Planète bleue - Page 3

  • Trump: une indignation justifiée mais hypocrite

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    La prise d’assaut du Capitole par une bande d’émeutiers pro-Trump a suscité une vague d’indignation générale en Occident. Pendant quinze jours, c’était à qui hurlerait le plus fort pour dénoncer une tentative de coup d’Etat, un coup de force néonazi et suprémaciste, une attaque inqualifiable contre la démocratie. On s’en est réjoui. Il était temps, dirais-je même.

    On espère que ces belles âmes resteront éveillées pendant l’ère Biden.

    Car jusqu’ici ces farouches justiciers, ces vaillants défenseurs de l’ordre démocratique ont surtout brillé par leur silence. Pourquoi n’ont-ils pas rappelé que les premiers à avoir contesté la légitimité de Donald Trump ont été les démocrates ? Pourquoi se sont-ils tu quand ceux-ci, aussitôt après leur défaite de 2016,ont monté en épingle l’histoire de l’usine à trolls russe, puis diligenté une enquête contre le président sortant qui n’a rien donné (le rapport Mueller) et enfin provoqué une première tentative de destitution qui a elle aussi échoué ? La violence des attaques dont Trump a été l’objet durant l’entier de son mandat n’a-t-elle pas fortement contribué à chauffer à blanc ses supporters ?

    Et pourquoi ces mêmes défenseurs de la liberté n’ont-ils rien dit quand, en janvier 2019, un président de Parlement élu par hasard à ce poste se proclame président de son pays au nez et à la barbe du président légal et reçoit aussitôt le soutien empressé des dirigeants et de la presse démocratiques ? Je veux parler de Juan Guaido, au Vénézuela, aujourd’hui renvoyé à ses études.

    Pourquoi n’a-t-on pas bougé le moindre cil quand, fin 2019, le président légalement et honnêtement élu de Bolivie – c’est aujourd’hui un fait reconnu – a été littéralement renversé par un coup d’Etat d’extrême-droite qui l’a obligé à fuir avant que de nouvelles élections reconfirment la victoire éclatante de son parti à la fin de l’an dernier ? Je veux parler d’Evo Morales en Bolivie.

     

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  • La liquidation de la Génération 68

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    La multiplication des scandales de mœurs liés à la Génération 1968 depuis quelques années est très révélatrice de notre époque. Elle en dit long sur les changements démographiques, moraux et sociétaux en cours dans le petit monde euro-américain.

    La médiatisation de ces affaires - Strauss-Kahn en 2011, Epstein et vagues MeToo et Balancetonporc en 2017/2018, Matzneff et Rochebin/RTS l’an dernier puis Olivier Duhamel au début de cette année -  révèle le fossé béant qui sépare désormais la génération des babyboomers soixante-huitards de la génération montante des millenials formatés aux luttes antisexistes, antiracistes, antidiscriminatoires et climatiques des années 1990-2000.

    Il est loin le temps où il fallait « jouir sans entrave » et « faire ce qui nous plaisait en mai ». Les slogans d’hier et les comportements qu’ils induisaient chez les plus enthousiastes, ou les plus extrémistes, seraient passibles des tribunaux aujourd’hui. Je me garde personnellement de juger les comportements sexuels du passé avec les critères moraux du présent même si j’ai toujours été très réservé sur le devoir de jouir à n’importe quel prix professé par certains.

     

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  • Genève mieux servie avec Biden? A voir!

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    Les partisans des Démocrates à Genève se sont aussitôt réjouis de la victoire de Joe Biden. Le multilatéralisme, si malmené par Donald Trump, allait revivre et la Genève internationale n’aurait qu’à s’en féliciter.

    Tant de candide espérance reste à prouver.

    Sur la forme, il est certain que le ton va changer. Avec le centriste prudent qu’est Joe Biden, finis les tweets rageurs, les vulgarités de langage et la brutalité des décisions. La politique étrangère américaine va retrouver le ton lisse et policé qu’elle avait eu à l’ère Obama, tout en sourires et en beaux discours qui plaisaient tant aux diplomates européens, habitués aux échanges feutrés entre gens de bonne compagnie.

     

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  • La tentation totalitaire nous guette

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    Quand les historiens du prochain siècle écriront l’histoire du XXIe siècle au temps du Covid-19, ils seront sans doute atterrés par la facilité avec laquelle notre génération aura cédé à la tentation totalitaire et renoncé à ses idéaux de liberté au profit d’une illusoire sécurité.

    Les plus grands dissidents soviétiques, Alexandre Soljenitsyne et Alexandre Zinoviev, qui avaient passé leur vie à dénoncer le totalitarisme communiste, avaient déjà essayé d’attirer notre attention. Une fois passés à l’Ouest, ils avaient été épouvantés par notre tendance à céder aux séductions d’un totalitarisme aussi doux, libéral, avenant, bienveillant qu’insidieux. Ils ont tous deux écrit plusieurs livres à ce sujet, publiés à L’Age d’Homme à Lausanne dans les années 1990. Ils n’ont pas été entendus. Trop iconoclastes, trop contraires aux idées reçues, des discours de radoteurs fatigués d’avoir trop combattu l’ennemi communiste.

    Et pourtant, si on se donne la peine de les relire, on constaterait qu’ils anticipent parfaitement le dangereux et apparemment irrésistible basculement de nos sociétés « démocratiques » vers une forme de totalitarisme qui a rompu avec les méthodes hystériques, vociférantes et violentes des fascismes et du communisme pour adopter le langage à la fois alarmant et maternant, anxiogène et sécurisant, cacophonique et très orienté des experts et des politiques ravis du pouvoir qu’on leur a donné sans même qu’ils aient eu à le prendre.

    Nous avons simplement troqué Big Brother contre Big Sister.

     

     

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  • Crypto AG, ce cadavre exquis

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    Les millenials ne peuvent pas s’en souvenir bien que l’affaire ait défrayé la chronique à la fin des années 1970, en pleine guerre froide. Un colonel à la retraite, Jean-Louis Jeanmaire est alors arrêté, déféré devant la justice militaire et condamné à 18 ans de prison pour avoir livré des secrets aux Soviétiques. Les preuves sont minces mais qu’importe, on prend les grands moyens, sur pression des Etats-Unis. On crée une commission d’enquête parlementaire et la condamnation est générale. Un élu bâlois réclame même la peine de mort. Jeanmaire a toujours plaidé non coupable et proclamé s’être contenté de transmettre des informations sans importance militaire.

    Nous voilà aujourd’hui confrontés à une affaire qui dépasse par son ampleur tout ce que Jeanmaire avait pu faire à l’époque. Pendant des décennies, une entreprise suisse a trafiqué du matériel de cryptage, espionné sans relâche pour le compte de services secrets étrangers, et s’est même vendue corps et biens à la CIA, et l’on nous dit : Circulez, il n’y a rien à voir ! Tout est sous contrôle, assure la majorité de la commission parlementaire qui a rendu son rapport la semaine dernière, en précisant qu’elle gardait le rapport secret pour des raisons de sécurité. Ceux qui ont laissé faire peuvent dormir tranquilles.

    C’est se moquer du monde. La gauche et les Verts se sont à juste titre insurgés contre cette tentative d’enterrer l’affaire. En d’autres temps, on aurait trainé le colonel Regli, ancien chef du renseignement extérieur, et l’actuel secrétaire général du DFAE et ancien No 2 du service, qui ont couvert toute l’affaire, en cour martiale…

    Le documentaire de la télévision alémanique diffusé le printemps dernier a pourtant bien mis en lumière l’étendue de l’espionnage et la chaine des responsabilités. Nombre de personnalités PLR et PDC siégeaient au conseil d’administration de Crypto AG, dont les activités étaient connues au moins du conseiller fédéral Kaspar Villiger. Pour les autres on ne sait pas, puisque ces informations étaient orales et que rien ne se fait par écrit dans ce genre de cas, afin de ne pas laisser de traces.

    Cette affaire est grave. D’une part, elle porte atteinte à notre neutralité, pourtant garantie par la Constitution fédérale. Des parlementaires PLR, Gérard Bauer et Olivier Français pour ne pas les nommer, ont affirmé à la radio et à la TV qu’elle ne violait pas la neutralité ! On croit rêver : laisser des services secrets étrangers agir sur notre territoire en violant notre souveraineté et en trompant nos autorités serait donc licite ? Mais alors pourquoi a-t-on poussé autant de cris lorsque, voici deux ans, des espions russes auraient tenté d’espionner l’agence anti-dopage et le laboratoire de Spiez ? Les uns peuvent espionner chez nous, mais pas les autres ? Est-ce là notre conception de la neutralité ?

    Second problème, l’affaire montre notre dépendance totale à l’égard des services de renseignements de pays de l’OTAN. Etre neutre n’empêche pas d’avoir des amis. Mais pas au point de coucher avec eux. Nous n’avons plus l’autonomie intellectuelle ni matérielle de penser par nous-même, tant nous sommes idéologiquement et fonctionnellement soumis à ce que l’on nous transmet. Faute de personnel suffisant et d’analystes indépendants, nos services se contentent de traduire et de résumer en allemand ce que les Anglais, les Hollandais, les Allemands ou les Américains leur fournissent. Le Conseil fédéral dépend donc en pratique de gens qui ont un agenda politique et une vision du monde pour le moins orientés.

    Pour un pays neutre et souverain, c’est non seulement regrettable, c’est inacceptable.

     

      

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  • Les dessous peu reluisants de la RTS/SS

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    La Suisse romande a été sous le choc en découvrant « l’affaire Darius » dans l’enquête du Temps samedi dernier. Comme tout le monde, j’ai été sidéré de voir révélés les petits vices cachés de notre star locale. La création de profils fictifs sur Facebook pour séduire de jeunes hommes n’est pas très RTS compatible, mais compte tenu que tout cela a eu lieu entre adultes ou jeunes adultes consentants, je n’y ai pas vu de quoi brûler notre ex-icône TV sur le bûcher que Calvin avait jadis réservé à Michel Servet pour des raisons d’ailleurs assez similaires.

    J’ai en revanche été désagréablement surpris par le sort réservé aux deux cadres mentionnés dans l’enquête, dont non seulement on préservait l’anonymat, alors que celui de Darius était jeté en pâture au public, mais que l’on récompensait par une promotion en guise de sanction à leurs pendables agissements !

    Pourquoi ménager ces deux personnes ainsi que leur hiérarchie, qui avait non seulement étouffé le scandale mais humilié les victimes en récompensant les présumés harceleurs par des nominations/mutations avantageuses ?

    Depuis lors, les papiers qui ont suivi et les diverses réactions ont permis de mieux cerner les manquements de la direction, qui devra également répondre aux questions des parlementaires et aux commissions d’enquête que l’on nous a promises.

    Car il est inexplicable que le dénommé « Robert » ait pu être recasé à Berne, dans l’entourage du patron de la SSR, comme responsable de Mission B, un poste grassement rémunéré par la redevance, où il s’occupe de planter des graines de luzerne dans les alpages suisses (voir l’émission de la RTS du 20 juin 2020). On croit rêver ! La SSR qui a pour mission de fournir des émissions radio et TV au peuple suisse recycle ses cadres mobbeurs en semeurs de luzerne !

    Quant au dénommé « Georges », il cacherait en fait une double identité selon plusieurs sources internes, deux cadres se retrouvant derrière ce prénom d’emprunt. L’enquête l’établira. Quoiqu’il en soit, deux de ces hommes travaillaient dans l’entourage proche du rédacteur en chef de l’Actualité, Bernard Rappaz, en fonction depuis 2009.

    Autre fait troublant, selon un témoignage en provenance de Lausanne, un cas similaire s’est produit il y a quelque temps à la radio, dont l’un des cadres, après avoir mobbé un journaliste, s’est vu lui aussi promu à un poste de direction en lieu et place de l’avertissement ou du licenciement qu’il aurait dû recevoir !

    Les poches de la SSR semblent être tellement bien garnies que l’exfiltration par le haut des cadres défaillants, en lieu et place des sanctions, semble être une tradition bien ancrée. Et de nous assurer qu’il n’y a pas de placards dorés à la SSR !

     

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  • Accrochez-vous, ça va tanguer !

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    Pendant que l’Amérique et le reste du monde sont suspendus à la demi-victoire de Joe Biden et des démocrates, et à tout ce qu’elle va signifier d’incertitude, de turbulences dans les années qui viennent, la Suisse et l’Europe, elles, continuent à vivre dans la panique du Covid.

    Ces jours-ci, on s’amuse à qui confinera le plus et le mieux, chaque canton cherchant à remporter la palme de la fermeture la plus sévère, sans attendre les résultats des mesures précédentes. Partout s’élèvent les voix de médecins apeurés et des thuriféraires du nouvel ordre sanitaire tandis que les restaurateurs, commerçants, hôteliers, autocaristes, comédiens et gérants de cinéma voient arriver la faillite le ventre noué.

    On les comprend ! Ils n’ont pas, eux, de salaires assurés dans la fonction publique ou garantis par la Lamal. Ce matin, ma fille, qui s’était présentée aux urgences parce qu’elle avait de la peine à respirer à cause d’antibiotiques délivrés à l’aveugle, a reçu la facture : 1700 francs pour être restée en observation de 16 heures à minuit pour deux heures d’examen à gros renforts de technologie afin de pouvoir facturer un maximum… On panique pour recevoir les patients, mais pas pour faire les factures, apparemment.

    Une chose est certaine, le monde d’après ne sera pas comme celui d’avant, il sera bien pire.

    Il faudra en tout cas se poser une série de questions qui feront mal.

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  • Et enfin vint la deuxième vague tant attendue 

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    On l’annonçait depuis juin, on l’attendait, on l’espérait même, et enfin elle vint, la fameuse deuxième vague. Il fallait voir avec quelle gourmandise les apôtres du désastre, les jouisseurs de la catastrophe, les prophètes du malheur ont pu se délecter en voyant enfin les courbes des « contaminations » prendre l’ascenseur.

    Certes, la courbe des hospitalisations en soins intensifs, et celle des décès (mais on ne s’en plaindra pas), restent encore désespérément poussives. Mais qui sait, avec un peu de chance, elles finiront par bouger elles aussi.

    Car il ne faudrait tout de même pas que les « complotistes », les « coronasceptiques », les rebelles du masque et du confinement, ou simplement les citoyennes et les citoyens qui posent des questions sur la gestion de cette crise et la prise du pouvoir par une nouvelle classe d’experts sanitaires et de politiciens ravis de pouvoir à nouveau serrer la vis à la population et justifier l’état d’urgence, puissent avoir raison.

    Il s’en est fallu d’un cheveu !

    Or donc nous voici à nouveau à deux doigts du confinement. On risque d’entrer dans ce nouvel hiver comme on était sorti du précédent, avec la trouille au ventre, les délateurs debout derrière leurs rideaux, les justiciers du net et des médias prêts à dégainer leurs tweets et leurs statistiques vengeurs contre les potentiels hérétiques.

    Préparons les bûchers, on trouvera bien des victimes à immoler.

    J’exagère ? A peine.

     

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  • Journalisme, complotisme et délation

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    Dans une enquête qui parait ces jours-ci dans leurs colonnes et sur leur chaine, le site indépendant Heidi.News et la télévision Léman Bleu ont infiltré ce qu’ils appellent la complosphère romande d’une manière qui suscite un énorme malaise.
    Ils s’attaquent à une mouvance de militants qui dénoncent pêle-mêle l’application SwissCovid, la gestion de la crise du coronavirus, la 5G, le big pharma, Bill Gates, les multinationales et les banques, et qui préparent notamment une initiative populaire contre l’application SwissCovid.
    Il n’y a naturellement aucun mal à s’intéresser à ces personnes ni à enquêter sur ce qu’ils sont et ce qu’ils font. C’est même un devoir de la presse que de le faire.
    Ce qui est injustifiable en revanche, c’est la méthode et le ton utilisés, qui sont indignes du journalisme de qualité et contreviennent aux règles élémentaires de la profession en violant la charte éthique des journalistes.
    D’abord, tout journaliste sait que le journalisme d’immersion, même pour de bonnes raisons, et l’usage de caméras cachées ou de photos volées doivent respecter des règles précises, tels que le respect de l’image et de la vie privée, l’obligation de non-diffamation, l’honnêteté, l’absence de mensonge, et bien sûr, le droit pour les personnes sous enquête de donner leur point de vue.
    Or toutes ces règles ont été malmenées dans le cas d’espèce.
    Il y a d’abord l’usage du mot complotisme. Dans la bouche des gens dits sérieux, ce mot est utilisé comme insulte pour discréditer. Il n’est pas du tout neutre. Surtout qu’il est utilisé à tort et à travers pour stigmatiser et ostraciser les personnes ou les groupes qui ont le tort d’avoir une opinion différente de celle du courant dominant. Comment des journalistes qui prétendent défendre la liberté d’expression et la démocratie peuvent-ils chercher à nuire à des gens dont on peut penser ce qu’on veut mais qui exercent simplement leur liberté d’opinion et d’action de citoyens ? Ils n’ont commis aucun délit et ne menacent pas la société, que je sache !
    Encore plus inacceptable, la méthode d’infiltration, assortie d’un flagrant mensonge. Lorsque Florence Aubenas entre dans la peau d’une nettoyeuse de bateau pour décrire l’affreux quotidien de ces travailleurs, ou quand Günther Wallraff se fait passer pour un Turc pour dénoncer la condition des immigrés turcs en Allemagne, ils ne le font pas pour dénigrer aux personnes, et encore moins pour les tromper.

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  • L’ambassadrice d’Azerbaijan répond à mon blog sur le Karabagh

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    L’ambassadrice d’Azerbaijan nous a communiqué sa réaction suite à la publication de mon papier sur les dessous de la guerre du Karabagh, vendredi dernier. Toute en maintenant mes propos, j’estime utile de porter cette lettre à la connaissance des lecteurs, l’Azerbaijan ayant naturellement aussi le droit d’exprimer sa position.

     

    Réponse de l'ambassade d'Azerbaïdjan concernant l'article de Guy Mettan
    «Les dessous de la guerre du Karabakh»


    Nous tenons à exprimer notre vive inquiétude et notre contestation à l’encontre de l'article de Guy Mettan «Les dessous de la guerre du Karabakh» qui a été publié sur le blog de la Tribune de Genève le 3 octobre 2020.

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  • Les dessous de la guerre du Karabagh

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    Contrairement aux apparences, la guerre actuellement en cours au Karabagh n’a pas éclaté par hasard, à la suite d’une escarmouche qui aurait mal tourné. L’attaque de l’Azerbaijan contre l’enclave arménienne a été pensée et planifiée depuis des semaines.
    Cet été, des exercices militaires conjoints avec la Turquie ont servi à préparer l’assaut, de même que le survol des frontières arméniennes par des avions de reconnaissance turcs et l’importation de centaines, et probablement de milliers, de djihadistes de Syrie et de Libye. Ces combattants, comme l’a reconnu Emmanuel Macron, ne se sont pas retrouvés dans le Caucase pour y passer des vacances.
    Après cinq jours de combat, malgré l’importance des moyens engagés, les forces arméniennes ont résisté et même infligé de lourdes pertes à leurs adversaires azéris, turcs et djihadistes. Près de 200 véhicules blindés, des dizaines de drones (livrés par Israël), une vingtaine d’hélicoptères et des milliers de combattants azéris ont été mis hors de combat. Deux cents personnes ont été tuées côté arménien, dont la moitié de civils victimes de bombardement.
    Les Arméniens se battent pour leur patrie, les Azéris pour un territoire qui n’a jamais été le leur avant que Staline ne le leur donne en 1921. Les Arméniens ne peuvent pas non plus oublier le génocide dont ils ont été victimes en 1915 du fait des Turcs. Ceux-ci ne l’ont jamais reconnu, à l’inverse des Allemands pour l’Holocauste. La blessure reste donc intacte. Enfin, ils luttent pour conserver l’indépendance d’une région qui avait été acquise au prix de 30 000 morts entre 1989 et 1994. C’est ce qui fait la différence sur le champ de bataille.
    Pour l’Azerbaijan, qui est dirigée par la même famille Alyiev depuis trente ans, il s’agit de maintenir en vie un régime affaibli par la chute des revenus pétroliers et dont l’économie est entièrement contrôlée par la famille du président. L’Azerbaijan joue gros dans cette bataille. En invitant des islamistes sunnites dans un pays très majoritairement chiite et comprenant des minorités d’origine iranienne comme les Talych, il risque de raviver les tensions ethniques internes si le conflit devait s’éterniser.
    Mais l’enjeu de cette bataille dépasse de loin les frontières de ces deux États caucasiens.

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  • Multilatéralisme vs nations et tribus

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    Conclusion provisoire : il n’y a pas de multilatéralisme qui tienne sans nations qui se respectent les unes les autres.
    Un second problème est apparu plus récemment, la tendance au tribalisme. Jusqu’ici, on croyait que le tribalisme était un mal spécifiquement africain, né de la colonisation et aggravé par les erreurs de la décolonisation. Un problème ethnique de régions sous-développées ou excentrées comme les Balkans. Ce n’est plus le cas depuis que les pays occidentaux ont sombré dans le gouffre des revendications minoritaires, qui s’étalent désormais à la une des journaux. Chaque minorité, chaque groupe ou groupuscule réclame à la majorité silencieuse une reconnaissance de son statut et de ses droits de genre, de confession, de couleur, dans une spirale qui semble sans fin. Cette marche des vieilles démocraties républicaines vers l’atomisation est accentuée par les médias sociaux et le développement des chaines radio et TV qui ne sont désormais plus des médias de masse s’adressant à un large public, mais des micro-médias qui ne s’adressent plus qu’à des publics très restreints, qu’ils contribuent à isoler du reste de la société et à radicaliser. Chaque groupuscule et bientôt chaque individu aura sa chaine Youtube.
    De cet ennemi du multilatéralisme, on ne parle jamais parce qu’il va à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle toute minorité est bonne par définition. Il serait pourtant urgent de s’en préoccuper.


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  • Petite synthèse des distorsions de l’été

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    J’ai profité de l’été pour fuir les distractions du Covid en faisant un tour du Valais à pied, à 2000 mètres d’altitude. Mais il a bien fallu se résoudre, en fin de course, à redescendre en plaine et à réatterrir dans la réalité. Ou dans la fiction suivant le point de vue dans lequel on se place…
    Ce que j’y ai trouvé ne m’a pas plu.
    La crise sanitaire d’abord : l’hystérie continue de plus belle alors même qu’il n’y a pratiquement plus de morts et pas de recrudescence des hospitalisations. Le principe de précaution et la peur distillée par les prétendus experts et les médias continuent à faire des ravages dans les populations et chez les dirigeants politiques hantés par la crainte d’être accusés d’avoir sous-réagi. Paniqués par l’ampleur de la crise économique et sociale et les années de déficits budgétaires qui s’annoncent, ils votent en catastrophe des plans de relance par centaines de milliards tandis que les économistes néolibéraux façon Alain Minc balancent par-dessus bord le dogme de l’austérité et le tabou de la dette. C’est la seule bonne nouvelle, car pour le reste, il n’y qu’une seule et unique certitude : la facture de cette immense cacade tombera tôt ou tard.
    Sur le plan international, l’éruption de sinophobie qui avait éclaté au début de la crise s’est calmée faute de combustible : la Chine a manifestement mieux géré la pandémie que les pays occidentaux. Et comme Hong Kong a été remis au travail, la guerre de propagande s’est déplacée dans le Sinkiang avec des accusations de génocide des Ouïghours. Ce qui s’y passe est certes tragique mais pourquoi tant d’attention sur cette région du monde alors que depuis des décennies des millions de femmes et d’enfants sont tués, violés et torturés dans l’est du Congo pour le plus grand profit de nos industries d’extraction sans un mot dans nos médias ? Etrange non ?
    Le curseur est donc revenu en Europe, à la faveur de la crise biélorusse et du cas Navalny. Ces deux affaires sont emblématiques des distorsions de l’information dont nous sommes capables sans même s’en rendre compte. En Biélorussie, nous avons indiscutablement affaire à un autocrate qui arrange les élections en sa faveur et qui est contesté par une partie de sa population. Mais on nous le présente comme le dernier dictateur d’Europe, avec du sang et une kalachnikov à la main. Ce qui est mensonger. Car le plus ancien dictateur d’Europe n’est pas Loukachenko mais le sultan à vie du Monténégro Milo Dukanovitc qui monopolise le pouvoir sans discontinuer depuis 1991. Ses relations avec la mafia et son régime corrompu sont avérés. Lui aussi est contesté par la rue depuis des mois par des dizaines de milliers de manifestants. Lui aussi a maltraité ses opposants. Résultat : pas un mot dans nos bons journaux ! Car il se trouve que Dukanovic a fait le « bon » choix : il a intégré son pays dans l’OTAN et caresse les Occidentaux dans le sens du poil. Les élections monténégrines de fin août auraient pu être une occasion de dénoncer ce régime honteux. Que nenni : circulez, il n’y a rien à voir. Les Monténégrins sont priés de se débrouiller tout seuls avec leur dictateur.

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  • Tour du Valais à pied : à bientôt pour l’étape finale…

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    Chers amis,
    En septembre dernier et depuis 15 jours, j’ai tenté de vous intéresser à mon tour du Valais à pied. J’espère que vous y avez pris autant de plaisir que moi. Mais voilà, tout a une fin, provisoirement en tout cas.
    Hier matin, suite à une rencontre avec les Editions Slatkine, il a été décidé de faire un petit livre pour raconter cette aventure et vous dire comment se sont passées les 20 dernières étapes. Pas question de tout dévoiler maintenant, il vous faudra attendre avril 2021.
    Tout ce que je peux dire, c’est que ça c’est bien terminé. Je suis rentré chez moi sain et sauf après avoir franchi la frontière vaudoise au Torrent Sec (voir photo), intercepté un miraculeux arc-en-ciel en arrivant au-dessus de mon village natal (photo) et saisi les Dents du Midi émergeant des brumes comme dans une estampe chinoise…
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  • On rigole bien dans les cabanes uranaises

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    35e étape - Cabane de Corno Gries - Cabane de Piansecco - Passo di Cavanna - Cabane de Rotondo - 18 juillet 2020

    La nuit a été médiocre à cause d’un mal de tête opiniâtre. Mais la météo est bonne et il n’est pas question de procrastiner avant une étape qui s’annonce comme l’une des plus longues du tour. Sur ce point en tout cas, je ne serai pas déçu. La matinée se passe pour le mieux. Les cinq premières heures fondent dans le paysage avenant du Val Bedretto comme du sucre dans un espresso italien. Mais les quatre dernières, dans un décor de haute montagne avec des pierriers vertigineux entrecoupés de névés en à-pic, rappelleront au randonneur trop confiant la dure réalité de la montagne.
    La journée commence par une descente en douceur à l’Alpe Cruina, au pied sud du col du Nufenen. Puis il emprunte l’agréable chemin d’altitude du haut Val Bedretto, en direction de la pimpante cabane du Piansecco, en traversant une série d’alpages, Ruino, Peschiara, Cavanna, qui surplombent les villages du haut de la vallée, Al Acqua, Ronco, Bedretto.
    Un ciel clair, une brise fraîche, peu de randonneurs, une pause dans une cabane moderne et avenante, deux vététistes qui s’obstinent à porter leur engin sur l’épaule dans l’espoir (déçu, me dis-je) d’un chemin plus carrossable. En longeant des bruyères, je tombe à nouveau sur une vipère, brune et maigrichonne cette fois, qui m’accompagne quelques mètres avant de filer dans les pierriers. Rien de notable si ce n’est la munificence des hautes Alpes tessinoises.
    Avant le col du Lucendro qui mène au Gotthard, je coupe à gauche sur le col de Cavanna, qui conduit à Realp, dans le canton d’Uri, et à la Furka. 700 mètres de montée en plein soleil, après cinq heures de marche d’approche, ça pèse sur le dos et les jambes, fussent-ils bien entraînés! Juste avant le col, soufflant et ahanant comme la mule du pape, je rattrape néanmoins deux jeunes Suisses allemandes tout en étant talonné par deux Zurichois. Nous nous rejoignons tous au sommet et décidons de faire équipe car nous allons tous à la même cabane par un itinéraire qui s’annonce scabreux.
    Le contraste entre les deux versants du col est en effet saisissant. Autant le côté tessinois était avenant, souriant, ensoleillé, herbagé, couvert de fleurs, autant le versant uranais parait âpre, rude, raide, enneigé et pierreux. Caillasses et neiges se conjuguent dans un univers froid et minéral. Nous sommes sur la crête du partage des eaux: derrière nous, au sud, le Tessin et le bassin du Pô mènent à la Méditerranée ; devant nous, au nord, les sources de l’Aar et de la Reuss, et vers l’est, celles du Rhin, conduisent à la froide Mer du Nord. A l’ouest, celles du Rhône filent vers la France.
    Du col, les flèches indiquent un pierrier de gros blocs éboulés vaguement arrangés en escaliers, près d’une arête couverte de neige et côtoyant le vide. A l’endroit dit Huendersattel commence une descente éprouvante à travers de nouveaux pierriers et des champs de neige. Au milieu de la descente, après une pause pour soulager les pieds, je perds la trace de mes compagnons, disparus dans une combe, et celle du chemin. Je suis descendu trop bas et butte sur une paroi de rocher. J’ai toutes les peines du monde à retrouver le sentier et coupe à travers une pente herbeuse très raide en me tenant aux rochers les plus solides. En fait, le sentier est remonté sur une crête pour mieux redescendre au fond d’une gorge à travers des éboulis. Il faut assurer chaque pas, se retenir aux rochers pour ne pas glisser sur la neige durcie, dans un calvaire qui semble sans fin.
    Entretemps, la cabane qui paraissait si proche a définitivement disparu, cachée par les rochers. Quand elle réapparaît enfin au sommet d’une butte, il faudra encore 45 minutes de grimpe pour l’atteindre.
    Neuf heures et demie d’efforts depuis ce matin pour gagner cette cabane perdue du canton d’Uri. Est-ce que ça en valait la peine? Pas vraiment, me suis-je dit en regardant mes pieds endoloris et mes cloques écrasées, les douches fermées pour cause de Covid et l’absence d’eau chaude. Mais voilà : une fois le sac posé, après une petite sieste au chaud sur un matelas moëlleux et une bonne bière, on voit le monde différemment. Oubliées la peine, la sueur, la douleur, la froidure, la chaleur, la peur, la désespérance. On se laisse gagner par la joie d’avoir accompli quelque chose, d’être submergé de paysages et empli d’un sentiment de liberté et de sensations qui effacent aussitôt les désagréments physiques.

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  • Divagations philosophiques au pied du Nufenen

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    34e étape - Ulrichen - Vallée du Nufenen - Cabane de Corno Gries - 17 juillet 2020
    Il a plu cette nuit et il pleut encore ce matin. Les nuages sont bas et obstruent la vallée de Conches. Le col du Nufenen est bouché lui aussi et, après la dure étape d’hier et les ampoules qui écorchent les pieds, l’humeur n’est pas franchement à l’enthousiasme. Plutôt que de remonter la vallée du Rhône jusqu’à Gletsch, j’ai décidé de contourner la Furka et le Glacier du Rhône par la droite, en faisant un détour par le Nufenen, le Tessin et Uri, histoire de saluer les cantons voisins.
    Sur la carte, ça sonne bien. Dans la réalité, c’est nettement moins exaltant.
    En principe, rien de plus simple que de mettre un pied devant l’autre. Mais quand le cœur n’y est pas, rien à faire, la machine reste à quai. En sirotant un troisième café, je me mets à philosopher. Qu’est-ce qui compte dans la marche, le chemin ou le marcheur ? Est-ce le chemin qui fait le marcheur ou le marcheur qui fait le chemin ? Est-ce la volonté du chemin ou celle du marcheur qui incite à faire le premier pas ? Les deux propositions me paraissent également vraies. La sagesse du marcheur invite à suivre le chemin et à se laisser guider par lui, sans vouloir à tout prix le dominer ou lui résister. Mais la sagesse du chemin consiste pour sa part à s’effacer devant la volonté du marcheur et à lui faciliter la tâche. A quoi servirait un chemin que personne ne voudrait emprunter ?
    Incapable de trancher, j’en suis là dans mes divagations quand le ciel s’éclaircit et mes idées aussi. Vers 10 heures, je saisis mon sac et mes bâtons, paie mon hôtel et pars à l’attaque du Nufenen, le long de l’Aegene, le torrent qui descend du col.
    On suit pendant deux heures l’antique chemin muletier qui reliait Conches à Airolo par le col de Corno et à Domodossola par le col de Gries. Sur le tracé, on retrouve les vieux empierrements et on traverse le pont de pierre de la route médiévale, qui franchit le torrent près de l’ancienne souste de Ladstafel, dont le nom suggère l’existence d’un entrepôt de marchandises. La route moderne encombrée de caravanes et de motos vrombissantes monte en zigzag vers le Nufenen tandis que le chemin pédestre se dirige vers le fond du vallon avant de remonter abruptement en direction du barrage et des quatre éoliennes de la crête sommitale de Gries.

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  • Admirer les vipères et les lis de Binn sans modération

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    Admirer les vipères et les lis de Binn sans modération
    32e étape - Rosswald - Col de Saflisch - Binn - Ausserbinn – Ernen - 15 juillet 2020

    Ce gîte si déconcertant avec son absence de tenancier et son appellation à tiroirs (Ski und Ferienhaus Alp Walliser Style) s’est avéré fort recommandable. Une chambre-dortoir bien conçue, avec salle de bains et cuisine, un petit déjeuner avec des fruits et des produits locaux digne d’un hôtel 3 étoiles, pour 35 francs tout compris : difficile de faire mieux.
    La journée commence par une longue montée de 7 à 8 kilomètres et 700 mètres de dénivelé en direction du col de Saflisch, en compagnie d’une famille belge. Cette année, les marcheurs belges sont à l’honneur. J’en rencontrerai des dizaines, infatigables et intrépides, dans les prochains jours. Quel insensé a pu baptiser la Belgique le Plat-Pays ?
    On commence par longer un grand mont totalement dénudé, le Petit et Grand Huwetz, aux teintes ocre et rouge, qui parait posé sur la vallée comme le rocher d’Uluru au milieu du désert australien. Un chamois fou remonte à toute vitesse le pierrier inférieur, comme s’il avait le feu aux trousses ? Que va-t-il faire sur ce rocher où pas un brin d’herbe ne pousse ? Mystère. De l’autre côté du col, une très longue descente attend le voyageur, dans un décor particulièrement sauvage, de névés, de rochers et de petites combes très minérales d’abord, et d’alpages couverts d’une végétation et de myriades de fleurs luxuriantes ensuite. La vallée de Binn mérite largement sa réputation de réserve du Valais. La faune et la flore sauvages y prospèrent plus que partout ailleurs.
    Ici, c’est une marmotte qui joue et éduque ses petits aux abords de son terrier. Ses mimiques et ses attentions maternelles sont à la fois touchantes et comiques : ah, si les êtres humains mettaient autant d’énergie à éduquer leurs petits… ne peut-on s’empêcher de penser ! Tout à l’heure, en voulant faire place nette dans la forêt pour aménager une place de pique-nique, je manque de peu de mettre la main sur une belle vipère, noire aux rayures d’argent, dodue comme un petit saucisson. Je sursaute et me précipite en arrière. Mais elle aura encore plus peur que moi et s’évanouira aussitôt dans les pierres.
    Ça me rappelle cette rencontre fortuite avec une autre vipère près du barrage de Zeuzier il y a quelques années. A l’aide de mon bâton, je l’avais aidée à franchir le parapet de la route, trop haut pour elle. Aujourd’hui encore, bien que je n’aie pas de sympathie particulière pour elles, je me félicite de ce geste. Ça soulage ma conscience d’adolescent, quand nous détruisions avec nos fourches les nids de vipères que nous rencontrions en fauchant les foins.
    Et partout, c’est un festival de fleurs et de papillons. Les Belges attirent mon attention sur les orchis vanillés, ces petites fleurs en forme de brosses de ramoneur, couleur rouge très foncé, que les Allemands appellent Männertreue et qui sentent très fort le cacao fraîchement moulu quand on approche son nez. Plus bas, au milieu d’une touffe de bruyère, c’est un bouquet de superbes lis martagon qui vient de fleurir au milieu du pré. Mi-juillet, les alpages resplendissent de couleurs. Il y a en a pour tous les goûts, toutes les tailles, toutes les formes, toutes les couleurs: des jaunes, des blanches, des bleues, des rouges, des mauves, des roses, des vertes, des mauves, des brunes. En forme de cloches d’église, de brosses à récurer, de piques de lansquenets, de rabots de menuisier, de manchons Belle-Epoque, de modules lunaires et de vaisseaux Soyouz, d’épis de maïs, de balais à épousseter, de sucres d’orge. Du rhododendron branchu à la rose épilobe, du rasant thym sauvage à la joubarbe haute sur tige, du bleu profond des gentianes au mauve éclatant des asters en passant par le jaune vif de l’arnica, tout se mélange dans la plus grande promiscuité et le plus grand désordre. Ici, pas de cultures surveillées par satellite et alignées comme des soldats de plomb par des semoirs industriels, ni de nuages de pesticides et d’herbicides distribués par drones télécommandés. Les ingénieurs agronomes n’ont pas encore imposé leur insupportable symétrie. Les papillons sont tout aussi capricieux. Ils n’en font qu’à leur tête, incapables de voler droit, zigzaguant dans tous les sens, se posant n’importe où, butinant n’importe quoi sans qu’on puisse déceler le moindre sens des priorités.

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  • A Rosswald, un espresso italien à tomber les chaussettes !

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    31e étape - Col du Simplon – Bärufalla – Wasensee – Bortelhütte – Mischibach - Rosswald - Mardi 14 juillet 2020

    Bonne nuit à l’hospice, seul dans une grande chambre de six lits. Un bon matelas et la compagnie des chanoines et des paroissiens brigands en retraite garantissent manifestement un sommeil plus calme qu’une nuit sur un plancher de yourte. Je fais la grasse matinée jusqu’à 7 heures, le déjeuner ayant été fixé à 8 heures. Ma lessive est sèche, mes ampoules aux pieds sont presque guéries et je me sens en forme pour une bonne journée de marche, une fois mes exercices matinaux terminés. Départ en douceur à 9 heures, avec une météo en demi-teinte, mais qui s’avèrera assez vite conciliante.
    Vu du Simplon, Rosswald parait à portée de main. Une dizaine de minutes de vol suffirait pour un gypaète ou un aigle un tant soit peu doué. Mais on est en Valais et on ne soulignera jamais assez ce que ce canton peut receler de vallées cachées, de vallons insoupçonnés, de couloirs à avalanches dissimulés, de barres de rochers masquées, de hautes steppes et de marais spongieux mal signalés, d’alpages grevés de trous de marmottes, d’éboulis et de pierriers mal placés, de rochers mal rangés ! Il m’arrive souvent d’y penser lorsque la marche devient laborieuse, à cause de la pluie, du soleil ou des cailloux. Dans ces moments, tout semble conspirer contre vous et s’évertuer à faire obstacle à votre progression. A peine avez-vous entrevu la buvette tant désirée qu’elle se dérobe parce que vous venez d’atteindre ce point fatal où le chemin décide de descendre à-pic au fond d’une gorge profonde et invisible pour mieux remonter sur l’abrupt et caniculaire versant d’en face. Le demi-litre de Rivella et la tarte aux myrtilles tant désirés devront patienter une heure encore. Si tout va bien…
    Le premier chemin du jour commence par longer la tranchée couverte de la route du Simplon avec ses meutes de poids lourds qui rugissent dans les oreilles. Mais fort heureusement, il s’en écarte assez vite pour monter vers un alpage accueillant, du nom de Schallbett. Il continue ensuite sur les hauts de la vallée, à travers des landes couvertes de bruyères et des zones de marécage, jusqu’à l’alpage de Bärufalla, d’où un sentier monte jusqu’au très agréable petit lac bleu de Wasen. Un rayon de soleil inattendu m’incite à tenter un bain. On entend le sifflement des marmottes et les sonnettes d’un troupeau de vaches. Comme d’habitude, l’eau glacée agit comme un coup de fouet. On entre dans l’eau et on en ressort comme un obus! Mais qu’il est bon ensuite de se chauffer sous les rayons d’un soleil pas trop agressif et de se sécher à l’aide d’une petite brise ! Marcher en montagne, c’est souffrir beaucoup mais c’est aussi se sentir vivre comme jamais.
    Du coup, je m’aperçois que j’ai oublié la clé de ma chambre dans ma poche. Trop tard pour revenir en arrière. Je décide donc de la confier aux prochains randonneurs qui feront le chemin en sens inverse. Peu après, une famille de Suisses-Allemands acceptera en effet de la ramener à l’Hospice.

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  • Halte chez les bons chanoines du Simplon

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    30e étape - Col de Gibidum - vallon de la Gamsa - col de Bistine - Hospice du Simplon – Lundi 13 juillet 2020

    Réveillé à 5h45 par les premières lueurs du jour, un torticolis carabiné et un froid tenace, pas question de faire la grasse matinée dans cette yourte glaciale. Le petit déjeuner au lit attendra des jours meilleurs.
    Une demi-heure de yoga pour se réchauffer et se dégourdir les muscles, quelques ablutions au lac, un petit encas avec du pain sec et un reste de fromage, le temps de plier et de rassembler mes affaires et de remplir les gourdes au ruisseau et me voilà prêt au départ à 7h déjà.
    Le ciel est couvert. De l’autre côté du vallon, vers le Simplon, des trainées de brumes descendent du col que je suis censé franchir en début d’après-midi. Plutôt que de descendre tout au fond de la vallée pour remonter de l’autre côté, les connaisseurs conseillent de remonter le vallon jusqu’au fond, sur cinq ou six kilomètres et de revenir de l’autre côté, ce qui est beaucoup plus agréable pour l’œil et l’esprit. On suit le bisse qui approvisionne l’alpage en eau à partir du torrent qui descend du glacier du Fletschhorn. Il fait frais, le chemin est agréable et facile, et je marche donc d’un bon pas. C’est le paradis des marmottes. Elles croisent mon chemin, dévalent la pente jusqu’à leur terrier, sifflent pour avertir leurs congénères et parfois se figent dans une pose comique en me surveillant d’un coin de l’œil.
    Après deux heures de marche, j’atteins le fond de la vallée et les petits lacs de Fulmoos, à 2500 mètres d’altitude. Un couple de jeunes Brigands vient d’y passer une nuit sous la tente. Un rayon de soleil perce les nuages et je décide de faire une pause et de procéder à des ablutions plus complètes près d’une petite lagune proche de petits névés. Un coin sauvage, coupé du monde, qui n’offre que des rochers et des nuages pour seuls compagnons.
    Le chemin revient amorce une boucle et revient sur l’autre versant du vallon en montant doucement vers le col de Bistine, noyé dans les nuages. Les abords du chemin sont couverts de myriades de fleurs de toutes les couleurs. J’atteins le col vers 13 heures. Un grand cairn érigé en 1940 par les soldats de la troisième compagnie du 17e régiment marque l’entrée dans la vallée du Simplon. Commence la descente sur le Simplon, plongé dans la brume. En avance sur l’horaire, je prends mon temps car le chemin est glissant et caillouteux. Un peu plus tard, la brume se lève et laisse entrevoir la vallée du Simplon se découvre. On peut distinguer l’ancien hospice et des portions de la vieille route Napoléon, qui serpente dans le vallon alors que la voie moderne, taillée pour le trafic poids lourd, ne s’encombre pas de méandres.

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  • On rigole bien dans les cabanes uranaises

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    35e étape - Cabane de Corno Gries - Cabane de Piansecco - Passo di Cavanna - Cabane de Rotondo - 18 juillet 2020

    La nuit a été médiocre à cause d’un mal de tête opiniâtre. Mais la météo est bonne et il n’est pas question de procrastiner avant une étape qui s’annonce comme l’une des plus longues du tour. Sur ce point en tout cas, je ne serai pas déçu. La matinée se passe pour le mieux. Les cinq premières heures fondent dans le paysage avenant du Val Bedretto comme du sucre dans un espresso italien. Mais les quatre dernières, dans un décor de haute montagne avec des pierriers vertigineux entrecoupés de névés en à-pic, rappelleront au randonneur trop confiant la dure réalité de la montagne.
    La journée commence par une descente en douceur à l’Alpe Cruina, au pied sud du col du Nufenen. Puis il emprunte l’agréable chemin d’altitude du haut Val Bedretto, en direction de la pimpante cabane du Piansecco, en traversant une série d’alpages, Ruino, Peschiara, Cavanna, qui surplombent les villages du haut de la vallée, Al Acqua, Ronco, Bedretto.
    Un ciel clair, une brise fraîche, peu de randonneurs, une pause dans une cabane moderne et avenante, deux vététistes qui s’obstinent à porter leur engin sur l’épaule dans l’espoir (déçu, me dis-je) d’un chemin plus carrossable. En longeant des bruyères, je tombe à nouveau sur une vipère, brune et maigrichonne cette fois, qui m’accompagne quelques mètres avant de filer dans les pierriers. Rien de notable si ce n’est la munificence des hautes Alpes tessinoises.
    Avant le col du Lucendro qui mène au Gotthard, je coupe à gauche sur le col de Cavanna, qui conduit à Realp, dans le canton d’Uri, et à la Furka. 700 mètres de montée en plein soleil, après cinq heures de marche d’approche, ça pèse sur le dos et les jambes, fussent-ils bien entraînés! Juste avant le col, soufflant et ahanant comme la mule du pape, je rattrape néanmoins deux jeunes Suisses allemandes tout en étant talonné par deux Zurichois. Nous nous rejoignons tous au sommet et décidons de faire équipe car nous allons tous à la même cabane par un itinéraire qui s’annonce scabreux.
    Le contraste entre les deux versants du col est en effet saisissant. Autant le côté tessinois était avenant, souriant, ensoleillé, herbagé, couvert de fleurs, autant le versant uranais parait âpre, rude, raide, enneigé et pierreux. Caillasses et neiges se conjuguent dans un univers froid et minéral. Nous sommes sur la crête du partage des eaux: derrière nous, au sud, le Tessin et le bassin du Pô mènent à la Méditerranée ; devant nous, au nord, les sources de l’Aar et de la Reuss, et vers l’est, celles du Rhin, conduisent à la froide Mer du Nord. A l’ouest, celles du Rhône filent vers la France.
    Du col, les flèches indiquent un pierrier de gros blocs éboulés vaguement arrangés en escaliers, près d’une arête couverte de neige et côtoyant le vide. A l’endroit dit Huendersattel commence une descente éprouvante à travers de nouveaux pierriers et des champs de neige. Au milieu de la descente, après une pause pour soulager les pieds, je perds la trace de mes compagnons, disparus dans une combe, et celle du chemin. Je suis descendu trop bas et butte sur une paroi de rocher. J’ai toutes les peines du monde à retrouver le sentier et coupe à travers une pente herbeuse très raide en me tenant aux rochers les plus solides. En fait, le sentier est remonté sur une crête pour mieux redescendre au fond d’une gorge à travers des éboulis. Il faut assurer chaque pas, se retenir aux rochers pour ne pas glisser sur la neige durcie, dans un calvaire qui semble sans fin.
    Entretemps, la cabane qui paraissait si proche a définitivement disparu, cachée par les rochers. Quand elle réapparaît enfin au sommet d’une butte, il faudra encore 45 minutes de grimpe pour l’atteindre.
    Neuf heures et demie d’efforts depuis ce matin pour gagner cette cabane perdue du canton d’Uri. Est-ce que ça en valait la peine? Pas vraiment, me suis-je dit en regardant mes pieds endoloris et mes cloques écrasées, les douches fermées pour cause de Covid et l’absence d’eau chaude. Mais voilà : une fois le sac posé, après une petite sieste au chaud sur un matelas moëlleux et une bonne bière, on voit le monde différemment. Oubliées la peine, la sueur, la douleur, la froidure, la chaleur, la peur, la désespérance. On se laisse gagner par la joie d’avoir accompli quelque chose, d’être submergé de paysages et empli d’un sentiment de liberté et de sensations qui effacent aussitôt les désagréments physiques.

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