Bivouac et torticolis carabiné au col de Gibidum

Imprimer

29e étape - Saas-Fee - Gspon - Col de Gebidum – Dimanche 12 juillet 2020

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Autant hier était pluvieux, autant aujourd’hui est radieux. Autant le chemin était scabreux et risqué hier, autant il est souriant et avenant aujourd’hui.
L’itinéraire prévoit de descendre vers Saas-Grund et de remonter sur le versant oriental de la vallée de la Saas pour rejoindre Gspon. Sur les conseils de mon hôtelier, je décide toutefois d’emprunter le car postal et la télécabine qui monte à Kreuzboden, à 2400 mètres d’altitude.
Cette petite entorse au principe de la marche à pied se justifie. Demain l’étape du Simplon sera longue et la météo demeure incertaine. Je voudrais arriver à l’hospice en milieu d’après-midi à cause d’une vidéoconférence à 17 heures. Il me faut donc anticiper et gagner du temps. C’est pourquoi, au lieu de passer la nuit à Gspon, je décide de prolonger l’étape d’aujourd’hui de deux heures supplémentaires, jusqu’au col de Gibidum, et d’écourter celle de demain.
Jusqu’à Gspon, le tracé est une vraie promenade de santé: pas de gros dénivelé, un sentier bien tracé, large et ombragé par les mélèzes, qui longe les flancs du Fletschhorn. De l’eau à profusion, une vue dégagée sur les Mischabel et les Alpes bernoises, un soleil qui tape pas trop fort. Du coup, alors que j’ai croisé deux personnes hier, c’est en rang serrés que les randonneurs déambulent aujourd’hui.
Après quelques heures de marche tranquille et une pause au bord d’un bisse, je peux me poser sur la terrasse du café Alpenblick de Gspon et déguster une coupe des glaciers. Il est encore tôt et vers 16h30, je me remets en route pour monter à l’alpage de Sädolti. Un grand troupeau de vaches en revient, en faisant sonner ses cloches à toute volée au milieu des cris des bergers. Il n’a pas plu, tout est sec et tout ce beau monde est à la recherche d’une herbe plus fraîche car les vaches ne donnent plus de lait.
Après l’alpage, le chemin descend en pente douce dans une superbe réserve naturelle: gare à ne pas déranger les casse-noisettes, les hiboux grands-ducs et les tétras-lyres, mettent en demeure des panneaux explicatifs. J’ai beau marcher en silence, aucun oiseau daigne se montrer.
Vers 18h30, alors que le soleil est encore haut, j’atteins le col de Gibidum. Un vent froid souffle sur la passe herbeuse et ride la surface d’un petit lac. Je dois me rendre à l’évidence : une nuit à la belle étoile dans ces conditions risque d’être cauchemardesque. Par chance, près du lac se dresse une grande hutte lapone qui a l’air inoccupée. La porte est fermée à l’aide d’une petite poutre. Je saute sur l’enclos et bingo, le tipi lapon s’ouvre. A l’intérieur, une longue table de bois, un sol de terre battue, quelques bancs et un châlit en bois bien sec protège de l’humidité du sol. Un peu dur comme matelas, mais au moins je n’aurai pas froid.
Gibidum 1.jpg

La nuit, réveillé par les bruissements de la toile ou des membres engourdis, je me remémore des images et des souvenirs d’enfance oubliés: le chalet d’alpage en terre battue sans eau ni électricité dans lequel j’ai passé mes été jusqu’à l’âge de dix ans, le géant Albert juché sur son minuscule tracteur, le vieil Auguste affairé autour de son alambic clandestin ; en automne, la cueillette des creussons, ces petites pommes vertes idéales pour la distillation ; au printemps, à la sortie de l’école, la chasse aux taupes, dont les queues nous étaient payées un franc/pièce par la commune. Le Premier Mai, c’était la cueillette et la vente des muguets au bord de la route cantonale, bientôt suivie du ramassage des escargots. De l’argent de poche pour s’acheter des glaces et des BD au magasin du village.
Malgré la yourte, la nuit sera longue et le réveil pénible. Sur le plancher trop dur, mon cou a souffert : à l’aube, un torticolis tenace m’empêche de tourner la tête à droite et mettra des jours à s’estomper…
Gibidum 3.jpgSimplon 2.jpg
Lien permanent 1 commentaire

Commentaires

  • "C’est pourquoi, au lieu de passer la nuit à Gspon, je décide de prolonger l’étape d’aujourd’hui de deux heures supplémentaires, jusqu’au col de Gibidum"

    Je n'ose pas imaginer la scène s'il n'y avait pas eu ce tipi providentiel...

Les commentaires sont fermés.