Planète bleue - Page 3

  • En mauvaise posture au Col de Susanfe

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    5e étape-Barme-Bonavau-Pas d’Ancel-Cabane de Susanfe-Col de Susanfe-Salanfe-Samedi 27 juillet
    Départ à 8h16, une heure plus tôt que d’habitude, pour essayer de prendre de vitesse un nouvel orage annoncé en milieu d’après-midi. L’herbe et les arbres sont bien mouillés, il a plu une bonne partie de la nuit et la végétation a pris des couleurs luxuriantes. Sur le chemin, pas d’animaux mais de nombreuses traces de cerf. Ils aiment bien se cacher dans les vernes pendant la journée. Le sentier grimpe sec pendant 50 minutes en direction du Signal de Bonavau, avant de redescendre sur la buvette éponyme, flambant neuve. 10 minutes de pause Rivella avant d’attaquer le Pas d’Encel. Très vite, le sentier devient vertigineux, surplombant le vide. Il faut se mettre à quatre pattes et s’accrocher à des câbles et à des chaînes pour franchir des barres de rochers à la verticale. C’est éprouvant, et long. Le raidillon pénètre enfin dans la gorge. Sous un rocher, je tombe trois moutons égarés qui doivent être en estivage à l’alpage de Susanfe.
    Enfin, le fameux Pas d’Encel est franchi et le chemin redescend vers un petit barrage avant de remonter de plus belle sur l’autre rive de la Sauffla, sous le glacier du Mont Ruan. Après une heure de montée à travers des champs de rochers ravinés par les eaux glaciaires, la cabane de Susanfe est en vue. Les nuages se font plus denses et un banc de brume s’est installé sur les flancs du Ruan.
    L’accueil est un peu froid, j’hésite à rester pour la nuit mais décide finalement de tenter ma chance et de passer le col de Susanfe avant la pluie. Le temps d’avaler une tarte à la raisinée, excellente d’ailleurs, et je reprends le chemin tandis que le brouillard monte maintenant du fond du vallon et descend des crêtes. Le long du chemin se succèdent des petits cairns auxquels j’apporte ma petite pierre. Le brouillard va et vient, laissant entrevoir un col encore dégagé. C’est dans un des gouffres du coin qu’on vient de découvrir les ossements d’une cinquantaine d’animaux vieux de plusieurs millénaires, et qui ont fait la joie des paléontologues.
    Après une bonne heure de rude montée, j’attaque les dernières centaines de mètres dans la caillasse épaisse qui forme le col. Le ciel se fait menaçant et il n’y a pas une seconde à perdre. Juste après le col, près d’un abri tempête, huit jeunes Belges de retour de la Haute Cime bivouaquent tranquillement, sans se soucier de la météo.

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  • Gros orage et grêle dans le vallon de Barme

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    4e étape-Morgins-vallon de la Vièze-Col des Portes du Soleil-Portes de l’Hiver-Les Crosets-Télésiège du Pas de Chavanette-Lapisa-Col de Cou-alpage de Berroi-Barme-Vendredi 26 juillet
    Aujourd’hui, d’après Suisse Rando, il s’agit d’attaquer l’une des plus grosses étapes de ce tour : 22 km annoncés, qui en feront 25 au total, suite à quelques erreurs d’aiguillage.
    Grâce à l’averse de la veille, il fait frais, le sol est humide, la poussière est enfin retombée, les feuilles et l’herbe ont reverdi, les fleurs se sont épanouies. Le chemin le long de la Vièze est un enchantement avec son entrelacs de ponts de bois, de lapés géants et de sapins ombrageux. Au fond du vallon, le chemin monte jusqu’à la buvette de l’alpage de Tovassière et de là, au Col des Portes du soleil. Encore un petit effort, pour dépasser les 2000 mètres, et le chemin redescend sur les Crosets jusqu’à la cantine de Chaux Palin, une ancienne écurie reconvertie, qui est restée dans son jus.
    Puis le chemin part en faux plat jusqu’à Chavanette, Ripaille et la buvette de Lapisa. Les kilomètres défilent. A la buvette, entièrement rénovée, la terrasse est pleine, la serveuse ne sait plus où donner de la tête. J'échange quelques mots avec le professeur Bouvier, qui a longtemps enseigné le grec moderne à l’Université et fidèle habitué de la vallée. Mais impossible de s’attarder trop longtemps.
    Les cumulus n’annoncent rien de bon et il me reste au moins deux bonnes heures de marche pour arriver à Barme. Je repars donc pour le Col de Cou, à 1h15 de là. J’y suis en une heure et ai à peine le temps de faire une pause que le ciel devient tout noir. La foudre commence à frapper les contreforts des Dents Blanches et les premières gouttes se mettent à tomber. Je me précipite sur le chemin de crête qui redescend sur Barme et je bute sur l’orage qui remonte le val de Barme depuis le Ruan. La pluie et le tonnerre redoublent d’intensité au moment où j’arrive à l’alpage de Berroi. Ses occupants, la famille Mariétan de Champéry, sont en train de rentrer les vaches pour la traite. J’ai juste le temps d’amorcer la discussion avant que l’orage se déchaine. Eclairs, coups de tonnerre et un rideau de pluie tombent sur les Dents Blanches, juste en face de nous. Puis la grêle s’en mêle. On me fait entrer pour un café. Hier, il est tombé des grêlons gros comme des cerises qui ont recouvert l’alpage d’une couche blanche. Cet après-midi, la grêle est moins intense même si on l’entend tambouriner sur le toit de tôle.

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  • Longue marche sur Morgins

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    3e étape-Tour du Valais à pied- Torgon-Draversa-Lac du Pré de la Vieille-Chalet Neuf-Portes du Culet-Morgins, jeudi 25 juillet 2019

    Départ à 9h15 en direction des chalets-appartements des Fignards, point de départ des télésièges de la station, par la passerelle qui enjambe le torrent de l’Avançon. Le chemin monte gentiment à travers bois et alpages, très agréable, bien ombragé, avec des petites sources. On reste à mi-hauteur, entre mille et mille cinq cents mètres, et le soleil tape un peu moins fort que les deux jours précédents. Après deux heures de marche soutenue, on débouche dans le vallon de Draversa et son torrent bien frais. Après une petite montée à travers la forêt et la traversée d’un alpage, on arrive au petit lac du Pré de la Vieille.
    Je tente la baignade en compagnie d’une cane et de ses deux petits, au milieu des génisses qui broutent placidement en me lorgnant du coin de l’œil. Mais les pieds enfoncent profondément dans la vase et les sédiments, qui troublent une eau qui vire très vite au noir profond. Pas possible de s’éterniser ni de nager. J’en ressors donc vite. Une fois sec et restauré, j’emprunte le chemin qui remonte le long des téléskis en direction du Chalet Neuf et des Portes de Culet qui donnent accès au vallon de Morgins.
    Le ciel commence à se couvrir, le soleil est voilé par les nuages et les premiers grondements de tonnerre se font entendre.
    Le col franchi, je presse donc le pas pour arriver à Morgins avant l’orage. Course gagnée de justesse : les premières gouttes tombent juste à l’entrée du village. On me conseille une chambre au Chalet Cergnat, tenue par une autre Hollandaise qui a préféré la montagne aux miasmes des deltas et à l’agitation des ports. Je ne suis pas déçu: chalet accueillant, chambre au décor impeccable, et salle de bain bienvenue!
    Le soir un plat de röstis en regardant tomber la pluie, extrêmement bienvenue après ces longs jours de sécheresse. Un lit confortable et douillet et une nuit fraîche bienvenus après ces trois jours de marche.

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  • A la conquête du Grammont

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    Deuxième étape-Tour du Valais à pied-Tanay-Grammont-Tanay-Miex-Torgon, 24 juillet 2019

    Départ à 9h06 pour monter au Grammont, montagne que je n’ai plus gravie depuis cinquante ans, lorsque j’étais au collège au Bouveret. La montée dans la forêt, à l’ombre, jusqu’à l’alpage des Crosses, est plaisante. Mais une fois les derniers arbres laissés derrière, le soleil frappe. L’eau se fait rare et n’est pas potable. Après une bonne heure de grimpe, le col des Crosses est franchi et le chemin part en faux plat jusqu’à l’arête sommitale, qui dégage une superbe vue sur le village de Saint-Gingolph et le lac Léman. On la gravit encore sur quelques centaines de mètres jusqu’à la croix et au tableau panoramique qui détaille tous les sommets visibles à 360 degrés. L’altitude, 2172 mètres, est modeste mais la vue est splendide. L’effort est plus que récompensé avec une vue plongeante sur le lac Léman et la vallée du Rhône, sur le Mont-Blanc, les Cornettes de Bise, les Combins, et de l’autre côté, sur le croissant du lac Léman, le Moléson, les crêtes du Jura, le Chablais savoyard.
    Comme hier pour les fusillés de Saint-Gingolph, j’ai une pensée pour l’équipage du Lancaster anglais qui s’est fracassé contre le flanc du Grammont en juillet 1943. On nous racontait cette histoire au collège et, il y a quelques années, un gendarme valaisan établi à Genève et qui avait retrouvé l’épave sur les flancs de la montagne, m’avais donné quelques fragments du fuselage qui sont toujours sur mon bureau. Les ailes et la structure du bombardier n’ont pas disparu. Seuls les moteurs et l’équipement ont été récupérés pendant la guerre. Touché par un tir de DCA et privé de visibilité à cause d’un orage, le pilote a semble-t-il perdu le cap et précipité l’avion sur la montagne avec sa cargaison de bombes et de fuel. Les six membres d’équipage reposent au cimetière de Montreux, juste en face. La même nuit, un autre bombardier anglais du même groupe a subi le même sort sur les hauts de Thyon.
    La descente du Grammont se fait sans histoire et, vers 13h30, je peux piquer une tête dans le lac de Tanay, toujours aussi rafraîchissant, et faire une petite sieste avant d’entamer la dernière étape de la journée.

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  • 1400 mètres de montée sous la canicule

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    Première étape -Tour du Valais à pied-23 juillet 2019
    Parti de Saint-Maurice, le train arrive en gare de Saint-Gingolph vers 9h. Descente au bord du lac, selfie sur la Morge sur le fil de la frontière franco-suisse, avec le lac en arrière-plan. Ça chauffe déjà sec. Petite visite au Monument aux morts, côté français, en mémoire des fusillés et de l’incendie du village français du 23 juillet 1944 par les SS d’Annemasse, dont on fête le 75e anniversaire de la tragédie aujourd’hui même. La solidarité franco-suisse avait alors joué à fond et la grande majorité des familles française avait alors été accueillie en Suisse avant l’arrivée des troupes allemandes, grâce au sang-froid du commandant des troupes suisses. Finalement seuls le curé et cinq paroissiens ont été fusillés en représailles à l’attaque des maquisards qui avaient brièvement occupé le village quelques jours plus tôt.
    Montée le long de la Morge par le chemin et la route ombragée du Frenay, côté suisse, avec arrêt aux nombreuses fontaines d’eau fraîche. Novel est sur la droite. A midi, arrivée à l’alpage de l’Au de la Morge. Échange avec les employés: la fromagère, qui doit être portugaise, et deux jeunes gens, un Espagnol et un Roumain, qui s’occupent des bêtes. Je leur achète un fromage d’alpage frotté au marc et un verre de limonade pour accompagner mon bivouac. Je leur explique que j’avais campé ici même au début des années 1970, il y a une cinquantaine d’années, avant de nous lancer à l’assaut des pointes savoyardes, juste en face! On était en juin, il faisait frais et humide, et on ne parlait pas de canicule!
    Depuis début juillet, la chaleur et la sécheresse frappent si fort que les propriétaires hésitent à redescendre, faute d’eau et d’herbe. Les bêtes se sont d’ailleurs mises au frais dans la forêt. Difficile de comprendre ceux qui nient le réchauffement climatique et qui ergotent pour savoir s’il est d’origine humaine ou naturelle. Vu d’ici, peu importent les causes, influence des taches solaires ou émissions industrielles de CO2, les effets sont les mêmes et les dégâts sur les sapins qui crèvent de soif et les herbages qui roussissent en début d’été déjà, très inquiétants.

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  • Tour du Valais à pied : premiers échauffements

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    LE PAS FAIT LE CHEMIN. C’est avec ce viatique que je commence mon tour du Valais à pied et en solitaire. Cette formule a guidé toute ma vie et je compte bien m’en inspirer pour affronter les difficultés et maux divers qui m’attendent sur cette longue route. Ça fait quelques années que je marine ce projet de renouer avec mon canton d’origine, la nature et les montagnes, en retrouvant des sensations perdues depuis l’enfance. Ça tombe bien puisque le projet coïncide avec mon engagement politique et la campagne au national sous la bannière « Planète bleue ». Quand la démarche colle avec les idées, c’est toujours mieux.
    Le moment est donc venu de passer à l’action, avec une petite pointe de trac quand même: serais-je capable de marcher 5 à 8 heures par jour sur des pentes aussi raides, avec une moyenne quotidienne de mille mètres de dénivelé dans les deux sens? On est loin du petit jogging hebdomadaire et tout d’un coup des membres auxquels on ne pense jamais quand on est assis à son bureau, les genoux, les pieds, les épaules, se rappellent brusquement à votre attention. L’idée est de partir de la frontière française au bord du Lac Léman et de remonter la vallée sur la rive gauche jusqu’à la Furka et de la redescendre côté bernois jusqu’à Morcles, en deux étés et une cinquantaine de journées. Objectif 2019: une vingtaine d’étapes, de Saint-Gingolph au Val d’Anniviers. J’en prévois une cinquantaine en tout, le temps de remonter par la rive gauche jusqu’à la Furka en passant par Zermatt, et de redescendre sur la rive droite, le long des alpes bernoises jusqu’à Collonges, dernière commune valaisanne avant le Chablais vaudois. Mais ce sera pour 2020.
    Premier test : trois jours d’entrainement, avec équipement complet et un sac d’une dizaine de kilos, sur les sentiers raides et caillouteux de ma commune, Evionnaz, sous les sommets bienveillants des Dents du Midi. Conclusion : ça marche, dans tous les sens du terme. Avec les conseils de grand-mère de ma petite sœur : un sucre arrosé de vinaigre pour calmer les courbatures, des gourdes en suffisance et des « bletz » ad hoc pour soigner les ampoules.
    La date de départ est fixée au 23 juillet, à Saint-Gingolph.

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  • Planète bleue pour Genève

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    Réchauffement climatique accéléré, effondrement de la biodiversité, consommation effrénée des ressources naturelles et humaines, inquiétude croissante de la jeunesse, tensions internationales préoccupantes, inégalités sociales qui explosent, surendettement public et privé et accumulation de montagnes d’argent improductif, dont les banques ne veulent même plus.
    Planète bleue, le mouvement que je souhaite représenter à cette élection nationale, veut se consacrer à l’essentiel. Il souhaite notamment favoriser la transition vers une économie mieux maitrisée, moins axée sur l’hyperconsommation et la croissance à tout prix, et promouvoir une agriculture, d’une industrie et de services plus locaux et moins gourmands en ressources et en importations polluantes, en concertation avec les entrepreneurs et les paysans. C’est avec eux, et non contre eux, qu’il faut trouver des solutions. Nous sommes convaincus que la Suisse, et Genève en particulier, ont tous les atouts pour mener ce combat.
    Planète bleue souhaite également mieux répartir les richesses et améliorer les conditions de production dans les pays du sud, ne serait-ce que pour limiter les causes des migrations qui sont toujours sources de tensions dans les pays d’accueil.
    Enfin, Planète bleue milite également en faveur d'un Conseil fédéral et d’une Europe qui gouvernent au lieu de gérer, et qui soient beaucoup plus actifs, non seulement en matière de préservation de la nature, mais aussi en matière de sécurité, de santé et de protection de la population, et qui soient porteurs d'initiatives en faveur d'une meilleure prise en considération du droit et de la justice en Suisse aussi bien qu’à l’étranger.
    Le programme tient en 10 principes : 1/Maîtriser une croissance devenue folle et favoriser la transition vers une économie douce (aéroport, transports, gaspillages et déchets); 2/Préserver le climat et la biodiversité; 3/Respecter les animaux et manger plus sain; 4/Aider les migrants mais pas les migrations. (Tous les êtres humains en détresse doivent être aidés mais la migration en tant que résultat de l’exploitation de la misère, du pillage et de la mauvaise gouvernance doit être combattue); 5/Taxer les transactions financières et les robots plutôt que le travail; 6/Assurer une santé abordable et équitable pour tous; 7/Défendre une Suisse démocratique dans une Europe indépendante et souveraine; 8/Soutenir un Conseil fédéral qui décide et un Parlement qui légifère en toute indépendance; 9/Conserver une société équilibrée, fière de ses racines et confiante dans l’avenir; 10/Considérer la nature, l’air, l’eau et le patrimoine culturel comme des biens communs inaliénables. (Cf. www.planetebleue.ch).
    Quant à la méthode, elle se veut simple : un budget limité ; une démarche en accord avec les buts affichés : pas de lobbies, pas de dépenses extravagantes, marche à pied ! Avec, à la clé, une bonne chance d’être élu en partant groupé avec la coalition du centre.
    Et comme il faut commencer par un engagement concret, vous retrouverez tous les jours sur ce blog, à partir de demain, les étapes de la première partie de mon tour du Valais à peid et en solitaire. A demain!

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  • Pourquoi Planète bleue

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    Première étape
    Tour du Valais à pied
    23 juillet 2019
    LE PAS FAIT LE CHEMIN. C’est avec ce viatique que je commence mon tour du Valais à pied et en solitaire. Cette formule a guidé toute ma vie et je compte bien m’en inspirer pour affronter les difficultés et maux divers qui m’attendent sur cette longue route. Ça fait quelques années que je marine ce projet de renouer avec mon canton d’origine, la nature et les montagnes, en retrouvant des sensations perdues depuis l’enfance. Le moment est venu de passer à l’action, avec une petite pointe de trac quand même: serais-je capable de marcher 5 à 8 heures par jour sur des pentes aussi raides? On est loin du petit jogging hebdomadaire! L’idée est de partir de la frontière française au bord du Lac Léman et de remonter la vallée sur la rive gauche jusqu’à la Furka et de la redescendre côté bernois jusqu’à Morcles, en deux étés et une cinquantaine de journées. Objectif 2019: une vingtaine d’étapes, de Saint-Gingolph au Val d’Anniviers.
    Parti de Saint-Maurice, le train arrive en gare de Saint-Gingolph vers 9h, descente au bord du lac, selfie, visite au Monument aux morts, en mémoire des fusillés et de l’incendie du village français du 23 juillet 1944 par les SS d’Annemasse, dont on fête le 75e anniversaire de la tragédie aujourd’hui même. La solidarité franco-suisse avait alors joué à fond et la grande majorité des familles française avait alors été accueillie en Suisse avant l’arrivée des troupes allemandes.
    Montée le long de la Morge par le chemin et la route ombragée du Frenay, côté suisse, avec arrêt aux nombreuses fontaines d’eau fraîche. Novel est sur la droite. A midi, arrivée à l’alpage de l’Au de la Morge. Échange avec les employés: la fromagère, qui doit être portugaise, et deux jeunes gens, un Espagnol et un Roumain, qui s’occupent des bêtes. Je leur achète un fromage d’alpage frotté au marc et un verre de limonade pour accompagner mon bivouac. Je leur explique que j’avais campé ici même au début des années 1970, il y a une cinquantaine d’années, avant de nous lancer à l’assaut des pointes savoyardes, juste en face! On était en juin, il faisait frais et humide, et on ne parlait pas de canicule!
    Depuis début juillet, la chaleur et la sécheresse frappent si fort que les propriétaires hésitent à redescendre, faute d’eau et d’herbe. Les bêtes se sont d’ailleurs mises au frais dans la forêt. Difficile de comprendre ceux qui nient le réchauffement climatique et qui ergotent pour savoir s’il est d’origine humaine ou naturelle. Vu d’ici, peu importent les causes, influence des taches solaires ou émissions industrielles de CO2, les effets sont les mêmes et les dégâts sur les sapins qui crèvent de soif et les herbages qui roussissent en début d’été déjà, très inquiétants.
    La montée au col de la Croix est raide et le soleil tape fort. Pauses pour boire en chemin, discussion avec une jeune Française de Nangy, absolument ravissante mais fort légèrement équipée, qui redescend, malheureusement... Arrivée au Col de La Croix puis à Lovenex et son petit lac vert, avec vue échancrée sur le Lac Léman et Montreux: magique! Puis montée au Pas de Lovenex et longue descente sur Tanay par l’alpage de Loz, face aux Cornettes de Bise.
    Ma crampe à la jambe droite me fait horriblement mal à la descente.
    Enfin arrivé à Tanay, le premier hôtel affiche complet mais le second, la Vouivre de Nicole Niquille, est encore libre. L’hôtesse, Esther, me reconnaît. Nous nous étions rencontrés à Sarajevo en 1993 lorsqu’elle était au CICR et que je visitais la ville en guerre avec une délégation de journalistes et d’intellectuels français. Son mari, cuisinier, a étudié au Collège des Missions du Bouveret, tout comme moi. Le chalet a conservé son petit air népalais, avec ses drapeaux de prière et ses petites recettes himalayennes. Nicole a émigré du côté de Fribourg, où elle tient toujours des restaurants d’alpage, et continue à soutenir son hôpital au Népal, mais son esprit reste.
    Baignade dans le lac, juste frais comme il faut: un vrai délice après ces six heures de marche, avant de prendre le repas, excellent d’ailleurs, sur la terrasse aux grosses tables de bois, face au lac. Que du bonheur, dirait un ancien conseiller d’Etat genevois!
    A 21h, la terrasse se vide et les randonneurs partent se coucher tandis que les habitués font la fermeture...

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  • Conseil national: « Pourquoi je me lance ! »

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    Chers amis,

    Comme vous le savez, je siège au Grand Conseil comme député indépendant depuis le début du mois d'avril. En effet, je n'ai pas souhaité pour l'instant rejoindre un autre parti et préfère poursuivre mes activités politiques en profitant de cette nouvelle liberté.

    C'est dans cet esprit que je souhaite participer à la campagne aux élections fédérales qui auront lieu le 20 octobre prochain comme candidat indépendant au Conseil national. Je suis en train de recueillir les 200 signatures de citoyennes et citoyens suisses inscrits au registre électoral de Genève nécessaires au dépôt de cette candidature. N'hésitez pas à prendre contact avec moi si vous souhaitez vous y associer.

    Le mouvement que je souhaite incarner s'appelle "Planète bleue" et, comme son nom l'indique, il entend mettre l'accent sur la défense de l'environnement, la lutte contre le réchauffement climatique, le combat pour la biodiversité, la préservation de l'eau, des forêts, des sols et de l'air. L'idée est aussi de favoriser la transition vers une économie moins axée sur la croissance à tout prix et de favoriser une agriculture, une industrie et des services plus locaux et moins gourmands en importations polluantes.

    Planète bleue souhaite également mieux répartir les richesses et améliorer les conditions de production dans les pays du sud, ne serait-ce que pour limiter les effets des migrations qui sont toujours sources de détresse sociale.

    Face aux tensions croissantes qui agitent notre monde, Planète bleue milite également en faveur d'un Conseil fédéral qui gouverne au lieu de gérer, et qui soit beaucoup plus actif, non seulement en matière de préservation de la nature, mais aussi en matière de sécurité, de santé et de protection de la population, et qui soit porteur d'initiatives en faveur d'une meilleure prise en considération du droit et de la justice dans les relations internationales.

    Un programme plus détaillé sera mis en ligne à partir de la fin juillet sur le site www.planetebleue.ch.

    Pour le reste, je reste fidèle aux valeurs et aux convictions qui ont été les miennes jusqu'ici. Le cas échéant, je suis prêt à en parler de vive voix avec vous si vous le souhaitez.


    079 449 25 70 – guy.mettan@gmail.com

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  • Comment la Suisse peut sauver l’Europe

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    1992, la Suisse a en effet tué dans l’oeuf cette antichambre qui devait servir d’asile provisoire aux hésitants, Autriche, Suède, Malte, et aux impétrants d’Europe de l’Est récemment libérés de la tutelle communiste. Elle a précipité la Communauté européenne dans une course à l’élargissement qu’elle paie cher aujourd’hui. Et elle a donné un puissant coup d’accélérateur aux partis eurosceptiques et « populistes » qui, depuis lors, s’épanouissent partout en Europe.
    Mais la Suisse peut aussi servir d’antidote aux blocages et au déclin qui menacent l’Union européenne et par là à l’ensemble du continent. La construction du système fédéral et de la démocratie semi-directe au XIXe siècle, et leur libre exercice depuis lors, résultent en effet d’une alliance inédite entre les élites les plus éclairées et le peuple. Alliance que les élites européennes, de gauche comme de droite, européistes comme eurosceptiques, se montrent hélas fort peu désireuses de mettre en place aujourd’hui.
    Fragilisée, divisée, vulnérable, l’Europe doit pourtant réagir.
    Si l’on analyse les six tentatives d’unification européenne qui ont précédé l’actuelle, à savoir celles de Charlemagne, du Saint-Empire romain germanique, de l’Autriche-Hongrie, de Napoléon, Hitler et Staline, on constate qu’elles ont toutes échoué. Soit à cause d’un usage abusif de la violence et de la force, soit à cause de défauts de gouvernance insurmontables. Le Saint-Empire, pourtant remarquable de longévité, a très vite été victime de ses dysfonctionnements institutionnels et d’exits successifs qui l’ont condamné à se recroqueviller sur un territoire équivalant en gros à celui de l’ancienne RFA. L’UE semble bien partie pour suivre cette voie.

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  • Le droit international est mort. Les Etats-Unis l’ont tué

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    de l’homme et le droit international étaient l’apanage exclusif des Etats-Unis et des grandes républiques occidentales qui s’étaient donné pour mission de les défendre contre leurs ennemis, les régimes autoritaires, les nationalistes, les mollahs. Avec l’arrivée de Donald Trump, on joue désormais à front renversé : c’est Xi Jinping qui défend la liberté du commerce contre les taxes douanières américaines et ce sont les très décriés membres de l’Axe du Mal, Chine, Iran, Russie, Cuba, Venezuela qui se mettent à promouvoir le multilatéralisme, le droit des gens et l’ONU contre la démolition de l’ordre international construit à grand peine après les deux guerres mondiales.
    La place de Genève, cœur du dispositif multilatéral international, est évidemment la première à en souffrir. L’OMC, dont le système de règlement des conflits est bloqué depuis des années par le refus des Etats-Unis de remplacer les postes de juges vacants, ne peut plus fonctionner, et encore moins envisager les réformes nécessaires au développement équilibré du commerce international. Le Conseil des Droits de l’Homme, organe créé et voulu par les Occidentaux qui avaient fait des droits de l’Homme l’alpha et l’oméga de leur politique étrangère, est désormais déserté par la première puissance mondiale.
    Le reste est à l’avenant, de la santé, avec les grandes fondations américaines imposant leur agenda sanitaire en Afrique sans aucune concertation avec les pays concernés, à la propriété intellectuelle, détournée afin de protéger les brevets, patentes et autres marques des grandes multinationales au détriment des pays du sud dont on pille la biodiversité.
    Depuis Bush et Obama, et surtout depuis Trump, cette politique du fait accompli atteint des sommets inégalés. Désormais, l’art de la diplomatie occidentale se résume à une politique de la canonnière (attaques, bombardements et exécutions à distance par drones télécommandés) et de sanctions économiques arbitraires décidées en violation du droit international. L’internationalisation par la force du droit américain à l’ensemble de la planète sous le prétexte d’utilisation du dollar ou de services en est un autre exemple. La Suisse, qui a dû s’agenouiller devant les Etats-Unis, en a fait l’amère expérience avec l’abolition du secret bancaire et le renoncement à tous ses avantages comparatifs. En principe, les sanctions économiques relèvent du droit de la guerre, et non de la paix. Désormais, elles font partie de la panoplie habituelle de la diplomatie. Chaque semaine le Congrès ou l’Administration durcissent, ajoutent, complètent l’arsenal des sanctions contre les pays récalcitrants.

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  • Pourquoi je quitte le PDC

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    Je prends acte de la décision de l'assemblée des délégués du PDC qui a eu lieu jeudi soir 4 avril et tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui m'ont soutenu et au cours des 21 longues années d'engagement dans le parti. Je souhaite également plein succès aux candidats/es qui ont été sélectionnés ce soir.
    Je déplore cependant la méthode peu démocratique qui a été choisie pour empêcher tout débat sur les grandes orientations du parti et le choix des candidats. Je constate aussi avec regret que le PDC Genève ne juge plus mes compétences et mes services utiles à sa cause. C'est pourquoi je ressens la nécessité de prendre du recul et de poursuivre mon engagement politique sous une autre forme. J'ai donc pris la décision de démissionner du PDC avec effet immédiat et d'entamer une nouvelle carrière de "politicien aux pieds nus", en qualité de député indépendant, sans étiquette, libre de toute attache. Je souhaite continuer à participer au débat politique local et national en prenant une part plus active dans les grands débats de société et sur les grands enjeux de notre temps (notamment en matière d'environnement), à travers mon blog, des libres opinions, des prises de position et des initiatives parlementaires.

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  • Faut-il donner la parole aux indépendantistes catalans?

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    Ce matin à 11h le club suisse d ela presse va accueillir une dizaine de représentants indépendantistes mais démocratiquement élus du gouvernement et du parlement de Catalogne qui viennent à Genève pour s'adresser au Conseil des Droits de l'Homme. Faut-il leur donner la parole? Ou faut-il au contraire les empêcher de s'exprimer? A mon avis oui, surtout dans la patrie de Rousseau et de Voltaire.
    Voici l'échange que j'ai eu cette nuit avec un de leurs opposants. Qu'en pensez-vous? le sujet est chaud et votre avis m'intéresse.

    Message: Madame, Monsieur,
    Avec le Comité Catalunya peuple d’Espagne, sis à Lausanne, présent dans cinq pays, dont des capitales telles que Bruxelles et bien entendu Barcelona, nous enquêtons sur l’étendue de la fracture sociale qui frappe l’autonomie catalane et sur ses causes. C’est ainsi que nous avons relevés les méthodes de voyous telles la discrimination linguistique, l’établissement de listes d’opposants, l’apologie la haine, l’encouragement d’une police politique et de groupe d’intimidation et de casseurs que l’on nomme à mauvais escient les Comité de défense de la République (CDR). Nous avons constaté également une tentative de coup d’état institutionnel survenu le 6 et 7 septembre 2017 ainsi que des détournements de fonds publics à des fins de propagande.
    Or il s’avère que vous invitez, à la stupéfaction de beaucoup - dont certains de vos membres m’ont déjà indiqué qu’ils allaient démissionner - deux protagonistes principaux des faits relatés. Soit Madame Marta Rovira et Monsieur Carles Puigdemont.
    Vous comprendrez notre étonnement. Ce message fait également l’objet d’un communiqué de presse tant en Espagne qu’en Suisse.
    Avec nos cordiaux messages
    François Meylan


    Voici ma réponse:

    Cher Monsieur
    Comme vous le savez, en Suisse, la liberté d’opinion et d’expression est garantie par la Constitution fédérale.
    Dès lors il est de notre devoir de l’accorder à celles et ceux qui en sont privés, quelles que soient leurs opinions politiques, leur couleur de peau ou leur origine sociale.
    Je craindrais le pire ces valeurs venaient à être bafouées dans notre pays parce que certains voudraient refuser aux autres ce qu’ils revendiquent pour eux-mêmes
    Cordialement
    Guy Mettan

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  • Genève ou l’état de crise permanent

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    (Texte à paraître dans le numéro de décembre de Favorit, le magazine des Russes de Suisse)
    L’étranger qui voudrait comprendre Genève ne doit jamais oublier que ce canton a toujours eu un problème de taille. Au fait, Genève est à l’exact opposé de la Russie : alors que les Russes sont confrontés à d’immenses espaces, les Genevois, eux, doivent se serrer sur un territoire minuscule tout en assumant le rôle d'une ville internationale connue partout dans le monde. Une fois qu’on a compris cette contradiction, on a compris Genève.
    Cette contradiction entre l’exiguïté du territoire et l’universalité des ambitions est à l’origine de la tension qui anime en permanence la vie politique et économique genevoise. En Suisse, Genève est connue pour la vivacité de ses confrontations politiques et ses « genevoiseries », ses mœurs excentriques qui la mettent régulièrement en porte-à-faux avec les autres cantons confédérés, beaucoup plus lisses dans leurs manières de fonctionner. La dernière en date concerne un président du Conseil d’Etat qui fut candidat au Conseil fédéral l'an dernier et qui se trouve aujourd'hui à demi-destitué pour avoir menti suite à un voyage controversé à Abu Dhabi. Des dizaines d’autres scandales ou pseudo-scandales l’ont précédé et d’autres suivront, n’en doutons pas !

    Un volcan sous le lac
    Ces péripéties ne sont que l’écume des choses. Elles ne sont que le reflet du tempérament volcanique qui couve sous la surface apparemment calme du lac (de Genève, s’il vous plaît !) Périodiquement, des jets de fumée et de lave incandescente sont projetés dans le ciel médiatique local pour faire relâcher la pression et carboniser les imprudents.
    Depuis Jules César, Genève est une bourgade juchée sur une colline idéalement située à l’extrémité d’un pont à l’embouchure du lac Léman.

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  • A la rencontre de la nouvelle économie russe

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    Début septembre, une délégation de 28 entrepreneurs s’est rendue à Moscou et Novosibirsk, capitale économique de la Sibérie, à l’invitation de l’Union des Chambres de commerce Suisse-Russie & CEI et de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève.
    But : rencontrer les entrepreneurs de la nouvelle économie russe, hors pétrole, gaz et matières premières. Alors que les trains de sanctions économiques américaines se suivent – le dernier date de fin août – il s’agissait de découvrir le potentiel de ce secteur trop ignoré de l’économie russe. Personne n’a été déçu !
    A Moscou, le programme prévoyait une visite des grands du domaine – Yandex, l’équivalent de Google et d’Alibaba, le service de messagerie Mail.ru et le fameux traqueur de virus Kaspersky Lab avec un échange impromptu avec son légendaire fondateur Eugene Kaspersky – ainsi qu’un échange sur la cybersécurité et la géopolitique des virus avec le patron de l’entreprise Dr.Web, une PME de 300 personnes, et une rencontre avec diverses start-ups représentatives de la nouvelle économie.
    A Novosibirsk, outre la visite traditionnelle à l’agence d’investissement et à la Chambre de commerce, le programme était centré sur la visite de la cité scientifique d’Akadem Gorodok, avec ses 105 instituts de recherche concentrés sur les rives de l’Ob, de l’Académie russe des sciences, de l’Institut de physique nucléaire Budker qui collabore avec le CERN, et de l’impressionnant Technopark construit en 2013 et déjà en pleine activité comme en témoigne le fabricant de logiciels financiers CFT, qui a réalisé un chiffres d’affaires de 22,7 milliards de roubles (300 millions de francs) en 2017, quatre ans après sa fondation. Le séjour s’est achevé avec la visite de la filiale de l’entreprise alémanique Fischer Spindle, active dans la réparation de moteurs d’avions, implantée en 2010 dans une ancienne usine en friches et elle aussi en croissance.
    Une partie de la délégation a ensuite prolongé son voyage au Kirghizstan, petit pays de 6 millions d’habitants enclavé entre les chaines de montagnes du Pamir et des Monts célestes, mais qui est au cœur de la stratégie de coopération suisse - de la fabrique de fromage à la banque - et qui offre un potentiel de développement touristique exceptionnel avec ses paysages immenses et presque immaculés.
    Que conclure de ce tour de piste ?

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  • « Il faut détruire la Russie »

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    « Delenda est Carthago », « Il faut détruire Carthage ! » C’est ainsi que Caton l’Ancien appelait les Romains à détruire une fois pour toutes leur adversaire séculaire, la république phénicienne qui gênait leur expansion impériale en Méditerranée. C’est exactement le même refrain qu’entonnent aujourd’hui contre la Russie les néoconservateurs, les démocrates impériaux américains et leurs alliés européens.
    En 1991, l’Occident avait cru avoir gagné la Guerre froide contre le bloc soviétique, ainsi que l’avait proclamé le président Bush Père, laissant la voie libre aux Présidents Clinton et Bush Fils pour bombarder la Serbie, l’Afghanistan et l’Irak, tandis que MM. Obama et Sarkozy poursuivaient le travail avec succès en Lybie mais plus difficilement en Syrie. Car les uns et les autres n’avaient pas anticipé la capacité de la Russie à se reconstruire ni celle de la Chine à émerger comme future première économie mondiale.
    Or les Etats-Unis, et l’Europe dans leur sillage, n’arrivent pas à faire le deuil de leur hégémonie, ou de leur hyperpuissance selon le mot d’Hubert Védrine. L’élection surprise de Trump a grippé ce mécanisme bien huilé mais, comme on peut le constater, elle ne changera pas la donne : chaque velléité du président américain de vouloir parler avec Moscou est aussitôt suivie d’une « affaire » qui vient l’empêcher de mettre son plan à exécution.
    C’est dans ce contexte qu’il faut placer l’hystérie contre l’ingérence supposée et jamais prouvée de la Russie dans les élections américaines et la victoire du Brexit, et plus récemment, l’affaire de l’empoisonnement des Skripal montée en épingle par la Grande-Bretagne et les bruits de guerre aussitôt déclenchés aux Etats-Unis et en France après une attaque présumée au gaz dans le dernier fief rebelle de la Ghouta syrienne.


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  • Oman, une île au milieu de la tourmente

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    La guerre, Oman l’a bien connue : une unification pénible avec une bataille d’usure contre les imams de l’intérieur soutenus par les Saoudiens dans les années 1950, puis la longue guerre du Dhofar contre les rebelles sudistes épaulés par le régime communiste yéménite dans les années 1960 et 1970. Mais depuis le cessez-le-feu de 1976, le pays vit en paix. Et cela se voit !
    Après un premier reportage dans les années 1990, une seconde visite au début de cette année n’a fait que confirmer cette bonne impression. En quelques décennies, le pays est devenu un modèle de stabilité et de développement économique équilibré qui tranche complètement avec le reste du Moyen-Orient. En Occident, il n’est pas de bon ton de faire l’éloge des monarchies, mais dans le cas d’Oman, il faut bien admettre que depuis que le sultan Qabous a repris les rênes du pays en 1970, les réformes, graduelles et régulières, ont été des succès. Même le printemps arabe, à l’origine de manifestations en 2011, a eu des effets positifs avec une ouverture massive des hautes écoles et la mise en place de programmes de formation pour les jeunes.
    Ces performances reposent sur une double stratégie : une stricte neutralité en matière de politique extérieure et une politique d’omanisation conséquente et assumée à l’intérieur. Au ministère des affaires étrangères, on est catégorique : pas question de s’ingérer dans les affaires des voisins ni de prendre le parti des uns contre les autres, « respect pour tous », quel que soit le régime en place. Oman a donc gardé ouverte son ambassade à Damas et parle aussi bien avec les Saoudiens, les Emiratis, les Qataris que les Iraniens chiites, tout en gardant un œil suspicieux sur les menées de la coalition saoudienne au Yémen tout proche.
    Quant à l’omanisation, elle vise à moderniser le pays sans offenser la tradition. Elle concerne tous les aspects de la vie nationale. L’architecture, en imposant des normes à tous les bâtiments – deux étages maximum pour les habitations privées et sept pour les immeubles commerciaux. La culture, avec un style islamique et des couleurs à respecter, la construction d’un opéra, de musées et la rénovation du patrimoine historique. La politique, avec deux assemblées consultatives, l’une, le Conseil d’Etat, sorte de Sénat, avec 84 membres choisis par le sultan et l’autre, la Chourah, élue par les provinces, avec un nombre de femmes en constante augmentation. La religion, avec la préservation de la tradition islamique locale, l’ibadisme, à mi-chemin entre le sunnisme et le chiisme, et la volonté d’éviter la montée du communautarisme entre les différentes branches de l’islam. «A Oman, il est aussi indécent de demander son orientation religieuse à quelqu’un que de demander son salaire à un Suisse. Cela ne se fait pas », assure le patron de l’audiovisuel national.

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  • Mémoire de victimes

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    Lundi, à l'occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, c'est Eva Schloss, membre de la famille d'Anne Frank, qui est venue s'exprimer au Palais des Nations, avec la collaboration notamment du Concours Menuhin. Après le témoignage réussi des descendants des victimes et des bourreaux des camps nazis organisé par la CICAD la semaine dernière, c'était un autre moment fort à la mémoire des victimes des guerres, connues et moins connues, qui ensanglantent la planète.


    ***

    →Le Forum suisse de politique étrangère foraus vient de publier une étude (How to Update the Law of War) sur la nécessité de mieux protéger les travailleurs de l'humanitaire, et notamment les convoyeurs et les personnels hospitaliers. Leur situation ne cesse de se dégrader: violences, assassinats, kidnappings se sont multipliés par 5 en vingt ans, faisant plusieurs centaines de victimes chaque année. En cause, la nature nouvelle des conflits, qui n'opposent plus des Etats signataires des Conventions de Genève, mais des factions à l'intérieur des Etats. La prolifération des ONG, loin d'être toutes neutres et désintéressées, est aussi en cause.


    ***

    →Quelques nouvelles sur l'état du monde pour terminer. L'OMPI vient de publier ses statistiques sur les brevets: fin 2016, la barre des 3 millions de demandes était franchie, tandis que celle des 7 millions de demandes d'enregistrement de marques était en passe d'être atteinte (dont 3,7 millions pour la seule Chine!). De son côté, la CNUCED a observé un fléchissement des investissements directs en 2017, avec 1,52 trillions de dollars contre 1,81 en 2016 et le BIT constatait une stagnation du chômage à 190 millions de chômeurs l'an dernier.

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  • Tensions au bord de la Mer Rouge

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    Les guerres qui déchirent l'Afghanistan, l'Irak et la Syrie depuis 15 ans essaiment dans le sud de la péninsule arabique. La déstabilisation du Yémen en 2013, puis l'attaque de la coalition saoudienne contre les rebelles houthis retranchés autour de Sanaa ont provoqué un drame humanitaire sans précédent comme l'a rappelé mi-janvier le président du CICR Peter Maurer: 40 000 morts, épidémies de choléra, effondrement du système de santé. L'automne dernier, les délégations pro-gouvernementales se sont succédé à Genève pour dénoncer les rebelles. Aujourd'hui, le front anti-houthi se lézarde. Vendredi, ce sont les indépendantistes du sud, soutenus par les Emirats arabe unis, qui s'exprimaient à Genève, tandis que leurs miliciens se battaient dans les rues d'Aden…

    ***

    →Juste en face, à Djibouti, les Chinois viennent d'inaugurer leur première base militaire extra muros, aux côtés – excusez du peu - des Français, des Emiratis, des Américains, des Japonais et des Allemands, afin de sécuriser leurs échanges avec l'Ethiopie et le Soudan. Car l'instabilité, chronique au Sud-Soudan, est en train de contaminer la grande puissance régionale, l'Ethiopie. L'opposition éthiopienne a frappé fort sur les réseaux sociaux en dénonçant à Genève les inégalités sociales, la corruption de l'armée, le développement inégal des régions et surtout les divisions de la coalition au pouvoir, qui font craindre un effondrement de l'Etat à la somalienne, en dépit de la croissance économique. Une région à suivre de très, très près.




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  • L’obsession du complotisme et ses ravages

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    sur les prétendus ravages du complotisme en France, obligeamment commenté par de nombreux médias. Les vestales de la bienpensance se sont immédiatement alarmées : 79 % des Français croient au moins à une théorie du complot, 50% croient que le ministère de la santé est de mèche avec les pharmas pour vendre des vaccins nocifs, plus d’un cinquième doute de la version officielle de l’attentat contre Charlie Hebdo, un dixième pense que la terre est plate et que les Américains n’ont pas débarqué sur la Lune, etc.
    Autre résultat troublant, mais que peu ont jugé digne de rapporter : seul un Français sur quatre estime que les médias restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont commis une erreur !
    Et pourtant, n’est-ce pas dans cette effrayante perte de crédibilité des médias qu’il faut trouver la cause du succès des thèses complotistes ? Si les trois quarts des gens ne croient plus les médias qui sont censés les informer avec honnêteté, le problème n’est-il pas plutôt du côté des médias que du côté du public ? Et comment s’étonner que, dans ces conditions, la presse et l’audiovisuel ne cessent de perdre de l’audience et que les réseaux sociaux ne cessent d’en gagner, aussi farfelus soient-il ? Osons aller jusqu’au bout du raisonnement : notre société n’est-elle pas davantage menacée par les pourfendeurs du complotisme que par les supposés complotistes eux-mêmes ?
    Rappelez-vous la stupéfaction qui avait saisi les journalistes après le succès du Brexit et la victoire inattendue de Trump. Personne ne les avait anticipés, ou presque, tant la grille de lecture anti-Brexit et anti-Trump avait aveuglé les médias mainstream. Et que dire des bobards qu’on a racontés pendant sept ans sur la guerre de Syrie et ses « gentils islamistes » qui luttaient vaillamment contre le « boucher de Damas » dont on annonçait la fin tous les quinze jours ? A-t-on tiré la leçon de ces échecs journalistiques ? En aucun cas. La contrition journalistique a duré dix jours et on vite reparti comme avant, en pire.

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