Planète bleue - Page 3

  • Record de pauses-bistrot au kilomètre battu

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    7e étape du tour des communes genevoises : Laconnex – Sézenove – Perly-Certoux – Bardonnex
    Ce qu’il y a de bien avec les élections fédérales, c’est qu’elles se déroulent en septembre-octobre au moment des vendanges. Et c’est encore mieux quand on peut battre la campagne dans la Champagne viticole.
    Comme tous les jours, j’avais pensé démarrer cette journée avec un café au bistrot du coin. J’ai pu boire mon café mais dix minutes après, il y avait déjà une tournée de rosé du Château de Laconnex dans les verres.
    Un trio d’éminents citoyens de Chancy, Soral et Laconnex, dont l’ancien maire de la commune, M. Rovini, se trouvant attablé dans ledit café, il aurait été de la dernière goujaterie de refuser cette offre d’apéro si obligeamment proposée (elle sera dûment déclarée dans mes revenus de campagne, promis juré. Dans les circonstances actuelles, le moindre pot de vin devient suspect !)
    Or donc il est déjà midi moins le quart quand je m’élance d’un pas ferme sur les chemins pédestres qui mènent à Sézenove. Où l’accueillante terrasse ensoleillée du café de la Fontaine me tend les bras pour son plat du jour. Autre tentation contre laquelle il serait vain de lutter.
    Ce n’est donc que vers 14h que je prends mon courage à deux mains pour traverser la plaine de l’Aire et rejoindre Perly-Certoux. Il est clair qu’avec toutes ces terrasses, la distribution de flyers s’en ressent. J’essaie donc de me rattraper avec les quelques boites aux lettres et piétons qui croisent mon chemin. Arrivé à Bardonnex, un troisième café, l’ancien café de Bardonnex devenu la Comète, offre une terrasse bien ombragée avec un couple qui a la bonne idée de m’inviter. 200 mètres plus loin, rebelote dans la maison d’une vieille connaissance.

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  • Du peintre de la Champagne à la couleuvre de la Laire

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    6e étape du tour des communes genevoises : Aire-la-Ville – Cartigny – Avully – Chancy – Sézegnin – Soral
    Cette sixième étape s’annonce rude puis que l’objectif est de faire le tour des six communes de la Champagne en une journée. Objectif trop ambitieux : arrivé à Soral après 22 kilomètres de vagabondages, mes pieds rendent l’âme et je décide de remettre Laconnex au lendemain.
    Mais dans l’immédiat, tout s’annonce pour le mieux. Après un cafe latte à la terrasse du café d’Aire-la-Ville, j’attaque le chemin de Cartigny par la magnifique réserve naturelle du Moulin Vert. A ma grande honte, c’est la première fois que je la visite : ne faites pas la même erreur, précipitez-vous, c’est grandiose.
    Il faut ensuite remonter sur Cartigny et, là, autre surprise, la Mairie est ouverte pour une exposition du peintre Eric Wuarin, citoyen de la commune et qui peint le Mandement comme personne. Il fête ses 50 ans de peinture par une exposition de tableaux superbes avec sa technique particulière, mi-aquarelle, mi-gouache. Tout à fait dans la ligne de Planète bleue. Il partage une agape avec de joyeux compères et, ni une ni deux, me voici convié à partager leur table! Ce serait sot de résister. Et en effet, je passe un très bon moment, à parler de Poutine et de Trump entre deux gorgées d’excellents crus du terroir et d’une bonne bière artisanale brassée en famille ! De quoi oublier le soleil qui tape fort et rendre guillerette la route à Avully et Chancy.
    A Chancy, le village est plongé dans un calme trompeur : aujourd’hui le ballet infernal du trafic frontalier est en congé. Je fais mon selfie devant la mairie, qui se trouve côtoyer le Café de la Place, lequel accueille – encore une surprise ! – une réunion de la famille de Simone de Montmollin, collègue députée et elle aussi candidate au National pour le PLR : du coup, elle est la première candidate rencontrée depuis lundi. On lui souhaite bonne chance.

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  • En campagne avec le maire de Lyon à Russin !

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    5e étape du tour des communes genevoises : Satigny – Allondon – Dardagny – Russin – La Plaine
    Plus les jours passent et plus je me félicite d’avoir saisi l’occasion de cette campagne électorale pour faire ce tour des communes genevoises. On devrait d’ailleurs rendre cet exercice obligatoire pour tous les candidats. Non seulement, c’est bon pour la santé et ça fait baisser les coûts de l’assurance maladie, mais en plus on découvre plein de coins nouveaux et de gens agréables. Beaucoup plus drôle que de se marcher sur les pieds dans les Rues Basses et d’arpenter les Marchés de Rive et de Carouge le samedi matin !
    Car en dehors de ces lieux battus et rebattus, c’est le désert des Tartares. En une semaine je n’ai pas rencontré un/e seul/e candidat/e. Les quartiers populaires sont désertés, tout comme les communes de la campagne. J’en vois en revanche beaucoup dans les boites aux lettres, où la concurrence est très forte. Pour glisser mon flyer lundi, j’ai dû me battre contre le journal des socialistes, mardi contre celui du MCG. Mercredi, c’était Céline Amaudruz qui remplissait les cases.
    Ils ne savent pas ce qu’ils manquent, mes collègues-concurrents, parce que la balade vaut vraiment le coup. Samedi, par un temps magnifique, c’était la totale : le Mandement est sans aucun doute un des plus beaux coins du canton, sinon le plus beau. Entre les effluves de cuve qui montent des caves, les grappes qui pendent aux ceps, le soleil qui brille entre les arbres du Chemin du Paradis, l’Allondon qui coule paresseusement au fond de son lit, peut-on rêver mieux ?

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  • Bain de foule aux Palettes et à Onex

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    4e étape du tour des communes genevoises : Carouge-Plan-les-Ouates-Lancy-Onex-Bernex-Confignon
    Après une petite pause jeudi - il faut bien travailler ! – j’ai repris mon tour des communes genevoises à pied hier avec un menu copieux : pas moins de 6 communes à visiter, plus un défilé à la manif des jeunes pour le climat en milieu d’après-midi.
    En début de matinée, le centre de Carouge est encore calme. Un trio d’électeurs MCG est attablé à une terrasse de café. Pas terrible pour le candidat Planète bleue même si la conversation s’engage sur un mode convivial. Devant la Mairie, deux pompiers prennent la photo, très amicaux. Ca s’anime une fois arrivé aux Tours. Beaucoup de monde, et j’ai vite fait d’écouler quelques centaines de flyers dans les allées qu’on m’ouvre généreusement.
    La route vers les Palettes est en revanche moins agréable, avec le soleil qui tape et le trafic. Par bonheur, l’atmosphère de l’Etoile-Palettes est très requinquante : je n’y étais plus revenu depuis mes années d’étudiant voici 40 ans. On pose de nouvelles boites aux lettres et toute une foule bariolée va et vient dans la bonne humeur. Pas sûr que la densité d’électrices et d’électeurs soit au rendez-vous mais ç’est très plaisant.
    Je reviens sur la route de Saint-Julien pour gagner la mairie de Plan-les-Ouates et prendre la photo qui atteste mon passage, avant de bifurquer sur les Voirets – le premier cycle où j’ai enseigné – et revenir sur Lancy. La mairie est en réfection mais les abords sont charmants. Je passe par hasard devant la Maison Thévenoz, qui se trouve être la maison natale de Nicolas Bouvier, avec qui j’ai travaillé six ans entre 1983 et 1989. Des Tours de Carouge, où il avait alors son bureau, à sa maison natale, j’ai remonté le cours de sa vie en trois heures !

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  • Une bouteille de gamay bien méritée à Aïre

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    3e étape : Grand-Saconnex-Meyrin-Vernier
    Départ sous les gouttes pour une grosse journée de marche. Le Grand-Saconnex, le quartier du Pommier, les Avanchets, Meyrin centre et Meyrin village, la zone industrielle de la Zimeysa, Vernier centre, Le Lignon et Aïre : 17 kilomètres de ville dense, avec des quartiers sympathiques mais aussi beaucoup de zones industrielles et de routes ingrates pour le piéton !
    Remonter la route de Meyrin sous la pluie et descendre celle de Vernier le long des camions exigent une sérieuse motivation.
    Mais la chaleur des gens rencontrés fait tout passer. Beaucoup ne veulent pas entendre parler de politique. Les affaires, le cynisme, l’impression que « ça ne sert à rien » et que les politiciens mentent, les découragent. Mais quand on fait l’effort de venir vers eux et qu’on leur explique faire le tour du canton à pied comme candidat, on vous regarde d’un autre oeil. Celui-là au moins mouille sa chemise !

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  • Dur, dur d’être un candidat 0 carbone !

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    2e étape : Versoix-Céligny-Collex-Bossy
    Je ne vote pas, ça ne sert à rien, les politiciens mentent tout le temps ! Voilà ce qu’on entend très souvent quand on bat le pavé pour faire campagne. Sauf que les gens apprécient que vous fassiez l’effort de venir vers eux à pied.
    Le dialogue qui se noue devient dès lors beaucoup plus fructueux. Ce qui est plus dur en revanche, c’est de faire coller votre démarche à vos principes. Quand on prétend sauver la planète (ou plus modestement contribuer à), gare à ne pas être pris en flagrant délit de contradiction.
    Or, au cours de cette deuxième étape, je dois avouer avoir commis une petite infraction à la règle du tout à pied : parti pour Versoix en tram et en train hier matin, j’ai zappé la marche en terres vaudoises pour me rendre dans la patrie du théologien Olivier Fatio. Pas question de faire le tour du canton et de biffer les 787 Célignotes de ma liste ! Ni de faire l’impasse sur le vieux cimetière de Céligny, le plus beau du canton, qui abrite en pleine forêt les tombes de Richard Burton et d’Ernst Schmidheiny, celui qui m’avait octroyé une bourse d’étude en Amérique latine voici 35 ans…
    Mais de là à faire 20 kilomètres aller-retour à pied, c’était trop pour mes modestes jambes. A l’aller, j’ai donc accepté un co-voiturage de Mies au Château de Bossey (où j’étais invité à déjeuner) et au retour sur Collex, j’ai emprunté les transports publics nyonnais, les CFF et les TPG. On me pardonnera donc car la faute me semble vénielle.

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  • Planète bleue en campagne : le tour des communes genevoises à pied

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    1e étape : Genève – Genthod en passant par Pregny-Chambésy et Bellevue
    Comment faire campagne sans trésor de guerre, sans agence de relations publiques grassement payée, sans lobbies prêt à débourser (soit disant sans espérance de retour) ?
    Réponse : en faisant le plus possible soi-même ! Et si possible en respectant ses engagements électoraux pour une planète durable.
    C’est avec cet esprit que je me suis lancé hier matin dans une tournée électorale des 45 communes genevoises à pied. Je me suis donné 15 jours. A raison de 3 communes par jour et quelques ampoules aux pieds, ce devrait être possible.
    Départ donc en ce premier jour d’automne ensoleillé de Roches-Malagnou, les Tranchées, la Vieille Ville, le Palais Eynard, la Corraterie, Saint-Gervais, les Pâquis, le quartier des Nations, la cantine du CICR, Pregny-Chambésy, le bois de Foretaille, Bellevue, les Tuileries, Genthod, la route de Collex et retour à Bellevue par le chemin de la Chênaie. Soit 30 kilomètres en 10 heures et 1200 flyers distribués dans les boites aux lettres ou aux passants rencontrés. Pas si mal pour un premier jour.
    Première impression : je savais ce canton bigarré, mais jamais à ce point ! Quel prodigieux mélange de langues, de couleurs de peau, de patronymes pas évidents à prononcer. Genève est devenu un canton très baroque. Deuxième impression : un nombre sidérant de chantiers. Partout des grues, des camions, des camionnettes d’ouvriers, des rues éventrées, des lotissements en construction, des villas en rénovation. Une frénésie de construction semble s’être emparée du canton.
    Troisième impression : des belles rencontres. Beaucoup de connaissances pas vues depuis longtemps, à la terrasse des cafés, sur les trottoirs ou sortant de la poste. Enormément d’inconnus évidemment, plutôt agréablement surpris par la démarche. Pas mal d’irréductibles aussi : l’environnement polarise et beaucoup ne croient pas à la crise climatique. Si la prise de conscience progresse, le combat est encore très, très loin d’être gagné…
    Demain mardi, voyage à l’extrême-orient du canton : Versoix et Céligny.

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  • Adieux au Club suisse de la presse (et à ceux qui veulent sa peau)

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    Discours adressé à la dernière fête de la presse et de la communication en présence de Mme Tatiana Valovaya, nouvelle directrice générale de l'ONUG et de M. Serge dal Busco, vice-président du Conseil d'Etat

    Madame la Directrice générale de l’ONUG,
    Monsieur le Vice-Président du Conseil d’Etat,
    Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
    Chers amis,
    Ce soir est évidemment un moment émouvant pour moi puisque je vais quitter mes fonctions au Club suisse de la presse. Cela fera en effet 25 ans en décembre prochain que je me suis engagé dans cette aventure, de 1994 à 1997 comme président et fondateur, de 1998 à 2000 comme président et directeur, et depuis lors comme directeur exécutif.
    Durant toutes ces années, le Club suisse de la presse aura organisé près de 2500 événements liés à la presse, aux médias et à la Genève internationale. Des dizaines de chefs d'Etat et des milliers de personnes ont défilé dans nos murs et des dizaines de milliers d’articles et d’interviews ont été publiés dans les divers médias de Suisse et du monde et certains posts ont fait des millions de vues.
    Je rappelle à ce propos que le Club suisse de la presse a été créé avec le soutien et à la demande du Conseil d'Etat et de la Confédération et que celui-ci est acté dans la convention de siège de l'OMC à Genève en 1993 et fait donc partie des obligations légales fédérales et cantonales. De même qu'il est expressément mentionné à hauteur de 30 000 francs dans le dernier message du conseil fédéral sur la Genève international que les chambres fédérales viennent d'approuver.
    Je tiens donc vivement à remercier toutes celles et tous ceux qui ont permis de réaliser ce travail que je crois avoir été utile à notre pays et à notre canton. Je veux d’abord vous remercier vous, nos membres, qui êtes toujours des centaines à nous suivre et à payer vos cotisations. J’aimerai aussi remercier tous les membres du comité qui ont œuvré depuis 1994 a la réalisation de notre mission et permis de traverser toutes les embûches qui ont jalonné notre route.
    Je tiens donc remercier les soutiens institutionnels qui ont soutenu nos activités, à commencer par la Confédération et le DFAE, par le canton et le Conseil d’Etat, et par la Ville de Genève. J’aimerai aussi remercier les journalistes, médias, éditeurs, groupes et sponsors privés qui n’ont pas non plus ménagé leur concours. Ils sont très nombreux et je ne peux pas tous les citer. Aussi je n’en mentionnerai qu’un, à savoir la Fondation pour Genève et son président Ivan Pictet, que je côtoie depuis 25 ans et qui a toujours été à nos côtés.
    Cela étant dit, je ne suis pas dupe. 25 ans, c’est long, et beaucoup trop long pour certains, qui ont dû pousser un ouf de soulagement en apprenant la nouvelle de mon départ. Quand on est dans la presse, on sait ce que veut dire la critique et on doit l’accepter. J’entends donc assumer les critiques que l’on a pu et que l’on peut encore certainement m’adresser. Elles sont nécessaires et permettent d’avancer.
    Il est cependant un point sur lequel je n’ai jamais transigé malgré les pressions innombrables que j’ai reçues depuis 20 ans, c’est celui de l’indépendance et de l’impartialité. Quoiqu’on ait pu tenter pour faire annuler des conférences de presse ou censurer au préalable des intervenants, je leur ai toujours donné la parole, quelle qu'aient été leur origine, leur couleur de peau, leurs convictions idéologiques ou religieuses. Je pense que c’est un atout pour un club de presse, un atout précieux même, et qu’il faut le préserver même si la tendance à imposer la communication et la propagande au détriment de l’information est désormais devenue une plaie de notre monde.

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  • Défilé de 40 chamois au bord d’un lac

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    17e étape - Refuge de Louvie-Col de Louvie-Grand Désert-Col de Prafleuri-Cabane de Prafleuri – Jeudi 23 août 2019
    La journée commence à 7h45 par deux heures et demie d’une longue montée vers le col de Louvie, à 2921 mètres d’altitude. On grimpe à travers les alpages, des barres de rochers et des éboulis de gros rocs. On transpire un peu mais comme l’air est frais, c’est plutôt agréable. Au fur et à mesure qu’on prend de l’altitude, le paysage se fait plus dur, moins herbeux et moins fleuri, plus sauvage et plus pierreux.
    Au col, on laisse derrière soi le versant verdoyant de Louvie pour entrer dans un univers complètement minéral, presque lunaire, fait de glaces, d’eau et de rochers. Le chemin crapahute au pied du Mont-Fort à travers les trois combes glaciaires qui descendent du massif de la Rosablanche et chapeautent le barrage de Cleuson en contrebas. On enjambe moraines, torrents, lacs glaciaires et rochers arasés que les glaces ont mis à nu en se retirant.
    Comme à Corbassière, on se sent en haute montagne.
    Après deux bonnes heures de montées et de descentes sous un ciel gris dans ce paysage désolé, on comprend mieux pourquoi cet endroit s’appelle le Grand Désert ! Le dernier col, celui de Prafleuri, culmine à 2987 mètres. Puis on redescend ensuite lentement vers la cabane de Prafleuri, qu’on atteint en une heure.
    C’est encore tôt et comme le soleil perce à nouveau à travers les nuages, j’avise un petit lac aux eaux cristallines à un quart d’heure de marche du chemin, histoire de procéder à ma pause et à ma baignade rituelles de l’après-midi. Un endroit parfait pour se rafraichir et faire une sieste en toute tranquillité. A peine le temps ai-je le temps de sortir de l’eau qu’un couple de chamois avec leur petit déboule sur la crête. Je ne sais lequel des quatre est le plus surpris. Le mâle scrute l’intrus pendant de longues minutes avant de décider qu’il n’y a pas de danger. Le trio se met donc à brouter entre les rochers en descendant la pente.
    Quinze minutes plus tard, c’est une invasion. Ces visiteurs étaient venus en éclaireurs: dix, puis vingt puis trente chamois avec leurs cabris se mettent à défiler tranquillement devant moi en broutant, en jouant, en se battant ou en se couchant à même la falaise, comme des vacanciers à la plage. Ce manège va durer une quarantaine de minutes pendant lesquelles je ne cesserai d’être observé par un trio de préposés au guet, qui me dévisagent avec un air interrogateur comique: mais qui diable peut bien être ce gaillard qui nous regarde assis sur un matelas de caoutchouc? De temps en temps, quand je me mets à bouger, l’un deux émet un petit sifflement et toute la troupe se fige en se tournant vers moi. Après une heure de ce manège, il commence à faire frais et je décide de lever le camp en douceur.


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  • Louvie, une émeraude dans son écrin de montagnes

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    16e étape - Mauvoisin-Écuries du Vasevay et du Crêt-Col du Sarshlau-Col du Bec d’Aigle-Lac de Louvie - 21 août 2019
    Dans le car postal qui me ramène à Mauvoisin, c’est la rentrée des classes ce lundi. Depuis le Châble, le bus collecte les enfants tout excités vers les écoles de Champsec et de Lourtier. Les randonneurs, qui se sont faits plus rares, font contre mauvaise fortune bon cœur. Après tout, cette bruyante cacophonie change du silence parfois pesant des adultes.
    Il a beaucoup plus pendant deux jours et la nature est toute fraîche, pimpante, scintillante de vapeur d’eau et de gouttes de pluie qui brillent dans l’herbe et sur les aiguilles de sapin. Le soleil pointe à travers les brouillards matinaux qui laissent entr’apercevoir un ciel tout bleu et des sommets bien lavés. Les mélèzes, l’herbe et les fleurs sont perlés de rosée et les premiers bolets sont en train de pousser au bord du chemin.
    Pour attaquer cette nouvelle et dernière étape de mon périple valaisan, je me sens moi aussi en pleine forme, tout excité à l’idée de reprendre la marche.
    Après une courte descente depuis l’Hôtel Mauvoisin pour traverser la Dranse, le chemin commence à monter à travers une forêt éparse de bouleaux et de vernes, sur le versant droit du Val de Bagnes. Les orages ont emporté un bout de chemin et il faut descendre dans le lit encore tout boueux pour franchir le premier torrent. Après une heure de marche, le soleil sèche peu à peu les feuilles et le terrain se fait moins glissant. Un premier, puis un deuxième alpage sont atteints, déserts, puis un troisième, celui du Crêt. Nous sommes sur le sentier des écuries de pierres voûtées, nous annonce un panneau explicatif planté au milieu de divers bâtiments de pierres grossièrement taillées et de bassins taillés dans la roche. Les premières traces d’habitat remontent au néolithique, nous indique-t-on. Les lieux ont été occupés sans interruption depuis lors, bétail et êtres humains ensemble. Plusieurs de ces abris, écurie, fromagerie et abri des bergers ont été magnifiquement restaurés avec leurs toitures voutées de pierre.
    Ici, pas de vaches, mais beaucoup de moutons. Ils nous attendent un peu plus haut, sur les contreforts du Pas de Sarshlau, le premier col du jour. A 2600 mètres, son abord reste aisé. Mais l’arrivée au sommet est spectaculaire, tant l’arête est vive. Les pentes de part et d’autre du col sont si abruptes qu’on se sent sur le fil d’un rasoir, obligé de caler un pied sur chaque versant pour se tenir debout !
    Pour la première fois depuis des semaines, il n’y a pratiquement pas âme qui vive. Oubliées les cohortes de marcheurs du Tour du Mont-Blanc, du Tour des Combins et de la Via Francigena, un couple de Lausannois et deux Bâloises seront les seuls êtres humains rencontrés au cours de la journée.
    Le chemin redescend ensuite dans un vallon et suit le flanc des montagnes qui surplombent Fionnay pendant un long moment avant de remonter vers le torrent du Dâ et franchir le dernier col de la journée, celui du Bec d’Aigle. Après quoi apparait le but final, le beau lac vert de Louvie et sa cabane. Sa belle couleur émeraude incite à la baignade. Elle tranche sur les lacs d’altitude, plutôt couleur jade à cause du limon des moraines.

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  • Pause petite arvine devant le Glacier de Corbassière

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    15e étape - Écuries de Sery-Col des Avouillons-Passerelle et cabane de Panossière-Col des Ottans- Mauvoisin - 18 août 2019

    On se fait à tout et finalement les heures de cette nuit à la belle étoile sont passées plutôt vite. La récompense vient à l’aube avec un magnifique coucher de lune et une aurore resplendissante. On a tort d’honorer les beautés et les promesses du matin. Elles vous font vite oublier les aléas de la nuit et entrer dans la journée avec une énergie formidable.
    Après les exercices d’assouplissement habituels, quelques ablutions dans la fontaine et une agape frugale, vers 7h30, je me sens prêt à attaquer une nouvelle journée de marche. Je me dirige vers le fond du vallon, sous les glaciers du Petit-Combin, avant d’entamer la montée plutôt douce du Col des Avouillons, qui dévoile une superbe vue sur le très beau glacier de Corbassière. Il est 9 heures et nous ne sommes que trois à l’arrivée. Mais très vite la foule des randonneurs se fait plus dense et le col devient très encombré. En redescendant vers le glacier, je noue la conversation avec deux randonneurs de la région, un jeune Bagnard et un vétéran de la Fête des Vignerons, cycliste et ancien marchand de vin. Tous deux connaissent bien les lieux. On échange quelques impressions et on se donne rendez-vous une heure plus tard à la Cabane de Panossière, de l’autre côté du glacier.
    Depuis 2014, une belle passerelle haubanée construite avec le concours de Toni El Suizo, Toni Rütimann, le fameux constructeur de ponts suspendus en Asie et en Amérique latine, permet de traverser en évitant les crevasses et l’escalade des hautes et friables moraines. On enjambe donc un torrent bouillonnant à 70 mètres de hauteur sur 200 mètres de longueur. L’ouvrage a incontestablement belle allure.
    La cabane de Panossière, rebaptisée FX Bagnoud depuis sa reconstruction suite à la destruction de l’ancienne par une avalanche en 1988, offre aussi un design avant-gardiste avec sa forme de cube biseauté. Mais elle s’intègre très bien dans le paysage. La terrasse jouit d’une vue imprenable sur le grand coude du glacier et les imposants séracs du Grand-Combin : la majesté des Alpes dans toute sa splendeur !
    Mes deux compagnons du jour connaissent le patron, un Martignerain volubile, qui, très content de sa journée d’hier, est d’excellente humeur et ne tarde pas à nous offrir une bouteille de son excellente petite arvine. La conversation roule sur la Fête des Vignerons et les aléas de la presse, ce qui donne assez soif pour une seconde bouteille.

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  • Nuit à la belle étoile sous le Mont Rogneux

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    14e étape - Col de Mille-Mont Rogneux-Sentier des Lacs-Alpage de Sery-Cabane Brunet – Samedi 17 août 2019
    Même temps qu’hier, soleil légèrement voilé donc pas trop dur, fond de l’air frais mais pas glacé, bonne visibilité sur tous les sommets, la journée s’annonce parfaite et elle le sera.
    Départ vers 8h15 pour attaquer la montée du Mont Rogneux sur la crête de Mille. Ca grimpe plutôt sec avec des passages extrêmement raides à travers des éboulis de grands rochers, sous le sommet, qui est en vue après une heure trente de route.
    Il culmine à 3084 mètres, et c’est mon premier 3000 depuis le commencement de mon vagabondage valaisan. Vue imprenable sur le Petit et le Grand Combin, le massif du Saint-Bernard, et celui du Mont-Blanc, qui pointe son nez derrière les sommets du Val Ferret. Plus loin, les Dents du Midi ferment la vallée sur le lac Léman, face aux Dents de Morcles puis au Massif des Diablerets avec Tzanfleuron. Si on continue la vue panoramique à 360 degrés, Verbier apparaît au premier plan avec le Mont-Fort puis le glacier du Giétroz et le Pigne d’Arolla.
    Le chemin de descente suit la crête, aussi raide et malaisé que le sentier de montée. Puis on descend dans les éboulis en sautillant de rocher en rocher en évitant de se tordre un pied ou de se casser une jambe entre deux rochers... Les panneaux indiquent qu’on se trouve sur le sentier des lacs, et il y en effet plusieurs, couleur jade, noirs ou bleus, lovés au milieu des moraines.
    500 mètres plus bas, le premier lac est en vue. Je m’y lance... et ressort aussitôt comme un diable de sa boîte. Il est simplement glacial ! A 2600 mètres d’altitude, on est loin des plages grecques! Le suivant, la gouille du Rogneux, est beaucoup plus grand. Une grande pierre plate offre un havre idéal et je m’y plonge avec le même entrain, pour quelques brasses, suscitant la curiosité des autres randonneurs, qui hésitent, se tâtent et renoncent. Ah s’ils savaient comme on se sent bien après.
    Un peu plus bas, la petite gouille des Reunes offre en revanche une eau plus chaude. Elle regorge de têtards, de grenouilles et, si l’on reste à l’affût sans bouger, de petits tritons noirs.
    Une heure plus tard, après une belle descente dans les alpages du Petit-Combin, la cabane Brunet amorce le retour à a civilisation avec son parking à voitures et sa terrasse pleine à craquer. Verbier est juste en face et cela se remarque par le profil des hôtes et par l’affluence…

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  • De l’art de fabriquer des reines

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    13e étape - Bourg-Saint-Pierre- Azérin-Creux du Mâ-Coeur-Refuge du Col de Mille – Vendredi 16 août 2019
    Saint-Bernard Express à Martigny à 7h du matin avec changements à Sembrancher et Orsières pour emprunter le car postal jusqu’à Bourg-Saint-Pierre: la reprise de mon Tour du valais à pied se mérite! Mais la récompense est au rendez-vous: c’est une journée de rêve pour une étape de rêve: le chemin est bien tracé, très agréable, pas trop plat nit trop abrupt. Après une bonne heure de montée dans la forêt, les sapins laissent place au petit alpage d’Azerin, fief de la famille Dorsaz, qui figure parmi les meilleurs éleveurs de vaches d’Hérens du Valais. L’une d’elles vient d’ailleurs de remporter le trophée national à la dernière finale d’Aproz.
    Les vingt vaches présentes tiennent toutes leur rang: puissantes, nerveuses, le front bas et large, la corne longue et épaisse, elles s’épient les unes les autres, grattent le sol d’un sabot impatient. On sent qu’elles n’ont pas besoin de grand-chose pour commencer à en découdre. Pas question de les taquiner...
    Pour Gérard Dorsaz, c’est une passion. Certains font de la voile et d’autres de l’équitation, lui fait des reines. Ce qui demande une attention permanente car une reine en puissance, c’est capricieux et imprévisible, et risqué. Ces stars de la lutte perdent vite la tête, au point de ne plus ressentir la douleur et de se battre jusqu’à se casser une épaule ou se fracturer une patte, et de devoir finir à l’abattoir.
    L’élevage de reines est donc une passion coûteuse. Il est d’ailleurs en déclin, au point qu’on s’inquiète pour l’avenir de la race. Depuis peu, les éleveurs reçoivent donc une subvention. Moins bonnes laitières que les Simmental, les Hérens produisent quand même un lait apprécié car il donne au fromage à raclette son velouté crémeux. En attendant, comme la saison avance, on compte sur elles pour faire des veaux et de futures reines. Les espoirs de demain sont attendus à la fin août.

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  • Saisi par l’ivresse des sommets sur le chemin de Bourg-Saint-Pierre

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    12e étape - Grand Saint-Bernard-Col des Chevaux-Combe de Drône-Lac des Toules-Bourg Saint-Pierre – Mardi 6 août 2019
    Se coucher, c’est bien. Mais dormir, c’est mieux ! Jusqu’ici, j’ai parlé de mes jours et pas de mes nuits. Mon appréhension de la veille était justifiée : cette nuit a été cauchemardesque. Si les refuges, hôtels et pensions rencontrés jusqu’alors se sont avérés sans excessive promiscuité, il en a été tout autrement du dortoir de l’Hospice: 20 personnes entassées les unes sur les autres avec tout ce que ça suppose de ronflements, d’éructations, de reniflements, de craquements, de râles et de lumières qui s’allument et s’éteignent, c’en fut trop pour moi. Il y a trop longtemps que j’ai oublié la redoutable promiscuité de l’internat. Vers minuit, n’en pouvant plus, j’ai donc émigré dans la salle de jeux du premier étage, déserte à cette heure, et me suis couché sur les coussins d’un fauteuil disposés sur le plancher. Confort spartiate mais bienheureux silence! Cinq heures de divine tranquillité. Réveillé vers 5 heures – ce n’est pas en ces lieux qu’il faut tenter le diable ! - je suis remonté au dortoir pour retrouver ma couchette jusqu’au lever prévu vers 6 heures. Las ! A peine couché, voici que la fille du dessus bascule par-dessus bord avec son matelas et tombe par terre dans un boucan d’enfer ! Sans se blesser heureusement. Adieu sommeil réparateur…
    Au déjeuner, je retrouve mon Américain de la veille, qui avouera lui aussi avoir passé sa plus mauvaise nuit depuis Cantorbéry...
    Mais qu’à cela ne tienne. Après ces dix jours de marche, ma forme est excellente et plutôt que de redescendre benoitement dans le fond de la vallée comme le conseillent les guides, je décide de rejoindre Bourg-Saint-Pierre par le haut, par les cols, et de redescendre au dernier moment. Quand on a pris le goût des hauteurs, l’idée même de descendre et de rejoindre la plaine devient insupportable. Ivresse des sommets, quand tu nous tiens ! Je décide donc d’emprunter le chemin des cols plutôt que l’ancienne route Napoléon. Je grimpe donc au Col des Chevaux par le chemin dit des Chanoines, qui prend parfois l’allure de voie romaine avec ses larges dalles bien ajustées. Le col est à mi-chemin entre le massif du Mont-Blanc et celui des Combins. Le chemin redescend ensuite dans une combe pour remonter vers le Col de Bastillon. Avant le col, la carte signale deux beaux lacs et je me dirige vers le plus grand où j’arrive en même temps que deux jeunes Valaisannes de la vallée qui ont eu la même idée. On s’encourage mutuellement pour un bain à la russe dans une eau froide et bleue, face au Vélan et aux Combins. Avis aux sceptiques et aux peureux : vous ne savez pas ce que vous perdez en méprisant ces bains glacés. Ça vous fouette les sangs, comme un sauna à l’envers. Une fois dedans, la peau vous pique à cause du froid mais la nage est plutôt agréable et vous en ressortez gonflé à bloc, avec un sentiment de propreté inégalé.

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  • Bref conciliabule avec l’évêque de Sion au Grand Saint-Bernard

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    11e étape - La Fouly-Lacs de Fenêtre-Col de Fenêtre-Baou-Grand Saint-Bernard - Lundi 5 août 2019

    Départ à 8h45 de La Fouly avec des gouttes de pluie, avec mon bocal de champignons au vinaigre de la veille. La route monte agréablement jusqu’à Ferret. J’ai juste le temps d’arriver à l’Hôtel du Col de Fenêtre avant la première averse qui descend les pentes du Mont Dolent. Un café et quinze minutes plus tard, je reprends la route en direction de la buvette d’Ars puis sur le chemin carrossable qui mène à l’alpage de la Chaux. Nouvelle averse.
    Le berger est un voisin. C’est un Valdotain barbu, sympathique mais pas trop bavard comme tous les montagnards. Il doit s’occuper de 110 vaches, les traire matin et soir et fabriquer tous les jours le fromage et le sérac. Le chemin grimpe ensuite sec jusqu’aux lacs de Fenêtre, au nombre de trois. Il pleuvine tout le long de la montée. Une fois arrivé dans la combe des lacs, la pluie cesse mais le soleil se cache toujours et il fait trop frais pour espérer se baigner. Côté France, la pointe de lAiguille du Géant disparaît sous les nuages et le Mont-Blanc reste invisible.
    Après une petite pause près du troisième lac, je décide d’attaquer le col par la droite en montant au sommet d’une petite pointe qui culmine à 2820 mètres. On n’est pas loin du point de rencontres des trois frontières et la vue sur les trois pays, la France, la Suisse et l’Italie, et sur le col du Saint-Bernard en contrebas, bien sûr.
    En descendant, je rattrape un jeune couple d’instituteurs genevois venus randonner dans le coin, ce qui me permet de couper sur la gauche et d’emprunter avec eux le chemin étroit qui surplombe la route du col sur le versant italien et comporte un ou deux passages scabreux que j’aurai hésité à franchir seul. A 15h30, nous franchissons le col du Grand saint-Bernard par l’ancienne voie romaine qui, côté italien, est encore bien taillée dans la roche.
    L’Hospice, comme toujours en cette saison, est pratiquement plein. On y croise évidemment quelques chanoines, des religieuses en vacances et beaucoup pèlerins qui parcourent tout ou partie de la Via Francigena, entre Cantorbéry et Rome. Ici, pas d’ultratrailers, de vététistes ni d’Asiatiques, mais plutôt des familles avec enfants et des nationalités qui s’entremêlent mais avec une majorité de chrétiens européens, Écossais, Allemands et de nombreux Italiens dont certains font aussi le Tour du Grand-Combin, qui semble populaire en Italie.

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  • Conserve de champignons à La Fouly

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    10e étape – val d’Arpette-Champex-Issert-Praz de Fort-La Fouly – Dimanche 4 août 2019
    Après la rude étape d’hier, la journée s’annonce tranquille, dominicale, dans tous les sens du mot, soit plutôt reposante. Comme tous les matins, je procède donc à mes exercices de yoga et et à mes étirements rituels, sans hâte, sous les sapins en regardant le soleil descendre le long du val d’Arpette, à côté des vaches qui broutent. Vers 8h45, je m’élance le long du torrent puis du bisse qui alimente le lac de Champex. La station est encore endormie. Seuls quelques pêcheurs occupent les rives et tentent d’accrocher quelques truites d’élevage avant l’arrivée massive des randonneurs et des amateurs de pédalos.
    Après Champex, le chemin descend en pente douce et très agréable le long du Val Ferret. Le Sentier des Champignons est dédié à la mycologie locale et est balisé de panneaux explicatifs sur les principales espèces locales, bolets, cortinaires, russules, amanites. Par réflexe, je jette un coup d’œil sur les pentes et ne tarde pas à être récompensé. Après quelques minutes, j’aperçois sur deux petits amas de pied-de-moutons qui font bien 500 grammes chacun. Je les ceuille en me disant que je trouverai bien une solution pour les apprêter.
    Après une bonne heure de descente, on arrive à Issert, au milieu du val Ferret. Les randonneurs du Tour du Mont-blanc marchent en procession. Petite pause sur la minuscule terrasse du café du village, à côté d’un groupe de gens du coin qui les regarde défiler en buvant l’apéro. Le spectacle est fascinant et on se sent bien à l’ombre à regarder transpirer des gens en plein soleil...
    Le chemin remonte ensuite le long du val en traversant des petits hameaux tranquilles et bien aménagés, avec des raccards à blé et des granges-écuries aux façades de bois souvent sculptées de symboles religieux, croix, rosaces, inscriptions qui témoignent de la vie agricole intense des lieux. On quitte le sentier des champignons pour celui des greniers à blé.

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  • Des mérites des fromages suisses à Arpette

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    9e étape - Trient-Chalet du Glacier-Alpage de Vésevey-Fenêtre d’Arpette-Val d’Arpette-Relais d’Arpette - Samedi 3 août
    Temps frais, idéal pour marcher. Départ à 8h30. Montée pendant une bonne heure en pente douce à travers prairies et bois jusqu’à la buvette du glacier du Trient, jadis aux pieds du glacier. On y apprend que ledit glacier a perdu un kilomètre entre 1890, au moment où l’on exploitait sa glace pour l’expédier par train à Paris, et les années 1980, et qu’il a de nouveau reculé d’un kilomètre ces trente dernières années !
    Le chemin remonte ensuite la crête de la moraine et les choses se corsent. Il devient de plus en plus raide. Un hélicoptère jaune treuille les provisions et le bois pour les bergers de l’alpage de Vésevey, atteint au bout d’une autre heure. Les deux bergers, originaires de Martigny et donc Valaisans pur sucre, les entreposent dans la minuscule cabane de pierre qui leur sert d’abri, fauchent les orties, rangent le bois de feu. Ils veillent sur 130 moutons. Par beau temps, ils jouissent d’une vue spectaculaire sur les glaciers. Mais les journées de pluie et de brouillard doivent être longues, quand il faut rester terrés dans cet abri exigu, sans eau ni électricité, et où l’on peut à peine se tenir debout.
    Après l’alpage, le chemin ne prend même plus la peine de faire des virages et grimpe carrément à la verticale! Et pourtant on y croise une foule de gens, de tous âges et de toutes nationalités, comme d’habitude. C’est qu’on est au cœur du tracé du Tour du Mont-Blanc, le plus populaire des Alpes. Je transpire aux côtés de deux Irlandais et d’un Australien, qui, comme moi, portent leur âge et s’arrêtent souvent pour retrouver leur souffle.
    Enfin, au bout de deux nouvelles heures, la Fenêtre d’Arpette est en vue. C’est la cohue, les montants croisent les descendants, tous s’arrêtant sur le col pour la pause déjeuner.
    La descente sur le vallon d’Arpette est presque aussi rude que la montée. Mille deux cents mètres de dénivelé à la montée, mille à la descente sur des chemins étroits et caillouteux, ce n’est pas franchement un cadeau pour des citadins embourgeoisés dans mon genre. Chaque pas doit être soigneusement calculé pour éviter la glissade ou la culbute à travers les rochers. Des blocs de granite obligent à se mettre à quatre pattes. Les bâtons sont précieux pour amortir les chocs et ménager les genoux. La fin des éboulis n’offre qu’un maigre répit.
    Enfin, au bout d’une grosse heure, les premiers arbres apparaissent et la nature devient plus amicale, les fleurs, les vernes, les épilobes et un petit torrent égaient un univers qui était devenu par trop minéral.
    L’alpage d’Arpette et son refuge sont en vue et, après une petite pause rafraîchissante au bord du torrent, m’y voilà rendu vers 17h. Rude journée en vérité. Mais je suis content d’avoir enfin parcouru ce vallon, souvent descendu à ski et souvent évoqué par mes parents qui venaient y cueillir les myrtilles sauvages, fort réputées, lorsque c’était encore permis. La cueillette au peigne est aujourd’hui interdite et il faut désormais les déguster une à une...
    Le soir, je partage une fondue avec deux Hollandais, une Australienne et trois Français. Bonne consistance mais goût un peu fade, adapté aux touristes de toutes obédiences... J’explique à mes convives éberlués qu’il existe autant de fondues que de sortes de sushi, qu’on peut les déguster avec différents vins et qu’on peut décoller la croûte du fond du caquelon. Après cet exposé introductif, j’ouvre la discussion sur la raclette et les mérites du fromage suisse. Sauf que le petit déjeuner du lendemain matin vient casser l’illusion : on nous sert des tranches d’un fromage industriel insipide alors qu’on peut admirer des vaches d’Hérens et leurs tétines dodues par la fenêtre...

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  • Petite incursion aux sources de l’Arve à Balme

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    8e étape - Châtelard-Alpage du Catogne-Béchat-Col de Balme-Arolette-Les Tseppes-Trient - Vendredi 2 août
    Parti tôt ce matin de Vernayaz avec le Mont-Blanc Express pour reprendre ce tour du Valais à pied après la pause de la fête nationale. A Châtelard, le temps est maussade et la journée s’annonce ingrate, pas tant à cause des chemins qui sont au contraire excellents, mais en raison du brouillard qui masque le paysage. Le chemin, tantôt moussu, tantôt herbeux ou semé d’aiguilles de pin, monte en pente douce à travers une forêt de bouleaux, de sapins, de sorbiers et de mélèzes. On dépasse un premier alpage, puis un deuxième, avant d’arriver à l’écurie et au chalet d’habitation en ruines des Preises. Plus haut, à Catogne, c’est tout le hameau qui tombe en morceaux. Pas âme qui vive, à part les marmottes et une petite souris apeurée! Le versant nord de la haute vallée du Trient, sauvage, désolé et abandonné, contraste fortement avec le versant sud et ses attractions touristiques d’Emosson et de Finhaut.
    L’itinéraire prévoit de redescendre à Trient en suivant la crête. Mais nous ne sommes qu’à midi et je décide de faire le détour par le col de Balme et les hauts de Chamonix, à deux petites heures. Une fois la frontière passée, c’est à nouveau la ruée. Des vagues de touristes remontent la vallée de Chamonix en télésiège, à pied ou en VTT. Il en vient de partout. Au refuge de Balme, on parle toutes les langues sauf le français. Par chance, le brouillard s’est levé et la vallée du Trient comme celle de Chamonix sont visibles. Seuls les sommets sont cachés.
    Au refuge, une grande carte est placardée sur le mur et je constate que je viens de traverser des ruisselets qui s’avèrent être les sources de l’Arve. Vues d’ici, elles ressemblent à n’importe quel alpage d’altitude un peu humide. L’Aiguillette de Balme qui les chapeaute dépasse tout juste les 2300 mètres. Mais pour un Genevois qui habite entre Arve et Rhône, à défaut d’être grandiose, le spectacle est au moins émouvant…

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  • Convent de bouquetins au col d’Emaney

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    7e étape - Salanfe-Col d’Emaney-Emaney-Col de Barberine-Emosson-Châtelard - Lundi 29 juillet
    La brume peine à se dissiper sur l’ex « plus grandiose pâturage de Suisse, la Merveille » comme disaient les écrivains du début du XXe siècle. Une ceinture de nuages cache encore le sommet des montagnes et le fond de l’air, après ces deux jours d’orages et de pluies, est très frais. Départ à 8h40 avec la traversée du barrage qui raconte l’histoire de la construction de l’ouvrage à la fin des années 1940 et la mise en eau début 1953.
    Le chemin monte d’abord lentement et je croise le troupeau de vaches de mon cousin, des génisses noires et grises pour la plupart. Elles sont curieuses, amicales et viennent me lécher la main.
    Au bout d’une petite heure, arrivée au lac des Ottans et à l’ancienne mine d’or et d’arsenic qui le surplombe. 331 tonnes d’arsenic et 24 kilos d’or y ont été extraits dans les années 1900. Elle sert aujourd’hui d’abri aux spéléologues qui sondent les galeries et les grottes qui parcourent les flancs du Luisin. Je pars sur la droite, à la recherche de deux autres petits lacs à l’écart du chemin et que m’ont recommandés mes amis genevois de la veille. Ils sont bien cachés derrière des monticules herbeux. Le second est littéralement paradisiaque : eau limpide, assez profond pour nager, entouré de petits rochers et de rhododendrons en fleur : un vrai spa en pleine nature avec vue imprenable sur les sommets qui se dégagent peu à peu de leur gangue de nuages. Sauf que l’eau ne doit pas excéder 8 ou 9 degrés…
    Avant d’arriver au col, je devance un trio de Coréens harnachés comme des sherpas. Ils ne parlent pas un mot de français ou d’anglais et s’expriment uniquement par onomatopées ou avec leurs applications smartphone. Au col, surprise! A travers la brume qui va et vient, un troupeau d’une vingtaine de bouquetins est en train de brouter, à quinze mètres, peu farouches. Certains sont couchés, les autres broutent en me surveillant d’un œil. Deux mâles se battent en se jetant l’un sur l'autre avec leurs cornes.
    Les Coréens approchent et je les prie de faire silence. Ils sont tout surpris par le spectacle et mitraillent les bouquetins avec leurs appareils photos. On regarde, on commente, on prend des selfies sur fond de bouquetins, puis on entame la descente sur Emaney, en redescendant vers le fond du vallon à travers les pâturages. Comme Salanfe, mais avec le barrage et le lac en moins, Emaney est aussi un alpage vaste et réputé, avec un berger, Jean-Marc, qui y monte depuis des décennies et a eu les honneurs d’un reportage de la RTS en 1965 déjà, comme vient de le rappeler le journal Le Temps.
    Au fond de la vallée, arrêt pique-nique. Puis départ pour le col de Barberine, toujours accompagné de mes Coréens. On m’a annoncé un passage difficile pour traverser un torrent au sommet d’une cascade et surplombé par un névé qui n’a pas encore fondu. Je juge donc plus prudent de traverser en groupe. L’obstacle franchi, la montée reprend, raide comme toujours. Maintenant, le ciel est dégagé et le soleil tape fort.

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  • Montée au refuge des Dents du Midi sous une pluie glacée

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    6e étape - Salanfe-Sopéca-Refuge des Dents du Midi-Salanfe -Dimanche 28 juillet
    Il pleut. Un épais brouillard et une pluie intense cachent le lac et les montagnes. Après l’orage de la veille, je reste au chaud à l’auberge. Grâce au code wifi obligeamment dévoilé par le patron, je peux répondre aux innombrables messages accumulés ces derniers jours et réécrire les comptes rendus de la deuxième et troisième étape, funestement évaporés.
    Vers midi, l’inaction commence à me peser. Il pleut toujours mais la météo annonce une accalmie dans l’après-midi. Elle ne viendra jamais. Mais je l’ignore et je me résous à sortir et à m'attaquer au refuge des Dents du Midi, encore jamais visité. Tout à l’heure, les deux gardiens qui ont bien dépassé la septantaine et leur petit-fils de huit ans, ont attaqué la montée. Elle ne doit donc pas être impossible, même dans ces conditions. Les panneaux annoncent trois heures de marche et mille mètres de dénivellation.
    La montée s’avère très, très pénible. ll pleut sans arrêt, les chaussures et les pantalons sont rapidement trempés malgré un équipement ad hoc. Rien n’y fait, l’eau s’infiltre partout, coule dans la nuque, mouille le dos et ruisselle dans les chaussures.
    Le chemin est détrempé et glissant. Heureusement, il n’y pas de rafales de vent ni de grêlons. Mais la pluie est très froide et à l’approche de l’arrivée, à 2900 mètres, elle devient glaciale. Le thermomètre affiche 4 degrés, il neige presque et les mains sont gelées.
    L’escalade est interminable et solitaire, la vue nulle. Mais l’idée de capituler alors que des gens plus âgés et un enfant sont devant moi m’oblige à avancer. Et finalement, à quelques centaines de mètres de la cabane, je rattrape la famille de gardiens, qui peine aussi. Seul le garçon gambade comme un chamois dans les éboulis, les rochers et les petits névés.
    Enfin, le cabanon blanc des toilettes apparaît sur une crête et après un dernier effort, la cabane est en vue.
    Par chance, le gardien précédent descendu la veille a laissé un thermos de thé encore chaud et bien garni le potager à bois. Le feu repart vite. Après trois heures de pluie glaciale, les 15 degrés du refuge paraissent un luxe inouï. Dehors, la pluie bat contre les carreaux et le brouillard cache le petit glacier qui s’étale entre le refuge et les pieds des Dents du Midi.

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