Dégustation de crus russes au cœur du Vully

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Fribourg - Granges-Paccot - Courtepin - Morat - Sugiez - 23-24 juillet 2021

Le train de 8h28 m’amène de Villarimboud à la gare de Fribourg et, de là, un bus me dépose aux Portes de la ville. Après deux petits kilomètres, j’emprunte le chemin pédestre qui mène à Morat. Très vite la chaleur, la lassitude, l’ennui, les crampes me terrassent. Sur cette portion du Plateau suisse, le sentier n’offre aucun attrait. On traverse des campagnes semi urbanisées où les champs de blé et de maïs alternent avec des zones industrielles, une autoroute, des quartiers de villas neuves et des jardins rasés par des tondeuses automatiques qui traquent le moindre brin d’herbe pendant que leurs propriétaires sont en vacances ou au bureau. Pas la moindre âme qui vive à l’horizon. Aucun « Grüesser » enjoué pour le voyageur esseulé. Apparemment, je suis le seul à être assez fou pour emprunter ce chemin aujourd’hui.

Je me traine donc comme une âme en peine, en maudissant mon entêtement à vouloir marcher ainsi au milieu du néant. Soudain un merle semble avoir senti ma détresse. A l’orée d’un bois, il vient se poser à côté de moi et m’accompagne par petits bonds, pendant cinq longues minutes, comme s’il voulait me montrer la fin de l’épreuve…

Voici enfin Meyriez et le monument qui commémore la fameuse bataille de Morat, qui a vu la défaite des troupes de Charles le Téméraire en juin 1476. Les gémissements des soldats qui étouffaient de chaleur dans leurs cuirasses pendant que les Confédérés furieux les transperçaient de leurs hallebardes ou les faisaient périr noyés dans le lac se sont tus depuis longtemps. Cinq siècles et demi ont passé. Mais on devine que leur sort n’a pas dû être agréable. Du coup, mes petites souffrances de pèlerin du XXIe siècle apparaissent ridicules et je monte vers la vieille ville de Morat sans me plaindre. Mon hôtel, adossé aux remparts, s’avère bien choisi. Les redoutables envahisseurs bourguignons et lansquenets suisses ont cédé la place à de pacifiques Indiens qui mitonnent des petits plats au curry fort passables.

 

Le lendemain matin, le sentier du bord du lac de Morat étant fermé pour cause d’inondation, je prends le train jusqu’à Sugiez. A onze heures, j’ai rendez-vous dans la cave de Renaud Burnier, éminent représentant d’une grande dynastie de vignerons du Vully. On se connait depuis une douzaine d’années mais c’est la première fois que je visite son domaine. Comme beaucoup de ses confrères, Renaud cache un tempérament original derrière l’amour de la tradition. Non seulement il produit un des meilleurs vins du Vully (il faut goûter sa « Folle envie », un chasselas vieilles vignes à l’étiquette un brin coquine), mais c’est aussi l’unique Suisse à cultiver des vignes en Russie. Dans la grande lignée des vignerons de la mer Noire qui s’étaient installés près d’Odessa dans les années 1820 (voir à ce sujet le livre d’Olivier Grivat, Les vignerons suisses du tsar), il a acquis il y a une vingtaine d’années un domaine de cinquante hectares dans la région vinicole d’Anapa, aux pieds du Caucase. Ce n’était pas gagné d’avance. Des vignes mal entretenues, des méthodes de vinification datant de Staline, tout était à faire et à refaire !

A force de labeur et d’opiniâtreté, il a réussi à transformer l’ancien kolkhoze spécialisé dans la piquette soviétique en un chai reconnu. Il produit désormais des crus renommés, couronnés par plusieurs médailles d’or dans des concours européens, et occupe 35 employés à l’année. Une douzaine de cépages, merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon, chardonnay et un assemblage à base de pinot (le Lioubliou, l’Amour) assurent la production de base. Mais ses deux grandes spécialités sont le viognier, dans les blancs, et, dans les rouges, le krasnotop, un cépage local que les Russes arrachaient en masse avant qu’il ne le réhabilite et que, après avoir beaucoup tâtonné, il le transforme en un grand vin de garde. Un produit de niche qui vaut le détour.

Comme tout le monde, Renaud Burnier a souffert de la guerre en Ukraine. Certains clients ont cédé à la mode russophobe et boudé ses produits. Mais la vague a heureusement vite passé. Loin de la politique, il se concentre sur ses vignes. D’un côté, les sanctions contre la Russie ont eu pour effet de réduire la concurrence internationale et d’élargir la demande locale. De l’autre, il est confronté à des soucis nouveaux : l’impossibilité de procéder aux transferts bancaires et la difficulté d’organiser l’exportation des bouteilles de vin russes vers la Suisse. Qu’à cela ne tienne, il finira bien par trouver une solution quand les choses se seront calmées. Les projets ne manquent pas. L’extension du vignoble étant limitée dans le Vully, il projette d’agrandir son domaine caucasien d’une trentaine d’hectares.

Bon sang ne saurait mentir : la famille Burnier n’a-t-elle pas des ancêtres établis en Russie et, à quelques kilomètres de là, au Landeron, n’y a-t-il pas un quartier appelé La Russie ? Ce n’est pas demain que la région du Vully mettra fin à son tropisme russe.

 

 

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Commentaires

  • " l’impossibilité de procéder aux transferts bancaires et la difficulté d’organiser l’exportation des bouteilles de vin russes vers la Suisse. Qu’à cela ne tienne, il finira bien par trouver une solution quand les choses se seront calmées."

    Je souhaite à Renaud Burnier un peu de patience. Les choses vont s'arranger bientôt. Il n'y a pas que les occidentaux pour apprécier LE VIN.
    Si les sanctions contre la Russie font chicane bancaire, le marché de ce noble breuvage va bientôt connaître en essor enviable. D'abord une réserve monétaire concurrençant le dollar et l'Euro est en train de se constituer solidement - solide car basée sur des monnaies nationales, et ces monnaies sont basées sur des économies réelles et sur la capacité de production et extraction de matières premières que ces pays possèdent déjà.

    L'Amérique Latine, l'Eurasie, l'Afrique et l'Asie, Plusieurs pays sur ces continents ne sont pas étrangers à la culture viti et vinicole. Ils ont bénéficié, dans les dernières décennies, du savoir faire des meilleurs viniculteurs d'Europe et ils ont des œnologues très pointus.
    D'ailleurs, comme pour la musique dit classique, l'effet de la découverte investit ses artisans et artistes d'inspiration et de ferveur que les routiniers n'ont plus, et c'est la sève vigoureuse qui s'exprime. C'est le désir d'harmonie et d'équilibre qui guide les œnologues-musiciens.
    D'ailleurs, tous ceux là, sans label, ont produit du vin, et du très bon, pour la gourmandise des Occidentaux. La grande qualité de leurs produits a poussé les pays européens producteurs de vin aux efforts et à l'honnêteté, et à s'améliorer absolument pour ne pas disparaître.
    Il n'est pas rare de trouver un pinot noir de l'ancienne Yougoslavie meilleur qu'un Nuit Saint Georges des bonnes années de millésime; un rouge chinois, Muraille de Chine, est bien meilleur qu'une Dôle rouge et un Grenache Cinsault russe, aussi bon qu'un Cornas devenu célèbre, Cornas que j'avais trouvé (au pied de Lachaise et de Montrachet) à 0,70 anciens francs français, vin méprisé dans les années 70 qui avait toutes les qualités fondamentales pour être de garde.
    Ou en vin blanc, un Chardonnay-Colombard meilleur qu'un Chardonnay vaudois. Un airel très parfumé , résistant à la sécheresse, du plateau de la Mancha peut parfaitement donner le meilleur de lui au bord de la Mer Noire.
    La Russie, étant un territoire vaste, aux terroirs et aux climats si variés - comme la Chine - permet de déployer un grand choix de cépages. Le savoir faire de vignerons de goût et de passion a toujours su produire des assemblages divins où qu'ils soient de quelque continent, de quelque terre sur laquelle il a grandi.

    Pour la nouvelle réserve monétaires afin de supplanter le dollars et l'Euro punitifs, la Russie, la Chine et les BRICS vont débloquer les obstacles occidentaux et les vannes vont s'ouvrir pour les pays qui sont actuellement sous le joug de l'Occident.
    Les Américains et l'Europe ont perdu la guerre monétaire. S'il ne rejoignent pas cette initiative, ce sera eux les handicapés commerciaux et sociaux.

    Le soutien à l'Ukraine dans l'aveuglement du suprémacisme occidental aura été pour eux leur propre perte. C'est cyniquement un test intéressant.
    Pauvres travailleurs européens. Des boeufs malconduits et à la diète.


    https://reseauinternational.net/la-chine-soutient-ladhesion-de-liran-aux-brics/

  • Faisons de la place aux négociations, à la paix et au développement.
    Sans cela, plus de vin du tout. Ne laissons pas les imbéciles payés avec nos impôt tout détruire, l'humanité, l'économie et les patrimoines.

    On croirait que le Pape François s'adresse aux vignerons et viticulteurs, ainsi qu'au calice de larmes divines, lors de son Angelus de ce 3 juillet.
    L'Elixir de la Paix coulera de nouveau avec la volonté de tous les peuples.

    https://www.les-crises.fr/gael-giraud-sur-la-guerre-en-ukraine-solution-negociee-ou-destruction-totale/

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