Et pendant ce temps la planète brûle

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Il y a exactement quarante-cinq ans, en 1977, que j’ai publié mon premier article sur les dangers de la dégradation de l’environnement et du réchauffement climatique dans une revue étudiante. Depuis le Sommet de Rio en 1992, cela fait trois décennies que je suis avec attention la publication des rapports du GIEC. Pendant vingt ans, j’ai organisé des débats et des rencontres de presse avec les différents dirigeants de cet organisme et de l’Organisation mondiale de la météorologie. Chaque fois, ils ont sonné l’alarme. Et chaque fois, ils n’ont pas été entendus. Quelques échos dans les médias, puis la chape de plomb est retombée. Beaucoup de tintamarre, un grand festival de célébrités et un ballet d’avions privés autour des COP (les conférences sur les changements climatiques) comme la COP 21 de Paris en 2015 ou la COP 26 de Glasgow l’an dernier. Et puis plus rien.

Bilan de toutes ces opérations : zéro. Ou presque zéro.

Lundi, le GIEC a donc publié son sixième rapport, encore plus alarmant, encore plus fondé, encore plus chiffré que d’habitude. Il suffit d’ouvrir sa fenêtre pour constater que le printemps arrive en février, l’été en mai, et les canicules tropicales en juillet. Que nos campagnes et nos montagnes vivent en état de stress hydrique quasi permanent. Mais rien n’y fait.

Pendant deux ans, les Européens ont vécu la tête dans le Covid et durant ces deux prochaines années ils vivront dans l’indignation antirusse et l’ivresse de la défense de « nos valeurs » face à l’ogre oriental et à la menace du nouveau péril jaune. Que diront-ils quand, dans trois mois, les incendies commenceront à décimer nos forêts, à brûler nos maisons, et que la chaleur achèvera de faire fondre nos glaciers et d’assécher nos nappes phréatiques ? Où sont passés les militants du climat qui organisaient des sit-in et des occupations de banques en 2019 pour dénoncer l’inertie des Etats ? Les écologistes qui dénonçaient l’addiction de nos entreprises aux énergies fossiles et qui bénissent aujourd’hui les achats de gaz de schiste et de pétrole de fracking américain obtenus au prix d’immenses ravages écologiques ?

 

Car il faudra bien continuer à se chauffer, à faire bouillir les marmites, à alimenter les voitures et les vélos électriques, et à faire tourner nos usines.

Plus grave encore que le réchauffement climatique, la destruction quasi-totale des populations d’insectes, l’épuisement des océans par la surpêche et les matières plastiques, la destruction des sols par excès d’engrais, de pesticides, et surextension des monocultures, la déforestation, la chute dramatique de la biodiversité. Qui font l’objet de quelques papiers dans nos journaux entre deux éloges de milliardaires californiens qui s’envoient en l’air dans de coûteuses et polluantes fusées en faisant miroiter les bonheurs du tourisme spatial pour tous.

Tous ces changements provoquent d’ores et déjà, et provoqueront encore bien davantage à l’avenir, la migration de millions de réfugiés et la mort de centaines de milliers de personnes. Les tensions à l’œuvre pour le contrôle des ressources naturelles, agricoles et énergétiques, dont la bataille pour l'Ukraine n’est qu’un exemple, vont s’intensifier de façon dramatique. Le déclin démocratique, lui aussi déjà amorcé depuis l’adoption des lois d’urgence antiterroristes et sanitaires, va s’accentuer avec l’état de guerre permanent, les sanctions économiques, la division de la planète en camps irréconciliables.

Vous direz que je divague. Que j’exagère. Que tel ou tel scientifique conteste ces données. Qu’il a plu en août et neigé en décembre. Je souhaite que vous ayez raison. Mais je reste persuadé que l’aveuglement et la valse des vertueuses indignations n’aideront pas à éteindre les incendies qui ravagent déjà notre planète.

 

 

Lien permanent 5 commentaires

Commentaires

  • "à éteindre les incendies qui ravagent déjà notre planète." Sauf que la plupart des incendies sont allumés par des humains et non par le Diable Réchauffement...
    Le catastrophisme a été battu idéologiquement parlant quand les géologues ont pu imposer avec arguments leur vision des choses face aux religieux qui pensaient que tout partait du Déluge.
    Juste une contradiction bien visible de votre part : "Car il faudra bien continuer à se chauffer" Bien sûr que non, puisqu'il y a le Dieu Réchauffement !
    Votre billet est celui d'un croyant qui a la Foi du charbonnier. Ce qui ne manque pas de sel...

  • Quand la régulation de l'espèce homo destructor ne se fait pas par l'intelligence, elle se fera selon sa propre hubris destructrice.

    "dieu les bénit, et dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre."

    L'homme est un animal qui se meut sur la Terre non?
    "

  • Il semble que la nature nous ait doté de la faculté de ne pas considérer les conséquences de nos actes lorsqu'elles ne sont pas immédiates.

    Normalement nous devrions tous être en train de courir la tête entre les mains mais bizarrement, nous sommes tous relativement calmes.
    Pourtant nous comprenons bien les consequences et cela nous affecte profondément.
    Tristesse, désespoir, colère, tous les états d'âme y passent à part le seul qui devrait se manifester: LA PANIQUE.

    Faut se l'avouer, on n'y croit pas vraiment.

  • Ce sont des paroles d’une grande sagesse, mais j’ai beau les chercher dans les réseaux sociaux, je ne les trouve pas ! Car en 2022, ce que nous aimons, rejetons, ce en quoi nous croyons, ce que nous ressentons… tout nous est dicté par des algorithmes programmés par une poignée de personnes dont la stratégie est bien précise. Les indignations se suivent et ne ressemblent pas ; black lives matter, me too, inaction climatique, sus aux anti-vax… tout nous est dicté dans une symphonie minutieusement orchestrée dans le but de nous maintenir dans cette illusion de liberté et de démocratie. Si nous avons redouté pendant des décennies le 1984 d’Orwell, c’est le meilleur des mondes d’Huxley qui a fini par s’imposer. Et oui, pendant ce temps, la planète brûle..

  • Bonjour,
    Je ne suis pas d'accord sur tous les sujets que vous abordez, mais par contre j'approuve totalement ce billet.
    Nous avons trop traîné les pieds et nous voici au pied du mur.
    Encore bravo.
    C. Demierre

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