Planète bleue - Page 4

  • Bivouac et torticolis carabiné au col de Gibidum

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    29e étape - Saas-Fee - Gspon - Col de Gebidum – Dimanche 12 juillet 2020

    Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Autant hier était pluvieux, autant aujourd’hui est radieux. Autant le chemin était scabreux et risqué hier, autant il est souriant et avenant aujourd’hui.
    L’itinéraire prévoit de descendre vers Saas-Grund et de remonter sur le versant oriental de la vallée de la Saas pour rejoindre Gspon. Sur les conseils de mon hôtelier, je décide toutefois d’emprunter le car postal et la télécabine qui monte à Kreuzboden, à 2400 mètres d’altitude.
    Cette petite entorse au principe de la marche à pied se justifie. Demain l’étape du Simplon sera longue et la météo demeure incertaine. Je voudrais arriver à l’hospice en milieu d’après-midi à cause d’une vidéoconférence à 17 heures. Il me faut donc anticiper et gagner du temps. C’est pourquoi, au lieu de passer la nuit à Gspon, je décide de prolonger l’étape d’aujourd’hui de deux heures supplémentaires, jusqu’au col de Gibidum, et d’écourter celle de demain.
    Jusqu’à Gspon, le tracé est une vraie promenade de santé: pas de gros dénivelé, un sentier bien tracé, large et ombragé par les mélèzes, qui longe les flancs du Fletschhorn. De l’eau à profusion, une vue dégagée sur les Mischabel et les Alpes bernoises, un soleil qui tape pas trop fort. Du coup, alors que j’ai croisé deux personnes hier, c’est en rang serrés que les randonneurs déambulent aujourd’hui.
    Après quelques heures de marche tranquille et une pause au bord d’un bisse, je peux me poser sur la terrasse du café Alpenblick de Gspon et déguster une coupe des glaciers. Il est encore tôt et vers 16h30, je me remets en route pour monter à l’alpage de Sädolti. Un grand troupeau de vaches en revient, en faisant sonner ses cloches à toute volée au milieu des cris des bergers. Il n’a pas plu, tout est sec et tout ce beau monde est à la recherche d’une herbe plus fraîche car les vaches ne donnent plus de lait.
    Après l’alpage, le chemin descend en pente douce dans une superbe réserve naturelle: gare à ne pas déranger les casse-noisettes, les hiboux grands-ducs et les tétras-lyres, mettent en demeure des panneaux explicatifs. J’ai beau marcher en silence, aucun oiseau daigne se montrer.
    Vers 18h30, alors que le soleil est encore haut, j’atteins le col de Gibidum. Un vent froid souffle sur la passe herbeuse et ride la surface d’un petit lac. Je dois me rendre à l’évidence : une nuit à la belle étoile dans ces conditions risque d’être cauchemardesque. Par chance, près du lac se dresse une grande hutte lapone qui a l’air inoccupée. La porte est fermée à l’aide d’une petite poutre. Je saute sur l’enclos et bingo, le tipi lapon s’ouvre. A l’intérieur, une longue table de bois, un sol de terre battue, quelques bancs et un châlit en bois bien sec protège de l’humidité du sol. Un peu dur comme matelas, mais au moins je n’aurai pas froid.
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  • Saas-Fee, à deux doigts de l'accident fatal

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    28e étape - Grächen - Saas-Fee – Samedi 11 juillet 2020

    Il est huit heures et il pleut encore trop pour se lancer dans la montée au Furggi et entamer la longue marche sur Saas-Fee, le long du flanc oriental des Mischabel. Je sirote un café en attendant l’hypothétique embellie prévue par la météo. Le rapport annuel de la commune, posé sur une table du tea-room à côté du Blick, m’apprend que la télécabine ouvre à 8h30 en été. Je décide donc de faire une entorse à mes principes et de l’emprunter pour rattraper le temps perdu et m’éviter une montée sous la pluie en regardant défiler des cabines vides au-dessus de ma tête.
    Une fois en haut, les espoirs de soleil m’abandonnent vite. L’averse s’est muée en une bruine persistante qui durera la moitié de la journée, détrempant le chemin, rendant les pierres glissantes et transformant les chaussures en bain-marie. Heureusement, le paysage est grandiose. Les rhododendrons éclatent de couleur, une brume romantique enveloppe les montagnes, des bancs de brouillard remontent de la vallée et enveloppent les reliefs d’une atmosphère ouatée que viennent animer les formes sombres des arolles et le vert plus tendre des mélèzes. Je surprends deux chamois en train de brouter le long du chemin. On entend le rugissement des torrents dans le lointain. On se croirait dans un tableau de Caspar-David Friedrich...
    Ce sera la journée des chamois. A quatre reprises, nos chemins vont se croiser. Au milieu de l’après-midi, une harde entière prend position dans les éboulis pour me regarder passer, une moitié me toise des hauteurs tandis que les autres, postés en contrebas, me surveillent du coin de l’œil.
    Cependant, après deux heures de marche prudente, les choses se corsent sérieusement. Le chemin quitte l’abri sûr de la forêt pour s’engager dans des pentes raides, traverser des éboulis, surplomber des parois de rochers qu’on est obligé de franchir en s’agrippant à des chaines ou à des cordes. On perd sa trace au milieu des éboulis et il faut le chercher plus haut ou plus bas. Dans un couloir d’avalanche, une coulée de neige et de pierres obstrue le passage sur une quinzaine de mètres. C’est à la fois très court et horriblement long. La pente est forte et il n’y a rien pour s’agripper. J’hésite à m’engager quand un jeune Allemand surgit du brouillard arrive et me montre sa trace dans la neige durcie. Quelques pierres roulent sous le pied mais la neige tient bon et je plante mes bâtons pour mieux caler les pieds. Après cinq bonnes minutes, je suis en train d’atteindre l’autre bord quand une avalanche de pierres s’abat sur le névé que je viens de franchir. Faute de savoir que faire, je m’aplatis dans la neige, à l’abri d’un gros rocher en surplomb qui m’évite d’être frappé par les pierres qui ricochent sur le flanc du ravin. Un gros pavé s’écrase à un mètre de mon bras. Après quelques minutes, le couloir replonge dans le silence et l’incident se termine par plus de peur que de mal. Mais à quelques secondes près, j’y passais.

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  • A Grächen, les chants d’église sont gais

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    27e étape - Saint-Nicolas – Grächen – Vendredi 10 juillet 2020

    Après quarante-huit heures à Genève, je me sens déjà tout ramolli. Deux jours de gens à voir, de téléphones à faire, de courriels urgents et de rendez-vous à honorer, aussi urgents qu’inutiles souvent, suffisent à vous faire perdre votre tonus.
    Il faut dire que dans le train qui me ramène à Saint-Nicolas, je lis la confession d’un confrère journaliste allemand qui raconte sa déception professionnelle dans un livre déprimant (Lothar Struck, Adieu silencieux au journalisme). Le journalisme, dit-il, a renié sa vocation d’information pour se transformer en profession-caméléon, qui épouse l’air du temps après avoir abdiqué tout sens critique et n’hésite pas à tordre les faits lorsqu’ils ne sont pas conformes au moule préétabli. Qui peut prétendre le contraire ?
    Mais le train blanc et rouge de Zermatt s’engage dans les gorges de Stalden. Juste avant Saint-Nicolas, une averse vient miraculeusement rafraîchir le fond de l’air et masquer un soleil acide. Il fait donc frais pour attaquer les trois petites heures de montée à Grächen. Avec l’altitude, la bonne humeur et l’envie de marcher sont revenues. En fond de vallée, le chemin manque d’attraits mais il serpente agréablement entre la route et les ruisseaux. Une chèvre solitaire insiste pour se faire gratter l’oreille et un cerisier sauvage tend ses branches couvertes de fruits mûrs. Il y a pire pour marcher.
    Comme celui de Saint-Nicolas la semaine dernière, le sentier de Grächen est constellé de petits autels, de crucifix et de stations de chemin de croix. Le Haut-Valais a décidément les pieds dans la foi. Une plaque funéraire posée par ses enfants signale qu’un certain Alfred Gruber, né en 1873, mort d’un accident en 1929, a érigé cet autel en 1923 à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Elle prie le (rare) passant d’honorer ce « père très profondément aimé ». Un peu plus haut, une croix de bois brisée par les intempéries repose au bord du chemin et offre à la vénération du pèlerin un crucifix cassé comme s’il s’agissait d’une relique précieuse. Dans deux mille ans, les musées exposeront ces vestiges des croyances du XXe siècle comme ils exhibent aujourd’hui les statuettes d’argile des dieux romains.

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  • Zermatt en vagabond des cimes

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    26e étape - Europahütte-Pont suspendu Charles Kuonen-Täschalp-Zermatt – Lundi 6 juillet 2020

    Départ pour Zermatt en douceur, vers 8h15, en commençant par une descente en douceur en direction du tout nouveau pont suspendu - la passerelle Charles Kuonen, la plus longue du monde (494 mètres) nous assure-t-on - qui enjambe le ravin du Dorfbächli. Je la franchis juste au moment où un SMS me signale que le sol vient aussi de se dérober sous les pieds du conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet, qui vient d’être exclu de son parti. Je préfère mon sort au sien : tant qu’à devoir marcher dans le vide, restons au moins maitre de nos choix.
    Il fait frais, le ciel se découvre et le Weisshorn apparaît dans toute sa splendeur. Le Chemin de l’Europe continue dans le prolongement d’hier, à flanc de coteau, alternant alpages couverts de fleurs, forêts de mélèzes et rhododendrons, parois de rochers vertigineuses, zones humides de torrent, montant ou descendant selon les obstacles. Je dois m’habituer: je commence à le trouver sympathique, avec ses paysages et ses décors qui changent constamment.
    Après quatre heures de sauts de mouton, l’alpage de Täschalp est en vue, au fond d’un profond vallon. Le soleil tape dur et une pause s’impose. Un torrent frais et quelques mélèzes m’offrent leur fraicheur. Je déploie mon tapis, délace mes chaussures, prends mes aises mais… gare aux fourmis! En quelques minutes je suis submergé par de farouches hyménoptères peu habitués à ce qu’un intrus vienne les déranger. Une lutte intense s’engage, dont je ressors naturellement perdant. La taille ne peut rien contre le nombre, il faut décamper.
    Le chemin revient sur la vallée de Zermatt et le Cervin se découvre enfin, en toute majesté. Après tout, c’est aussi pour lui qu’on vient et il était attendu avec impatience. Magie de l’altitude ou de la position ? Jamais il ne m’avait paru si présent, massif, hiératique, grandiose. D’habitude, il m’avait toujours paru un peu lointain, vaporeux, inatteignable, indifférent. Sa forme de pyramide presque parfaite et sa pointe légèrement tronquée qui lui donne cet élan accentuent son mystère. Tout à l'heure, sous les rayons du soleil couchant, son sommet s'allumera comme un bûcher céleste.

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  • A Herbriggen, un chemin raide à ferrer les poules

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    25e étape – Saint-Nicolas-Herbriggen-Europahütte – Dimanche 5 juillet 2020

    Si l’étape d’hier a été pénible à cause d’une descente interminable - presque 2000 mètres de dénivellation – et scabreuse, l’étape d’aujourd’hui va s’avérer de loin la plus éprouvante de tout ce périple en terme de la montée. C’est moins le dénivelé, 1600 mètres tout de même, que la nature du sentier, escarpé, raidissime, hasardeux, vertigineux parfois, chauffé à blanc par le soleil la plupart du temps. Souvent, il grimpe face à la pente et il faut se mettre à quatre pattes et s’agripper aux rochers pour ne pas basculer dans le vide, en évitant de regarder en bas pour escalader des parois rocheuses qui paraissent sans fin. Plus vraiment de mon âge… A mi-parcours, je me fais devancer par un couple de jeunes Biennois qui semblent survoler tout ça d’un air léger, quoiqu’ils transpirent abondamment aussi et finiront par faire une pause un peu plus haut… Plus tard, à la cabane, ils me concéderont d’ailleurs un compliment. La jeune fille me dira qu’elle sera contente de grimper comme moi quand elle aura mon âge. Vu sous cet angle, le poids des années devient plus acceptable…
    La journée avait pourtant bien commencé, avec une heure de marche tranquille et bien au frais entre Saint-Nicolas et Herbriggen, et quelques savoureuses cerises sauvages au début de la montée.
    Mais très vite, je perds le chemin à cause de travaux d’endiguement qui labourent la forêt et j’ai de la peine à le retrouver au milieu des rochers, des troncs d’arbres et des branches de sapin coupées qui jonchent le sol. Le calvaire commence aussitôt. Les panneaux annonçaient quatre heures de marche. J’en mettrais six. Une fois sorti de la forêt, le soleil tape dur. Les barres de rochers se succèdent les unes après les autres et semblent autant de forteresses infranchissables. Le chemin taille sa voie, par des escaliers, le long d’arêtes assurées par des cordes. Les bretelles du sac, alourdi par trois litres d’eau, m’arrachent les épaules et j’ai l’impression d’être happé par le vide à chaque faux mouvement.
    C’est d’autant plus frustrant que je ne peux que m’en prendre qu’à moi-même puisque personne ne m’a imposé cette épreuve.
    A 2600 mètres, à un endroit appelé Galenberg, le sentier rejoint enfin le Chemin de l’Europe qui arrive de Grächen mais qui a été fermé à cause des éboulements et des chutes de pierre qui rendent le trajet dangereux. Un étudiant russe vivant en Allemagne achève sa pause et nous tentons quelques échanges. Il a l’air solide et bien équipé. Mais il est ambitieux car il voudrait redescendre sur Grächen avant le soir, soit un parcours de presque 40 kilomètres en un jour. Je le convaincs de descendre sur Herbriggen.

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  • Chute et bâton cassé sur le chemin de croix de Saint-Nicolas

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    24e étape - Gruben – Augsborgpass – Junggu - Saint-Nicolas – Samedi 4 juillet 2020

    Sur le chemin qui monte au col d’Augsborg, pas âme qui vive. Une fois arrivé sur le haut du vallon, on dirait la Sibérie ou la planète Mars. Il faudra trois heures de bonne montée pour atteindre le col et une heure de redescente de l’autre côté avant de croiser les premiers groupes de randonneurs, accompagnés d’un guide. Soit dix personnes en huit heures.
    Couvert au départ, le ciel s’est dégagé et la vue est superbe, de part et d’autre du col. Sur le versant zermattois, les névés sont encore nombreux et je n’ose tenter une glissade sur les fesses pour gagner du temps. La fin de course dans les pierriers risque d’être rude.
    Vers 13 heures, un petit lac aux eaux cristallines m’offre son hospitalité pour la pause déjeûner. Toujours personne. Vers 13h30, j’entends des voix et aperçois des silhouettes sur le sentier qui monte de Saint-Nicolas, sur le versant sud du vallon. C’est un groupe de jeunes Romands partis de Stalden en début de matinée. Un autre groupe et quelques randonneurs individuels les suivent de près. Plutôt de prendre sur la gauche en direction de Törbel et Embd, je me dirige sur la droite à travers des pierriers et des névés qui mènent au belvédère du Mont Twära qui offre un superbe point de vue sur la vallée de la Viège et les alpes haut-valaisannes. De l’autre côté, il s’élargit pour emprunter une sorte de voie romaine faite de grandes dalles planes, qui semble mener jusqu’au Weisshorn. Mais l’illusion ne dure pas. Très vite le sentier plonge dans la vallée, redevient escarpé et descend interminablement à travers alpages et forêts. Après deux heures, on atteint le hameau de Jungu, relié à Saint-Nicolas par un petit téléphérique.
    Il fait chaud, le soleil tape dur et je m’offre quelques sorbets à la buvette avant d’attaquer les 800 derniers mètres de dénivelé. Le chemin est rude, la chaleur et la fatigue intenses, et le moral en berne. Après dix minutes de marche seulement, mon pied heurte une pierre et je m’étale de tout mon long sur les cailloux : rien de cassé, quelques égratignures à une jambe. Mais un des bâtons s’est brisé net dans la chute. Il va falloir descendre le reste du chemin avec un seul bâton, en tenant les débris de l’autre à la main, tandis que les cabines du téléphérique à moitié vides se dandinent à quelques dizaines de mètres...
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  • Bienvenue au pays des « Salü » et des « Adé »

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    23e étape - Cabane Bella Tola - Meidpass - Gruben – Vendredi 3 juillet 2020

    Brouillard, grésil et petites averses ont duré toute la nuit et, à l’aube, la cabane est encore noyée dans la brume. Vers 9 heures, les nuages remontent sur les sommets et la vue se dégage un peu sur le bas de la vallée d’Anniviers.
    Le chemin monte aimablement dans la lande et les pierriers, traverse des marais formés par la fonte des neiges et grimpe en direction de la pointe de la Bella Tola. De temps en temps, des pylônes de téléski apparaissent comme des fantômes dans la brume. Après une heure de marche tranquille, je bifurque à droite en direction du sentier qui mène aux lacs de Bella Tola et d’Armina, afin de rejoindre le chemin du pas de Meiden. Pas âme qui vive. De la brume, de l’herbe, de l’eau, des pierres et une marmotte qui part se terrer dans son trou en sifflant. Les lacs sont encore partiellement prisonniers des neiges.
    Après une nouvelle heure de marche, le Meidpass est en vue. Il pleuvine, la visibilité est nulle. Le franchissement du roestigraben, qui culmine tout de même à 2789 mètres, se fait dans une solitude absolue et il faudra attendre l’après-midi pour entendre les premiers Grüsserr ! Ici, on ne dit pas gruëzi comme à Zurich et on se quitte en disant « Adé », adieu. En attendant de peaufiner les formules de politesses en wallisertütsch, je me contente de saluer l’événement par un selfie humide. Pour la vue sur le Weisshorn, le Cervin et les autres 4000, il faudra repasser! Glaciers étincelants, où vous êtes-vous cachés?
    Devant moi, le Haut-Valais apparaît aussi bouché que le Bas. Une échancrure dans le brouillard laisse entr’apercevoir en contrebas une vaste moraine couverte de névés et une vue du lac Meiden encore à moitié pris dans les glaces. Pas vraiment gai.
    La descente sur la vallée de Tourtemagne s’annonce donc lente, mouillée et cahoteuse. Une crampe à la jambe droite me fait diablement souffrir et j’ai peur de me tordre une cheville sur un caillou glissant ou des graviers traitres.
    Après une heure de ce régime pénible, le temps s’améliore cependant. Un rayon de soleil perce à travers les nuages et, faute d’avoir pu faire une pause sur les rives enneigées et brumeuses du lac de Meiden, je m’arrête près de la grande gouille de Chlei Seewji, à dix minutes de marche du chemin. Le soleil joue à cache-cache mais il fait moins cru et je prolonge la pause pique-nique d’une petite sieste, sous la garde vigilante et massive de la dent du Meidhoru, qui se dresse dans le ciel comme une corne de rhinocéros.

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  • Combat de reines au pied du Tounò

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    22e étape - Zinal-Tounô-Hôtel Weisshorn-Tignousa-Cabane Bella Tola – Jeudi 2 juillet 2020

    La nuit a été difficile et le sommeil capricieux. Lu quelques pages de la Suisse de travers de Daniel de Roulet entre 3h et 4h du matin. Lui a décidé de traverser la Suisse de part en part, d’ouest en est et du nord au sud. Mais en restant à basse altitude, à hauteur des écrivains qui l’ont précédé. Réveillé à 6h30. Par bonheur, une demi-heure d’exercices matinaux suffit à me donner une forme qui s’avèrera étincelante.
    Ce matin en effet, la machine a trouvé son rythme. Après une bonne vingtaine de minutes et un premier kilomètre de chauffe, le diesel s’enclenche pour une journée qui sera la plus longue de toutes les étapes de ce périple: à l’arrivée, le compteur affichera 11 heures de marche et 29 kilomètres parcourus.
    C’est peut-être aussi l’effet de la petite chandelle allumée dans la petite église de Zinal avant de partir. Les saints patrons des villages d’Anniviers ornent les vitraux: Barthélémy, Euphémie, Théodule et Anne veillent sur les voyageurs déraisonnables qui se sont mis en tête d’arpenter la vallée. Sainte Euphémie, patronne de Vissoie décapitée à la fin du IVe siècle en Chalcédoine et sauveuse de la chrétienté à qui elle a évité un schisme dangereux, me semble particulièrement efficace. Ils se sont alliés pour faciliter leur marche et éviter les embûches.
    Le chemin commence à grimper dans une très belle forêt de mélèzes et d’arolles, jusqu’à un premier alpage. Puis la pente s’adoucit jusqu’à un deuxième alpage, avant de remonter de plus belle sur le haut du versant droit de la vallée, en face de Grimentz. Après deux heures de montée, en atteignant Nava, je décide de contourner les pointes du même nom pour rejoindre l’Hôtel Weisshorn par la droite, en direction de l’alpage du Tsahélet et du col de la Forcletta. Je coupe ensuite à gauche, en direction du petit col de Bella Vouarda pour redescendre sur la plaine alluviale du Tsa du Tounô. La météo semble favorable et l’idée est de tenter l’ascension du Tounô, gravi une première fois il y a plus de trente ans. Le ciel est voilé, le Tounô et la Pointe de Tourtemagne sont cachés par une petite nappe de brouillard Mais le soleil n’est pas loin et joue à cache-cache avec les nuages.
    Pour faire la jonction avec le chemin du Tounô de l’autre côté de la plaine du Tsa, je coupe à travers les pierriers, pas trop escarpés, jusqu’au pied du monticule qui ferme le lac de Tounô, à 2660 mètres d’altitude. Il est 14h et l’endroit est encore assez fréquenté. Après une brève pause pique-nique, je cache mon sac sous un rocher et me lance sur le chemin raide qui monte à l’assaut du Tounô, 500 mètres plus haut. C’est rude ! Mais la météo est bonne fille, la couronne de nuage s’évapore et après une dernière barre de neige, j’atteins sans trop de peine le sommet du premier 3000 de la saison. Panorama à 360 degrés sur les sommets du Valais central, certains déjà sous la pluie et les orages.

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  • Coup de mou et relance grâce à deux chamois

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    21e étape – Grimentz - Zinal – Mercredi 1er juillet 2020

    Après une année d'interruption, j'ai décidé de reprendre ce tour du valais à pied et en solitaire là où je l'avais laissé l'an dernier, à Grimentz. Le 1er juillet, j'ai donc repris mon sac à dos pour 35 jours de marche.
    Départ de Genève par le train de 10h30, en retard de dix minutes. La reprise de ce tour du Valais à pied après 12 mois d’interruption commence mal. A Sierre, le car postal part sans attendre la correspondance du train et me laisse sur le flanc. Heureusement, un autre bus est annoncé 75 minutes plus tard. Il me pose à Grimentz peu avant 15h. Trop tard pour envisager de monter à la Corne de Sorebois mais assez tôt pour rejoindre Zinal par les chemins du coteau, le long de l’ancien bisse de Morasse. Pour corser un peu la route et franchir le cap des 2000 mètres d’altitude, j’opte pour le trajet le plus alpin, avec une petite montée de 400 mètres par l’alpage du Chiesso.
    Dans les premiers mètres, je suis content de retrouver la forêt, l’odeur des bois, les aiguilles de pin sur le chemin, les torrents, les mélèzes, les myosotis et les sabots de Vénus. Mais très vite, je suis rattrapé par une brutale chute de forme. Après une heure de marche, je me sens exténué, avec un sac à dos qui semble peser une tonne et déchire les épaules, des bâtons qui tiennent mal au sol, des jambes lourdes et des pieds mal assurés. Le moteur rugit, la sueur est à son comble, le coeur bat à 150 coups/minutes. Mais impossible d’enclencher la deuxième vitesse, pour faire baisser le régime tout en gardant l’allure. La faute à deux mois de confinement? A une soixante-troisième année qui pèse plus lourd que les précédentes? A un moral en berne à l’idée de s’arracher pour des semaines aux petits conforts de la plaine et de la ville? Ou à un sentiment de déjà-vu et une perte de l’attrait de la nouveauté ?

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  • Flic ce métier impossible

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    Le meurtre de Georges Floyd à Minneapolis et les brutalités occasionnelles de la police française contre les gilets jaunes ont rouvert le débat sur le rôle de la police dans nos sociétés. Dans une démocratie, le métier de flic est difficile. Mais quand ces démocraties sont sous tension, il devient carrément impossible.
    Prenons la relation à l’individu d’abord. Comme justiciable, nous détestons souvent la police. Quand elle nous surprend en pleine infraction, ce qui nous arrive à tous une fois ou l’autre ; quand on la soupçonne de traitement inutilement dégradants (comme à Genève dans l’affaire Simon Brandt en 2019 ou du fils Kadhafi en 2008) ; ou quand on l’accuse d’inaction face aux embarras du trafic urbain ou à l’égard des malfrats de tous ordres qui troublent l’espace public.
    Mais comme citoyen, nous devons chérir la police. Sans elle, pas de respect des lois ni d’Etat de droit. Et sans Etat de droit, pas de respect des libertés civiles et des droits de l’Homme. Pas non plus de gouvernement efficace et viable. Bref, un état d’anarchie dans lequel les plus vulnérables, étrangers, pauvres, personnes âgées, seraient les premières victimes.
    Cette relation schizophrène est donc compliquée en soi, puisque nous sommes tous à la fois demandeurs et critiques de la police. Mais au niveau individuel, les choses peuvent en principe se régler sans trop de peine. Le citoyen peut porter plainte en cas de bavure ou de corruption crasse, et le policier, comme individu, peut aussi agir et se défendre en cas d’agression, dans le cadre de la loi. Surtout si la justice fait bien son travail.
    Mais là où les choses se corsent, c’est dans la relation avec le pouvoir politique et l’idéologie du moment qui, eux, ne sont pas neutres et tendent à interpréter les lois d’une façon qui les avantagent. Ce qui a pour effet de brouiller les messages, de désarçonner l’opinion publique et de faire perdre du crédit aux institutions.

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  • Des médias trop gentils pour être crédibles

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    Interrogée à la radio romande fin mai, Micheline Calmy-Rey s’est montrée critique sur le comportement des médias pendant la crise du coronavirus. Notamment à l’égard du service public, à qui elle a reproché l’indigence de ses programmes (gavés de séries américaines de second ordre) et sa tendance à souffler sur la braise plutôt qu’à rassurer les populations inquiètes.
    On ne saurait trop lui donner raison. On se demande bien pourquoi les médias publics payés par la redevance n’ont pas bondi sur l’occasion pour voler au secours de la culture locale brutalement mise au chômage en proposant des programmes du cru plutôt que des séries importées. Occasion ratée de manifester une solidarité concrète avec les acteurs locaux, alors qu’on brocardait à l’antenne les effets néfastes des délocalisations…
    Reconnaissons toutefois que, pendant les deux ou trois premières semaines, journaux, radios et TV ont bien réagi. Surpris par la violence du choc, ils ont cherché, enquêté, multiplié les angles d’attaque et les points de vue, interrogé les experts sans préjugé, faute d’avoir un avis préétabli sur la question. Et le public, anxieux et avide de savoir, a suivi. Les audiences ont bondi, ce qui a permis à chacun de se taper sur le ventre.
    Mais toutes ces belles dispositions n’ont pas tardé à partir en vrille. On a ainsi eu droit à d’interminables semaines de nouvelles catastrophistes, de décomptes morbides, de photos d’hôpitaux submergés, de tweets paniquants, de déclarations d’experts alarmistes, qui ont tout sauf aidé le public et les autorités politiques à demeurer serein. Puis on a eu droit à la ridicule campagne contre le virus « chinois », les laboratoires de Wuhan et contre l’OMS, dans le sillage de la propagande trumpienne. La presse établie s’est mise à dégommer la Chine et exiger des comptes. (Tiens, on n’en parle presque plus depuis dix jours. Mais ce n’est que partie remise…)

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  • Les perdants et les gagnants de la coronacrise

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    Avenir suisse vient de publier une étude sur les perdants de la crise. Sans surprise, la boite à idées libérales cite l’hôtellerie, les voyagistes et le tourisme en général, la restauration, les activités sportives (sans un mot pour secteur culturel !), le commerce de détail non-alimentaire et les services à la personne (coiffeurs, pompes funèbres…). Pas de doute, on est d’accord avec cette nomenclature, sachant que tous ces secteurs n’ont pas engrangé un franc pendant deux mois et ne sont pas encore sortis d’affaire. On pourrait encore compléter la liste avec les transports aériens et maritimes, les médias et le secteur de l’énergie.
    Les auteurs sont en revanche beaucoup plus vagues et abstraits à propos des gagnants, puisqu’il y a indubitablement des gagnants, comme dans toute crise. Ce mot est d’ailleurs prohibé. Par peur de donner de mauvaises idées au citoyen-consommateur ? On se contente de parler des acteurs de la « Suisse ouverte », du domaine des infrastructures et des marchés compétitifs, d’entreprises à fortes liquidités, de l’Etat social et du Smart gouvernement (mais rien sur la transition verte). Soit. Mais on pourrait d’abord mentionner nommément les secteurs et acteurs économiques qui sortent renforcés de cette crise et qui devraient donc passer à la caisse pour aider les autres. Parmi les profiteurs, on citera donc les GAFAM (qui contournent toujours l’impôt), les banques et les divers services financiers (qui ont totalement récupéré les pertes boursières initiales grâce aux centaines de milliards injectés dans le système), les assurances (qui ont économisé des milliards de dépenses en accidents non survenus), les caisses maladie (les patients potentiels n’ont pas osé consulter ou se faire traiter de peur d’être contaminés), l’immobilier (qui a consenti de très modestes réductions de loyers commerciaux), l’ensemble du secteur public, et en particulier les rentiers et les fonctionnaires (qui se sont enrichis puisqu’ils n’ont rien pu dépenser alors que leurs revenus n’ont pas été impactés).
    On sera en revanche d’accord avec Avenir suisse pour affirmer que la nationalisation des industries en crise n’est pas une bonne idée, surtout si c’est pour sauver le secteur aérien qui a bénéficié d’avantages exorbitants ces dernières années en évitant pratiquement toutes les taxes sur le kérosène. Le minimum serait de l’obliger à accepter ces taxes et celles sur sur le CO2 en échange d’un soutien financier.

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  • Pires que le virus, les théories sur le virus

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    Après deux semaines de sidération absolue et six semaines d’un confinement qui a fait tourner la tête de bien des gens, voici venu le temps d’une reprise qu’on espère aussi rapide, rationnelle et lucide que possible.
    Car les théories du complot que l’on voit fleurir un peu partout sur le net, dans certains médias dits autorisés comme dans la bouche de responsables politiques parmi les plus éminents ne présagent rien de bon.
    Je veux parler de l’hystérie anti-chinoise qui va grossissant dans les pays occidentaux depuis quelques semaines. Qu’on soit bien clair : il ne s’agit ici nullement d’excuser, justifier ou cautionner de quelque manière que ce soit le comportement de la Chine. En tant que foyer initial de la pandémie, il va de soi que Pékin a la responsabilité de faire toute la lumière sur les origines de l’épidémie et de collaborer à une enquête internationale sur le sujet. Mais à condition que celle-ci soit réalisée par des experts neutres et reconnus, comme ceux de l’OMS, en non menée à charge par des procureurs qui ont déjà désigné le coupable et pris le soin de décrédibiliser la seule instance internationale compétente à l’avance.
    Or tout montre que nous sommes dans ce cas de figure et que nous assistons, dans le cadre des élections américaines en cours, à une vaste opération de déstabilisation de « l’ennemi » chinois à des fins d’enfumage électoral, à moins que ce soit l’inverse, puisque rien n’empêche de faire d’une pierre deux coups, comme dans l’opération de 2003 avec l’Irak, de 2011-2013 avec la Syrie, et de 2016 avec le prétendu hacking des élections américaines par l’empire du mal russe.

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  • Covid-19 : mortalité, manque de matériel et censure des médecins de ville, quid ?

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    La sortie de la pandémie permet de passer aux questions que l'on s'est posées durant toute la période de confinement que l'on nous a imposée au nom d'impératifs médicaux souvent contradictoires. En voici trois, qui seront adressées à nos autorités lors la session du Grand Conseil de lundi

    Quelle est la mortalité réelle du Covid-19 par rapport aux autres causes de décès (grippe, AVC, accidents)?

    Pendant des semaines les médias et les différentes instances sanitaires ont donné des chiffres variables sur l’ampleur et le mode de calcul de la mortalité due au Covid-19, les chiffres de l’OFSP variant avec ceux des cantons, selon qu’ils incluaient ou non les EMS et suivant les causes de décès (avec le Covid-19 ou du Covid-19).
    Par ailleurs la surmortalité due exclusivement au Covid-19 parait loin d’être claire, surtout si on compare la mortalité du premier quadrimestre de l’année 2020 à celle d’une année à forte grippe comme la période de janvier à avril 2017.
    Maintenant que le pic de la pandémie Codid-19 semble heureusement passé, il est temps de savoir ce qui s’est réellement passé et d’investiguer le mode opératoire du virus et ses effets réels sur la santé, la morbidité et la mortalité.
    C’est pourquoi je souhaiterais connaitre avec précision les chiffres exacts de la mortalité due au Covid-19 et aux autres causes de décès (maladies selon les types, accidents, etc.) au premier quadrimestre des années 2015, 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 en distinguant notamment celles qui relèvent du Covid-19, de la grippe et des autres maladies respiratoires (pneumonies en particulier) et cela à la fois pour le canton de Genève et pour la Suisse.
    Enfin, il serait également intéressant de les comparer aux décès imputables aux dernières canicules et notamment à celle de 2003, et aux pollutions atmosphériques afin de situer la mortalité due au coronavirus dans un contexte plus large.

    Pourquoi y a-t-il eu pénurie cruelle de masques, de tests et de gel hydro-alcoolique au plus fort de la crise du Covid-19 ?


    Dès les premiers signes de gravité de l’épidémie du coronavirus, il est apparu que les hôpitaux, médecins de ville, EMS ainsi que les différents organismes de santé manquaient cruellement de masques, de tests, de gel hydro-alcoolique, et même de lits d’hôpitaux puisqu’il a fallu en créer dans l’urgence.
    Pourquoi ces lacunes se sont-elles produites? Par qui, pourquoi et comment ont été prises les décisions qui ont conduit à ce sous-équipement dramatique ? Pourquoi les stocks de masques, de gel et de tests n’ont-ils pas été renouvelés, respectivement constitués ou reconstitués dès l’alerte de l’OMS le 23 janvier dernier?
    Sachant que les médecins de ville se plaignaient de la pénurie de masques fin janvier déjà, pourquoi rien n’a été mis en oeuvre pour combler ces manques ? Et pourquoi le gel hydro-alcoolique, pourtant inventé et promu par le médecin des HUG Denis Pittet, a-t-il manqué à Genève même, dans les pharmacies de ville, dans les magasins et pour protéger les différents personnels de soins, de livraison et des commerces particulièrement exposés au virus à cause de leur travail ?
    Pourquoi la pénurie de masques, dissimulée pendant des semaines, a-t-elle donné lieu à des déclarations contradictoires, voire mensongères, de la part des différentes instances cantonales et fédérales alors que leur évidente efficacité a été démontrée dans tous les pays d’Asie qui en ont fait usage ?
    Merci de répondre en détail à ces questions concernant les trois cas avérés de pénurie : masques, tests, gel hydro-alcoolique.

    Pourquoi les HUG et les autres hôpitaux suisses n’ont-ils pas administré les traitements à base d’hydroxychloroquine au même titre que les médecins grecs, coréens et chinois ?

    Depuis que la crise sanitaire du Covid-19 a éclaté, la polémique sur l’usage de l’hydroxycloroquine, un médicament aux propriétés anti-inflammatoires, et de l’antiviral Azithromicine comme méthode de traitement a fait rage sur les réseaux sociaux et chez les patients infectés.
    Après bien des discussions, la France et les HUG semble-t-il ont admis l’usage de ce médicament pour les patients intubés et au stade de la réanimation, alors même que plusieurs expériences montraient qu’un usage en amont, dès les premiers symptômes de la maladie, donnait de meilleurs résultats, surtout s’il était administré avec un antibiotique, l’Azithromycine.
    Parallèlement, le directeur général de Novartis Vas Narasimhan annonçait le 29 mars dernier que la chloroquine était le plus grand espoir de traitement du coronavirus et que Sandoz s’engageait à mettre à disposition 130 millions de doses de ce médicament abondant, facile d’accès et très peu onéreux. Voir à ce sujet https://amp.rts.ch/info/sciences-tech/medecine/11205056-le-directeur-general-de-novartis-evoque-la-chloroquine-comme-le-plus-grand-espoir-de-traitement-.html.
    Dès lors les questions suivantes se posent : pourquoi les HUG se sont-ils calqués sur la pratique d’Etat française et empêché les médecins de ville et les pharmaciens de mettre à disposition des malades infectés par le coronavirus, et pourquoi n’ont-ils pas saisi cette occasion pour donner aux patients un espoir de guérison, les privant ainsi d’une aide psychologique qui aurait pu être précieuse dans leur lutte contre la maladie ?
    Quelles sont les raisons d’une telle prudence des hôpitaux et des responsables cantonaux de la santé vis-à-vis d’un médicament utilisé depuis 70 ans contre la malaria et d’autres affections (lupus, sarcoïdose, polyarthrite) sans qu’aucun décès n’ait pu lui être imputé. L’argument des tests cliniques semble en effet peu convaincant puisque ce médicament est connu et a subi tous les tests concernant son éventuelle nocivité depuis longtemps.


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  • Réponse aux épidémies : plus jamais ça !

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    Pour information, voici la proposition de résolution que je viens de soumettre au Grand Conseil genevois.
    Au moment où nous allons passer d'une crise sanitaire inédite à une crise économique, sociale et peut-être politique de grande ampleur, il me semble en effet essentiel de tirer un bilan sans concession de cette crise épidémique et de prendre les mesures nécessaires afin d'éviter que l'impréparation, les erreurs et parfois les mensonges proférés ne se répètent à l'avenir.


    Le GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève,
    considérant:

    - la grave pénurie de masques, de gants, de gel hydro-alcoolique et de tests qui a suivi l’éclatement de l’épidémie de Cobid-19

    - l’absence de gestion des stocks de matériel sanitaire adéquat en amont de l’épidémie

    - le manque de transparence voire les mensonges, puis les polémiques et indications contradictoires qui s’en sont suivies concernant notamment l’usage des masques et des tests pendant l’épidémie et lors du déconfinement

    - l'incapacité à s’inspirer d’expériences étrangères, et en particulier de pays d’Asie habitués aux épidémies pour prévenir et gérer la crise, repérer et traiter les patients infectés, définir les modalités du confinement et préparer la sortie de crise et la remise en route de l’économie


    invite les Chambres fédérales à tout mettre en oeuvre pour éviter qu’une telle situation se reproduise et notamment à

    - mettre en place une gestion centralisée des stocks de matériel sanitaire nécessaire à la prévention et à la lutte contre des épidémies

    - mettre en place une coordination centralisée des politiques sanitaires fédérale et cantonales

    - respecter les droits humains en assurant un accès libre à l’information à tous les médias et en évitant toute discrimination entre les catégories de la population, et notamment vis-à-vis des personnes âgées

    - éviter toute mesure qui contribuerait à restreindre la vie privée des citoyens et à instaurer des mesures de surveillance numérique des citoyennes et citoyens au nom de la lutte contre l’épidémie

    - faire la transparence sur les liens d’intérêt des fonctionnaires, médecins, experts et responsables publics et privés en charge de la politique sanitaire et de la lutte contre les infections aux niveaux fédéral et cantonal

    - mener une enquête approfondie sur la gestion de la crise et ses conséquences sur la morbidité et la mortalité effectives par rapport aux autres causes de décès (grippe, maladies pulmonaires, etc.) et sur les coûts sanitaires, sociaux, économiques et financiers qu’elle a induits



    EXPOSÉ DES MOTIFS


    Mesdames et
    Messieurs les députés,

    Si la gestion de la crise du coronavirus a été plutôt bien conduite par les autorités fédérales et cantonales, en évitant à la fois des mesures de confinement trop sévères et un laxisme excessif, il n’en va pas de même pour ce qui concerne la gestion en amont et en aval de l’épidémie.
    De sérieux problèmes sont apparus, qui méritent d’être résolus avant qu’un retour du Covid-19, ou un nouveau virus, ne frappent à nouveau.
    Cette crise a notamment mis en évidence une pénurie cruelle de matériels sanitaires nécessaires pour lutter contre la propagation de la contagion, une concentration funeste des industries et des fabrications de matériels et des produits de base pharmaceutiques dans quelques pays seulement (Chine, Inde et Etats-Unis en particulier), une absence de doctrine criante en matière d’utilisation et de mesures préventives (port du masque en particulier), des principes de confinement ou de quarantaine variant fortement d’un pays à l’autre (la Suède et l’Allemagne n’ont pas confiné ou très peu), des polémiques néfastes concernant les traitements possibles. Certains pays comme la Grèce ont par exemple utilisé la chloroquine dès le diagnostic alors que d’autres la prohibaient, et cela avec une efficacité reconnue par l’OCDE qui cite ce pays en exemple (cf. La Grèce résiste mieux qu’attendu au Covid-19, Le Temps, 25 avril 2020).
    Enfin, cette épidémie, par l’ampleur inédite des mesures qu’elle a causées, a et aura des conséquences sanitaires (opérations chirurgicales, visites médicales et traitements de pathologies reportés), sociales (augmentation des risques pour les personnes vulnérables et les plus défavorisées, augmentation du chômage, mise à l’écart des personnes âgées qui relève d’un apartheid social inadmissible, personnes qu’on a laissé mourir toutes seules dans les EMS contrairement aux principes mêmes de la civilisation), économiques (faillite d’entreprises et d’indépendants, grave risque de récession) et financières (énorme augmentation de l’endettement) qui pourraient s’avérer catastrophiques, alors même que la mortalité due au coronavirus n’excède pas celle d’une grosse épidémie de grippe.
    Pour toutes ces raisons, il convient de mettre tout en oeuvre pour qu’une telle situation se reproduise et de tirer toutes les leçons possibles de l’événement que nous venons de vivre afin qu’il ne se répète pas.
    C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs les députés, je vous invite à donner une suite favorable à cette résolution.

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  • L’OMS, cette proie si facile !

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    Or donc, l’OMS, par sa collusion avec la Chine, serait la responsable de tous nos maux ! Monstre bureaucratique, inefficace, trop lente, trop rapide, elle fait un bouc émissaire idéal. Depuis que le président Trump, qui niait la gravité du coronavirus tant qu’il frappait ses adversaires chinois et iranien, a tourné sa veste et décrété que le virus, qui s’attaquait désormais à son pays, était « chinois » et que l’OMS avait tardé à le reconnaitre pour ménager Pékin, les attaques contre l’organisation onusienne se sont mises à pleuvoir de tous côtés.
    Qu’en est-il exactement ? L’OMS est-elle vraiment à la solde des Chinois et a-t-elle failli ? Les faits d’abord. Contrairement à la réécriture du film actuellement en cours, on sait que la Chine a mis quatre semaines, entre fin novembre et fin décembre, pour repérer et identifier les premiers malades comme porteurs d’un virus potentiellement contagieux et prendre les premières mesures sanitaires. Que l’OMS a mis trois semaines, en pleine période de fêtes, entre le 31 décembre, jour du premier signalement, et le 23 janvier, pour prendre connaissance, investiguer et décréter le stade épidémique. Et que nos gouvernements, pourtant dûment avertis par les reportages des médias et par l’OMS, ont attendu deux mois de plus, jusqu’au 15 mars, pour prendre les mesures urgentes nécessaires ! Qui a fait juste, qui a fait faux, à vous de juger…

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  • La politique de la peur, ça suffit !

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    Vous connaissez peut-être ce conte soufi sur la peste et la mort : La Peste était en route pour Bagdad quand elle rencontra Nasruddin. Où vas-tu ? demanda Nasruddin. La Peste répondit : Je vais à Bagdad pour tuer dix mille personnes. Plus tard, la Peste croisa à nouveau Nasruddin. Très en colère, ce dernier lui dit : Tu m’as menti. Tu as dit que tu tuerais dix mille personnes et tu en as tué cent mille. Et la Peste répondit : Je n’ai pas menti, j’en ai tué dix mille. Les autres sont mortes de peur. »
    C’est exactement ce qui pourrait arriver avec le coronavirus. Incrédules et cyniques quand les Chinois étaient frappés, impréparés, imprévoyants, manquant de tout y compris d’une stratégie de riposte appropriée quand il a débarqué chez nous, nous avons réagi dans le plus grand désordre et en mode panique. Injonctions contradictoires (masques ou pas masques), polémiques stériles (chloroquine ou pas, la Chine a-t-elle menti ou pas), négationnisme contre déclarations de guerre à outrance, confinement policier surveillé par hélicoptères et drones contre confinement léger à la suédoise, grounding complet de l’économie contre fermeture sélective de commerces n’ont cessé de brouiller les messages et d’amplifier l’angoisse générale, en laissant le champ libre aux délateurs, aux obsédés du confinement absolu et aux médias ravis de retrouver de l’audience en soufflant sur la braise.
    Tout cela en perdant de vue la réalité : oui, ce virus est pernicieux et peut tuer nombre de personnes à risques (et il faut donc le combattre avec tous les moyens disponibles), non, il ne menace pas notre survie à terme. L’Asie, Chine, Corée, Japon, Singapour et Taiwan en tête, nous montre qu’on peut le juguler et même en sortir. Et les statistiques nous prouvent qu’il laisse en vie 99,9 % de la population puisque même dans les cas les plus graves comme en Espagne et en Italie du Nord, la mortalité n’excède - heureusement ! - pas 350 personnes sur un million. Il n’y a donc aucune raison de paniquer ni de donner à la mort ce surcroit de victimes qu’elle ne réclame pas.

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  • La Chine miroir de nos haines et de nos impuissances

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    Ce qu’il y a de bien avec les crises, c’est qu’elles révèlent le fond des individus et des pays. Celle du coronavirus a ainsi montré l’héroïsme quotidien des petites mains anonymes de la mondialisation, infirmières, caissières, chauffeurs-livreurs, paysans, agents de voirie, tandis qu’elle réduisait au silence les profiteurs et les pontifiants qui se réfugiaient dans leurs maisons de campagne pour fuir les miasmes des villes.
    En revanche, la crise n’aura pas réussi à mettre une sourdine aux clichés, aux stéréotypes et aux partis pris idéologiques traditionnels. D’accord pour la guerre contre le virus mais pas question de cesser celle de l’information ! Il y dix jours à peine, l’OTAN passait encore son temps à organiser ses plus grandes manœuvres militaires depuis 1945 contre la Russie.
    L’attitude de nos médias vis-à-vis de la Chine est très révélatrice et montre comment ce pays, naguère courtisé par toutes les élites occidentales, est devenu le repoussoir, le miroir de nos haines, de nos peurs et de nos impuissances.
    Au début de la crise, on nous a ainsi présenté une dictature qui, comme toutes ses pareilles, mentait à ses habitants, cachait la gravité de la situation et persécutait les médecins qui sonnaient l’alarme, tandis qu’on se réjouissait déjà de la perte de crédibilité du régime et de l’effondrement économique qui s’ensuivraient. Même réaction quand l’Iran a été touché : on allait voir ce qu’on allait voir et le « régime » n’avait qu’à bien se tenir. Puis, devant la vigueur de la réaction chinoise et la construction de gigantesques hôpitaux en 10 jours, on a dénoncé la mise au pas autoritaire et le confinement forcé avec des entrées d’immeubles murées, des corps prétendument abandonnés dans les rues et la surveillance généralisée par caméras et smartphones.
    Depuis peu, la situation s’améliorant en Chine alors que la pandémie gagnait l’Italie puis le reste du monde, les attaques ont porté sur la responsabilité chinoise, les coutumes alimentaires, les « mensonges » à l’origine de l’épidémie et la « propagande » déployée par le régime afin de tirer profit de la crise. Pour une fois au moins, on n’a pas accusé les trolls russes d’avoir propagé le virus, mais il s’en est fallu de peu…

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  • La micro-taxe comme impôt du futur

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    Le 25 février dernier, la Feuille fédérale a publié le texte de l’initiative fédérale pour un micro-impôt sur le trafic des paiements sans espèces, ouvrant la voie à la récolte des signatures.
    L’idée part d’une idée simple : dans un monde dont l’économie se dématérialise et les emplois sont concurrencés par les robots et de moins en moins liés à l’économie physique, le principe hérité de l’ère industrielle qui consiste à imposer le travail et les individus devient obsolète. L’ampleur prise par les transactions électroniques est devenue vertigineuse et sans lien avec les besoins de la production de biens et de services. En 2017, pour un PNB mondial de l’ordre de 81 000 milliards de dollars, la dette globale atteignait 233 000 milliards (3 fois le PNB) et les produits dérivés 750 000 milliards (presque 10 fois le PNB mondial) ! La plus grande opacité règne à la fois sur les montants et le nombre de ces transactions, favorisées par le trading à haute fréquence et autres outils technologiques. Quant aux opérations sur les produits dérivés, mystère et boule de gomme ! La BNS observe le silence depuis 2013, année pendant laquelle le nombre de transactions interbancaires variait de 1.6 à 2 millions par jour pour des montants quotidiens de l’ordre de 500 milliards.
    Une estimation prudente permet cependant d’évaluer le total de l’assiette fiscale des transactions réalisées en Suisse à 100 000 milliards de francs (150 fois le PIB national).
    La microtaxe aurait donc pour effet immédiat d’apporter de la transparence dans ces échanges financiers et de les fiscaliser à un taux extrêmement bas (entre 0.01 la première année et 0.5 pour mille au maximum par la suite, le taux pouvant évoluer en fonction de l’assiette de l’année précédente) et de façon simple et peu coûteuse puisque toutes les transactions sont déjà répertoriées par les banques qui prélèvent leurs commissions sur ces échanges.
    Avec un taux de 0.25 pour mille, cette solution permettrait de recueillir un volume de recettes fiscales suffisant pour supprimer à la fois la TVA (23 milliards en 2018), l’IFD (22.4 milliards) et le droit de timbre (2.1 milliards), le surplus éventuel pouvant être affecté à la transition écologique et à la lutte contre le réchauffement climatique par exemple.

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  • Retour sur l'interview d'Assange en 2015

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    Mars 2015. C'est un Julian Assange à la fois marqué et combatif qui nous accueille dans la petite salle de réunion de l'Ambassade d'Equateur à Londres. Les cheveux blonds ont blanchi, le visage s'est arrondi. Les deux ans et demi de réclusion involontaire dans une minuscule chambre au rez de chaussée de cet immeuble cossu, à deux pas du célèbre magasin de luxe Harrod's, ont fait leur effet. A force de vivre presque à ras du trottoir et à hauteur des bobbies faussement flegmatiques qui gardent les fenêtres et les entrées, comment aurait-il pu en être autrement?
    Les yeux sont vifs et le ton est rieur. 33 mois de garde à vue n'ont pas altéré l'humeur. Avec le temps et les épreuves, l'homme s'est même détendu. Mais il est resté combatif. Pas question de rendre les armes. C'est le principal.
    De fait, Julian Assange appartient à cette frange rare d’Anglo-Saxons briseurs de tabous. Ange pour les uns, démon pour les autres, résolument à contre-courant, borderline, scandaleux, il est de la race de ces non-conformistes qui cassent les codes et pulvérisent les conventions. D'Oscar Wilde, de Lawrence d'Arabie ou d'Alan Turing, Assange possède le même génie inquiétant, la même marque de fabrique, celle qui fait que grâce à eux le monde n'est plus tout à fait comme avant. Assange n'a pas subverti la morale hypocrite de l'empire britannique, il n'a pas conquis l'Arabie, il n'a pas brisé le code secret des nazis. Mais il a fracassé la loi du silence, la puissante omerta qui dissimulait les turpitudes des démocraties, des banques ou des entreprises lorsqu'elles trahissent leurs valeurs pour mieux servir leurs intérêts. Avec Wikileaks, il a créé un modèle nouveau de transparence. Quitte à payer, comme les autres, le prix fort.
    On aime ou pas, mais lui aussi fera date dans l'histoire.

    La semaine prochaine, vous « fêterez » vos mille jours de réclusion dans cette ambassade. Comment vivez-vous çà ?

    Cela fait bientôt cinq ans que je suis sous arrêt sans accusation au Royaume-Uni. C’est dur de recevoir des visiteurs, de se promener. Et de regarder des Lamborghini dorées passer devant la fenêtre ! Tous mes visiteurs sont filtrés et enregistrés, en violation de la Convention de Vienne (On découvrira en 2019 que la société espagnole charge de la surveillance transmet toutes ses informations à la CIA). C’est une période difficile pour mes enfants, ma famille, et pour moi. J’essaie de ne pas compter mes journées. Je poursuis mon travail, mon combat, et il passe aussi par la Suisse.
    Quand je suis venu à Genève pour parler de la guerre en Irak au Conseil des droits de l’Homme, la population était très réceptive à ma situation. J’aurais pu demander l’asile mais l’ambassadeur américain à Berne, Donald Beyer, était très agressif et a fait pression pour que la Suisse ne me l’accorde pas.

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