trois fronts à la fois, au nord, au centre et au sud, de façon à détruire l’aviation et un maximum d’équipements dès les premières heures et à désorganiser la riposte ukrainienne. S’ils avaient laissé l’Ukraine attaquer d’abord, leur situation serait devenue critique et ils auraient été soit vaincus soit condamnés à une interminable guerre d’usure dans le Donbass. Rappelons que les effectifs russes sont dérisoires : 150 000 hommes contre 300 000 Ukrainiens avec la Garde nationale.

     

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  • La plaie de la désinformation économique

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    Voilà un livre que celles et ceux qui aiment l’économie se doivent de lire. Et même les autres ! Car en ces temps de propagande géopolitique échevelée, il est utile de connaître le fonctionnement et de démasquer les mécanismes de la désinformation, qui sont les mêmes dans tous les domaines de l’activité humaine.

    Avec l’indépendance d’esprit, le sérieux et la pugnacité qu’on lui connaît, Myret Zaki dévoile donc les ruses, les faux-semblants, les demi-vérités, les vraies omissions, les biais méthodologiques, les conflits d’intérêt cachés, les études académiques sponsorisées, les chiffres trompeurs qui servent à enjoliver des résultats, ou au contraire à masquer des réalités économiques et sociales beaucoup moins roses qu’il n’y paraît.

    Premier constat : la désinformation économique vient moins du bas, des réseaux sociaux et des petites gens mécontents, que du haut, des gouvernements, des grandes entreprises et des grandes institutions. Elle résulte de la tentation de l’idéologie, qui consiste à présenter le libéralisme économique et les performances de l’Occident sous leur meilleur jour, afin de les rendre plus désirables et de déconsidérer par exemple le dirigisme à la chinoise. Et aussi de la tentation de manipuler les statistiques pour leur faire dire le contraire de la réalité et désamorcer ainsi les revendications sociales.

    Que veut dire un taux hypothécaire très bas si l’on exige 5% d’amortissement par an ? Un revenu moyen de 7500 francs par mois quand il englobe une explosion des très hauts revenus et des bas salaires qui plafonnent à 3500 francs ? Une baisse du chômage quand on n’y inclut pas les inactifs non-inscrits et les personnes en sous-emploi forcé ? Une inflation nulle quand on ne rend pas en compte la hausse continue des primes maladies ? Un PIB qui ignore le développement humain et la qualité de la vie ? Un cours de l’or, seule valeur tangible digne de ce nom, manipulé ?

     

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  • Les causes profondes de la guerre en Ukraine

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    Dans les temps troublés, quand plus personne ne sait ce qui se passe et que les meutes d’indignés et de pseudo-experts submergent l’espace public de pathos et de théories oiseuses, il convient de revenir aux fondamentaux. En l’occurrence, à Montesquieu. Qui a dit deux choses importantes. La première est qu’en matière de guerre il ne faut pas confondre les causes apparentes avec les causes profondes, et la seconde qu’il ne faut pas confondre ceux qui l’ont déclenchée avec ceux qui l’ont rendue inévitable.

    Pour la grande majorité du public et des médias intoxiqués par des décennies de propagande antirusse et pour les experts de plateau qui ont oublié toute culture stratégique, la cause de cette guerre est entendue : Poutine est fou. C’est un grand malade, un paranoïaque isolé dans son Kremlin, un criminel de guerre, un satrape vendu aux oligarques, un mégalomane cynique qui rêve de rétablir l’empire des tsars, une réincarnation d’Ivan le Terrible, un dictateur déséquilibré et capricieux qui a attaqué sans raison une nation innocente dirigée par un président démocrate et courageux soutenu par de vertueux Européens. Le cadre ainsi posé - les Grands Méchants d’un côté, les Gentils de l’autre – le narratif de la guerre peut se déployer : les Russes ont bombardé Babi Yar et une centrale nucléaire, ils massacrent les civils, un génocide est en cours tandis que les Ukrainiens résistent héroïquement.

    Voilà ce qu’on resasse dans les médias depuis quinze jours. Il est en effet possible que Poutine soit fou et que le poutinisme soit la cause de la guerre. Mais ce n’est pas sûr. Il se pourrait que, au contraire, Poutine soit très rationnel, ou en tout cas aussi rationnel que ceux qui ont attaqué, affamé et dévasté le Vietnam, Grenade, Panama, l’Irak (deux fois), la Serbie (deux fois), la Syrie, l’Afghanistan, le Soudan, la Libye, le Yémen (entre autres) ces dernières décennies au prix de centaines de milliers de morts. Il se pourrait par exemple que Poutine soit intervenu en Ukraine parce que, constatant que l’Occident avait refermé toutes les options diplomatiques (mise en œuvre des accords de Minsk, non-adhésion de l’Ukraine à l’OTAN), il n’avait pas d’autre choix s’il voulait éviter que la Russie soit démembrée et transformée en colonie américaine.

    Sans remonter à l’Ukraine « berceau historique et religieux » de la Russie, on peut faire dater la cause profonde de cette guerre à 1997 quand Zbigniew Brezinski, le plus influent conseiller des présidents américains pendant trente ans, a publié son livre Le Grand Echiquier, dans lequel il expliquait que le but stratégique des Etats-Unis consistait à s’emparer de l’Ukraine et démembrer la Russie pour briser sa puissance en Europe et l’empêcher de se joindre à l’Allemagne. 1997 étant par ailleurs l’année où la première phase de ce programme s’est mise en place avec l’entrée dans l’OTAN de la Pologne, de la Tchéquie et de la Hongrie…

     

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  • Et pendant ce temps la planète brûle

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    Il y a exactement quarante-cinq ans, en 1977, que j’ai publié mon premier article sur les dangers de la dégradation de l’environnement et du réchauffement climatique dans une revue étudiante. Depuis le Sommet de Rio en 1992, cela fait trois décennies que je suis avec attention la publication des rapports du GIEC. Pendant vingt ans, j’ai organisé des débats et des rencontres de presse avec les différents dirigeants de cet organisme et de l’Organisation mondiale de la météorologie. Chaque fois, ils ont sonné l’alarme. Et chaque fois, ils n’ont pas été entendus. Quelques échos dans les médias, puis la chape de plomb est retombée. Beaucoup de tintamarre, un grand festival de célébrités et un ballet d’avions privés autour des COP (les conférences sur les changements climatiques) comme la COP 21 de Paris en 2015 ou la COP 26 de Glasgow l’an dernier. Et puis plus rien.

    Bilan de toutes ces opérations : zéro. Ou presque zéro.

    Lundi, le GIEC a donc publié son sixième rapport, encore plus alarmant, encore plus fondé, encore plus chiffré que d’habitude. Il suffit d’ouvrir sa fenêtre pour constater que le printemps arrive en février, l’été en mai, et les canicules tropicales en juillet. Que nos campagnes et nos montagnes vivent en état de stress hydrique quasi permanent. Mais rien n’y fait.

    Pendant deux ans, les Européens ont vécu la tête dans le Covid et durant ces deux prochaines années ils vivront dans l’indignation antirusse et l’ivresse de la défense de « nos valeurs » face à l’ogre oriental et à la menace du nouveau péril jaune. Que diront-ils quand, dans trois mois, les incendies commenceront à décimer nos forêts, à brûler nos maisons, et que la chaleur achèvera de faire fondre nos glaciers et d’assécher nos nappes phréatiques ? Où sont passés les militants du climat qui organisaient des sit-in et des occupations de banques en 2019 pour dénoncer l’inertie des Etats ? Les écologistes qui dénonçaient l’addiction de nos entreprises aux énergies fossiles et qui bénissent aujourd’hui les achats de gaz de schiste et de pétrole de fracking américain obtenus au prix d’immenses ravages écologiques ?

     

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  • L’Ukraine et les précédents du Golan et du Kosovo

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    Les événements dramatiques qui se déroulent ces jours en Ukraine nous obligent à revenir une fois de plus sur le problème de la Russie et de l’Europe. L’intervention russe est regrettable à double titre, d’abord parce que la guerre n’est jamais une bonne solution pour résoudre un problème politique et d’autre part à cause des risques d’embrasement et d’embourbement inhérents à ce genre de conflit, sans compter les souffrances subies par les populations. Dans ce sens, Poutine fait probablement la même erreur que les présidents américains en Irak, en Afghanistan, en Syrie ou en Libye ou les présidents français au Mali.

    Pour l’Europe, c’est un immense gâchis car cet épisode malheureux montre qu’elle a raté l’occasion de conclure la guerre froide en réintégrant la Russie, qui était demandeuse, dans le concert européen, et qu’elle s’est alignée sans condition sur les intérêts américains qui s’opposaient à un retour de la Russie sur la scène internationale. Ce qui se passe aujourd’hui est la conséquence de l’engrenage fatal enclenché après 1991 et que certains responsables américains, tels Henry Kissinger, Zbigniew Brezinski ou Georges Kennan, avaient anticipé si l’on persistait à braquer Moscou.

    En attendant de voir plus clair dans les causes et les conséquences de ce conflit armé, il convient de tordre le cou à deux assertions qui reviennent en boucle dans les commentaires. La première consiste à dire que la Russie serait une économie de seconde zone, en voie de déclin rapide, et dont le PNB serait inférieur à celui de l’Espagne.

    Ce genre de propos fait plaisir aux russophobes qui les profèrent et qui prennent leurs désirs pour des réalités. Mais ils sont faux.

    Dans une étude publiée dans l’édition de novembre dernier de la revue Foreign Affairs, et qui sert de bible à la politique impériale américaine, deux chercheurs ont mis en garde contre cette illusion. Non seulement l’économie russe est plus puissante qu’on veut bien le dire – elle se hisse au 6e rang mondial et au 2e rang européen derrière l’Allemagne en termes de parité de pouvoir d’achat – mais elle est résiliente et s’est beaucoup renforcée depuis 2014 à cause, ou plutôt grâce aux sanctions prises contre elle.

    Naturellement, ces auteurs, membres d’un think tank proche du Pentagone (le Center for a New American Security), développent cette thèse afin d’exiger encore plus de crédits militaires et de moyens dans la lutte contre la Russie. Les Etats-Unis, écrivent-ils, doivent se donner les moyens de contenir et la Russie et la Chine afin de préserver leur hégémonie « démocratique » dans le monde.

     

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  • Vérités et mensonges sur les promesses faites à la Russie

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    La guerre de l’information qui accompagne les tensions entre l’OTAN et la Russie à propos de l’Ukraine conduit souvent à déformer la réalité historique. Il convient notamment de corriger de nombreux articles qui affirmaient que la promesse faite par les Etats-Unis à Gorbatchev en 1991, promesse selon laquelle l’OTAN « n’avancerait pas d’un pouce à l’est » en échange de la réunification de l’Allemagne et du départ des troupes de l’Armée rouge en Europe de l’Est, serait un « mythe » forgé par le Kremlin pour neutraliser, voire envahir l’Ukraine.

    Cette thèse repose sur un article publié dans la revue Foreign Affairs en 2014, au moment de la crise ukrainienne, et repris dans un livre publié en novembre dernier. Leur auteur, Mary E. Sarote, est membre du think tank le plus influent de la politique impériale des Etats-Unis, le Council on Foreign Relations, dont les avis relèvent davantage de la propagande que de l’étude impartiale.

    Car ce prétendu « mythe » est on ne peut plus vrai. Il est essentiel d’en prendre conscience si l’on veut à la fois comprendre ce qui se passe et trouver une issue négociée au conflit.

    Le 9 février 1990, James Baker, alors Secrétaire d’Etat américain, a dit exactement ceci : « Nous considérons que les consultations et les discussions dans le cadre du mécanisme 2+4 devraient donner la garantie que la réunification de l’Allemagne ne conduira pas à un élargissement de l’organisation militaire de l’OTAN à l’Est. » Le lendemain, le Chancelier Helmut Kohl a renchéri : « Nous considérons que l’OTAN ne devrait pas élargir sa sphère d’activité. »

    En décembre 2017, le National Security Archive de l’Université George Washington a publié les mémos, comptes rendus et télégrammes de cette époque, d’où il ressort que les assurances données par les Occidentaux apparaissent dans de nombreux documents enregistrés ou écrits lors des échanges entre chancelleries en 1990 et 1991. On en trouve tous les détails sur le site dédié de l’université, sous la rubrique « NATO Expansion : What Gorbatchev Heard. Declassified documents show security assurances against NATO expansion to Soviet leaders from Baker, Bush, Genscher, Kohl, Gates, Mitterrand, Thatcher, Hurd, Major, and Woerner. Slavic Studies Panel Addresses “Who Promised What to Whom on NATO Expansion?”

     

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  • Le droit et la science bafoués

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    Que la politique nous mente, passe encore. On s’y est habitué. Mais que le droit devienne courbe et que la science soit bafouée, c’est franchement gênant. Or ce qui est en train de se passer en ce début de troisième année covidienne.

    Le mensonge, la duplicité, l’opportunisme, la tromperie, peu importe comment on appelle cette mystification, nous accompagne depuis le début de la pandémie et ne nous a plus lâché depuis. On se souvient des promesses faites sur les masques, les tests, les respirateurs, proclamés inutiles en mars et obligatoires en mai 2020. Aujourd’hui, les bobards continuent à propos de la vaccination et du passe sanitaire, encouragés jusqu’à l’hystérie alors que l’évidence montre que la troisième dose n’est d’aucune d’utilité face à la contamination d’Omicron et d’un apport scientifiquement non prouvé pour éviter les cas graves.

    Mais ce n’est pas le plus important. Beaucoup plus grave nous parait le fait que le droit n’est plus respecté. Depuis le 1er février dernier, plus de 250 000 Suisses qui s’étaient vaccinés de bonne foi au premier semestre 2021 en échange d’un passe valide 365 jours ont été brutalement mis devant le fait accompli en voyant ce délai ramené à 270 jours s’ils n’avaient pas reçu leur troisième dose. Or un des fondements du droit consiste à ne pas imposer de changement légal avec effet rétroactif. On aurait pu accepter ce changement s’il avait été valable pour les personnes vaccinées après le 1er février 2022. Mais ce n’est pas le cas. Il s’agit donc d’un déni de droit caractérisé et d’une atteinte à l’état de droit tout à fait inacceptable dans une démocratie.

     

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  • Presse d’Etat et liberté de la presse

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    Dans quelques semaines, le peuple suisse votera sur l’aide aux médias privés. Environ 150 millions de francs devraient être alloués chaque année pendant sept ans aux quelque 170 journaux et magazines, 13 TV régionales, 21 radios locales et à un bon millier de publications diverses et de plateformes en ligne. Il y a quelques années, comme journaliste, j’aurais applaudi à cette initiative. Mais aujourd’hui, j’avoue mes doutes.

    Je pense notamment à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions, que ce nouveau dispositif, s’il est accepté, va non pas encourager mais réduire encore davantage.

    En effet, le système est ainsi conçu qu’il va d’abord profiter aux plus grands groupes de presse, en l’occurrence Ringier et tamedia (rebaptisé TX Groupe en 2020 pour mieux complaire aux investisseurs en bourse) qui concentrent les plus gros tirages du pays et dont la fortune consolidée a augmenté d’un demi-milliard depuis 2020 pour se classer au 102e rang suisse selon Bilan. Par simple effet mécanique, leur supériorité, déjà extravagante, va encore s’accentuer. Les petits, les associatifs, les sans-but-lucratifs qui tirent le diable par la queue, se réjouissent de recevoir les miettes mais ils seront encore davantage écrasés par les mastodontes.

    Certes, le projet de loi leur accorde une place, et c’est tant mieux. Cela n’est pas le cas dans des pays comme la France, dont les médias sont concentrés dans les mains d’une poignée d’oligarques qui cumulent la grande majorité des aides étatiques (trois milliards d’euros d’aides directes et indirectes par an depuis 2010). Le site du matin.ch du 17 janvier s’en est même inquiété : « Jamais une poignée de milliardaires n’a eu une emprise aussi forte sur la presse », titrait-il à propos de la France. Soit. Mais la Suisse n’échappe pas à la tendance et je ne suis pas sûr que le public suisse, les lecteurs, les électeurs, le débat démocratique, les régions périphériques, ressortent gagnants avec cette nouvelle disposition.

     

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  • Vaccins : succès commercial, échec stratégique

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    Après deux ans de crise Covid, le moment est venu d’établir un bilan de cette épidémie qui fait tant de ravages dans les têtes et (plus modérément) dans les corps. Premiers constats : ce bilan est accablant pour les pays occidentaux, qui ont payé le prix fort tant sur le plan sanitaire qu’économique comparé au reste du monde, et pour leur stratégie vaccinale, qui n’a pas réussi à juguler l’infection contrairement à ce que les autorités avaient promis aux débuts de la vaccination en décembre 2020.

    Mais avant d’aller plus loin et d’être taxé de complotiste, précisons tout de suite que j’ai reçu mes deux doses Pfizer et mon passe covid le 12 octobre dernier et que les vaccins sont un immense succès et qu’ils sont efficaces. Mais on ne m’en voudra pas de préciser que, comme on a le voir, ce succès est avant tout commercial et que leur efficacité prouvée est limitée à des tranches d’âge (les plus de 60 ans) et à des catégories de population bien précises (les personnes à risque atteintes de comorbidités, le personnel soignant très exposé). De fait, la stratégie consistant à tout miser sur les vaccins actuels et à piquer de force les jeunes et les adultes en bonne santé n’apporte rien et est même aberrante au regard des coûts économiques et des tensions sociales que cela provoque.

    Succès commercial indéniable en effet puisque, selon l’Agefi du 16 novembre dernier, les trois pharmas américaines Pfizer, Biontech et Moderna qui détiennent le quasi-monopole de la vaccination en Occident, ont gagné plus de mille dollars de profits par seconde durant l’année 2021. 65 000 dollars la minute, 4 millions l’heure, etc. il faudrait en effet être sot pour contester pareille réussite.

    Sur le plan épidémiologique en revanche, ce succès est loin d’être aussi clair. Certes, la quasi-totalité des études disponibles montrent que les vaccins réduisent la gravité de la maladie et la mortalité chez les personnes âgées de plus de 60 ans, et surtout chez les plus de 75 ans, ces dernières représentant plus des trois quarts des personnes décédant du Covid depuis deux ans. Pour les personnes à risque, se faire vacciner est donc une option raisonnable.

     

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  • Les migrants et le bal des hypocrites

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    Du Pas de Calais à la frontière polono-biélorusse, du camp de Lesbos à la muraille électrique qui sépare le Mexique des Etats-Unis, le problème des migrants met le feu aux frontières et sème le trouble dans l’ensemble des pays occidentaux depuis des décennies sans que jamais on ait tenté de le traiter sérieusement. Attention patate chaude !

    Il est amusant de constater que le sommet pour la démocratie convoqué jeudi par le président Biden pour battre le rappel de ses troupes contre la Russie, la Chine, l’Iran et quelques dizaines d’autres indésirables – soit près de la moitié de l’humanité tout de même – n’aura pas abordé cette question lancinante, qui non seulement met à mal nos « valeurs » humanistes mais est indigne de démocraties qui se veulent exemplaires. Comment peut-on proclamer la supériorité de notre modèle sur les soi-disant autocraties quand on laisse des gens mourir par centaines à nos portes ?

    Loukachenko a eu beau jeu de revêtir une blouse d’infirmier pour aller donner de la soupe aux migrants que l’Union européenne – la Pologne en l’occurrence – repoussait à coups de crosse de fusil. On a beau dénoncer avec indignation les palinodies du « tyran » de Minsk, l’image est dévastatrice. Et que dire de ces milliers de gens qui mendient dans les rues de Kaboul depuis la suspension des aides financières et alimentaires sous prétexte de ne pas « soutenir » des talibans auxquels on a livré le pouvoir sans se préoccuper du reste ?

     

     

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  • Vietnam – Suisse, une relation qui monte en puissance

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    Vendredi, à l’occasion du 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques, la Suisse accueille le président vietnamien Nguyen Xuan Phuc, accompagné d’une délégation de 70 dirigeants économiques, pour une visite d’Etat de trois jours. C’est une première, qui sanctionne le classement de ce pays au 37e rang des économies mondiales et l’intérêt grandissant de la Suisse pour ce marché de cent millions d’habitants, en pleine croissance.

     

    Les deux présidents ont prévu d’animer un forum économique bilatéral vendredi. L’intérêt est fort des deux côtés. En 2019, le ministre de l’Économie Parmelin s’était rendu en visite à Hanoi. En 2020, il avait rencontré le vice-premier ministre vietnamien à Berne et en septembre dernier, le président de la Confédération rencontrait une première fois son homologue vietnamien à New York. D’après les dernières statistiques, le montant des échanges bilatéraux dépasse les 3,5 milliards de dollars. 

    La Suisse est le sixième investisseur européen au Vietnam, tandis que le Vietnam est le quatrième partenaire commercial de la Suisse dans l'ASEAN. 150 projets d'investissements suisses pour près de deux milliards de dollars sont en cours d’exécution. 140 entreprises y travaillent, dont Nestlé, Novartis, Roche et Holcim. Et les deux parties espèrent bientôt conclure la négociation de l’Accord de libre-échange Vietnam-AELE.

    Le potentiel économique et les opportunités d'investissement sont élevés, surtout depuis la hausse des coûts de fabrication en Chine et la relocalisation de nombre de centres de production en Asie du Sud-Est. Le pays est devenu aujourd’hui une grande économie ouverte avec 17 accords de libre-échange avec plus de 60 pays. Son marché est facile d’accès. Outre sa situation géographique, Hanoi met en avant sa stabilité politique et sociale, sa forte croissance (7% en moyenne ces dernières années), ses atouts touristiques et ses nombreuses opportunités d'investissement et d'affaires.

     

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  • A Tchernobyl avec l’homme qui guérit la terre

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    Se rendre à Tchernobyl en 2021 tient à la fois du « Voyage dans la cité fantôme » et du « Retour vers le futur ». Cette année, la province ukrainienne de Tchernobyl a en effet fêté le 35e anniversaire de la catastrophe nucléaire d’avril 1986, qui a vu le réacteur No 4 entrer en fusion et relâcher dans l’atmosphère une radioactivité équivalant à environ 500 bombes d’Hiroshima.

     

    La cité fantôme, c’est la ville de Pripyat, située à 15 kilomètres de Tchenobyl et à quelques kilomètres de la centrale, et dont les 50 000 habitants ont été évacués dans l’urgence sans avoir même eu le temps de boucler leurs valises. Aujourd’hui, le site, envahi par la végétation, les buissons, les animaux sauvages, frappé par la décrépitude des routes et des murs, avec sa fameuse roue géante rouillée et ses auto-tamponneuses abandonnées au milieu des débris, dégage un irrépressible sentiment de tragédie.

     

    En déambulant entre les immeubles en ruine, le coeur se serre comme il se serre quand on visite les haies de barbelés d’Auschwitz ou les restes de l’école de Beslan. Comme à Pompei, la vie s’est subitement figée et le fantôme des milliers de gens frappés par la catastrophe semble encore errer dans les salles et les couloirs affaissés des immeubles.

     

    Mais le drame et la mémoire des morts n’empêchent pas les affaires, au contraire. Devant les grilles qui ferment la zone et les gardes qui contrôlent l’entrée, quelques minivans chargés de curieux en mal de sensations fortes arborent le logo de l’agence « Chornobyl Tours » qui organise des visites sur place, radioactivité incluse. La disneylandisation menace de s’insinuer partout… En attendant les contrôles restent tâtillons puisque l’irradiation reste forte notamment dans la zone de la centrale.

    Mais Tchernobyl est peut-être aussi une voie ouverte sur le futur. Il n’est pas impossible que cette ville martyre, devenue synonyme de catastrophe nucléaire dans le monde entier, renaisse un jour à la vie grâce à l’action d’une startup suisse active dans la décontamination des sols. Nous nous sommes rendus cette semaine sur le site, dans le laboratoire de l’Eco-Centre qui contrôle depuis les années 1990 l’état de la radioactivité sur les 2000 km2 de la zone d’exclusion fermée au public, en compagnie des deux fondateurs de la société Exlterra, le Polono-Américain Andrew Niemczyk, et le Genevois Frank Muller, qui mènent depuis quelques mois une expérience inédite dans la zone contaminée.

     

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  • L’impôt mondial, une bonne affaire pour la Suisse

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    Initié par Donald Trump, l’impôt mondial de 15% sur les multinationales a été avalisé au début de ce mois par 136 des 140 pays membres de l’OCDE. Pas peu fiers, les médias comme les politiques l’ont présenté comme une révolution. Un examen plus approfondi, tout comme l’acquiescement d’une Suisse d’habitude plutôt frileuse en matière d’innovation fiscale, permettent d’en douter.

    De quoi s’agit-il ? Le principe se veut simple : toute entreprise multinationale réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 750 millions de dollars se verra « condamnée » à payer au moins 15% d’impôt sur ses bénéfices dès 2023 quels que soient les pays dans lesquels elle opère et où elle a son siège. Une part des surprofits (25% des bénéfices supérieurs à 10% du chiffre d’affaires) serait par ailleurs redistribuée aux pays dans lesquels le chiffre d’affaires aurait été réalisé. Enfin, des mesures transitoires ont été prévues pour les pays récalcitrants qui, tels la Hongrie ou l’Irlande, ont des taux d’imposition inférieurs à 15%. Ce qui mettrait fin de facto aux paradis fiscaux, devenus inutiles, redistribuerait une partie des profits aux pays « pauvres » et permettrait de récupérer entre 125 et 150 milliards de recettes fiscales par an selon les calculs.

    Génial, dira-t-on. Surtout quand on voit que cette réforme n’a quasiment pas fait de vagues et qu’aucune de nos multinationales, et pas même notre chatouilleux ministre des Finances Ueli Maurer, n’ont semblé broncher. Ils auraient eu tort de faire la fine bouche en effet, tant la Suisse sort gagnante de cet arrangement.

     

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  • L’honneur perdu des Prix Nobel

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    Les derniers Prix Nobel de la saison 2021 sont tombés. Après le Nobel de la paix, attribué à un journaliste russe anti-Poutine et une journaliste philippine anti-Duterte, le Prix Nobel d’économie est allé, une fois de plus, à des Nord-Américains. On peut regretter ces choix, qui traduisent des biais de plus en plus patents, et qui, à notre avis, portent atteinte au prestige de ces prix malgré la qualité de travaux récompensés.

    Prenons le cas des Nobel de la paix. On se souvient de l’attribution, plus que discutable, de ce prix à Barack Obama en 2009, un président qui n’a pas hésité à pratiquer l’assassinat par drone, à bombarder la Libye et la Syrie et n’a pas fermé la prison de Guantanamo comme il l’avait promis. En 2010, on récidivait en récompensant l’Union européenne pour sa contribution à la paix en Europe, alors que la plupart des membres s’étaient joint au bombardement illégal de la Serbie en 1999. Et en 2019, c’est le président éthiopien Abiy Ahmed, initiateur de la guerre au Tigray, qui se voyait couronné...

    Quant aux deux lauréats 2021, ils n’ont pas démérité, certes, et les médias n’ont pas manqué de s’en réjouir. Mais il y a un petit hic : ces deux personnalités n’ont strictement rien à voir avec la paix, ni même avec les buts du Prix, qui est censé récompenser « la personnalité ou l’organisme ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix. » Les vrais activistes pour la paix ne manquent pourtant pas, du professeur Richard Falk, rapporteur pour la Palestine et pacifiste reconnu, à Mel Duncan, directeur de Nonviolent Peaceforce, en passant par Julian Assange, dénonciateur des crimes de guerre américains en Irak et en Afghanistan.

    Mais voilà, ces candidats-là ne remplissent pas l’agenda des va-t-en guerre occidentaux et se contentent de dénoncer les violations des droits de l’Homme dans des pays hostiles à l’Occident, tout en étant d’ailleurs financés par lui, comme c’est le cas du journal russe Novaya Gazeta et du site philippin de Maria Ressa. Et quand on sait que la Norvège est en train de chercher des prétextes pour construire de nouvelles bases militaires de l’OTAN sur son sol pour contrer la Russie et que le président Duterte avait commencé son mandat en se rapprochant de la Chine et en voulant fermer les bases américaines dans son pays, on peut sérieusement douter de l’objectivité de ces choix.

     

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  • Diplomatie scientifique ou usine à gaz ?

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    Après deux ans et demi d’une gestation qui aura englouti deux millions de francs, le Geneva Science and Diplomacy Anticipator (Gesda), comme il s’appelle pompeusement en anglais, tiendra son premier « sommet » à Genève début octobre, avec une centaine d’intervenants provenant presque exclusivement des pays occidentaux et de la sphère d’influence anglo-saxonne.

    Normal, dira-t-on, puisque les pays occidentaux viennent en tête de l’excellence scientifique et que leurs universités se classent aux premiers rangs des classements internationaux. La composition des 67 membres du Forum académique reflète bien cette prédominance, qui ne compte pas un seul représentant russe ni arabe tandis que l’Amérique latine ne semble avoir qu’une seule scientifique valable (d’origine espagnole), que l’Afrique est représentée par deux Sud-Africains et l’Asie tout entière, Chine et Japon inclus, par cinq représentants seulement. Même si le mérite se doit d’ignorer la géographie et la démographie, on peut quand même s’étonner de cette curieuse disparité.

    Surtout si l’on tient compte du but affiché du Gesda. Lequel, comme son nom l’indique, veut mettre l’accent sur la diplomatie et « créer un instrument d’anticipation scientifique au service du multilatéralisme » et « attirer de nouveau acteurs au sein de l’écosystème genevois ». Comment réaliser ce but en étant si peu diversifié et avec un seul Chinois et un seul Japonais alors que ces deux pays figurent dans le trio de tête des dépositaires mondiaux de brevets ? Et comment revivifier la diplomatie multilatérale si elle se limite à quinze pays riches en ignorant les 178 autres membres des Nations Unies ? Voilà un défi qui devra bien être relevé un jour si le Gesda veut tenir ses promesses.

     

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  • Pourquoi la gestion du Covid m’exaspère

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    Dans son éditorial de dimanche dernier, Ariane Dayer s’interrogeait sur le « mystère suisse » et les raisons qui faisaient que tant de Suisses hésitaient à se faire vacciner. Excellente question… à laquelle elle se gardait bien de répondre, se contentant de dire qu’il fallait « tenter de comprendre ».

    Car c’est bien là où le bât blesse. Depuis le début de la crise, personne n’a essayé de comprendre pourquoi une bonne partie de la population restait sceptique à l’égard des solutions proposées. Jamais la technocratie médicale, les responsables politiques et les médias n’ont fait cet effort, refusant toute remise en question aussi minime soit-elle, et écrasant de leur mépris celles et ceux qui avaient l’outrecuidance de poser des questions et d’exiger des réponses autres que les traditionnels arguments d’autorité, du genre « Taisez-vous, nous savons mieux que vous ».

    Mais je sais gré à ma consœur Ariane d’avoir entrouvert la porte au moment où, cédant à la pression parce que je m’occupe d’une personne très âgée, j’ai décidé de me faire vacciner. Je vais donc tenter d’expliquer pourquoi j’ai été – et reste toujours – hostile non pas aux vaccins mais à l’obligation vaccinale et à la manière dont cette crise a été gérée.

    Tout d’abord, je m’empresse de préciser que mes réticences ne relèvent pas d’une aversion aux risques technologiques et ne s’adressent pas à la médecine ni à la science en tant que telles, puisque sans elles je serais déjà mort deux ou trois fois et que je me suis fait volontairement opérer des yeux à Cuba en payant cent dollars à l’hôpital pour qu’il puisse alimenter la génératrice électrique en cas de panne de courant au milieu des opérations prévues ce jour-là.

    En résumé, les ressorts de mon exaspération tiennent à deux raisons principales : le sentiment qu’on me prend pour un imbécile et le refus d’admettre que les mesures prises portent gravement atteinte à la liberté et à la démocratie, la première blessant ma dignité personnelle et la seconde ma dignité de citoyen.

     

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  • Bons baisers d’Irkoutsk

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    Comment le roman « dans les geôles de Sibérie » tord la réalité. Contre-enquête de Félix Baumann, Suisse résidant à Irkutsk où il a fondé une école de langues

     

    « Dans les geôles de Sibérie » a été publié en février 2020 par Yoann Barbereau, ancien directeur de l’Alliance française à Irkutsk. A sa sortie, le roman a fait beaucoup de bruit et nombre de médias ont donné la parole à son auteur, qui fustigeait le « régime de Poutine ». La réalité est quelque peu différente…

    Dans ce roman autobiographique, Yoann Barbereau donne sa version des faits concernant l’affaire qui lui a valu une condamnation par coutumace de 15 ans de colonie pénitentiaire en 2016 pour diffusion de matériel à caractère pornographique et raconte sa fuite de Russie. Très présent dans les médias, il se présente comme une victime des services secrets russes, du système judiciaire russe ainsi que des relations politiques franco-russes. Il se livre aussi à une critique acerbe du ministère des Affaires étrangères français ainsi que de l’Ambassade de France à Moscou.

    Suite à une décision du tribunal administratif de Paris, l’Etat français a par ailleurs été condamné à lui verser 300 000 euros pour ne pas avoir appliqué la « protection fonctionnelle » jugeant que la procédure qui le visait « s'inscrivait dans un contexte de poursuites concomitantes menées par les autorités russes contre le réseau des alliances françaises installées sur le territoire, et visait en réalité le requérant en raison de ses fonctions et de la coopération qu'elles impliquaient avec les autorités locales » (France Bleu 24 avril 2020).

    Fêté comme un héros par la presse française, invité sur les plateaux de télévision, l’autoproclamé meilleur Directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk de tous les temps n’a pas laissé que de bons souvenirs sur place. Contrairement à ce qu’il crie sur tous les toits, son bilan professionnel à la tête de l’Alliance française d’Irkoutsk est catastrophique. Alors que le portrait d’un Casanova assoiffé de liberté cavalant à travers les plaines de Russie séduit les lectrices et lecteurs de son roman, on a dans les faits plutôt affaire à un mari volage parfois violent (voir le témoignage de son ex-épouse sur Radio Svoboda du 28 novembre 2017).

     

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  • Kaboul, la défaite de Varus et l’économi

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    Il y a exactement 2012 ans, en septembre de l’an 9 de notre ère, l’armée la plus puissante du monde connaissait une défaite sans précédent dans la sombre forêt de Teutobourg. Un chef germain, Arminius (Hermann dans la mythologie allemande), obscur officier formé dans les armées impériales romaines, avait « trahi » ses maitres et réussi à coaliser des tribus germaines d’habitude rivales et à détruire dans une guerre de guérilla et d’embuscades les meilleures légions du général Varus, lieutenant fidèle d’Octave Auguste, premier empereur d’un empire au sommet de sa puissance.

    Le choc de la défaite fut tel que, aux yeux des historiens d’aujourd’hui, cet événement est considéré comme la plus grande défaite de l’histoire romaine et comme un « point tournant de l’histoire mondiale », Rome abandonnant l’idée de conquérir la Germanie pour se contenter de « contenir » les Barbares.

    Sur le moment, l’empire fut naturellement ébranlé. Mais la tyrannie impériale était telle que personne n’osa incriminer Auguste et que les historiens romains censurèrent leur récit en insistant sur la trahison d’Arminius, les rigueurs du climat et l’incompétence de Varus. Officiellement, on déclara qu’on avait perdu une bataille mais pas la guerre. Une seconde déroute, contre les Bataves, en l’an 70, acheva de ruiner ce récit et de convaincre l’empire que mieux valait conforter son emprise sur les territoires qu’il contrôlait déjà plutôt que de risquer de tout perdre dans des aventures sans lendemain à l’extérieur.

     

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