Planète bleue

  • Multilatéralisme vs nations et tribus

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    Conclusion provisoire : il n’y a pas de multilatéralisme qui tienne sans nations qui se respectent les unes les autres.
    Un second problème est apparu plus récemment, la tendance au tribalisme. Jusqu’ici, on croyait que le tribalisme était un mal spécifiquement africain, né de la colonisation et aggravé par les erreurs de la décolonisation. Un problème ethnique de régions sous-développées ou excentrées comme les Balkans. Ce n’est plus le cas depuis que les pays occidentaux ont sombré dans le gouffre des revendications minoritaires, qui s’étalent désormais à la une des journaux. Chaque minorité, chaque groupe ou groupuscule réclame à la majorité silencieuse une reconnaissance de son statut et de ses droits de genre, de confession, de couleur, dans une spirale qui semble sans fin. Cette marche des vieilles démocraties républicaines vers l’atomisation est accentuée par les médias sociaux et le développement des chaines radio et TV qui ne sont désormais plus des médias de masse s’adressant à un large public, mais des micro-médias qui ne s’adressent plus qu’à des publics très restreints, qu’ils contribuent à isoler du reste de la société et à radicaliser. Chaque groupuscule et bientôt chaque individu aura sa chaine Youtube.
    De cet ennemi du multilatéralisme, on ne parle jamais parce qu’il va à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle toute minorité est bonne par définition. Il serait pourtant urgent de s’en préoccuper.


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  • Petite synthèse des distorsions de l’été

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    J’ai profité de l’été pour fuir les distractions du Covid en faisant un tour du Valais à pied, à 2000 mètres d’altitude. Mais il a bien fallu se résoudre, en fin de course, à redescendre en plaine et à réatterrir dans la réalité. Ou dans la fiction suivant le point de vue dans lequel on se place…
    Ce que j’y ai trouvé ne m’a pas plu.
    La crise sanitaire d’abord : l’hystérie continue de plus belle alors même qu’il n’y a pratiquement plus de morts et pas de recrudescence des hospitalisations. Le principe de précaution et la peur distillée par les prétendus experts et les médias continuent à faire des ravages dans les populations et chez les dirigeants politiques hantés par la crainte d’être accusés d’avoir sous-réagi. Paniqués par l’ampleur de la crise économique et sociale et les années de déficits budgétaires qui s’annoncent, ils votent en catastrophe des plans de relance par centaines de milliards tandis que les économistes néolibéraux façon Alain Minc balancent par-dessus bord le dogme de l’austérité et le tabou de la dette. C’est la seule bonne nouvelle, car pour le reste, il n’y qu’une seule et unique certitude : la facture de cette immense cacade tombera tôt ou tard.
    Sur le plan international, l’éruption de sinophobie qui avait éclaté au début de la crise s’est calmée faute de combustible : la Chine a manifestement mieux géré la pandémie que les pays occidentaux. Et comme Hong Kong a été remis au travail, la guerre de propagande s’est déplacée dans le Sinkiang avec des accusations de génocide des Ouïghours. Ce qui s’y passe est certes tragique mais pourquoi tant d’attention sur cette région du monde alors que depuis des décennies des millions de femmes et d’enfants sont tués, violés et torturés dans l’est du Congo pour le plus grand profit de nos industries d’extraction sans un mot dans nos médias ? Etrange non ?
    Le curseur est donc revenu en Europe, à la faveur de la crise biélorusse et du cas Navalny. Ces deux affaires sont emblématiques des distorsions de l’information dont nous sommes capables sans même s’en rendre compte. En Biélorussie, nous avons indiscutablement affaire à un autocrate qui arrange les élections en sa faveur et qui est contesté par une partie de sa population. Mais on nous le présente comme le dernier dictateur d’Europe, avec du sang et une kalachnikov à la main. Ce qui est mensonger. Car le plus ancien dictateur d’Europe n’est pas Loukachenko mais le sultan à vie du Monténégro Milo Dukanovitc qui monopolise le pouvoir sans discontinuer depuis 1991. Ses relations avec la mafia et son régime corrompu sont avérés. Lui aussi est contesté par la rue depuis des mois par des dizaines de milliers de manifestants. Lui aussi a maltraité ses opposants. Résultat : pas un mot dans nos bons journaux ! Car il se trouve que Dukanovic a fait le « bon » choix : il a intégré son pays dans l’OTAN et caresse les Occidentaux dans le sens du poil. Les élections monténégrines de fin août auraient pu être une occasion de dénoncer ce régime honteux. Que nenni : circulez, il n’y a rien à voir. Les Monténégrins sont priés de se débrouiller tout seuls avec leur dictateur.

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  • Tour du Valais à pied : à bientôt pour l’étape finale…

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    Chers amis,
    En septembre dernier et depuis 15 jours, j’ai tenté de vous intéresser à mon tour du Valais à pied. J’espère que vous y avez pris autant de plaisir que moi. Mais voilà, tout a une fin, provisoirement en tout cas.
    Hier matin, suite à une rencontre avec les Editions Slatkine, il a été décidé de faire un petit livre pour raconter cette aventure et vous dire comment se sont passées les 20 dernières étapes. Pas question de tout dévoiler maintenant, il vous faudra attendre avril 2021.
    Tout ce que je peux dire, c’est que ça c’est bien terminé. Je suis rentré chez moi sain et sauf après avoir franchi la frontière vaudoise au Torrent Sec (voir photo), intercepté un miraculeux arc-en-ciel en arrivant au-dessus de mon village natal (photo) et saisi les Dents du Midi émergeant des brumes comme dans une estampe chinoise…
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  • On rigole bien dans les cabanes uranaises

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    35e étape - Cabane de Corno Gries - Cabane de Piansecco - Passo di Cavanna - Cabane de Rotondo - 18 juillet 2020

    La nuit a été médiocre à cause d’un mal de tête opiniâtre. Mais la météo est bonne et il n’est pas question de procrastiner avant une étape qui s’annonce comme l’une des plus longues du tour. Sur ce point en tout cas, je ne serai pas déçu. La matinée se passe pour le mieux. Les cinq premières heures fondent dans le paysage avenant du Val Bedretto comme du sucre dans un espresso italien. Mais les quatre dernières, dans un décor de haute montagne avec des pierriers vertigineux entrecoupés de névés en à-pic, rappelleront au randonneur trop confiant la dure réalité de la montagne.
    La journée commence par une descente en douceur à l’Alpe Cruina, au pied sud du col du Nufenen. Puis il emprunte l’agréable chemin d’altitude du haut Val Bedretto, en direction de la pimpante cabane du Piansecco, en traversant une série d’alpages, Ruino, Peschiara, Cavanna, qui surplombent les villages du haut de la vallée, Al Acqua, Ronco, Bedretto.
    Un ciel clair, une brise fraîche, peu de randonneurs, une pause dans une cabane moderne et avenante, deux vététistes qui s’obstinent à porter leur engin sur l’épaule dans l’espoir (déçu, me dis-je) d’un chemin plus carrossable. En longeant des bruyères, je tombe à nouveau sur une vipère, brune et maigrichonne cette fois, qui m’accompagne quelques mètres avant de filer dans les pierriers. Rien de notable si ce n’est la munificence des hautes Alpes tessinoises.
    Avant le col du Lucendro qui mène au Gotthard, je coupe à gauche sur le col de Cavanna, qui conduit à Realp, dans le canton d’Uri, et à la Furka. 700 mètres de montée en plein soleil, après cinq heures de marche d’approche, ça pèse sur le dos et les jambes, fussent-ils bien entraînés! Juste avant le col, soufflant et ahanant comme la mule du pape, je rattrape néanmoins deux jeunes Suisses allemandes tout en étant talonné par deux Zurichois. Nous nous rejoignons tous au sommet et décidons de faire équipe car nous allons tous à la même cabane par un itinéraire qui s’annonce scabreux.
    Le contraste entre les deux versants du col est en effet saisissant. Autant le côté tessinois était avenant, souriant, ensoleillé, herbagé, couvert de fleurs, autant le versant uranais parait âpre, rude, raide, enneigé et pierreux. Caillasses et neiges se conjuguent dans un univers froid et minéral. Nous sommes sur la crête du partage des eaux: derrière nous, au sud, le Tessin et le bassin du Pô mènent à la Méditerranée ; devant nous, au nord, les sources de l’Aar et de la Reuss, et vers l’est, celles du Rhin, conduisent à la froide Mer du Nord. A l’ouest, celles du Rhône filent vers la France.
    Du col, les flèches indiquent un pierrier de gros blocs éboulés vaguement arrangés en escaliers, près d’une arête couverte de neige et côtoyant le vide. A l’endroit dit Huendersattel commence une descente éprouvante à travers de nouveaux pierriers et des champs de neige. Au milieu de la descente, après une pause pour soulager les pieds, je perds la trace de mes compagnons, disparus dans une combe, et celle du chemin. Je suis descendu trop bas et butte sur une paroi de rocher. J’ai toutes les peines du monde à retrouver le sentier et coupe à travers une pente herbeuse très raide en me tenant aux rochers les plus solides. En fait, le sentier est remonté sur une crête pour mieux redescendre au fond d’une gorge à travers des éboulis. Il faut assurer chaque pas, se retenir aux rochers pour ne pas glisser sur la neige durcie, dans un calvaire qui semble sans fin.
    Entretemps, la cabane qui paraissait si proche a définitivement disparu, cachée par les rochers. Quand elle réapparaît enfin au sommet d’une butte, il faudra encore 45 minutes de grimpe pour l’atteindre.
    Neuf heures et demie d’efforts depuis ce matin pour gagner cette cabane perdue du canton d’Uri. Est-ce que ça en valait la peine? Pas vraiment, me suis-je dit en regardant mes pieds endoloris et mes cloques écrasées, les douches fermées pour cause de Covid et l’absence d’eau chaude. Mais voilà : une fois le sac posé, après une petite sieste au chaud sur un matelas moëlleux et une bonne bière, on voit le monde différemment. Oubliées la peine, la sueur, la douleur, la froidure, la chaleur, la peur, la désespérance. On se laisse gagner par la joie d’avoir accompli quelque chose, d’être submergé de paysages et empli d’un sentiment de liberté et de sensations qui effacent aussitôt les désagréments physiques.

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  • Divagations philosophiques au pied du Nufenen

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    34e étape - Ulrichen - Vallée du Nufenen - Cabane de Corno Gries - 17 juillet 2020
    Il a plu cette nuit et il pleut encore ce matin. Les nuages sont bas et obstruent la vallée de Conches. Le col du Nufenen est bouché lui aussi et, après la dure étape d’hier et les ampoules qui écorchent les pieds, l’humeur n’est pas franchement à l’enthousiasme. Plutôt que de remonter la vallée du Rhône jusqu’à Gletsch, j’ai décidé de contourner la Furka et le Glacier du Rhône par la droite, en faisant un détour par le Nufenen, le Tessin et Uri, histoire de saluer les cantons voisins.
    Sur la carte, ça sonne bien. Dans la réalité, c’est nettement moins exaltant.
    En principe, rien de plus simple que de mettre un pied devant l’autre. Mais quand le cœur n’y est pas, rien à faire, la machine reste à quai. En sirotant un troisième café, je me mets à philosopher. Qu’est-ce qui compte dans la marche, le chemin ou le marcheur ? Est-ce le chemin qui fait le marcheur ou le marcheur qui fait le chemin ? Est-ce la volonté du chemin ou celle du marcheur qui incite à faire le premier pas ? Les deux propositions me paraissent également vraies. La sagesse du marcheur invite à suivre le chemin et à se laisser guider par lui, sans vouloir à tout prix le dominer ou lui résister. Mais la sagesse du chemin consiste pour sa part à s’effacer devant la volonté du marcheur et à lui faciliter la tâche. A quoi servirait un chemin que personne ne voudrait emprunter ?
    Incapable de trancher, j’en suis là dans mes divagations quand le ciel s’éclaircit et mes idées aussi. Vers 10 heures, je saisis mon sac et mes bâtons, paie mon hôtel et pars à l’attaque du Nufenen, le long de l’Aegene, le torrent qui descend du col.
    On suit pendant deux heures l’antique chemin muletier qui reliait Conches à Airolo par le col de Corno et à Domodossola par le col de Gries. Sur le tracé, on retrouve les vieux empierrements et on traverse le pont de pierre de la route médiévale, qui franchit le torrent près de l’ancienne souste de Ladstafel, dont le nom suggère l’existence d’un entrepôt de marchandises. La route moderne encombrée de caravanes et de motos vrombissantes monte en zigzag vers le Nufenen tandis que le chemin pédestre se dirige vers le fond du vallon avant de remonter abruptement en direction du barrage et des quatre éoliennes de la crête sommitale de Gries.

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  • Admirer les vipères et les lis de Binn sans modération

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    Admirer les vipères et les lis de Binn sans modération
    32e étape - Rosswald - Col de Saflisch - Binn - Ausserbinn – Ernen - 15 juillet 2020

    Ce gîte si déconcertant avec son absence de tenancier et son appellation à tiroirs (Ski und Ferienhaus Alp Walliser Style) s’est avéré fort recommandable. Une chambre-dortoir bien conçue, avec salle de bains et cuisine, un petit déjeuner avec des fruits et des produits locaux digne d’un hôtel 3 étoiles, pour 35 francs tout compris : difficile de faire mieux.
    La journée commence par une longue montée de 7 à 8 kilomètres et 700 mètres de dénivelé en direction du col de Saflisch, en compagnie d’une famille belge. Cette année, les marcheurs belges sont à l’honneur. J’en rencontrerai des dizaines, infatigables et intrépides, dans les prochains jours. Quel insensé a pu baptiser la Belgique le Plat-Pays ?
    On commence par longer un grand mont totalement dénudé, le Petit et Grand Huwetz, aux teintes ocre et rouge, qui parait posé sur la vallée comme le rocher d’Uluru au milieu du désert australien. Un chamois fou remonte à toute vitesse le pierrier inférieur, comme s’il avait le feu aux trousses ? Que va-t-il faire sur ce rocher où pas un brin d’herbe ne pousse ? Mystère. De l’autre côté du col, une très longue descente attend le voyageur, dans un décor particulièrement sauvage, de névés, de rochers et de petites combes très minérales d’abord, et d’alpages couverts d’une végétation et de myriades de fleurs luxuriantes ensuite. La vallée de Binn mérite largement sa réputation de réserve du Valais. La faune et la flore sauvages y prospèrent plus que partout ailleurs.
    Ici, c’est une marmotte qui joue et éduque ses petits aux abords de son terrier. Ses mimiques et ses attentions maternelles sont à la fois touchantes et comiques : ah, si les êtres humains mettaient autant d’énergie à éduquer leurs petits… ne peut-on s’empêcher de penser ! Tout à l’heure, en voulant faire place nette dans la forêt pour aménager une place de pique-nique, je manque de peu de mettre la main sur une belle vipère, noire aux rayures d’argent, dodue comme un petit saucisson. Je sursaute et me précipite en arrière. Mais elle aura encore plus peur que moi et s’évanouira aussitôt dans les pierres.
    Ça me rappelle cette rencontre fortuite avec une autre vipère près du barrage de Zeuzier il y a quelques années. A l’aide de mon bâton, je l’avais aidée à franchir le parapet de la route, trop haut pour elle. Aujourd’hui encore, bien que je n’aie pas de sympathie particulière pour elles, je me félicite de ce geste. Ça soulage ma conscience d’adolescent, quand nous détruisions avec nos fourches les nids de vipères que nous rencontrions en fauchant les foins.
    Et partout, c’est un festival de fleurs et de papillons. Les Belges attirent mon attention sur les orchis vanillés, ces petites fleurs en forme de brosses de ramoneur, couleur rouge très foncé, que les Allemands appellent Männertreue et qui sentent très fort le cacao fraîchement moulu quand on approche son nez. Plus bas, au milieu d’une touffe de bruyère, c’est un bouquet de superbes lis martagon qui vient de fleurir au milieu du pré. Mi-juillet, les alpages resplendissent de couleurs. Il y a en a pour tous les goûts, toutes les tailles, toutes les formes, toutes les couleurs: des jaunes, des blanches, des bleues, des rouges, des mauves, des roses, des vertes, des mauves, des brunes. En forme de cloches d’église, de brosses à récurer, de piques de lansquenets, de rabots de menuisier, de manchons Belle-Epoque, de modules lunaires et de vaisseaux Soyouz, d’épis de maïs, de balais à épousseter, de sucres d’orge. Du rhododendron branchu à la rose épilobe, du rasant thym sauvage à la joubarbe haute sur tige, du bleu profond des gentianes au mauve éclatant des asters en passant par le jaune vif de l’arnica, tout se mélange dans la plus grande promiscuité et le plus grand désordre. Ici, pas de cultures surveillées par satellite et alignées comme des soldats de plomb par des semoirs industriels, ni de nuages de pesticides et d’herbicides distribués par drones télécommandés. Les ingénieurs agronomes n’ont pas encore imposé leur insupportable symétrie. Les papillons sont tout aussi capricieux. Ils n’en font qu’à leur tête, incapables de voler droit, zigzaguant dans tous les sens, se posant n’importe où, butinant n’importe quoi sans qu’on puisse déceler le moindre sens des priorités.

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  • A Rosswald, un espresso italien à tomber les chaussettes !

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    31e étape - Col du Simplon – Bärufalla – Wasensee – Bortelhütte – Mischibach - Rosswald - Mardi 14 juillet 2020

    Bonne nuit à l’hospice, seul dans une grande chambre de six lits. Un bon matelas et la compagnie des chanoines et des paroissiens brigands en retraite garantissent manifestement un sommeil plus calme qu’une nuit sur un plancher de yourte. Je fais la grasse matinée jusqu’à 7 heures, le déjeuner ayant été fixé à 8 heures. Ma lessive est sèche, mes ampoules aux pieds sont presque guéries et je me sens en forme pour une bonne journée de marche, une fois mes exercices matinaux terminés. Départ en douceur à 9 heures, avec une météo en demi-teinte, mais qui s’avèrera assez vite conciliante.
    Vu du Simplon, Rosswald parait à portée de main. Une dizaine de minutes de vol suffirait pour un gypaète ou un aigle un tant soit peu doué. Mais on est en Valais et on ne soulignera jamais assez ce que ce canton peut receler de vallées cachées, de vallons insoupçonnés, de couloirs à avalanches dissimulés, de barres de rochers masquées, de hautes steppes et de marais spongieux mal signalés, d’alpages grevés de trous de marmottes, d’éboulis et de pierriers mal placés, de rochers mal rangés ! Il m’arrive souvent d’y penser lorsque la marche devient laborieuse, à cause de la pluie, du soleil ou des cailloux. Dans ces moments, tout semble conspirer contre vous et s’évertuer à faire obstacle à votre progression. A peine avez-vous entrevu la buvette tant désirée qu’elle se dérobe parce que vous venez d’atteindre ce point fatal où le chemin décide de descendre à-pic au fond d’une gorge profonde et invisible pour mieux remonter sur l’abrupt et caniculaire versant d’en face. Le demi-litre de Rivella et la tarte aux myrtilles tant désirés devront patienter une heure encore. Si tout va bien…
    Le premier chemin du jour commence par longer la tranchée couverte de la route du Simplon avec ses meutes de poids lourds qui rugissent dans les oreilles. Mais fort heureusement, il s’en écarte assez vite pour monter vers un alpage accueillant, du nom de Schallbett. Il continue ensuite sur les hauts de la vallée, à travers des landes couvertes de bruyères et des zones de marécage, jusqu’à l’alpage de Bärufalla, d’où un sentier monte jusqu’au très agréable petit lac bleu de Wasen. Un rayon de soleil inattendu m’incite à tenter un bain. On entend le sifflement des marmottes et les sonnettes d’un troupeau de vaches. Comme d’habitude, l’eau glacée agit comme un coup de fouet. On entre dans l’eau et on en ressort comme un obus! Mais qu’il est bon ensuite de se chauffer sous les rayons d’un soleil pas trop agressif et de se sécher à l’aide d’une petite brise ! Marcher en montagne, c’est souffrir beaucoup mais c’est aussi se sentir vivre comme jamais.
    Du coup, je m’aperçois que j’ai oublié la clé de ma chambre dans ma poche. Trop tard pour revenir en arrière. Je décide donc de la confier aux prochains randonneurs qui feront le chemin en sens inverse. Peu après, une famille de Suisses-Allemands acceptera en effet de la ramener à l’Hospice.

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  • Halte chez les bons chanoines du Simplon

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    30e étape - Col de Gibidum - vallon de la Gamsa - col de Bistine - Hospice du Simplon – Lundi 13 juillet 2020

    Réveillé à 5h45 par les premières lueurs du jour, un torticolis carabiné et un froid tenace, pas question de faire la grasse matinée dans cette yourte glaciale. Le petit déjeuner au lit attendra des jours meilleurs.
    Une demi-heure de yoga pour se réchauffer et se dégourdir les muscles, quelques ablutions au lac, un petit encas avec du pain sec et un reste de fromage, le temps de plier et de rassembler mes affaires et de remplir les gourdes au ruisseau et me voilà prêt au départ à 7h déjà.
    Le ciel est couvert. De l’autre côté du vallon, vers le Simplon, des trainées de brumes descendent du col que je suis censé franchir en début d’après-midi. Plutôt que de descendre tout au fond de la vallée pour remonter de l’autre côté, les connaisseurs conseillent de remonter le vallon jusqu’au fond, sur cinq ou six kilomètres et de revenir de l’autre côté, ce qui est beaucoup plus agréable pour l’œil et l’esprit. On suit le bisse qui approvisionne l’alpage en eau à partir du torrent qui descend du glacier du Fletschhorn. Il fait frais, le chemin est agréable et facile, et je marche donc d’un bon pas. C’est le paradis des marmottes. Elles croisent mon chemin, dévalent la pente jusqu’à leur terrier, sifflent pour avertir leurs congénères et parfois se figent dans une pose comique en me surveillant d’un coin de l’œil.
    Après deux heures de marche, j’atteins le fond de la vallée et les petits lacs de Fulmoos, à 2500 mètres d’altitude. Un couple de jeunes Brigands vient d’y passer une nuit sous la tente. Un rayon de soleil perce les nuages et je décide de faire une pause et de procéder à des ablutions plus complètes près d’une petite lagune proche de petits névés. Un coin sauvage, coupé du monde, qui n’offre que des rochers et des nuages pour seuls compagnons.
    Le chemin revient amorce une boucle et revient sur l’autre versant du vallon en montant doucement vers le col de Bistine, noyé dans les nuages. Les abords du chemin sont couverts de myriades de fleurs de toutes les couleurs. J’atteins le col vers 13 heures. Un grand cairn érigé en 1940 par les soldats de la troisième compagnie du 17e régiment marque l’entrée dans la vallée du Simplon. Commence la descente sur le Simplon, plongé dans la brume. En avance sur l’horaire, je prends mon temps car le chemin est glissant et caillouteux. Un peu plus tard, la brume se lève et laisse entrevoir la vallée du Simplon se découvre. On peut distinguer l’ancien hospice et des portions de la vieille route Napoléon, qui serpente dans le vallon alors que la voie moderne, taillée pour le trafic poids lourd, ne s’encombre pas de méandres.

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  • On rigole bien dans les cabanes uranaises

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    35e étape - Cabane de Corno Gries - Cabane de Piansecco - Passo di Cavanna - Cabane de Rotondo - 18 juillet 2020

    La nuit a été médiocre à cause d’un mal de tête opiniâtre. Mais la météo est bonne et il n’est pas question de procrastiner avant une étape qui s’annonce comme l’une des plus longues du tour. Sur ce point en tout cas, je ne serai pas déçu. La matinée se passe pour le mieux. Les cinq premières heures fondent dans le paysage avenant du Val Bedretto comme du sucre dans un espresso italien. Mais les quatre dernières, dans un décor de haute montagne avec des pierriers vertigineux entrecoupés de névés en à-pic, rappelleront au randonneur trop confiant la dure réalité de la montagne.
    La journée commence par une descente en douceur à l’Alpe Cruina, au pied sud du col du Nufenen. Puis il emprunte l’agréable chemin d’altitude du haut Val Bedretto, en direction de la pimpante cabane du Piansecco, en traversant une série d’alpages, Ruino, Peschiara, Cavanna, qui surplombent les villages du haut de la vallée, Al Acqua, Ronco, Bedretto.
    Un ciel clair, une brise fraîche, peu de randonneurs, une pause dans une cabane moderne et avenante, deux vététistes qui s’obstinent à porter leur engin sur l’épaule dans l’espoir (déçu, me dis-je) d’un chemin plus carrossable. En longeant des bruyères, je tombe à nouveau sur une vipère, brune et maigrichonne cette fois, qui m’accompagne quelques mètres avant de filer dans les pierriers. Rien de notable si ce n’est la munificence des hautes Alpes tessinoises.
    Avant le col du Lucendro qui mène au Gotthard, je coupe à gauche sur le col de Cavanna, qui conduit à Realp, dans le canton d’Uri, et à la Furka. 700 mètres de montée en plein soleil, après cinq heures de marche d’approche, ça pèse sur le dos et les jambes, fussent-ils bien entraînés! Juste avant le col, soufflant et ahanant comme la mule du pape, je rattrape néanmoins deux jeunes Suisses allemandes tout en étant talonné par deux Zurichois. Nous nous rejoignons tous au sommet et décidons de faire équipe car nous allons tous à la même cabane par un itinéraire qui s’annonce scabreux.
    Le contraste entre les deux versants du col est en effet saisissant. Autant le côté tessinois était avenant, souriant, ensoleillé, herbagé, couvert de fleurs, autant le versant uranais parait âpre, rude, raide, enneigé et pierreux. Caillasses et neiges se conjuguent dans un univers froid et minéral. Nous sommes sur la crête du partage des eaux: derrière nous, au sud, le Tessin et le bassin du Pô mènent à la Méditerranée ; devant nous, au nord, les sources de l’Aar et de la Reuss, et vers l’est, celles du Rhin, conduisent à la froide Mer du Nord. A l’ouest, celles du Rhône filent vers la France.
    Du col, les flèches indiquent un pierrier de gros blocs éboulés vaguement arrangés en escaliers, près d’une arête couverte de neige et côtoyant le vide. A l’endroit dit Huendersattel commence une descente éprouvante à travers de nouveaux pierriers et des champs de neige. Au milieu de la descente, après une pause pour soulager les pieds, je perds la trace de mes compagnons, disparus dans une combe, et celle du chemin. Je suis descendu trop bas et butte sur une paroi de rocher. J’ai toutes les peines du monde à retrouver le sentier et coupe à travers une pente herbeuse très raide en me tenant aux rochers les plus solides. En fait, le sentier est remonté sur une crête pour mieux redescendre au fond d’une gorge à travers des éboulis. Il faut assurer chaque pas, se retenir aux rochers pour ne pas glisser sur la neige durcie, dans un calvaire qui semble sans fin.
    Entretemps, la cabane qui paraissait si proche a définitivement disparu, cachée par les rochers. Quand elle réapparaît enfin au sommet d’une butte, il faudra encore 45 minutes de grimpe pour l’atteindre.
    Neuf heures et demie d’efforts depuis ce matin pour gagner cette cabane perdue du canton d’Uri. Est-ce que ça en valait la peine? Pas vraiment, me suis-je dit en regardant mes pieds endoloris et mes cloques écrasées, les douches fermées pour cause de Covid et l’absence d’eau chaude. Mais voilà : une fois le sac posé, après une petite sieste au chaud sur un matelas moëlleux et une bonne bière, on voit le monde différemment. Oubliées la peine, la sueur, la douleur, la froidure, la chaleur, la peur, la désespérance. On se laisse gagner par la joie d’avoir accompli quelque chose, d’être submergé de paysages et empli d’un sentiment de liberté et de sensations qui effacent aussitôt les désagréments physiques.

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  • Bivouac et torticolis carabiné au col de Gibidum

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    29e étape - Saas-Fee - Gspon - Col de Gebidum – Dimanche 12 juillet 2020

    Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Autant hier était pluvieux, autant aujourd’hui est radieux. Autant le chemin était scabreux et risqué hier, autant il est souriant et avenant aujourd’hui.
    L’itinéraire prévoit de descendre vers Saas-Grund et de remonter sur le versant oriental de la vallée de la Saas pour rejoindre Gspon. Sur les conseils de mon hôtelier, je décide toutefois d’emprunter le car postal et la télécabine qui monte à Kreuzboden, à 2400 mètres d’altitude.
    Cette petite entorse au principe de la marche à pied se justifie. Demain l’étape du Simplon sera longue et la météo demeure incertaine. Je voudrais arriver à l’hospice en milieu d’après-midi à cause d’une vidéoconférence à 17 heures. Il me faut donc anticiper et gagner du temps. C’est pourquoi, au lieu de passer la nuit à Gspon, je décide de prolonger l’étape d’aujourd’hui de deux heures supplémentaires, jusqu’au col de Gibidum, et d’écourter celle de demain.
    Jusqu’à Gspon, le tracé est une vraie promenade de santé: pas de gros dénivelé, un sentier bien tracé, large et ombragé par les mélèzes, qui longe les flancs du Fletschhorn. De l’eau à profusion, une vue dégagée sur les Mischabel et les Alpes bernoises, un soleil qui tape pas trop fort. Du coup, alors que j’ai croisé deux personnes hier, c’est en rang serrés que les randonneurs déambulent aujourd’hui.
    Après quelques heures de marche tranquille et une pause au bord d’un bisse, je peux me poser sur la terrasse du café Alpenblick de Gspon et déguster une coupe des glaciers. Il est encore tôt et vers 16h30, je me remets en route pour monter à l’alpage de Sädolti. Un grand troupeau de vaches en revient, en faisant sonner ses cloches à toute volée au milieu des cris des bergers. Il n’a pas plu, tout est sec et tout ce beau monde est à la recherche d’une herbe plus fraîche car les vaches ne donnent plus de lait.
    Après l’alpage, le chemin descend en pente douce dans une superbe réserve naturelle: gare à ne pas déranger les casse-noisettes, les hiboux grands-ducs et les tétras-lyres, mettent en demeure des panneaux explicatifs. J’ai beau marcher en silence, aucun oiseau daigne se montrer.
    Vers 18h30, alors que le soleil est encore haut, j’atteins le col de Gibidum. Un vent froid souffle sur la passe herbeuse et ride la surface d’un petit lac. Je dois me rendre à l’évidence : une nuit à la belle étoile dans ces conditions risque d’être cauchemardesque. Par chance, près du lac se dresse une grande hutte lapone qui a l’air inoccupée. La porte est fermée à l’aide d’une petite poutre. Je saute sur l’enclos et bingo, le tipi lapon s’ouvre. A l’intérieur, une longue table de bois, un sol de terre battue, quelques bancs et un châlit en bois bien sec protège de l’humidité du sol. Un peu dur comme matelas, mais au moins je n’aurai pas froid.
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  • Saas-Fee, à deux doigts de l'accident fatal

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    28e étape - Grächen - Saas-Fee – Samedi 11 juillet 2020

    Il est huit heures et il pleut encore trop pour se lancer dans la montée au Furggi et entamer la longue marche sur Saas-Fee, le long du flanc oriental des Mischabel. Je sirote un café en attendant l’hypothétique embellie prévue par la météo. Le rapport annuel de la commune, posé sur une table du tea-room à côté du Blick, m’apprend que la télécabine ouvre à 8h30 en été. Je décide donc de faire une entorse à mes principes et de l’emprunter pour rattraper le temps perdu et m’éviter une montée sous la pluie en regardant défiler des cabines vides au-dessus de ma tête.
    Une fois en haut, les espoirs de soleil m’abandonnent vite. L’averse s’est muée en une bruine persistante qui durera la moitié de la journée, détrempant le chemin, rendant les pierres glissantes et transformant les chaussures en bain-marie. Heureusement, le paysage est grandiose. Les rhododendrons éclatent de couleur, une brume romantique enveloppe les montagnes, des bancs de brouillard remontent de la vallée et enveloppent les reliefs d’une atmosphère ouatée que viennent animer les formes sombres des arolles et le vert plus tendre des mélèzes. Je surprends deux chamois en train de brouter le long du chemin. On entend le rugissement des torrents dans le lointain. On se croirait dans un tableau de Caspar-David Friedrich...
    Ce sera la journée des chamois. A quatre reprises, nos chemins vont se croiser. Au milieu de l’après-midi, une harde entière prend position dans les éboulis pour me regarder passer, une moitié me toise des hauteurs tandis que les autres, postés en contrebas, me surveillent du coin de l’œil.
    Cependant, après deux heures de marche prudente, les choses se corsent sérieusement. Le chemin quitte l’abri sûr de la forêt pour s’engager dans des pentes raides, traverser des éboulis, surplomber des parois de rochers qu’on est obligé de franchir en s’agrippant à des chaines ou à des cordes. On perd sa trace au milieu des éboulis et il faut le chercher plus haut ou plus bas. Dans un couloir d’avalanche, une coulée de neige et de pierres obstrue le passage sur une quinzaine de mètres. C’est à la fois très court et horriblement long. La pente est forte et il n’y a rien pour s’agripper. J’hésite à m’engager quand un jeune Allemand surgit du brouillard arrive et me montre sa trace dans la neige durcie. Quelques pierres roulent sous le pied mais la neige tient bon et je plante mes bâtons pour mieux caler les pieds. Après cinq bonnes minutes, je suis en train d’atteindre l’autre bord quand une avalanche de pierres s’abat sur le névé que je viens de franchir. Faute de savoir que faire, je m’aplatis dans la neige, à l’abri d’un gros rocher en surplomb qui m’évite d’être frappé par les pierres qui ricochent sur le flanc du ravin. Un gros pavé s’écrase à un mètre de mon bras. Après quelques minutes, le couloir replonge dans le silence et l’incident se termine par plus de peur que de mal. Mais à quelques secondes près, j’y passais.

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  • A Grächen, les chants d’église sont gais

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    27e étape - Saint-Nicolas – Grächen – Vendredi 10 juillet 2020

    Après quarante-huit heures à Genève, je me sens déjà tout ramolli. Deux jours de gens à voir, de téléphones à faire, de courriels urgents et de rendez-vous à honorer, aussi urgents qu’inutiles souvent, suffisent à vous faire perdre votre tonus.
    Il faut dire que dans le train qui me ramène à Saint-Nicolas, je lis la confession d’un confrère journaliste allemand qui raconte sa déception professionnelle dans un livre déprimant (Lothar Struck, Adieu silencieux au journalisme). Le journalisme, dit-il, a renié sa vocation d’information pour se transformer en profession-caméléon, qui épouse l’air du temps après avoir abdiqué tout sens critique et n’hésite pas à tordre les faits lorsqu’ils ne sont pas conformes au moule préétabli. Qui peut prétendre le contraire ?
    Mais le train blanc et rouge de Zermatt s’engage dans les gorges de Stalden. Juste avant Saint-Nicolas, une averse vient miraculeusement rafraîchir le fond de l’air et masquer un soleil acide. Il fait donc frais pour attaquer les trois petites heures de montée à Grächen. Avec l’altitude, la bonne humeur et l’envie de marcher sont revenues. En fond de vallée, le chemin manque d’attraits mais il serpente agréablement entre la route et les ruisseaux. Une chèvre solitaire insiste pour se faire gratter l’oreille et un cerisier sauvage tend ses branches couvertes de fruits mûrs. Il y a pire pour marcher.
    Comme celui de Saint-Nicolas la semaine dernière, le sentier de Grächen est constellé de petits autels, de crucifix et de stations de chemin de croix. Le Haut-Valais a décidément les pieds dans la foi. Une plaque funéraire posée par ses enfants signale qu’un certain Alfred Gruber, né en 1873, mort d’un accident en 1929, a érigé cet autel en 1923 à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Elle prie le (rare) passant d’honorer ce « père très profondément aimé ». Un peu plus haut, une croix de bois brisée par les intempéries repose au bord du chemin et offre à la vénération du pèlerin un crucifix cassé comme s’il s’agissait d’une relique précieuse. Dans deux mille ans, les musées exposeront ces vestiges des croyances du XXe siècle comme ils exhibent aujourd’hui les statuettes d’argile des dieux romains.

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  • Zermatt en vagabond des cimes

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    26e étape - Europahütte-Pont suspendu Charles Kuonen-Täschalp-Zermatt – Lundi 6 juillet 2020

    Départ pour Zermatt en douceur, vers 8h15, en commençant par une descente en douceur en direction du tout nouveau pont suspendu - la passerelle Charles Kuonen, la plus longue du monde (494 mètres) nous assure-t-on - qui enjambe le ravin du Dorfbächli. Je la franchis juste au moment où un SMS me signale que le sol vient aussi de se dérober sous les pieds du conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet, qui vient d’être exclu de son parti. Je préfère mon sort au sien : tant qu’à devoir marcher dans le vide, restons au moins maitre de nos choix.
    Il fait frais, le ciel se découvre et le Weisshorn apparaît dans toute sa splendeur. Le Chemin de l’Europe continue dans le prolongement d’hier, à flanc de coteau, alternant alpages couverts de fleurs, forêts de mélèzes et rhododendrons, parois de rochers vertigineuses, zones humides de torrent, montant ou descendant selon les obstacles. Je dois m’habituer: je commence à le trouver sympathique, avec ses paysages et ses décors qui changent constamment.
    Après quatre heures de sauts de mouton, l’alpage de Täschalp est en vue, au fond d’un profond vallon. Le soleil tape dur et une pause s’impose. Un torrent frais et quelques mélèzes m’offrent leur fraicheur. Je déploie mon tapis, délace mes chaussures, prends mes aises mais… gare aux fourmis! En quelques minutes je suis submergé par de farouches hyménoptères peu habitués à ce qu’un intrus vienne les déranger. Une lutte intense s’engage, dont je ressors naturellement perdant. La taille ne peut rien contre le nombre, il faut décamper.
    Le chemin revient sur la vallée de Zermatt et le Cervin se découvre enfin, en toute majesté. Après tout, c’est aussi pour lui qu’on vient et il était attendu avec impatience. Magie de l’altitude ou de la position ? Jamais il ne m’avait paru si présent, massif, hiératique, grandiose. D’habitude, il m’avait toujours paru un peu lointain, vaporeux, inatteignable, indifférent. Sa forme de pyramide presque parfaite et sa pointe légèrement tronquée qui lui donne cet élan accentuent son mystère. Tout à l'heure, sous les rayons du soleil couchant, son sommet s'allumera comme un bûcher céleste.

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  • A Herbriggen, un chemin raide à ferrer les poules

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    25e étape – Saint-Nicolas-Herbriggen-Europahütte – Dimanche 5 juillet 2020

    Si l’étape d’hier a été pénible à cause d’une descente interminable - presque 2000 mètres de dénivellation – et scabreuse, l’étape d’aujourd’hui va s’avérer de loin la plus éprouvante de tout ce périple en terme de la montée. C’est moins le dénivelé, 1600 mètres tout de même, que la nature du sentier, escarpé, raidissime, hasardeux, vertigineux parfois, chauffé à blanc par le soleil la plupart du temps. Souvent, il grimpe face à la pente et il faut se mettre à quatre pattes et s’agripper aux rochers pour ne pas basculer dans le vide, en évitant de regarder en bas pour escalader des parois rocheuses qui paraissent sans fin. Plus vraiment de mon âge… A mi-parcours, je me fais devancer par un couple de jeunes Biennois qui semblent survoler tout ça d’un air léger, quoiqu’ils transpirent abondamment aussi et finiront par faire une pause un peu plus haut… Plus tard, à la cabane, ils me concéderont d’ailleurs un compliment. La jeune fille me dira qu’elle sera contente de grimper comme moi quand elle aura mon âge. Vu sous cet angle, le poids des années devient plus acceptable…
    La journée avait pourtant bien commencé, avec une heure de marche tranquille et bien au frais entre Saint-Nicolas et Herbriggen, et quelques savoureuses cerises sauvages au début de la montée.
    Mais très vite, je perds le chemin à cause de travaux d’endiguement qui labourent la forêt et j’ai de la peine à le retrouver au milieu des rochers, des troncs d’arbres et des branches de sapin coupées qui jonchent le sol. Le calvaire commence aussitôt. Les panneaux annonçaient quatre heures de marche. J’en mettrais six. Une fois sorti de la forêt, le soleil tape dur. Les barres de rochers se succèdent les unes après les autres et semblent autant de forteresses infranchissables. Le chemin taille sa voie, par des escaliers, le long d’arêtes assurées par des cordes. Les bretelles du sac, alourdi par trois litres d’eau, m’arrachent les épaules et j’ai l’impression d’être happé par le vide à chaque faux mouvement.
    C’est d’autant plus frustrant que je ne peux que m’en prendre qu’à moi-même puisque personne ne m’a imposé cette épreuve.
    A 2600 mètres, à un endroit appelé Galenberg, le sentier rejoint enfin le Chemin de l’Europe qui arrive de Grächen mais qui a été fermé à cause des éboulements et des chutes de pierre qui rendent le trajet dangereux. Un étudiant russe vivant en Allemagne achève sa pause et nous tentons quelques échanges. Il a l’air solide et bien équipé. Mais il est ambitieux car il voudrait redescendre sur Grächen avant le soir, soit un parcours de presque 40 kilomètres en un jour. Je le convaincs de descendre sur Herbriggen.

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  • Chute et bâton cassé sur le chemin de croix de Saint-Nicolas

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    24e étape - Gruben – Augsborgpass – Junggu - Saint-Nicolas – Samedi 4 juillet 2020

    Sur le chemin qui monte au col d’Augsborg, pas âme qui vive. Une fois arrivé sur le haut du vallon, on dirait la Sibérie ou la planète Mars. Il faudra trois heures de bonne montée pour atteindre le col et une heure de redescente de l’autre côté avant de croiser les premiers groupes de randonneurs, accompagnés d’un guide. Soit dix personnes en huit heures.
    Couvert au départ, le ciel s’est dégagé et la vue est superbe, de part et d’autre du col. Sur le versant zermattois, les névés sont encore nombreux et je n’ose tenter une glissade sur les fesses pour gagner du temps. La fin de course dans les pierriers risque d’être rude.
    Vers 13 heures, un petit lac aux eaux cristallines m’offre son hospitalité pour la pause déjeûner. Toujours personne. Vers 13h30, j’entends des voix et aperçois des silhouettes sur le sentier qui monte de Saint-Nicolas, sur le versant sud du vallon. C’est un groupe de jeunes Romands partis de Stalden en début de matinée. Un autre groupe et quelques randonneurs individuels les suivent de près. Plutôt de prendre sur la gauche en direction de Törbel et Embd, je me dirige sur la droite à travers des pierriers et des névés qui mènent au belvédère du Mont Twära qui offre un superbe point de vue sur la vallée de la Viège et les alpes haut-valaisannes. De l’autre côté, il s’élargit pour emprunter une sorte de voie romaine faite de grandes dalles planes, qui semble mener jusqu’au Weisshorn. Mais l’illusion ne dure pas. Très vite le sentier plonge dans la vallée, redevient escarpé et descend interminablement à travers alpages et forêts. Après deux heures, on atteint le hameau de Jungu, relié à Saint-Nicolas par un petit téléphérique.
    Il fait chaud, le soleil tape dur et je m’offre quelques sorbets à la buvette avant d’attaquer les 800 derniers mètres de dénivelé. Le chemin est rude, la chaleur et la fatigue intenses, et le moral en berne. Après dix minutes de marche seulement, mon pied heurte une pierre et je m’étale de tout mon long sur les cailloux : rien de cassé, quelques égratignures à une jambe. Mais un des bâtons s’est brisé net dans la chute. Il va falloir descendre le reste du chemin avec un seul bâton, en tenant les débris de l’autre à la main, tandis que les cabines du téléphérique à moitié vides se dandinent à quelques dizaines de mètres...
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  • Bienvenue au pays des « Salü » et des « Adé »

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    23e étape - Cabane Bella Tola - Meidpass - Gruben – Vendredi 3 juillet 2020

    Brouillard, grésil et petites averses ont duré toute la nuit et, à l’aube, la cabane est encore noyée dans la brume. Vers 9 heures, les nuages remontent sur les sommets et la vue se dégage un peu sur le bas de la vallée d’Anniviers.
    Le chemin monte aimablement dans la lande et les pierriers, traverse des marais formés par la fonte des neiges et grimpe en direction de la pointe de la Bella Tola. De temps en temps, des pylônes de téléski apparaissent comme des fantômes dans la brume. Après une heure de marche tranquille, je bifurque à droite en direction du sentier qui mène aux lacs de Bella Tola et d’Armina, afin de rejoindre le chemin du pas de Meiden. Pas âme qui vive. De la brume, de l’herbe, de l’eau, des pierres et une marmotte qui part se terrer dans son trou en sifflant. Les lacs sont encore partiellement prisonniers des neiges.
    Après une nouvelle heure de marche, le Meidpass est en vue. Il pleuvine, la visibilité est nulle. Le franchissement du roestigraben, qui culmine tout de même à 2789 mètres, se fait dans une solitude absolue et il faudra attendre l’après-midi pour entendre les premiers Grüsserr ! Ici, on ne dit pas gruëzi comme à Zurich et on se quitte en disant « Adé », adieu. En attendant de peaufiner les formules de politesses en wallisertütsch, je me contente de saluer l’événement par un selfie humide. Pour la vue sur le Weisshorn, le Cervin et les autres 4000, il faudra repasser! Glaciers étincelants, où vous êtes-vous cachés?
    Devant moi, le Haut-Valais apparaît aussi bouché que le Bas. Une échancrure dans le brouillard laisse entr’apercevoir en contrebas une vaste moraine couverte de névés et une vue du lac Meiden encore à moitié pris dans les glaces. Pas vraiment gai.
    La descente sur la vallée de Tourtemagne s’annonce donc lente, mouillée et cahoteuse. Une crampe à la jambe droite me fait diablement souffrir et j’ai peur de me tordre une cheville sur un caillou glissant ou des graviers traitres.
    Après une heure de ce régime pénible, le temps s’améliore cependant. Un rayon de soleil perce à travers les nuages et, faute d’avoir pu faire une pause sur les rives enneigées et brumeuses du lac de Meiden, je m’arrête près de la grande gouille de Chlei Seewji, à dix minutes de marche du chemin. Le soleil joue à cache-cache mais il fait moins cru et je prolonge la pause pique-nique d’une petite sieste, sous la garde vigilante et massive de la dent du Meidhoru, qui se dresse dans le ciel comme une corne de rhinocéros.

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  • Combat de reines au pied du Tounò

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    22e étape - Zinal-Tounô-Hôtel Weisshorn-Tignousa-Cabane Bella Tola – Jeudi 2 juillet 2020

    La nuit a été difficile et le sommeil capricieux. Lu quelques pages de la Suisse de travers de Daniel de Roulet entre 3h et 4h du matin. Lui a décidé de traverser la Suisse de part en part, d’ouest en est et du nord au sud. Mais en restant à basse altitude, à hauteur des écrivains qui l’ont précédé. Réveillé à 6h30. Par bonheur, une demi-heure d’exercices matinaux suffit à me donner une forme qui s’avèrera étincelante.
    Ce matin en effet, la machine a trouvé son rythme. Après une bonne vingtaine de minutes et un premier kilomètre de chauffe, le diesel s’enclenche pour une journée qui sera la plus longue de toutes les étapes de ce périple: à l’arrivée, le compteur affichera 11 heures de marche et 29 kilomètres parcourus.
    C’est peut-être aussi l’effet de la petite chandelle allumée dans la petite église de Zinal avant de partir. Les saints patrons des villages d’Anniviers ornent les vitraux: Barthélémy, Euphémie, Théodule et Anne veillent sur les voyageurs déraisonnables qui se sont mis en tête d’arpenter la vallée. Sainte Euphémie, patronne de Vissoie décapitée à la fin du IVe siècle en Chalcédoine et sauveuse de la chrétienté à qui elle a évité un schisme dangereux, me semble particulièrement efficace. Ils se sont alliés pour faciliter leur marche et éviter les embûches.
    Le chemin commence à grimper dans une très belle forêt de mélèzes et d’arolles, jusqu’à un premier alpage. Puis la pente s’adoucit jusqu’à un deuxième alpage, avant de remonter de plus belle sur le haut du versant droit de la vallée, en face de Grimentz. Après deux heures de montée, en atteignant Nava, je décide de contourner les pointes du même nom pour rejoindre l’Hôtel Weisshorn par la droite, en direction de l’alpage du Tsahélet et du col de la Forcletta. Je coupe ensuite à gauche, en direction du petit col de Bella Vouarda pour redescendre sur la plaine alluviale du Tsa du Tounô. La météo semble favorable et l’idée est de tenter l’ascension du Tounô, gravi une première fois il y a plus de trente ans. Le ciel est voilé, le Tounô et la Pointe de Tourtemagne sont cachés par une petite nappe de brouillard Mais le soleil n’est pas loin et joue à cache-cache avec les nuages.
    Pour faire la jonction avec le chemin du Tounô de l’autre côté de la plaine du Tsa, je coupe à travers les pierriers, pas trop escarpés, jusqu’au pied du monticule qui ferme le lac de Tounô, à 2660 mètres d’altitude. Il est 14h et l’endroit est encore assez fréquenté. Après une brève pause pique-nique, je cache mon sac sous un rocher et me lance sur le chemin raide qui monte à l’assaut du Tounô, 500 mètres plus haut. C’est rude ! Mais la météo est bonne fille, la couronne de nuage s’évapore et après une dernière barre de neige, j’atteins sans trop de peine le sommet du premier 3000 de la saison. Panorama à 360 degrés sur les sommets du Valais central, certains déjà sous la pluie et les orages.

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  • Coup de mou et relance grâce à deux chamois

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    21e étape – Grimentz - Zinal – Mercredi 1er juillet 2020

    Après une année d'interruption, j'ai décidé de reprendre ce tour du valais à pied et en solitaire là où je l'avais laissé l'an dernier, à Grimentz. Le 1er juillet, j'ai donc repris mon sac à dos pour 35 jours de marche.
    Départ de Genève par le train de 10h30, en retard de dix minutes. La reprise de ce tour du Valais à pied après 12 mois d’interruption commence mal. A Sierre, le car postal part sans attendre la correspondance du train et me laisse sur le flanc. Heureusement, un autre bus est annoncé 75 minutes plus tard. Il me pose à Grimentz peu avant 15h. Trop tard pour envisager de monter à la Corne de Sorebois mais assez tôt pour rejoindre Zinal par les chemins du coteau, le long de l’ancien bisse de Morasse. Pour corser un peu la route et franchir le cap des 2000 mètres d’altitude, j’opte pour le trajet le plus alpin, avec une petite montée de 400 mètres par l’alpage du Chiesso.
    Dans les premiers mètres, je suis content de retrouver la forêt, l’odeur des bois, les aiguilles de pin sur le chemin, les torrents, les mélèzes, les myosotis et les sabots de Vénus. Mais très vite, je suis rattrapé par une brutale chute de forme. Après une heure de marche, je me sens exténué, avec un sac à dos qui semble peser une tonne et déchire les épaules, des bâtons qui tiennent mal au sol, des jambes lourdes et des pieds mal assurés. Le moteur rugit, la sueur est à son comble, le coeur bat à 150 coups/minutes. Mais impossible d’enclencher la deuxième vitesse, pour faire baisser le régime tout en gardant l’allure. La faute à deux mois de confinement? A une soixante-troisième année qui pèse plus lourd que les précédentes? A un moral en berne à l’idée de s’arracher pour des semaines aux petits conforts de la plaine et de la ville? Ou à un sentiment de déjà-vu et une perte de l’attrait de la nouveauté ?

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  • Flic ce métier impossible

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    Le meurtre de Georges Floyd à Minneapolis et les brutalités occasionnelles de la police française contre les gilets jaunes ont rouvert le débat sur le rôle de la police dans nos sociétés. Dans une démocratie, le métier de flic est difficile. Mais quand ces démocraties sont sous tension, il devient carrément impossible.
    Prenons la relation à l’individu d’abord. Comme justiciable, nous détestons souvent la police. Quand elle nous surprend en pleine infraction, ce qui nous arrive à tous une fois ou l’autre ; quand on la soupçonne de traitement inutilement dégradants (comme à Genève dans l’affaire Simon Brandt en 2019 ou du fils Kadhafi en 2008) ; ou quand on l’accuse d’inaction face aux embarras du trafic urbain ou à l’égard des malfrats de tous ordres qui troublent l’espace public.
    Mais comme citoyen, nous devons chérir la police. Sans elle, pas de respect des lois ni d’Etat de droit. Et sans Etat de droit, pas de respect des libertés civiles et des droits de l’Homme. Pas non plus de gouvernement efficace et viable. Bref, un état d’anarchie dans lequel les plus vulnérables, étrangers, pauvres, personnes âgées, seraient les premières victimes.
    Cette relation schizophrène est donc compliquée en soi, puisque nous sommes tous à la fois demandeurs et critiques de la police. Mais au niveau individuel, les choses peuvent en principe se régler sans trop de peine. Le citoyen peut porter plainte en cas de bavure ou de corruption crasse, et le policier, comme individu, peut aussi agir et se défendre en cas d’agression, dans le cadre de la loi. Surtout si la justice fait bien son travail.
    Mais là où les choses se corsent, c’est dans la relation avec le pouvoir politique et l’idéologie du moment qui, eux, ne sont pas neutres et tendent à interpréter les lois d’une façon qui les avantagent. Ce qui a pour effet de brouiller les messages, de désarçonner l’opinion publique et de faire perdre du crédit aux institutions.

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  • Des médias trop gentils pour être crédibles

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    Interrogée à la radio romande fin mai, Micheline Calmy-Rey s’est montrée critique sur le comportement des médias pendant la crise du coronavirus. Notamment à l’égard du service public, à qui elle a reproché l’indigence de ses programmes (gavés de séries américaines de second ordre) et sa tendance à souffler sur la braise plutôt qu’à rassurer les populations inquiètes.
    On ne saurait trop lui donner raison. On se demande bien pourquoi les médias publics payés par la redevance n’ont pas bondi sur l’occasion pour voler au secours de la culture locale brutalement mise au chômage en proposant des programmes du cru plutôt que des séries importées. Occasion ratée de manifester une solidarité concrète avec les acteurs locaux, alors qu’on brocardait à l’antenne les effets néfastes des délocalisations…
    Reconnaissons toutefois que, pendant les deux ou trois premières semaines, journaux, radios et TV ont bien réagi. Surpris par la violence du choc, ils ont cherché, enquêté, multiplié les angles d’attaque et les points de vue, interrogé les experts sans préjugé, faute d’avoir un avis préétabli sur la question. Et le public, anxieux et avide de savoir, a suivi. Les audiences ont bondi, ce qui a permis à chacun de se taper sur le ventre.
    Mais toutes ces belles dispositions n’ont pas tardé à partir en vrille. On a ainsi eu droit à d’interminables semaines de nouvelles catastrophistes, de décomptes morbides, de photos d’hôpitaux submergés, de tweets paniquants, de déclarations d’experts alarmistes, qui ont tout sauf aidé le public et les autorités politiques à demeurer serein. Puis on a eu droit à la ridicule campagne contre le virus « chinois », les laboratoires de Wuhan et contre l’OMS, dans le sillage de la propagande trumpienne. La presse établie s’est mise à dégommer la Chine et exiger des comptes. (Tiens, on n’en parle presque plus depuis dix jours. Mais ce n’est que partie remise…)

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