Planète bleue - Page 2

  • L’art de perdre 2000 milliards de dollars

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    Les milieux économiques occidentaux, qui ne se privent pas de dénoncer les inconséquences des politiciens et des Etats, seraient-ils soudain devenus muets lorsqu’il s’agit de critiquer le gaspillage monstrueux de ressources qu’a constitué la guerre menée par la coalition euro-américaine en Afghanistan pendant vingt ans ?

    2000 milliards de dollars, c’est pourtant le chiffre officiel des dépenses effectuées pour un conflit qui n’a abouti à rien, si ce n’est à un désastre financier, militaire et politique. Et qu’on ne vienne pas dire qu’il s’agissait d’assurer notre sécurité, puisque celle-ci sort plus affaiblie que jamais de cette aventure.

    Dans les parlements, on mégote sur chaque milliard versé ou à verser pour venir en aide aux entreprises et aux indépendants victimes de la pandémie. On s’écharpe pour rogner les dépenses et réduire des prestations sociales jugées sans cesse excessives et dangereuses pour l’économie. On palabre pendant des mois pour décider de quelques timides mesures de lutte contre les seules menaces sécuritaires qui vaillent, celles du réchauffement climatique et de la destruction accélérée de la nature. On s’alarme à grands cris du poids de la dette dès qu’une dépense d’intérêt collectif est en jeu. On refuse d’accueillir les réfugiés de nos guerres à cause de leurs coûts. On s’inquiète du sous-financement de l’innovation et de la recherche.

     

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  • La Suisse, c’est d’abord des couleurs, des odeurs, des saveurs et un paysage

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    Discours 1er Août 2021, Presinge

    Mesdames et Messieurs, Chers compatriotes et amis de la Suisse,

    Je tiens tout d’abord à remercier les autorités de la belle et sympathique commune de Presinge de m’avoir invité à célébrer cette fête de Premier Août avec vous. C’est la deuxième fois que vous me faites cet honneur et j’en suis très heureux.

    Vous me permettrez ce soir de faire une entorse au protocole et de ne pas évoquer ce qui fait d’ordinaire le menu d’un discours de Premier Août, à savoir l’éloge du drapeau et des symboles patriotiques, le rappel des héros de 1291 et des défis qui attendent notre pays.

    Non, je vais plutôt vous parler d’odeurs, de saveurs, de couleurs et de paysages.

    Il se trouve que, pour le troisième été consécutif, j’ai entamé une longue marche de plusieurs dizaines de jours en Suisse. En 2019 et en 2020, j’ai entamé un tour du Valais à pied par les cols, soit 20 jours de marche de Saint-Gingolph à Grimentz durant l’été 2019, et 35 jours de marche de Grimentz à la Furka et retour, en passant par la Dixence, Zermatt, le Simplon, le Nufenen, Aletsch, le Lötschental, Crans-Montana et les Dents de Morcles. Soit 55 jours, 1100 kilomètres et une centaine de cols au total. J’ai raconté cette petite aventure dans un livre qui vient de paraitre à Genève.

     

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  • La Deuxième Guerre mondiale   est-elle vraiment terminée ?

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    Libres réflexions sur le début et la fin du dernier conflit mondial

     

    « La deuxième Guerre mondiale a commencé le 1er septembre 1939 avec l’invasion de la Pologne par les troupes nazies et s’est terminée le 8 mai 1945 avec la capitulation du Reich. » C’est ce qu’on apprenait dans les manuels scolaires des années 1950-1960 dans les écoles suisses et françaises. Pendant cinquante ans, ces dates me semblaient coulées dans le bronze et il ne me serait pas venu à l’idée qu’on puisse les remettre en cause.

    Cependant, le Japon ayant été vaincu par les Etats-Unis après avoir reçu deux bombes atomiques, il a été assez vite admis qu’il fallait repousser la date de la fin de la deuxième Guerre mondiale au 2 septembre 1945, jour de la capitulation du Japon. Mais en Europe occidentale, cette date du 2 septembre est restée très abstraite. En effet, comme à cette époque on avait l’habitude de commémorer les dates du 11 novembre 1918, fin de la Première Guerre mondiale, et du 8 mai 1945, fin de la deuxième, c’est cette dernière date qui est restée gravée dans ma mémoire personnelle et dans la mémoire collective de la majorité des Européens occidentaux.

    Il a fallu attendre 1991, la dissolution de l’Union soviétique et le « retour » des pays est-européens dans le giron occidental pour découvrir qu’à l’est, et en Russie notamment, on célébrait la fin de la Victoire sur le Reich le 9 mai et non le 8, à cause du décalage horaire provoqué par la signature tard dans la nuit de l’armistice. Du coup, les célébrations de la victoire sur le fascisme intervenaient un jour plus tôt en Occident. Ce qui lui permettait de s’attribuer, en catimini, la totalité de l’honneur de la victoire, devant la Russie soviétique qui se trouvait condamnée à ne la célébrer que le lendemain, comme un comparse de deuxième rang, un allié de deuxième zone, alors même qu’elle avait été le principal artisan de la victoire !

    Cet effacement progressif de la contribution russo-soviétique à la victoire sur le nazisme a été puissamment renforcé par la montée en puissance de la date du 6 juin 1944, jour du Débarquement de Normandie, dont la commémoration a pris une importance de plus en plus marquée à la fin de la Guerre froide et après la disparition de l’Union soviétique. Il s’agissait pour les Occidentaux, de consolider l’Alliance atlantique, de renforcer le front « démocratique » contre le communisme et de réintégrer l’Allemagne dans le concert des nations européennes aussi bien au sein de l’Union européenne que de l’OTAN.

    La célébration du Débarquement avait donc l’immense avantage de permettre de mettre de côté la Russie, sous prétexte qu’elle n’était pas présente sur les plages de Normandie le 6 juin, et d’adopter la posture du vainqueur magnanime en invitant les vaincus, les Allemands, aux cérémonies. C’est ainsi que le 6 juin 2019, à l’occasion du 75e anniversaire du Débarquement, les « Alliés » ont invité Angela Merkel en Normandie mais pas Vladimir Poutine, dont le pays avait pourtant libéré l’Europe du nazisme au prix de 26 millions de morts ! Au diable les réalités de l’Histoire, quand on peut ajouter l’injure à la distorsion des faits…

    Naturellement cette forfaiture n’aurait jamais été possible du vivant des survivants du Débarquement. Les soldats alliés qui ont débarqué en Normandie, qu’ils aient été Anglais, Américains, Français ou Canadiens, savaient parfaitement qu’ils devaient leur vie et leur succès au sacrifice de dizaines de milliers de soldats soviétiques qui, pendant ces jours fatidiques, se faisaient tuer au combat sur le front de l’est pour empêcher Hitler de rapatrier ses blindés et ses troupes de choc en Normandie afin de faire échec au débarquement. Ils auraient été indignés que, pour des raisons politiques, la Russie fût exclue des festivités. Leurs témoignages sont très clairs à ce sujet. Mais aujourd’hui, les derniers survivants disparaissent, et avec eux l’esprit de justice et de fraternité des armes qu’ils défendaient.

     

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  • La bataille du F-35 ne fait que commencer

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    Ils ont osé ! C’est la première réflexion qui m’est venue à l’esprit lorsque la nouvelle de l’achat du F-35 est tombée. La fascination pour la technologie et la servilité vis-à-vis des Etats-Unis l’ont donc emporté sur toutes les autres considérations politiques, militaires, géostratégiques.

    A vrai dire, ce n’est qu’une demi-surprise. Lorsque Guy Parmelin a confessé lors de son entretien avec Joe Biden à Genève que ce dernier lui avait parlé du F-35, les voyants sont passés au rouge.

    On connaissait déjà la fâcheuse tendance de notre état-major aérien à fricoter avec l’OTAN, dont les bases norvégiennes et portugaises servent d’aires d’entrainement pour nos pilotes. Et pour avoir suivi la capitulation honteuse du Conseil fédéral devant les Etats-Unis à la fin de la décennie 2000 lorsque ceux-ci ont exigé la fin du secret bancaire, le doute n’était plus permis. Il suffirait que Washington lève le petit doigt, actionne ses lobbyistes et ses espions pour que la Suisse souveraine et neutre se rende sans combattre. Avec une telle volonté d’indépendance, on se demande s’il est encore utile de posséder une armée de l’air, et une armée tout court. Pourquoi ne pas ouvrir nos bases aériennes à l’armée américaine tant qu’on y est, nous serons encore mieux défendus !

     

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  • La Cité de la musique est morte, vive la Cité des Musiques

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    Faut-il jeter par-dessus bord le projet de Cité de la Musique ? Faut-il au contraire le maintenir coûte que coûte en s’asseyant sur le refus populaire exprimé à 50,8% des voix lors de la votation du 13 juin dernier ? Ni l’un ni l’autre, pensons-nous, car il existe des alternatives possibles. Et dont l’une est peut-être même meilleure que l’originale.

    La question politique d’abord. Avant la votation, les initiateurs et leur comité de soutien n’ont cessé de proclamer, à juste titre, que ce projet était nécessaire pour Genève, et notamment pour la Haute Ecole de Musique dont les locaux actuels sont éparpillés partout dans la ville. Si cette assertion est vraie, alors le projet doit être poursuivi. Le besoin reste et il faut lui trouver une réponse satisfaisante.

    Après la votation, certains ont plaidé pour son maintien tel quel et passer outre au vote populaire, les citoyens de la Ville n’ayant donné qu’un avis consultatif non contraignant. C’est constitutionnellement exact mais ce serait politiquement désastreux. Faire comme si de rien n’était serait un déni de démocratie regrettable, et perçu comme tel par la population. Une majorité de 50,8% reste une majorité, sinon plus aucun vote démocratique ne se justifie. Si le camp du oui l’avait emporté avec la même faible marge, aurait-il accepté que la minorité remette en question le vote sous prétexte qu’il avait été perdu que de très peu et qu’il aurait fallu faire voter l’ensemble du canton ? Aurait-il renoncé à son projet ? Non, il aurait dit qu’une majorité est une majorité, même ténue.

    Il importe donc de poursuivre le projet, en raison de son intérêt, mais aussi en tenant compte du préavis populaire. Ce qui conduit par conséquent à le modifier, au moins en partie, afin de lui donner la légitimité qui lui a manqué.

    Car il existe au moins une alternative possible, réalisable dans un laps de temps assez bref étant donné les travaux déjà effectués. La première étape consiste à mieux définir les besoins aussi bien en termes de musique que d’espaces verts. N’oublions pas que si le projet a échoué, c’est à cause d’une coalition des oppositions provenant des milieux musicaux extérieurs au classique mais aussi des associations de protection de l’environnement (arbres et verdure) et du patrimoine (destruction de la maison des Feuillantines).

    Premier constat : il y a des besoins en termes de musique mais aussi d’espaces verts. On peut le déplorer mais c’est ainsi et le projet rénové doit en tenir compte.

    Sur le plan musical, le projet avait pour défaut de se cantonner à la seule musique classique et de le faire sans lien avec la Genève internationale, ce qui était un paradoxe puisqu’il s’inscrivait sur une parcelle de l’ONU ! On pourrait donc élargir le concept en réinterprétant l’idée de Philharmonie des Nations lancée à l’époque par Yehudi Menuhin et Leonard Bernstein. Il existe déjà un Orchestre des Nations. Pourquoi ne pas l’intégrer à l’OSR pour en faire une vraie philharmonie, en concertation avec les traditions classiques mondiales et non plus seulement locales ? Et, dans les laboratoires et lieux d’échanges prévus, pourquoi ne pas élargir la palette aux autres formes de musique, et cela aussi bien sur le plan local qu’international ?

     

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  • Pourquoi le sommet Poutine-Biden a été important

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    Les cocoricos sur l’excellence de l’accueil et de la préparation suisses et le blabla autour du retour des Etats-Unis sur la scène internationale étaient sans doute justifiés mais ils n’ont pas permis de voir pourquoi la rencontre du 16 juin entre Vladimir Poutine et Joe Biden a été importante. Tentons une analyse.

    Premier constat. Sur le plan diplomatique, si le sommet en lui-même n’a débouché sur aucune percée notable, comme cela a été dit, il aura permis d’amorcer un dégel entre les deux puissances. Tant Poutine que Biden ont été d’accord là-dessus. Ce n’est pas spectaculaire mais c’est considérable, tant les relations entre les Etats-Unis et la Russie étaient devenus exécrables ces dernières années. L’enchainement des sanctions et contre-sanctions, depuis 2014, avait créé un cercle vicieux dont on ne voyait plus la fin tandis que la presse occidentale, intoxiquée par sa propre propagande, pilonnait « l’autocrate Poutine » à longueur de colonnes et de téléjournaux sans jamais tenter de comprendre le point de vue russe.

    Outre le rétablissement des relations diplomatiques et le retour des ambassadeurs, les consultations sur la cybersécurité et le désarmement, on peut donc s’attendre à une mise en veilleuse de la politique des sanctions, à défaut de leur levée, qui prendra des années. Ce n’est pas rien, même si la suite des discussions s’annonce difficile.

    Ce sont là des points importants mais somme toute secondaires par rapport à l’enjeu caché de ce tête-à-tête, qui est la montée en puissance de la Chine. Dans ce sens, on peut dire que la rencontre d’hier a parachevé le basculement opéré par Obama en 2011 et poursuivi de façon brutale et chaotique par Trump, à savoir la concentration des intérêts américains sur la zone asiatique plutôt que sur l’Europe et le Moyen-Orient. En amorçant le retrait de ses troupes d’Afghanistan et en rencontrant Poutine, Joe Biden a entériné ce choix pour les Démocrates. On se souviendra que ceux-ci, à la suite d’Hillary Clinton lors de la campagne 2016 et du désastreux Russiagate qui avait suivi, s’étaient toujours rangé du côté des néoconservateurs qui considèrent la Russie comme l’ennemi No Un des Etats-Unis.

     

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  • Sommet Poutine-Biden : Merci les Russes !

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    Il y a 36 ans, le 19 novembre 1985, Ronald Reagan et Mikhail Gorbatchev se rencontraient à Genève dans un sommet qui a fait date dans l’histoire de la Guerre froide. Je m’en souviens comme hier : c’était le jour de mes 29 ans et j’ai conservé mon badge de journaliste accrédité jusqu’à aujourd’hui.

    Mais ce n’était pas le premier du genre pour Genève. Trente ans plus tôt, en 1955, les Quatre Grands - Eisenhower, Anthony Eden, Edgar Faure d’un côté, Boulganine, Khrouchtchev, Molotov et Joukov de l’autre - se retrouvaient dans les jardins de l’Ariana pour parler paix et sécurité après l’explosion des premières bombes atomiques soviétiques. La rencontre avait alors fait sensation. Je n’étais pas né, mais l’ombre de ce sommet a plané sur moi pendant les 22 années passées au Club suisse de la presse dans la pièce qui servit de chambre à coucher à Boulganine.

    Ces deux rencontres eurent lieu à Genève d’abord grâce aux Russes, qui ont toujours privilégié la Suisse neutre de préférence à New York ou à un autre pays membre de l’OTAN pour y accueillir des négociations internationales. Il en va de même pour le sommet Poutine-Biden. Il serait bon de s’en souvenir quand nous nous en prenons à la Russie pour tout et n’importe quoi.

    La Genève internationale est donc le fruit d’une longue histoire, qui en imprègne les murs et les lieux, et qui continue à influencer les choix du moment. Il est donc essentiel de maintenir vivant cet esprit de dialogue et d’entretenir un multilatéralisme qui soit réel et non de pure façade. On ne peut pas se réjouir d’accueillir un sommet pendant quelques jours et se coucher servilement devant la puissance dominante du moment le reste du temps.

    Le multilatéralisme, c’est d’abord un état d’esprit actif. C’est une empathie et une compréhension qu’il convient d’entretenir et de développer en tout temps à l’égard de tous, et surtout à l’égard des supposés méchants et des déclassés de l’ordre international : les Russes et les Chinois bien sûr, mais aussi les Nord-Coréens, les Iraniens, les Syriens, les Vénézuéliens, les Cubains, les Africains et tous ceux que l’Occident réprouve.

     

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  • L’accord-cadre est mort, vive le nouveau départ

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    On peut geindre, taper du pied avec rage, hurler à la mort lente de la Suisse, pourfendre la « lâcheté » du Conseil fédéral comme le font le NOMES et le lobby des chercheurs qui craignent pour les subventions européennes. Ou on peut au contraire se sentir soulagé que le Conseil fédéral ait eu le courage de ne pas prolonger l’acharnement thérapeutique pour maintenir en vie un accord qui aurait de toute façon été condamné par une majorité du peuple suisse au cours d’une votation qui aurait profondément et durablement divisé le pays.

    Par réalisme autant que par idéalisme, je préfère la seconde option.

    Le réalisme d’abord. Sur le plan politique, comme je viens de l’indiquer, pourquoi aller au-devant d’un échec assuré ? Goût du suicide ? Plaisir sadomasochiste ? Pourquoi perdre deux ans de plus dans un combat perdu ? Pourquoi diviser le pays en deux camps irréconciliables pendant des décennies alors qu’on a besoin de toutes les énergies pour affronter les défis climatique, énergétique, sociaux à venir ? Seul l’aveuglement le plus obtus militait en faveur d’un jusqu’au-boutisme.

     

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  • Big Ag et la fin du dernier paysan

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    Avec la complicité des Fondations Syngenta et Bill Gates, le WEF a fait pression sur le Sommet des systèmes alimentaires de l’ONU qui doit se tenir en septembre prochain à New York. Ou comment les géants de l’économie essaient de faire main basse sur l’agriculture mondiale au détriment des paysans.

    Le 13 juin, les Suisses voteront sur deux initiatives qui concernent l’agriculture (eau propre et pesticides). Du coup, les champs du pays se sont couverts de banderoles tandis que des paysans émus aux larmes occupent les micros pour tenter d’inciter les citoyens à voter non. Ou comment « Big Ag », dans une mobilisation sans précédent, a enrôlé le monde agricole à son service. Il y a quelque chose de pathétique dans cette vision de paysans qui, acculés au suicide par des conditions de vie indignes, écrasés entre le marteau des géants de l’agro-business et l’enclume des giga-entreprises de distribution, n’ont plus d’autre ressource que de se battre pour prolonger la corde avec laquelle on les pendra.

    Car il ne faut pas se faire d’illusion, qu’on dise oui ou non à ces deux initiatives, les paysans finiront pendus. Ou au mieux comme des chiens à laisse courte. Depuis que les géants de la tech ont décidé d’investir le dernier secteur économique qui, avec les cafetiers-restaurateurs et les coiffeurs, échappe encore à leur emprise, leur sort est scellé.

    Le but de ces nouveaux acteurs consiste à fusionner Big Data et Big Ag. Amazon, Microsoft, Apple et Alibaba se sont ainsi rapprochés des géants de l’agro-business tels que Syngenta, Cargill et Bayer-Monsanto, et des grands distributeurs tels que Walmart aux Etats-Unis, afin de convertir le monde agricole aux technologies de l’information et de traitement des données. C’est ainsi que Microsoft a acquis FarmBeats et Microsoft4Africa, Apple Agworld, Amazon WholeFood (16 milliards), Facebook Reliance Jio (6 milliards) tandis que les firmes agrochimiques s’achetaient des plateformes digitales (Cropio, Climate Fieldview ou Xarvio).

    En juin 2019, sous la houlette de la plate-forme agriculture du WEF (Food Action Alliance), un protocole d’entente rédigé dans un jargon incompréhensible avait été signé entre l’ONU et le WEF avant d’être retiré devant la levée de boucliers des agences spécialisées de l’ONU qui n’avait pas été consultées (FAO, PAM et FIDA). Mais depuis deux ans les choses avancent à grands pas. L’agriculture est devenue le deuxième utilisateur de drones au monde après le secteur militaire (cartographie, analyse des sols, épandages) tandis que le secteur privé a transformé le CGIAR (le consortium des centres internationaux de recherche agricole, 1500 scientifiques, 850 millions) en instrument de combat à son profit et se liait aux centres de recherche publics au nom du « partenariat public-privé » (5000 chercheurs, 11 milliards de budget).

     

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  • Le Valais comme vous ne l’avez encore jamais vu

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    Une fois n’est pas coutume, je me permets de solliciter votre attention sur deux livres que je viens de publier sur le Valais et ses montagnes.

    Le premier, sous forme d’un carnet de route illustré, vient de paraitre aux Editions Slatkine : « Un voyage à pied est d’abord un hymne à la terre qui nous a fait naitre.  

    « Pour cela, j’ai banni toute idée de performance, de course, de vitesse pour ne garder que la seule persévérance. Comme Rousseau, « j’ai aimé marcher à mon aise, et m’arrêter quand il me plaisait. » Mais à l’inverse de lui, qui ne prenait pas de notes au cours de ses flâneries, je me suis fait le greffier attentif de mes modestes progrès, de mes émotions et de mes pensées, quand j’en avais. Chaque soir, j’ai dressé le procès-verbal de la journée. Souvent sans autre motif que le plaisir de noter la volupté, et la douleur parfois, de marcher, monter, descendre, remonter, redescendre, à l’infini.

    « En ce sens, cette circumambulation du Valais au ras des cimes, à la limite de la forêt et de la haute montagne, là où la vie et l’oxygène sont encore riches et les tracas humains plus rares, a été une réussite. »

    Le second, publié à Bruxelles chez Nevicata dans la collection L’Ame des peuples, est un essai sur l’esprit de ce canton, complété par l’interview de trois personnalités valaisannes : « Le Valais est un miracle suisse. Niché au cœur des Alpes, jaloux de ses sommets, le Valais a l’indépendance arrimée à ses crêtes. Les Valaisans forment une confrérie. Réputés solidaires, ombrageux et téméraires, ils ont fait de leur terre le royaume de l’or blanc, où les coteaux irrigués par l’eau des glaciers se couvrent de vignobles à faire pâlir les meilleurs terroirs d’Europe. L’auteur dresse le portrait attendri d’une terre résolue à préserver sa très montagneuse identité.

    « Ce petit livre n’est pas un guide. Il raconte le Valais comme on l’arpente, pierre par pierre, en tenant compte des subtiles différences linguistiques. Parce que pour comprendre cette république des glaciers, important est de ne jamais laisser fondre l’attachement qui vous porte immanquablement vers ses hautes cimes. »

    Bonne lecture !

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  • Quand l'industrie préempte la science

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    On commence enfin à entrapercevoir une petite lumière à la fin de l’interminable tunnel pandémique. Il était temps ! J’ai pour ma part hâte de voir si et comment se fera le bilan sanitaire, économique et politique de cette crise. Comment on va peser et soupeser les effets de l’obsession épidémiologique sur la santé psychique des populations confinées ; les conséquences du désastre subi par certains secteurs de l’économie et celles de l’endettement massif provoqué par les mesures de soutien étatiques ; les effets de la mise en congé de la démocratie et des libertés pour cause d’état d’urgence sanitaire.

    Il est aussi un domaine, que l’on a beaucoup entendu pendant cette crise, et qui devrait faire l’objet d’un bilan attentif : celui de la science et de ses liens avec l’industrie.

    Pour l’instant cette critique est restée confinée aux cercles dits complotistes, antivax et autres sceptiques qui manifestent désormais régulièrement dans les villes d’Europe contre la « dictature sanitaire ». Et pourtant ces liens mériteraient d’être sérieusement réexaminés car les intuitions des citoyens les plus critiques, à défaut de leurs conclusions, valent mieux que le mépris avec lequel on les a considérés.

    Prenons le rôle de Bill Gates, décrit par les uns comme diabolus ex machina qui aurait suscité la crise pour mieux étendre son empire, et encensé par les autres comme un « entrepreneur et philanthrope » à l’idéal si pur qu’il ne viserait qu’à promouvoir la santé de l’humanité.

     

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  • La cancel culture à l’assaut des entreprises

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    Les entreprises doivent-elles se soumettre à la dictature du Bien ? Comme toutes les activités humaines, l’économie se doit de respecter les principes moraux de base. Primum non nocere, d’abord de ne pas nuire, et ensuite ne pas tromper. On ne saurait tolérer que des entreprises, comme ce fut le cas pour le tabac, les pétroliers, certains fabricants de produits toxiques, paient par exemple des études pseudo-scientifiques pour abuser la confiance du public et lui faire courir des risques mortels. On se félicitera aussi du fait que les banques ne puissent plus fermer les yeux sur la fraude fiscale ou l’origine potentiellement criminelle des fonds dont elles ont la charge.

    L’économie est aussi une éthique.

    Mais le monde économique doit-il pour autant accepter les diktats que certaines organisations de la société civile et certains pouvoirs politiques cherchent à lui imposer au nom d’un sens des responsabilités qui n’a plus aucune limite ? J’en doute fortement.

    C’est pourtant ce qui est en train de se passer un peu partout en Occident. La « cancel culture », la culture de l’épuration, se répand comme un cancer et sort du domaine privé (attaques personnelles contre les personnes jugées racistes ou sexistes sur les campus universitaires et les réseaux sociaux) où elle était confinée jusqu’ici pour envahir la sphère économique.

    Les Etats-Unis avaient déjà donné un avant-goût de ces dérives à la fin des années 1990 avec l’affaire des fonds juifs, puis à la fin des années 2000 avec la guerre menée contre le secret bancaire et la généralisation des sanctions économiques contre les pays et dirigeants qui leur déplaisaient. Récemment, le mouvement BDS, lui aussi sorti des campus américains, et qui vise à boycotter les produits fabriqués dans les colonies israéliennes, a élargi cette pratique à la société civile.

    Les sanctions économiques validées par le droit international - les Nations-Unies -, doivent naturellement être respectées. Mais que dire de toutes celles prises unilatéralement, en violation du droit des gens, et imposées par la force comme c’est le cas des sanctions contre l’Iran, la Russie, la Chine, le Venezuela, Cuba et tant d’autres ?

     

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  • L'impôt du futur

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    Le 25 février 2020, la Feuille fédérale a publié le texte de l’initiative fédérale pour un micro-impôt sur le trafic des paiements sans espèces, ouvrant la voie à la récolte des signatures.

    L’idée part d’une idée simple : dans un monde dont l’économie se dématérialise et les emplois sont concurrencés par les robots et de moins en moins liés à l’économie physique, le principe hérité de l’ère industrielle qui consiste à imposer le travail et les individus devient obsolète. L’ampleur prise par les transactions électroniques est devenue vertigineuse et sans lien avec les besoins de la production de biens et de services. En 2017, pour un PNB mondial de l’ordre de 81 000 milliards de dollars, la dette globale atteignait 233 000 milliards (3 fois le PNB) et les produits dérivés 750 000 milliards (presque 10 fois le PNB mondial) ! La plus grande opacité règne à la fois sur les montants et le nombre de ces transactions, favorisées par le trading à haute fréquence et autres outils technologiques. Quant aux opérations sur les produits dérivés, mystère et boule de gomme ! La BNS observe le silence depuis 2013, année pendant laquelle le nombre de transactions interbancaires variait de 1.6 à 2 millions par jour pour des montants quotidiens de l’ordre de 500 milliards de francs.

    Une estimation prudente permet cependant d’évaluer le total de l’assiette fiscale des transactions réalisées en Suisse à 100 000 milliards de francs (150 fois le PIB national).

    La microtaxe aurait donc pour effet immédiat d’apporter de la transparence dans ces échanges financiers et de les fiscaliser à un taux extrêmement bas (entre 0.01 la première année et 0.5 pour mille au maximum par la suite, le taux pouvant évoluer en fonction de l’assiette de l’année précédente) et de façon simple et peu coûteuse puisque toutes les transactions sont déjà répertoriées par les banques qui prélèvent leurs commissions sur ces échanges.

    Avec un taux de 0.25 pour mille, cette solution permettrait de recueillir un volume de recettes fiscales suffisant pour supprimer à la fois la TVA (23 milliards en 2018), l’IFD (22.4 milliards) et le droit de timbre (2.1 milliards), le surplus éventuel pouvant être affecté à la transition écologique et à la lutte contre le réchauffement climatique par exemple.

     

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  • Le commerce comme arme de guerre

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    Paix, prospérité, liberté, démocratie : c’est sous ces beaux atours qu’on a justifié la mondialisation depuis trente ans. Le libre-échange et le commerce des biens, des services, mais aussi des valeurs et des idées, allait nous apporter le bonheur et nous sortir de la mortifère confrontation de la guerre froide.

    Pendant les années 1990, ces belles croyances ont triomphé sans partage. Puis les années 2000, avec leur cortège d’attentats et de guerres d’invasion (Afghanistan, Irak) ont semé un doute. Jusqu’à ce que la décennie 2010, suite à la crise de 2008, à la multiplication des interventions armées (Libye et Syrie notamment), à la montée des mouvements de protestation et des populismes et à la rivalité croissante entre les Etats-Unis ne la Chine vienne doucher ce bel enthousiasme.

    Après les turbulences des années Trump et l’arrivée de la présidence Biden, le monde occidental, même bousculé par la pandémie, espère reprendre ses petites affaires comme avant. On ressort des placards les vieilles antiennes sur la défense des libertés et des droits de l’homme, les vertus du libre-échange et de la coopération multilatérale. Il s’agit de galvaniser les troupes et d’essayer de reconstituer la sainte alliance contre les ennemis de l’ordre et de la paix internationale, Iran, Chine, Russie et leurs alliés.

    C’est oublier qu’entretemps, à l’extérieur du camp occidental aussi bien qu’à l’intérieur, le public a cessé de se bercer d’illusions. Il n’est plus dupe du modèle qu’on lui propose (ou de la propagande dont on l’inonde).

    Il est de plus en plus conscient de ce que certains experts onusiens et intellectuels critiques, notamment aux Etats-Unis, appellent la « weaponization » des valeurs. Le mot se traduit imparfaitement par militarisation. Il s’agit en fait de la transformation des principes fondateurs de l’Occident en armes de destruction massive.

     

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  • Gare au grand déclassement

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    On n’est toujours pas sorti de la crise mais on commence à entrapercevoir ses conséquences politiques, économiques et sociales. Elles ne sont pas souriantes.

    Tentons d’esquisser un inventaire des maux que la pandémie aura laissés derrière elle quand elle aura reflué.

    Les dégâts sont de tous ordres. Sur le plan sanitaire, il faudra réexaminer pourquoi les plans de lutte contre les épidémies ont mal fonctionné, pourquoi nous n’étions pas prêts et nous nous sommes laissés surprendre, pourquoi le système hospitalier, imprégné d’idéologie managériale à courte vue, obsédé par la gestion de lits et de matériel et d’équipement à flux tendus, a liquidé toute idée de stocks et de réserves. Pourquoi la médecine de ville et la médecine clinique ont été écartées au profit des chercheurs, statisticiens et théoriciens. En un mot : d’un scientisme niais.

    De même, le lien public-privé, ou plutôt entre l’Etat et les pharmas, devra être analysé. Le modèle qui consiste à étatiser les pertes (traitement du Covid par les hôpitaux publics) et à privatiser les bénéfices (traitements coûteux et inefficaces comme le remdesivir et fabrication subventionnée de vaccins par un secteur privé qui cumule bénéfices d’exploitation et explosion des dividendes et de la valeur de ses actions). A revoir aussi, le modèle des pharmas qui se sont débarrassés de leurs labos pour sous-traiter la recherche à des start-ups et à des labos publics financés par le contribuable mais liés à eux par des chaires ou des contrats de recherche privés.

     

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  • Les drôles de pratiques de certains avocats genevois

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    On connait le goût des avocats genevois pour les grandes harangues et leurs gesticulations pour attirer l’attention de la presse. Dans un canton qui compte un avocat pour 350 habitants, la concurrence est rude et les moyens de briller rares. On l’a d’ailleurs vu lors du récent procès Maudet, pendant lequel on a assisté à un véritable festival de déclarations tonitruantes.

    Voilà qui contraste fort avec les chantages à la discrétion imposés par certains de ces serviteurs du droit lorsqu’ils ont perdu la cause de leurs clients et que ceux-ci font pression pour que le public ignore leurs condamnations. C’est ce genre de mésaventure qui vient d’arriver au site d’information Gotham City, qui suit les affaires judiciaires concernant la délinquance en col blanc.

    A cinq reprises l’an dernier, le site a fait l'objet de mesures visant à interdire la publication d'articles sur des hommes d'affaires. Dans quatre cas, relève Gotham City, « la justice a reconnu l'intérêt public de ces informations, donné raison à Gotham City et condamné les perdants à payer les frais de la cause. Pourtant, certains des plaignants déboutés refusent de verser les frais de justice accordés à la société éditrice, ce qui revient à exercer une pression économique sur le titre. »

    Dans son commentaire, Gotham City rapporte qu’il a fait l’objet de cinq requêtes de mesures superprovisionnelles en 2020, un record dans l’histoire de cette jeune publication qui a débuté son activité en 2017 (voir https://gothamcity.ch/2021/02/24/les-pressions-judiciaires-se-multiplient-contre-gotham-city/) Ces procédures consistent à demander l’interdiction d’un article par la justice, souvent avant même sa parution. A quatre reprises, les tribunaux ont reconnu l’intérêt public des informations et finalement autorisé les publications.

    Il apparait que « dans deux de ces cas, les hommes d’affaires qui invoquaient le droit à protéger leur “honneur” ont choisi d’ignorer les décisions qui leur donnaient tort et qui les obligeaient à verser des dépens. La première affaire concernait le trader turco-suisse établi à Genève Yomi Rodrig, dont le nom était apparu en marge d’une procédure de délit d’initié aux Etats-Unis. La seconde touchait l’homme d’affaires Alain Duménil, un temps poursuivi pour avoir dissimulé 54 millions de francs au fisc suisse. »

     

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  • La Russie, les bouffons et Amnesty

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    Du début à la fin, l’affaire Navalny n’aura été qu’une bouffonnerie, dont les sanctions européennes constituent sans conteste le sommet.

    Faire d’Alexei Navalny une icône de l’opposition russe comparable à Nelson Mandela tiendrait de la farce si cela ne trahissait pas une profonde méconnaissance du personnage et de la Russie. Navalny est tout sauf un Mandela: c’est un polémiste et un provocateur doué, un mélange local d’Eric Zemmour et de Cyril Hanouna, qui décoche des flèches contre le pouvoir en place avec un art consommé de la mise en scène et qui, de ce fait, s’est constitué une audience appréciable.

    En Occident surtout.

    Car en Russie même, on le regarde avec beaucoup plus de circonspection. Quelques milliers de fans l’adulent, quelques millions de spectateurs apprécient ses piques. Mais de là à ce que les Russes se mettent à suivre ses slogans et à voter pour lui en masse, il y a un pas qu’ils ne franchiront pas. Et même s’ils en avaient envie, la faillite de l’Ukraine, présidée depuis deux ans par l’ex-comique Zelenski, est là pour les en dissuader. Et l’exemple de l’Italie avec le mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo n’est pas plus convaincant.

    Bouffonnerie de l’empoisonnement ensuite. Pendant l’affaire Skripal en 2018, la presse européenne n’a pas cessé de nous décrire l’horreur du novichok, ce poison si mortel et si dangereux que seuls les tueurs expérimentés des services secrets russes pouvaient le manipuler. Résultat : les Skripal ne sont pas morts et Navalny non plus. Curieux, ce poison mortel qui ménage ses cibles!

    Dans l’affaire Skripal, nous avons eu droit à deux versions contradictoires de l’empoisonnement. Dans celle de Navalny, son entourage nous en a donné trois: d’abord, il s’agissait d’un verre de thé à l’aéroport. Puis il a proclamé qu’une petite troupe de fidèles avait réussi à s’emparer de la bouteille d’eau minérale empoisonnée dans sa chambre d’hôtel, au nez et à la barbe des agents du FSB qui tambourinaient à la porte. Et enfin, c’était un slip badigeonné au novichok. Trois thèses différentes et une victime qui pète le feu...

    Dernière bouffonnerie: les sanctions de l’Union européenne, prises grâce à un copié-collé de la législation américaine (le Magnitsky Act), après une visite ratée de Josep Borell à Moscou. Le ministre des affaires étrangères européen voulait rendre visite à Navalny dans sa prison et exigeait sa libération. On se pince!

     

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  • La pandémie est d’abord une crise politique

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    La crise épidémique continue et n’est pas prête de s’arrêter en dépit des promesses annoncées par les vaccins. Il y a fort à parier que ceux-ci, à cause des innombrables mutations du virus, ne constitueront qu’une réponse parmi d’autres aux défis posés par le Covid-19.

    Cette installation de la pandémie dans le temps long de nos vies est sans cesse invoquée par les responsables politiques et scientifiques pour éviter toute discussion sur sa gestion. Ce n’est jamais le bon moment de se demander si notre stratégie a été, et est encore, la bonne.

    C’est une erreur majeure. Nombre de pays, en Asie notamment, n’ont-ils pas réussi à juguler la pandémie sans dommages importants, ni sur le plan sanitaire, ni sur le plan économique, et cela quel que soit leur régime politique ? S’ils réussissent là où nous échouons, c’est que nous avons un problème. Un gros problème.

    Contrairement à ce qu’on a pu dire, notre difficulté ne vient pas tellement de notre soumission au principe de précaution (la santé physique d’abord, la santé psychique, la santé économique et le retour des libertés ensuite), car l’Asie l’a appliqué avec autant de rigueur que nous. A mes yeux, il vient d’abord du statut et de la place excessive que nous avons accordée à la science et à la parole des scientifiques dans la gestion de la crise. Comprenons-nous bien: il ne s’agit pas de dire que la science ne sert à rien ou que les experts sont vendus aux laboratoires privés, etc. Il est évident que la science nous a aidés et continuera à nous aider. Son rôle est vital.

    Le problème est ailleurs. Il vient du fait que nous n’avons pas compris qu’une épidémie est d’abord un phénomène politique. Ce n’est pas une maladie qui frappe des individus au hasard, comme la mucoviscidose ou le cancer, et qui doit être traitée avec les moyens les plus sophistiqués de la science. C’est une maladie sociale qui frappe en masse et qui doit être gérée de façon collective, en mobilisant tous les éléments de la société.

    Le traitement de la crise ne repose donc pas seulement sur des épidémiologistes et des universitaires membres d’une task force, aussi géniaux soient-ils. Par un effet humain très compréhensible, ceux-ci, à force d’être sollicités par les médias et les dirigeants politiques, finissent par se croire omniscients et omnipotents. Et par atavisme professionnel, ils ne tardent pas à se convaincre que la science, dont ils sont les représentants, peut tout résoudre. Résultat : on privilégie les mesures d’ordre médical au détriment de l’approche politique, avec l’assentiment tacite des politiciens qui n’osent plus assumer leurs responsabilités par peur des médias et de l’opinion.

    Si l’Asie a réussi, c’est parce qu’elle a géré la crise de façon politique avec l’aide des scientifiques et non pas de façon scientifique avec l’aide des politiques comme chez nous. Nous avons par exemple exclu d’emblée l’apport des médecins de ville, des cliniciens et des pharmaciens, confrontés aux malades, pour n’écouter que des virologues et des statisticiens, compétents certes, mais coupés du réalité sociale et humaine de la pandémie.

     

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  • Les dessus et les dessous de l’affaire Krähenbühl

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    Sali par une campagne de dénigrement, l’ancien commissaire général de l’UNWRA, le Suisse Pierre Krähenbühl, attend sa réhabilitation officielle depuis qu’un rapport de l’ONU, rendu public par la RTS en décembre dernier,  l’a lavé de tout manquement grave. Sans succès. Voici pourquoi.

    Commençons par rappeler les faits. En mars 2014, Pierre Krähenbühl, ancien directeur des opérations du CICR, prend ses fonctions de commissaire général de l’UNWRA, l’agence des Nations Unies chargée de l’aide aux réfugiés palestiniens. Il devient le plus capé des hauts fonctionnaires internationaux suisses. Avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, début 2017, et la nomination de son beau-fils Jared Kushner comme haut conseiller puis celle de Mike Pompeo comme Secrétaire d’Etat, l’UNRWA, contestée depuis toujours, devient une des cibles privilégiées de l’Administration Trump, résolument pro-israélienne.

    Suite à la décision des Etats-Unis de couper leur subventionnement à l’UNRWA (360 millions de dollars), Pierre Krähenbühl est contraint de parcourir le monde - avec succès - pour combler le trou laissé par le retrait américain. Fin 2018, le responsable de l’éthique de l’UNRWA, Lex Takkenberg, rend un rapport interne confidentiel dans lequel il dénonce les méthodes de gestion du cercle rapproché du commissaire général. En mars 2019, une enquête interne est diligentée à la demande du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.  Fin juillet 2019, le rapport confidentiel  est dévoilé au public par une fuite sur AP et Al Jazeera.

    Aussitôt, la Suisse, dont le conseiller fédéral Ignazio Cassis avait déjà fait part publiquement de ses doutes à l’égard de l’UNWRA en prétendant qu’elle faisait davantage partie du problème palestinien que de sa solution, suspend sa contribution additionnelle de 2 millions. Une campagne internationale de dénigrement se met en place.

    En novembre 2019, Pierre Krähenbühl  démissionne. Douze mois plus tard plus tard, le rapport des enquêteurs de l’ONU blanchit le Suisse et ne relève que des broutilles concernant des problèmes de management et de respect de procédures. Le 17 décembre, la RTS diffuse un Temps présent qui reconstitue la trame des événements et dévoile les conclusions du rapport qui disculpe le commissaire général. Avant, pendant et après l’émission, des pressions arrivent de toutes parts pour tenter de la faire supprimer ou de la modifier. La nouvelle de la non-culpabilité de Pierre Krähenbühl est relayée dans de nombreux médias et sur les réseaux sociaux mais reste ignorée à Berne et à New York...

    Depuis lors, rien n’a bougé. Silence radio. Le DFAE comme l’ONU sont restés muets comme des carpes tandis que Pierre Krähenbuhl attend toujours une réaction officielle, une clarification et une clôture formelle de la procédure  et, le cas échéant, une réhabilitation. Après tout, il s’agit de l’honneur de l’un de nos hauts fonctionnaires et de la crédibilité de notre pays à assumer des fonctions dirigeantes dans les organisations internationales.

    Que s’est-il passé ? Pourquoi ce silence ? Cette injustice ? Ces lâchetés ? Le DFAE, l’UNRWA et l’ONU auraient pourtant tout intérêt à montrer qu’aucune faute grave n’a été commise et que cette affaire n’a été qu’une tempête dans un verre d’eau, une tentative de kompromat montée par l’administration américaine, le gouvernement israélien et leurs réseaux de soutien, qui ont sauté sur cette occasion inespérée pour tenter de couler l’UNWRA en déstabilisant son directeur. Ce n’est pas la première fois. D’autres hauts fonctionnaires internationaux, tels que le juge Richard Goldstone et le rapporteur spécial Richard Falk avaient déjà été la cible de très violentes campagnes de dénigrement par le passé à cause de leur position critique à l’égard de la politique israélienne en Palestine.

    L’enquête de la RTS, réalisée par Xavier Nicol et Anne-Frédérique Widmann, démonte minutieusement la mécanique qui s’est enclenchée suite à la publication du rapport interne de l’éthicien et rend publics pour la première fois les éléments du rapport onusien qui blanchissent largement Pierre Krähenbühl. Les remarques retenues portent essentiellement sur le style de management et la procédure de recrutement de deux cadres, toujours très lourde et très complexe dans la lourde machine bureaucratique onusienne. Les autres griefs, et notamment l’abus présumé de voyages en classe business, ont été abandonnés. Selon les règles de l’ONU, les hauts fonctionnaires de ce rang sont autorisés à voyager systématiquement en classe affaires, ce que Pierre Krähenbühl n’a fait que de façon épisodique. Contrairement à ce que certaines rumeurs ont laissé entendre, Pierre Krähenbühl n’utilisait pas non plus de luxueuses limousines Mercedes.

     

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  • OMS OK, OMC KO! Paix nucléaire  et guerre commerciale

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    Un des premiers décrets signés par Joe Biden a permis de réintégrer les Etats-Unis au sein de l’OMS. Un autre les a fait revenir dans l’Accord de Paris sur le climat. Un coup de téléphone avec Poutine a sanctionné la volonté de prolonger de cinq ans les accords START sur les armements stratégiques.

    Voilà pour les bonnes nouvelles.

    Dans le domaine du commerce et l’économie en revanche, la volonté de coopération américaine risque bien de faire long feu. L’OMC, dont la direction est vacante depuis septembre, ne cesse de poursuivre sa dégringolade, bloquée par le différend avec la Chine et le refus américain de remplacer les juges du tribunal d’appel chargé de régler les litiges commerciaux internationaux. Il y a de fortes chances pour que cette situation perdure sous la présidence Biden.

    Pour le commerce et la Genève internationale, ce n’est pas une bonne nouvelle. Le ton va changer, il sera plus accommodant. Mais sur le fond, la concurrence entre les différents blocs pourrait bien redoubler d’intensité. Dans un tel contexte, on ne voit pas comment les choses pourraient se débloquer.

    En 2020, malgré les efforts de l’Administration Trump, le déficit commercial entre les Etats-Unis et la Chine s’est encore aggravé. La crise du Covid, qui se poursuit en Occident alors que la reprise de l’économie chinoise se confirme, ne va pas modifier cet état de fait. Et de toute façon, sans le moteur chinois, c’est toute l’économie de la planète qui va tomber en panne.

     

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